Art de la guerre monétaire et économique

La Chine ne s’est pas éveillée, elle s’est réveillée par Pierre Antoine Delhommais

La Chine ne s’est pas éveillée, elle s’est réveillée par Pierre Antoine Delhommais

Pierre-Antoine Delhommais

Peut-être les grands quotidiens occidentaux devraient-ils très sérieusement songer à délocaliser leur service économique en Asie. Cela rapprocherait leurs journalistes du coeur du réacteur nucléaire de l’économie mondiale. Du lieu où tout se passe, où se construit la croissance, où se décide le niveau des exportations allemandes, où se forment les profits des entreprises du CAC 40. De la région où se creuse le déficit des comptes extérieurs américains et apparaissent les grands déséquilibres monétaires. Là, enfin, où naissent les rumeurs les plus folles.

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 Celle, par exemple, mardi 31 août, qui voulait que le gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, se soit réfugié aux Etats-Unis. Une fuite motivée par sa crainte d’avoir de sérieux ennuis à la suite de pertes colossales – 430 milliards de dollars, excusez du peu – que l’institut d’émission aurait subies sur le marché obligataire américain. Près du cinquième des réserves de changes parties en fumée, cela fait désordre et un beau premier chapitre pour un roman d’espionnage monétaire. Surtout lorsqu’on sait que Zhou Xiaochuan serait accusé par ses adversaires au sein du Parti communiste chinois d’être lié au « gang de Shanghaï », impliqué dans des scandales financiers. Ne manque plus que la « brise de Pékin ». Dieu merci, la rumeur a été démentie, sans quoi la troisième guerre mondiale était proche.

L’Asie est devenue, en Occident, un objet permanent de peurs et de fantasmes économiques. Le Japon, d’abord, et ses mystères : une monnaie plébiscitée mais une Bourse comateuse, une dette publique record mais les taux les plus bas du monde, pas de croissance mais pas de chômage, leader technologique mais en déflation chronique, etc.

La Chine, ensuite, qui effraie par sa puissance. Une chronique entière ne suffirait pas à énumérer son palmarès, pourtant tout récent : premier exportateur mondial, deuxième puissance industrielle, premier marché automobile, premières réserves de changes, quatre des dix plus grosses capitalisations boursières, premier producteur de charbon, d’acier, d’aluminium, de ciment, d’engrais, le taux d’épargne le plus élevé de la planète. On s’arrête là.

Mélangez la deuxième (Chine) à la troisième économie mondiale (Japon), vous avez la « Japachine », l’égal des Etats-Unis et de l’Union européenne si l’on mesure les niveaux de richesse à partir des parités de pouvoir d’achat. Ajoutez-y l’Inde, et vous obtenez la « Japinchine », au premier rang mondial. Une claque pour notre orgueil d’Occidentaux persuadés non seulement de la supériorité définitive de notre civilisation mais aussi de l’efficacité indépassable de notre modèle économique.

Dans son livre Chine ou Japon, quel leader pour l’Asie ? (Presses de Sciences Po, 232 pages, 12 euros), Claude Meyer résume d’une phrase cette grande tectonique des plaques géo-économiques. « Le XIXe siècle fut celui de l’Europe, le XXe celui de l’Amérique, le XXIe sera sans doute celui de l’Asie ou, plus précisément, du retour de l’Asie à la première place qu’elle avait dans l’économie mondiale avant son éclipse au XIXe siècle. »

Il y a douze ans, l’économiste britannique Angus Maddison avait pronostiqué ce bouleversement dans la hiérarchie économique mondiale (« Chinese Economic Performance in the Long Run, 960-2030 », http://www.ocdebookshop.org). Il avait souligné que celui-ci n’était, dans une perspective historique longue, qu’un simple retour à la normale. Ses travaux à l’OCDE avaient fait grincer des dents en Europe et aux Etats-Unis, mais soulevé l’enthousiasme en Asie et notamment à Pékin.

Que disait Maddison ? Tout simplement que, aussi loin qu’on pouvait remonter dans les statistiques, et à l’exception d’une « brève » parenthèse de deux siècles, l’Asie avait toujours été la région économique la plus puissante de la planète et la Chine la première puissance mondiale. En l’an mille, la part de l’Asie dans le PIB mondial était d’environ 70 %, de 65 % en l’an 1500 et de 59 % en 1820. C’est seulement à cette date, parce qu’elle loupe la révolution industrielle et se referme sur elle-même, que l’Asie dégringole dans les classements. Et que la Chine s’effondre : 29 % du PIB mondial en 1820, 14 % en 1880… moins de 5 % en 1950. A cette date, la Chine est le seul pays au monde où le revenu par habitant est inférieur à son niveau de 1500. Puis, après la seconde guerre mondiale, l’Asie redémarre, lentement d’abord, tirée par le Japon, puis de plus en plus vite, depuis trente ans, avec une Chine qui se réveille plus qu’elle ne s’éveille. Et avec une faim de croissance aiguisée par deux cents ans de diète.

