Behaviorisme et Finance Comportementale

Eloge de la patience économique par Henri Schwamm

Eloge de la patience économique par Henri Schwamm

L’impatience est-elle à la source des catastrophes financières comme celle que le monde a connu récemment?

PLUS DE SCHWAMM EN SUIVANT :

Un instant de patience peut prévenir un grand désastre, un instant d’impatience peut ruiner une vie entière, dit un proverbe chinois.

 Andrew Haldane, directeur exécutif responsable de la stabilité financière à la Banque d’Angleterre, l’a mis en exergue à la conférence qu’il a prononcée à Pékin devant l’Oxford China Business Forum sur le thème: «Patience et Finance».

L’observation des systèmes économiques et financiers à travers les âges montre que coexistent chez l’homme deux profils d’évolution génétique.

 Le premier est à base de patience. Il facilite la décision et en améliore la qualité. Il incite les ménages à épargner, ce qui permet de financer les investissements des entreprises. Il libère la croissance économique.

 Le second se nourrit d’impatience. Il génère des achats et reventes fréquents et rapides. Il emprunte beaucoup au point de devenir dépendant envers le crédit comme on est dépendant envers une drogue. Il apprécie les gains immédiats. Il favorise le sous-investissement.

Dans sa théorie des sentiments moraux (1759), Adam Smith précise déjà que tout être humain a des gènes de patience et d’impatience. Il se comporte tantôt comme un patient «aménageur» et tantôt comme un «opérateur» impatient. La patience est contagieuse, l’impatience est infectieuse.

Bruno Colmant : Adam Smith et les mains hasardeuses du temps

Pour sa part, Andrew Haldane distingue trois catégories d’investisseur:

 1) le spéculateur à court terme qui a l’instinct grégaire: il achète quand les titres montent et vend quand ils baissent;

2) l’investisseur à long terme qui investit dans des secteurs où les prix correspondent aux fondamentaux;

3) l’investisseur sans expérience qui peut imiter soit le spéculateur, soit l’investisseur à long terme.

Le dualisme est omniprésent en économie financière. L’information, la liquidité ou l’innovation sont des armes à double tranchant. L’information est la solution et le problème. La liquidité est un remède et un fléau. L’innovation financière peut être bonne ou mauvaise. Les investisseurs sont tour à tour tempérants et dépendants. Le monde dans lequel nous vivons est structurellement schizophrénique. Quel gène domine en pratique la finance? La mauvaise monnaie chasse-t-elle la bonne ou le contraire est-il vrai?

Si les marchés étaient efficients, les prix des actifs reflèteraient les fondamentaux. Ce qui indirectement plaiderait contre l’impatience qui tend en permanence à faire dévier les prix de l’équilibre. De fait, la finance empirique est pleine de puzzles, c’est-à-dire de situations qui s’écartent de l’efficience des marchés. Beaucoup de ces puzzles s’expliquent par l’impatience des opérateurs.

Les HFT (high-frequency traders) sont les prototypes de la finance instantanée qui opèrent aujourd’hui en l’espace de micro-secondes et qui, grâce au progrès technique, le feront demain en nano-secondes. Les HFT effectuent plus de 70% du volume de transactions en titres américains, 40% des instruments financiers US à terme (US futures) et 20% des options US. En Europe, ils réalisent entre 30 et 40% des transactions en actions et en instruments financiers à terme. En Chine, les HFT en sont encore à leurs débuts.

Le monde impatient que symbolisent les HFT vit continuellement sous tension aiguë et dans une incertitude croissante.

Rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension fulgurante des «traders à haute fréquence»

Conséquence: il est de plus en plus vulnérable.

le « Flash Crash » du 6 mai à Wall Street pourrait se reproduire n’importe quand

 La patience devrait reprendre le dessus si l’on veut éviter des catastrophes financières comme celle que le monde a récemment connue. Pour y parvenir, estime Andrew Haldane en recourant à une métaphore, les doigts nerveux de la « main invisible « auront besoin d’un bras solide.

HENRI SCHWAMM  Université de Genève sep10

BILLET PRECEDENT :  L’idiot du village global par Henri Schwamm

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : Marchés : La tyrannie du court terme

Bruno Colmant : Sur le court-termisme boursier

Laisser un commentaire