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Signaux inquiétants dans les pays européens endettés : Espagne, Grèce et Irlande en front line

Signaux inquiétants dans les pays européens endettés : Espagne, Grèce et Irlande en front line

Signe de la défiance des marchés envers elles, les banques espagnoles n’ont jamais autant emprunté auprès de la Banque centrale européenne. Les investisseurs se méfient également de l’Irlande et de la Grèce.

PLUS DE DETTES EN SUIVANT :

Les marchés sortent peu à peu de la torpeur estivale et recommencent à s’inquiéter à propos de l’Espagne, de la Grèce et de l’Irlande. Dernier signal en date trahissant cette méfiance, la banque d’Espagne a annoncé ce vendredi que les établissements financiers de la péninsule n’avaient jamais autant emprunté auprès de la Banque centrale européenne (BCE). Culminant à 130,2 milliards, le montant total de leur dette envers la gardienne de l’euro a bondi de 77,7% en juillet par rapport à la même période en 2009. Par rapport à juin, la hausse est de 3,1%.

Les banques espagnoles monopolisent près de 30% des montants totaux des prêts de la BCE, ce qui est bien plus que leur poids relatif par rapport aux autres banques européennes. Elles sont obligées de se tourner vers la BCE parce que les investisseurs ne veulent leur prêter qu’à des taux rédhibitoires.

Les banques espagnoles espèrent retrouver la confiance des marchés après la publication des résultats des tests de résistance («stress test») européens. Cinq caisses d’épargne ibériques ont toutefois échoué à cet exercice. Mais Madrid a fait preuve d’une très grande transparence. L’Espagne a testé 95% de son système financier, contre 50 à 60% dans le reste de l’Europe. Selon des analystes, cela pourrait rassurer les investisseurs dans les prochains mois.

 | JDF | 13.08.2010

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La Grèce a également inquiété les analystes jeudi avec la publication de chiffres bien plus catastrophiques que prévus. Elle a enregistré une récession de 1,5% au second trimestre, par rapport aux trois premiers mois de l’année. Dans ce contexte, le gouvernement risque de ne pas réussir à redresser dans les temps les finances publiques….

L’économie grecque continue de souffrir, le chômage à 12%

Le produit intérieur brut (PIB) de la Grèce s’est contracté de 1,5% au deuxième trimestre par rapport aux trois premiers mois de l’année, une baisse plus marquée qu’attendu, et le taux de chômage est monté à 12%, signes d’une économie qui souffre des mesures d’austérité engagées pour sortir le pays de sa crise budgétaire.

En rythme annuel, la baisse de l’activité économique a atteint 3,5% sur avril-juin, contre -2,3% au premier trimestre montrent également les statistiques officielles publiées jeudi.

Les économistes et analystes interrogés par Reuters anticipaient en moyenne une baisse de 1,0% du PIB d’un trimestre sur l’autre et de 3,3% en rythme annuel.

« Les plus fortes retombées des mesures budgétaires drastiques sur la consommation des ménages sont encore à venir », prévient Giada Giani, économiste chez Citigroup.

« Nous anticipons une contraction de l’économie pour le reste de l’année, avec en moyenne une baisse d’environ 3,5% du PIB en 2010. »

ÉCONOMIE TOUJOURS FRAGILE

Jusqu’ici, la Grèce a affiché une forte volonté politique pour mettre en place des réformes structurelles. Le gouvernement est en passe d’atteindre ses objectifs de réduction du déficit à 8,1% du PIB contre 13,6% l’année dernière, s’efforçant ainsi de convaincre les marchés que les dépenses seraient désormais maîtrisées.

Au premier semestre, le plan de rigueur a permis de réduire le déficit budgétaire de 45%, un effort salué par les pays de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) qui ont accordé à la Grèce une aide de 110 milliards d’euros en mai, afin d’éviter une propagation de cette crise budgétaire à d’autres pays de la zone euro.

Mais l’économie grecque demeure toutefois très fragile, et souffrirait particulièrement si la contraction venait à dépasser les 4% prévu cette année par le gouvernement.

« La baisse de l’investissement et la forte réduction des dépenses publiques ont contribué à la chute du PIB », déclare l’institut national des statistiques (Elstat) dans un communiqué.

Signe d’une économie fragile, Elstat a parallèlement annoncé que le taux de chômage avait atteint 12% en mai en Grèce, contre 8,5% un an plus tôt, ce qui marque la plus forte hausse jamais enregistrée sur un an. L’UE et le FMI prévoient en outre que le marché de l’emploi devrait continuer à se détériorer et le taux de chômage pourrait atteindre 15% dans les deux prochaines années.

En avril, le taux de chômage était de 11,9%, à comparer à une moyenne de 10% dans la zone euro.

« Les chiffres de l’emploi en mai, qui montrent une forte hausse du chômage, signifient que le second semestre de l’année sera encore très difficile pour l’économie grecque et en particulier pour les ménages », explique Diego Iscaro, économiste chez IHS Global insight.

Selon la dernière étude de la confédération des ventes au détail ESEE, environ un cinquième des petits magasins du centre d’Athènes ont baissé le rideau à cause de la crise.

Seules les exportations nettes, en amélioration grâce à un euro plus faible et à la reprise de l’économie mondiale, offrent des perspectives plus positives.