La lecture des ouvrages de Maddison procure – un peu, n’exagérons pas – le même genre de sensation qu’offre la contemplation d’un ciel étoilé, une nuit d’été : celle d’une griserie vertigineuse face à l’immensité de l’espace-temps. Quand on est habitué à entendre les économistes parler glissement annuel et tendance trimestrielle, lui raisonne en millénaire. Quand les experts débattent du PIB de tel ou tel pays pour l’année à venir, Maddison reconstitue les évolutions de croissance depuis l’an 1 et pour la planète tout entière. Mais ce « chiffrophile », comme il se désignait lui-même, n’a pas seulement constitué une base de données unique. Il a aussi offert des clés pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de la croissance et l’apport de celle-ci au bien-être. Il a éclairé le phénomène mystérieux qui a voulu que, après quasiment dix-huit siècles de stagnation économique mondiale, le sort matériel de l’humanité se soit tout à coup amélioré, les enfants bénéficiant de conditions de vie meilleures que leurs parents.

Maddison en parlait en connaissance de cause, ayant lui-même fait, pendant son enfance à Newcastle, l’expérience de la misère et vu les sacrifices de ses parents pour qu’il puisse poursuivre des études. Angus Maddison est mort, le 24 avril, à l’Hôpital américain de Neuilly presque dans l’indifférence générale et sans avoir reçu le prix Nobel. Il est vrai que défendre les bienfaits de la croissance est aujourd’hui devenu économiquement très incorrect.

Pierre Delhommais sept10 le monde

Courriel : delhommais@lemonde.fr

EN COMPLEMENT :  La Chine, deuxième grand par Nicolas Baverez 31.08.10 Le Monde

  Cette année restera marquée par l’accession de la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale, loin derrière les Etats-Unis mais devant le Japon. Au deuxième trimestre, le PIB chinois s’est en effet élevé à 1 336 milliards de dollars (1 053 milliards d’euros) contre 1 288 milliards de dollars pour le Japon. L’écart ne manquera pas de s’amplifier avec la divergence des rythmes de croissance entre les deux géants asiatiques (10,3 % contre 0,1 %). 

La grande crise de la mondialisation confirme son rôle d’accélérateur de l’histoire, confortant le basculement du capitalisme universel vers l’Extrême-Orient. D’un côté, le couronnement des « trente prodigieuses » qui ont vu la Chine multiplier par 90 sa production, avec pour symbole Shanghaï, brillant de tous les feux de son Exposition universelle, et qui se prépare à succéder à Londres au XIXe siècle et New York au XXe siècle comme capitale de la mondialisation. De l’autre, le déclin du Japon et de l’Europe, enfermés dans la déflation, le chômage de masse, le surendettement (200 % du PIB pour le Japon et 100 % pour l’Europe) et le vieillissement de leur population. 

Le miracle des « quatre modernisations » lancées par Deng Xiaoping en 1979 fut fondé sur le rétablissement de la propriété privée et la conversion au marché, la production manufacturière pour le consommateur américain et européen, et l’ouverture contrôlée des frontières. Dopées par la non-convertibilité et la sous-évaluation du yuan, les exportations chinoises (36 % du PIB) ont assis leur domination sur le commerce international, supplantant l’Allemagne et favorisant l’accumulation de 2 400 milliards de dollars de réserves de change. 

Parallèlement, la Chine s’est imposée comme la deuxième destination pour les investissements directs (95 milliards de dollars) après les Etats-Unis, tant pour la compétitivité de ses sites de production que pour l’accès à son marché, désormais en tête pour les ventes d’automobiles. Quatre entreprises chinoises (PetroChina, Industrial and Commercial Bank of China, China Mobile et China Construction Bank) figurent désormais dans les dix premiers groupes mondiaux.

Le développement intensif a généré de forts déséquilibres : entre le capital et le travail, comme entre régions et classes sociales (la caste des nouveaux millionnaires et la constitution d’une classe moyenne de 300 millions de personnes dans les régions côtières contrastant avec la misère des campagnes), sans oublier la formation de bulles spéculatives et la dévastation de l’environnement

La poursuite du développement reste ainsi soumise à des défis majeurs : le rééquilibrage du modèle économique vers la consommation intérieure ; l’urbanisation et le vieillissement de la population ; le rattrapage de la frontière technologique ; la lutte contre la corruption et la garantie d’une sécurité juridique minimale ; la maîtrise des tensions entre la dynamique de la mondialisation et le nationalisme économique au service d’une ambition impériale. 

