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Commentaire du Wolf / Pharma et Externalisation de la recherche : la panacée ?

Commentaire du Wolf / Pharmas et Externalisation de la recherche : la panacée ? 

Jusqu’à présent, les sociétés pharmaceutiques géraient en interne le développement, pendant 10 à 15 ans, de nouvelles molécules. Désormais, elles externalisent la R&D, en acquérant de petites sociétés à la pointe de la recherche.

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 Pertes de brevets et concurrence des génériques obligent, trouver rapidement de nouveaux médicaments est toutefois devenu essentiel et elles n’hésitent donc plus à acquérir des petites sociétés à la pointe de la recherche en quête, elles, de financement. L’avantage de cette externalisation est double. Elle dynamise d’une part une faible productivité – temporaire ou structurelle – de la recherche en interne. D’autre part, à l’inverse des grands groupes hiérarchisés et bureaucratiques, les petites structures permettent de s’adapter de manière proactive aux besoins du marché.

L’externalisation de la recherche à long terme est-elle pour autant plus intéressante que le développement en interne ?

Pas sûr.

Tout d’abord, il s’agit d’une stratégie risquée, qui suppose que le partenaire dispose d’une offre de qualité suffisante, ce qui n’est pas garanti. Ensuite, c’est aussi une stratégie coûteuse, avec des acquisitions très souvent surpayées. Ainsi, Astra-Zeneca paiera jusqu’à 1,2 milliard de dollars, plus des royalties, à Rigel pour les droits d’une seule molécule traitant l’arthrite rhumatoïde.  Certains voient déjà les services de R&D des grands groupes comme un simple lieu d’assemblage de recherches extérieures. C’est certainement exagéré, ou à tout le moins prématuré. Mais la tendance est là et ne devrait pas s’arrêter de sitôt. Pourquoi ?

Simplement parce que la recherche, de plus en plus fondée sur la biologie moléculaire, met en valeur des petites sociétés de biotechnologie et de technologie médicale qui deviennent ainsi des proies pour les big pharma.

 N’est-il dès lors pas intéressant, pour l’investisseur particulier, d’investir aussi dans de telles sociétés ? 

 La plus grande prudence est de rigueur. Vu le nombre de sociétés et la difficulté à cerner le potentiel de leurs molécules, identifier celles qui intéresseront les géants de la santé relève plus de la loterie, d’autant que leurs perspectives sont trop souvent surévaluées et que beaucoup ne sont pas rentables. Mieux vaut s’aventurer dans un investissement dans des sociétés traditionnelles comme Abbott, GlaxoSmithKline ou encore Novartis.

EN COMPLEMENT : La pharma s’appréhende par les Etats-Unis

Vincent Meunier suit le secteur pharmaceutique depuis 2005 chez Exane BNP Paribas. Il a une expérience de trois ans comme consultant en stratégie et une formation de pharmacien complétée par un internat en biologie médicale ainsi qu’un master HEC à Paris. « Durant ma période d’internat, je suis venu à m’intéresser au secteur pharmaceutique en étant notamment impliqué dans les essais cliniques pour ce qui allait devenir un des médicaments phares de Novartis », raconte-t-il. « Devenir analyste boursier n’était pas du tout dans mon plan de carrière initial, mais cela s’est imposé à moi petit à petit. »

Pour comprendre le secteur, mieux vaut bien connaître les règles qui régissent la commercialisation des médicaments.

Toutefois, l’apprentissage du versant purement financier du métier a été long. « Il m’a fallu deux ans pour être parfaitement à l’aise avec un compte de résultats et les nombreuses facettes du métier d’analyste. »

Etats-Unis avant tout

Chez Exane BNP Paribas, la couverture est consacrée aux groupes européens, avec une vingtaine de sociétés suivies au sein de l’équipe. « Mais nous avons également des modèles qui tournent sur les majors américaines comme Pfizer ou Merck, qui restent encore à l’heure actuelle les groupes pharmaceutiques les plus puissants. »

Pour comprendre comment investir dans le secteur, Vincent Meunier considère qu’il faut avant tout connaître l’environnement dans lequel il opère, et notamment les règles qui régissent la commercialisation et l’approbation des médicaments, ainsi que les politiques de santé publique en termes de prix et remboursement. « Ici aussi, tout commence avec les Etats-Unis, car cela reste le plus gros marché mondial, et presque toutes les tendances de fond de l’industrie y naissent. »

« Il faut également avoir une bonne connaissance des grandes maladies et des mécanismes thérapeutiques qui permettent de les combattre. Il faut se poser la question de l’efficacité des médicaments par rapport aux besoins. »

D’une manière générale, il est nécessaire de faire la distinction entre les groupes purement pharmaceutiques (AstraZeneca ou Roche dans une moindre mesure) et les groupes diversifiés dans plusieurs segments (médicaments sans prescription, diagnostiques, génériques, vaccins, médicaments sous brevets).

« À l’heure actuelle, en dépit des arguments des uns et des autres, il est impossible de dire qu’un modèle de développement est meilleur qu’un autre au niveau des grands groupes pharmaceutiques ou que le modèle du blockbuster est mort. »

La Baignoire qui se vide

« Le secteur pharmaceutique est un peu comme une baignoire qui se remplit grâce au pipeline et qui se vide avec les expirations de brevets », explique Vincent Meunier.

« Le secteur a dû faire face depuis environ une décennie à un tarissement des pipelines qui n’ont plus permis d’assurer un bon remplissage de la baignoire. Les centres de R & D des grands groupes étaient souvent devenus des gros départements difficilement gérables », soumis à des processus de sélection extrêmement drastiques et à une vision parfois un peu trop frileuse, axée sur le développement de « me too » (nouvelles versions d’un médicament déjà sur le marché).

Enfin, le séquençage du génome humain réalisé au début des années 2000 n’a pas encore permis de sortir des médicaments fortement innovants, notamment en raison de la masse gigantesque d’informations qui ont submergé les laboratoires. « Ils ont donc été forcés de se réinventer, en passant de plus en plus de partenariats et d’accords avec les groupes biotech . Au registre boursier, cette stratégie passe nettement mieux auprès des investisseurs. »

Croissance plus rapide

Avec les différents plans de rigueur mis en place, les médicaments innovants devraient, selon lui, toujours être bien remboursés, même si les produits peu différenciés des médicaments génériques risquent tout de même de voir leur niveau de remboursement chuter.

Dans le même temps, les volumes de vente seront à la hausse, notamment aux Etats-Unis où la réforme Obama va offrir un accès aux traitements à 50millions de personnes.

« Les hausses de volume compenseront les baisses de prix, et la croissance du secteur devrait donc rester plus rapide (de 1 à 1,5%) que la croissance du PNB. »

D’autant que les pays émergents devraient constituer un nouveau moteur de croissance pour l’industrie. « Le développement vers les pays émergents est une réalité. Toutefois, nous ne voyons pas cela comme un eldorado. Les groupes qui vont tirer leur épingle du jeu seront ceux qui y sont déjà à l’heure actuelle et qui ont déjà une expertise des marchés locaux. » Des groupes comme Sanofi-Aventis, Novartis, Roche ou GlaxoSmithkline sont bien positionnés dans cette optique

source echo juil10

 
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