L’économie grecque représente environ 240 milliards d’euros, soit 2,5% du PIB global de la zone euro.

FINANCEMENT ONÉREUX

Les inquiétudes suscitées par l’impact du plan de rigueur sur l’économie grecque encouragent toujours le maintien de prix de financement extrêmement élevés pour la Grèce, la différence de rendement exigé par les investisseurs entre les obligations grecques à 10 ans et les Bunds allemands s’établissant à environ 8 points de pourcentage.

Les CDS grecs ont augmenté de 32 points de base (pdb) à 795 pdb jeudi, après publication du PIB.

Cela signifie que le coût de l’assurance à l’exposition des 10 milliards d’euros d’obligations grecques s’élève désormais à 795.000 d’euros par an.

source reuters aout10

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Autre signe du retour de la méfiance envers les pays les plus en difficulté de la zone euro, l’Etat irlandais a dû payer jeudi, lors d’une émission d’obligations à six mois, des taux d’intérêts deux fois supérieurs à ceux pratiqués en juillet. Prise jusqu’à présent comme exemple grâce à son plan de rigueur adopté dès début 2009, Dublin a été victime de rumeurs de marché. Il se dit que la BCE aurait racheté des titres de dette irlandais pour soutenir le pays, rapporte le Financial Times.

Pour Richard Barley du  WSJ : La réaction du marché semble exagérée en Irlande

« Il y a comme un air de déjà vu en Irlande. Les obligations d’Etat à dix ans y affichent un rendement supérieur de 2,88 points de pourcentage aux Bunds allemands, un écart qui n’avait pas été observé depuis juin, quand le marché redoutait un refinancement massif de l’Espagne. Les investisseurs sont préoccupés par l’aide accordée aux banques du pays, leur financement et l’impact massif de cette aide sur le déficit public et la dette. Ces inquiétudes n’ont toutefois pas grand-chose de nouveau. La réaction du marché paraît donc exagérée. 

Il est vrai que les nouvelles de la semaine ne sont pas très bonnes. Bank of Ireland a annoncé une perte au titre du premier semestre et des craintes concernant le financement des banques ont réémergé. La Commission européenne a par ailleurs autorisé de manière provisoire une nouvelle recapitalisation d’Anglo Irish Bank à hauteur de 10 milliards d’euros, ce qui porterait à 24,3 milliards d’euros l’aide totale accordée à la banque irlandaise. Suivant sa méthode de comptabilisation, cette aide pourrait faire exploser le déficit public 2010 au-dessus de 20%. De nouveaux actifs toxiques d’Anglo Irish pourraient affaiblir un peu plus les ratios de dette de l’Irlande, à en juger par la décision d’Eurostat concernant la comptabilisation de la structure de défaisance de l’Allemagne.

 Il a toujours été probable que les banques affichent de mauvais résultats et les craintes à l’égard de leur financement ne sont pas nouvelles. La facture de l’aide publique à Anglo Irish cette année, à 20,3 milliards d’euros, semble énorme – elle représente quelque 12,5% du produit intérieur brut, mais son versement s’étend sur dix à quinze ans, ce qui signifie que les besoins de financement sont étalés. Eurostat pourrait ajouter le total au déficit de cette année, comme l’année dernière, mais il s’agirait d’un élément exceptionnel. Par ailleurs, les gouvernements pourraient réussir à enregistrer une belle amélioration de la valeur des actifs toxiques des banques, ce qui en réduirait l’impact. 

Les craintes récentes du marché pourraient toutefois avoir une explication bien plus simple. L’Irlande prévoit en effet de procéder à une émission obligataire la semaine prochaine, ce qui explique la réticence des investisseurs à acheter maintenant. D’autre part, les taux des Bunds allemands ont baissé, ce qui explique en partie le creusement de l’écart de rendement entre les titres irlandais et allemands. 

Les problèmes auxquels l’Irlande est confrontée sont réels – le pays a besoin de croissance pour faire face au fardeau de la dette. Mais le marché savait déjà ce qu’il en était. L’Irlande a déjà trouvé quelques 85% de ses financements pour 2010 et dispose de 20 milliards d’euros à la banque. A moins de nouveaux chocs, les emprunts d’Etat irlandais devraient progresser une fois que les craintes à l’égard des financements se seront apaisées

CDS : les plus fortes probabilités de défauts et les dégradations récentes les plus importantes au 13 aout10

Highest Default Probabilities
Entity Name Mid Spread CPD (%)
Venezuela 1241.17 57.28
Greece 819.16 49.87
Argentina 832.40 42.80
Ukraine 524.82 30.48
Pakistan 497.60 28.70
Iraq 455.60 27.32
Dubai/Emirate of 462.76 27.30
Illinois/State of 295.70 22.59
Iceland 319.99 22.21
California/State of 281.23 21.92

Sovereign Wideners
Entity Name 5 Yr Mid Change (%) Change (bps) CPD (%)
Venezuela 1241.17 +6.11 +71.46 57.28
Egypt 206.72 +3.16 +6.33 13.48
Estonia 93.11 +1.96 +1.79 6.30
Chile 78.52 +1.57 +1.21 5.38
Ireland 283.29 +1.37 +3.82 21.52
Israel 123.45 +1.22 +1.48 8.29
Greece 819.16 +1.16 +9.37 49.87
Colombia 120.06 +1.12 +1.33 8.07

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