UN PAYS ÉMERGÉ 

Force est de constater que le développement de la Chine témoigne d’une grande stabilité. La qualité du pilotage macroéconomique ne peut manquer d’impressionner. Pour enrayer la menace d’une déflation mondiale, Pékin a initié avec succès le plus vaste plan de relance de la planète, portant sur 40 % du PIB. Le yuan s’est engagé dans une prudente réévaluation, et s’ouvre à des opérations internationales qui constituent une première étape vers sa convertibilité. Surtout, alors que la reprise patine aux Etats-Unis, au Japon et en Europe, la Chine a pris une avance décisive dans la conversion de son modèle. A la suite des mouvements de grève, le salaire minimum a augmenté de près de 20 % en un an, tandis que se systématisent la couverture maladie et la retraite. Les bilans des banques sont en cours de restructuration. La protection de l’environnement est devenue prioritaire, associant la fermeture des installations obsolètes et la conquête d’une position de leader dans les énergies renouvelables. 

En bref, la Chine est un pays émergé et non plus un pays émergent. Le choc que représente sa fulgurante ascension demeure à la fois sans précédent et sous-estimé.

 D’un point de vue économique, son avantage ne se limite pas à la productivité du travail, mais porte aussi sur l’efficacité du capital et la qualité de la recherche. D’un point de vue social, la réduction de la pauvreté au plan mondial s’accompagne de la déstabilisation des classes moyennes et de la montée de l’exclusion dans les pays développés.Du point de vue du développement, une pression croissante est mise sur l’accès aux sources d’énergie et aux matières premières, expliquant les fusions géantes dans le secteur minier. D’un point de vue politique, la Chine reste un pays totalitaire et un empire ayant une conception illimitée de sa souveraineté, adossé à un investissement de défense de plus de 150 milliards de dollars par an. D’un point de vue stratégique, sa prudence va de pair avec sa volonté d’un leadership global. D’un point de vue moral, Pékin entend promouvoir un modèle de capitalisme d’Etat et de société contrôlée. 

Pour toutes ces raisons, le défi chinois est très différent du miracle japonais, qui s’est déployé dans l’orbite américaine et n’a jamais cherché à contester la suprématie de Washington. Face aux Etats-Unis, dont les ambitions sont désormais démesurées par rapport à des moyens minés par leur addiction au crédit et leur surexpansion militaire, face à une Europe impuissante et sans projet, à un Japon stagnant et de plus en plus dépendant de son immense voisin, la Chine ne voit dans son statut de deuxième grand qu’une étape vers la conquête du leadership mondial. Un leadership qu’elle a détenu jusqu’au XVIIIe siècle, mais qui prend une tout autre signification à l’ère de l’histoire universelle et alors qu’elle persiste dans son refus d’acclimater la liberté politique.

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Par Hervé Lievore : La Chine en pleine mue

Le plan de relance chinois de 2009 s’est démarqué de ceux des autres pays à la fois par son ampleur et sa vitesse d’exécution. Stimulée à l’extrême par une forte progression de la masse monétaire, l’économie chinoise a rapidement retrouvé ses taux de croissance d’avant-crise, aggravant en retour les déséquilibres financiers. Pékin a alors fait le choix d’un resserrement monétaire le plus ciblé possible, et cette politique commence à porter ses fruits.

Des la fin 2008, les autorités chinoises ont mis en œuvre un plan de relance dans lequel le crédit bancaire a joué un rôle clé, ce qui distingue la Chine des autres grands pays. Fin 2009, les scénarios inflationnistes ont gagné en crédibilité et ce n’est qu’à partir de 2010 que le marché immobilier a suscité de nouvelles craintes.

Cette chronologie des inquiétudes s’est retrouvée dans les différentes étapes du resserrement monétaire opéré par Pékin, à savoir:

Dans un premier temps, la banque centrale s’est contentée de contraindre la liquidité bancaire par des relèvements du taux des réserves obligatoires. Ensuite, les autorités se sont concentrées sur l’immobilier, à la fois en pesant sur la demande de logement et en favorisant l’offre.

Contrairement à ce qui s’était passé lors du resserrement de 2006-2008, l’arme des taux directeurs n’a pas été utilisée.

Dans le même ordre d’idées, la décision d’assouplir la politique de change a été retardée autant que possible (la volatilité de l’euro au 2e trimestre ayant été un alibi fort utile) et la stabilisation du yuan par rapport au dollar depuis le 9 août laisse penser que l’état d’esprit des dirigeants chinois n’a guère changé.

