Art de la guerre monétaire et économique

Quand le Brésil relaiera la Chine

Quand le Brésil relaiera la Chine

Le probable trou d’air chinois pourrait bénéficier au Brésil qui est rentré dans un cercle vertueux avec des taux d’inflation et d’intérêts bas.

PLUS DE BRESIL EN SUIVANT :

Les derniers chiffres économiques provenant de la Chine l’ont démontré (directeur d’achat, PMI),la croissance n’est pas un dû et la volatilité va donc nous accompagner au moins tout au long de l’année 2010. Faut-il craindre pour autant une baisse rapide de la croissance chinoise sous le seuil psychologique des 8%?

Pas si sur, mais un trou d’air est plus que probable. Il est donc indispensable que les sociétés à vocation internationale (et les investisseurs) ne restent plus comme des chiens de faïence et réagissent très vite en se tournant vers d’autres marchés «relais».

 Trois éléments très précis peuvent nous faire craindre le pire pour la Chine.

A. Le spectre d’un scénario en W

La majeure partie des secteurs sont directement corrélés à l’évolution de la croissance de la Chine et tout retournement de marché pourrait leur être extrêmement dommageable.

Pour le secteur du pétrole par exemple selon les grandes agences fournissant des prévisions sur l’énergie, la Chine devrait alimenter à elle seule les 2/3 de la croissance de la demande.

Concernant le luxe, l’Asie est la priorité numéro un. La Chine à elle seul devrait contribuer à hauteur de 35% de la croissance du secteur en 2010 selon les dernières études publiées par HSBC, BBDO, Bain & Company, etc.

Finalement, pour le secteur de l’automobile, la Chine est devenu le premier marché mondial devant les Etats-Unis mais pourrait marquer le pas en 2010 après une progression de près de 50% en 2009.

B. Le protectionnisme

Selon le dernier rapport de la Chambre de Commerce européen en Chine, les sociétés étrangères implantées en Chine se  montrent insatisfaites et redoutent fortement un nouveau serrage de vis de la part du Gouvernement local.

Pour de nombreuses entreprises européennes, le ciel semble s’obscurcir de plus en plus.

Le rapport fait état de marché publics non correctement attribués, de la croissance du nombre de procès intentés par les locaux, la corruption, les impositions inégales, etc.

Tout ceci sans oublier l’inflation des salaires et des taxes y étant rattachées et qui font craindre une réduction inéluctable des marges.

Demandez simplement à Danone ou Google par exemple s’il est facile de faire des affaires en Chine… Sous le couvert de l’anonymat, plusieurs responsables de l’OMPI à Genève mettent de plus en plus en avant le non-respect des règles en vigueur (contrefaçons en tout genre).

C. Le surinvestissement chinois

La course à l’investissement, que mènent le pays et les investisseurs internationaux, laisse craindre le pire sur le court terme, notamment sur 2 sujets très précis:

1. La surchauffe du marché immobilier.

Malgré les interventions du gouvernement chinois pour freiner la création d’une bulle et calmer la spéculation l’on constate que l’immobilier est au bord de l’explosion. De plus, la croissance chinoise cache un mal potentiellement explosif: les dettes des collectivités locales, qui ont investi sans limites dans des projets colossaux (par exemple pour l’exposition universelle 2010), ont vu le jour sans trouver preneurs.

2. La pénurie de liquidité.

Comme nous l’avons récemment constaté (levées de fonds à venir des grandes banques chinoises, multitudes d’introductions en bourse (Agricultural Bank of China)) le manque de liquidité pourrait encore affaiblir un marché qui commence à craindre un ralentissement de la croissance chinoise.

Quelle est donc la solution immédiate en termes de diversification géographique émergente, sans que le risque soit trop élevé?

Un filtre assez simple (croissance, potentiel, risque financier, …) nous amène naturellement vers les BRIC et au sein de ce groupe un pays semble réellement se détacher: le Brésil.

– Première puissance économique d’Amérique latine (200 millions d’habitants), axé sur une expansion focalisée tant sur l’exportation que sur l’importation.

– Premier exportateur mondial de soja, de sucre, de boeuf, de poulet, de tabac, jus d’orange et une présence forte sur le commerce du coton.

– Premier producteur mondial de sucre, de café, cannes à sucre

– Premier constructeur mondial d’avions régionaux et le second producteur d’éthanol après les Etats-Unis

– Le pays possède 18% des réserves mondiales d’eau.

-Les découvertes pétrolière de 2008 dans le Bassin de Santos vont permettre de doubler les réserves du Pays et vont devenir un acteur majeur en termes d’exportation.

Le gouvernement brésilien commence  à encourager et à favoriser les sociétés étrangères. La plupart des barrières à l’activité des investisseurs étrangers ont été supprimées, en particulier sur les marchés boursiers. A noter que de plus en plus d’entreprises publiques ont été privatisées ces derniers temps.

L’énorme réserve de main d’oeuvre ainsi que les faibles coûts du travail sont des avantages que les investisseurs étrangers devraient regarder de plus prêt.

Par ailleurs, depuis 2008, les agences de notation Fitch et S & P repousse la notation du pays (de BB+ à BBB-) et récemment de stable à positif (Fitch). Selon S & P, le Brésil fait à présent partie des 14 pays du monde à avoir ses galons financiers. L’économie puissante du pays lui à permis d’échapper aux bulles spéculatives des matières premières et de l’immobilier sans être trop affecté par la crise. La situation fiscale du Brésil est considérée comme seine.

Quant à la croissance attendue du PIB pour 2010, elle y est d’environs 7% (contre 1% pour la zone euro…) après une année 2009 quasi nulle.

Le pays peut par ailleurs compter sur une monnaie et une inflation maîtrisées. Les taux d’intérêts (9,5% mai 2010) ont, malgré leurs niveaux élevés amorcé une baisse importante ces dernières années.

Le Brésil est donc rentré dans un cercle économique vertueux avec des taux d’inflation et d’intérêts bas en comparaison avec le passé récent. Concernant la monnaie brésilienne, le real est passé de 2,30 par franc Suisse à 1,68 aujourd’hui.

Ce niveau semble actuellement correspondre à la parité des pouvoirs d’achat et devrait se stabiliser. Cependant la questionde la non-convertibilité ne doit pas être oubliée.

En conclusion nous constatons donc que la diversification sectorielle ne suffit plus et qu’une diversification des placements géographiques (nous surveillons plus particulièrement à moyen terme l’Indonésie et … l’Inde) est de plus en plus à l’ordre du jour.

JOHN-F. PLASSARD Louis Capital Markets UK LLP, Genève juil10

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