La principale manifestation du resserrement porte sur le crédit. Les statistiques officielles montrent que, après un dérapage en janvier, les nouveaux crédits sont désormais en ligne avec l’objectif fixé par le régulateur bancaire pour l’ensemble de l’année. On ne peut pourtant pas dire que cet objectif soit restrictif. Certes, il est inférieur à celui de 2009, mais il reste bien supérieur à celui de 2008. De plus, les agences de notation (notamment S & P et Fitch) ont alerté les marchés sur la hausse sensible des opérations de titrisation par les banques chinoises, qui ont pour conséquence de sortir des comptes des volumes importants de nouveaux crédits (ces opérations auraient représenté 28% des nouveaux crédits officiellement reconnus par les banques, selon Fitch).

Les dangers de la finance chinoise

Malgré le caractère très relatif du resserrement opéré par Pékin, l’économie réelle semble marquer le pas. Le ralentissement touche l’ensemble de l’économie chinoise. Selon nos estimations, la variation trimestrielle annualisée du PIB a atteint 7,9% au 2e trimestre, contre 11,6% au 1er trimestre. Ce taux de 8% est un signal d’alarme car, historiquement, il correspond au rythme en deçà duquel les créations d’emplois sont insuffisantes pour stabiliser le taux de chômage. Les autorités devraient donc s’accorder un délai d’observation, afin de déterminer s’il convient de resserrer davantage.

Le formidable rattrapage de l’économie chinoise au cours des trois dernières décennies n’est pas sans précédents. Schématiquement, cette croissance de rattrapage s’appuie sur l’intégration au commerce mondial et sur les transferts de main-d’œuvre vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée (de l’agriculture vers l’industrie ou les services), avec à la clé une forte croissance urbaine.

En termes de demande, l’investissement et le commerce extérieur ont joué et jouent encore un rôle central dans ce rattrapage. En ce qui concerne l’investissement, a priori, la Chine ne peut pas durablement consacrer près de 40% de son PIB à accumuler du capital. Néanmoins, compte tenu des barrières aux sorties de capitaux, le coût du capital reste faible en Chine, et la baisse de la rentabilité marginale du capital ne pourra suffire à freiner l’effort d’investissement. Les autorités chinoises continueront d’utiliser l’investissement public dans le cadre de leur stratégie de développement.

Fin de l’époque bénie

Du côté du commerce extérieur, les quinze dernières années ont vu la réintégration de la Chine dans les échanges mondiaux, après des décennies de politiques d’autarcie. La part de marché de la Chine a considérablement progressé entre1995 et2010, contribuant à l’accélération de la croissance du PIB chinois. Cette époque bénie arrive à son terme pour au moins deux raisons. D’une part, le commerce mondial pourrait croître moins rapidement qu’avant crise en l’absence du soutien de la dette à la demande finale des pays développés. D’autre part, le taux de change effectif du renminbi continuera de s’apprécier.

Les autorités chinoises ont conscience des limites de ce modèle et cherchent depuis plusieurs années à favoriser la consommation privée. Mais cette politique butte sur deux écueils: la répartition très inégalitaire des revenus et une forte propension à épargner. Des politiques plus redistributives et le renforcement de la protection sociale permettraient d’y parvenir, mais les effets seront longs à se matérialiser. Dans l’immédiat, elle ne saurait suffire à maintenir une croissance à deux chiffres.

La Chine semble s’orienter vers une moindre croissance à moyen terme (entre 7 et 9%), qui favorisera les services, davantage créateurs d’emplois que l’industrie.

Hervé Lievore est stratégiste chez Axa IM aout10

COMMENTAIRE DU WOLF

  La croissance des exportations chinoises devrait ralentir, avec la baisse des dépenses publiques dans les marchés d’exportation. Comment le gouvernement pourra t’il maintenir le taux de 8 % de croissance du PIB ? Etant donné les surcapacités de nombreux secteurs industriels, la croissance des investissements risque d’être faible et nécessiter en contrepartie une hausse soutenue de la consommation. L’Etat a promis de dépenser davantage dans l’éducation, la santé, la sécurité sociale et les retraites, ce qui devrait permettre de réduire le besoin d’épargne de précaution et gonfler le revenu disponible des ménages. Par ailleurs, les tensions sur le marché du travail poussent à un relèvement des salaires : le revenu par habitant a progressé de 10,2 % en rythme annualisé au 1ersemestre 2010. Il est cependant trop tôt pour affirmer que la transition sera sans heurts, et les revenus des secteurs exportateurs sont vulnérables.


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