Douce France

Douce France/Retraite : Beaucoup de bruit pour une réforme a minima par Nicolas Baverez

Douce France/retraite Beaucoup de bruit pour une réforme a minima par Nicolas Baverez

         Le projet de réforme des retraites est un pas supplémentaire dans la bonne direction. La condition première d’un régime de répartition est l’équilibre financier, sans lequel il devient une arme de spoliation massive contre les générations futures. Le report progressif à 62 ans de l’âge légal de la retraite et à 67 ans de l’âge requis pour une pension complète permet de réduire le déficit du régime vieillesse, que la crise a porté à 32 milliards d’euros, soit 10 % des pensions versées. D’un point de vue économique, il évite de pénaliser l’emploi et la compétitivité par des charges accrues sur le travail et les entreprises. Du point de vue de l’équité, il rapproche les conditions offertes aux fonctionnaires de celles des salariés du secteur privé (le taux de remplacement est de 69 % pour les premiers, contre 53 % pour les seconds). La réforme mérite donc d’être soutenue.

PLUS/MOINS DE RETRAITE EN SUIVANT :

Pour autant, elle est très loin de résoudre le problème.

 Après les mesures annoncées sur les carrières longues, les métiers pénibles et les polypensionnés, elle ne réduit en effet que de 25 milliards les 42 milliards d’euros de déficit à l’horizon 2018 (soit 60 %). Elle ne demande aucun effort aux retraités, grands vainqueurs de la lutte des âges avec un pouvoir d’achat supérieur de 4 % à celui des actifs et la possession de 80 % du patrimoine des ménages. Elle épargne les régimes spéciaux, dont les bénéficiaires cessent leur activité entre 52 et 55 ans avec des pensions très confortables.

 Le recul de l’âge légal de la retraite à 62 ans, s’il casse le tabou des 60 ans, reste très inférieur aux dispositions qui prévalent en Europe, où il s’établit entre 65 et 68 ans, notamment en Allemagne, où l’âge effectif de départ est de 63 ans. Purement techniques, les mesures arrêtées excluent tout changement structurel, tels le passage à une retraite par points ou la fusion des régimes qui sont au coeur des réformes engagées avec succès en Suède et en Allemagne.

Les enjeux ,principaux points, chronologie et comparatifs européens de la réforme des retraites en France

Le contraste est donc total entre la modestie de la réforme et le tohu-bohu politique qu’elle engendre. De nouveau apparaît, comme en 1995, la tentation de la radicalisation. Elle témoigne de l’immaturité de la démocratie française, incapable de construire des compromis politiques et sociaux. D’un côté, une majorité qui a érigé un projet technique en enjeu politique national. De l’autre, une opposition qui s’enferme dans la démagogie avec la défense intransigeante de la retraite à 60 ans et des syndicats qui privilégient leurs clientèles de fonctionnaires et retraités au détriment des salariés du secteur privé et des jeunes. Un calendrier démesurément étiré pour un objectif modeste et la crise ouverte par l’affaire Bettencourt ont retourné le pari de la politisation de la question des retraites contre ses auteurs. L’opposition retrouve une certaine unité quand la majorité se divise. L’opinion soutient de plus en plus les manifestants et de moins en moins la réforme. A tous égards, il est grand temps d’en finir.

Sous la réforme inachevée des retraites pointe la crise de l’Etat providence. Instauré en 1945 pour éradiquer le chômage et la misère de masse des années 30, l’Etat providence s’est développé jusqu’à redistribuer plus de 35 % du PIB. Il joue aujourd’hui contre la solidarité, par l’opacité de ses transferts et son incapacité à lutter contre les nouveaux fléaux sociaux : exclusion, ghettoïsation, déscolarisation. Contre l’économie, en minant la croissance et en pérennisant le chômage de masse en raison de la surréglementation et du coût du travail. Contre l’Etat, en alimentant la spirale des déficits et des dettes publics et en asséchant les dépenses productives. Ces raisons ont poussé le Canada, l’Allemagne ou la Suède à refonder leur protection sociale pour l’adapter à la mondialisation et la recentrer sur les nouveaux risques sociaux. De tous les pays développés, la France est celui où la modernisation du modèle social est à la fois la plus impérative et la moins avancée.

L’État providence a-t-il un avenir? par Nicolas Baverez

L’interminable chronique d’un remaniement annoncé doit déboucher sur le choix clair de renouer avec la modernisation interrompue par la crise. L’insécurité doit être énergiquement combattue dans le cadre de l’Etat de droit. Mais elle reste une conséquence de la crise économique et sociale qui se trouve au principe du déclin de la France. Il n’existe plus d’échappatoire à la rigueur, compte tenu de la menace que représente la dette pour les finances publiques, pour l’activité et pour l’indépendance de la nation. Mais elle doit s’inscrire dans une stratégie de long terme au service de la croissance et des libertés. La France s’est engagée une nouvelle fois dans une reprise à crédit insoutenable, générant 1,5 % de croissance et 9,5 % de chômage à partir de 8 % de déficit. Si l’économie mondiale a été bouleversée entre 2007 et 2010, la sortie de crise reste indissociable de notre adaptation à la mondialisation. Le temps n’est plus aux stratégies de contournement ou d’évitement, mais à des priorités nettement affirmées et assumées. Il n’est plus aux mesures correctives, mais aux changements structurels

Nicolas Baverez le point sep10 

BILLET PRECEDENT : L’Amérique, un déclin relatif par Nicolas Baverez

EN COMPLEMENT : Des ravages de la dépense publique par Nicolas Lecaussin

Invité à un séminaire sur la dépense publique qui s’est tenu à Bucarest, j’ai pu constater comment les politiques roumains ont pu gâcher l’extraordinaire croissance qu’a connue le pays depuis 2004. Avec une hausse moyenne du PIB qui n’a rien eu à envier à celui de la Chine, la Roumanie, en instaurant aussi la flat tax à 16 %, a été le pays avec le plus fort taux de croissance en Europe entre 2004 et 2008. La crise économique l’a néanmoins frappé de plein fouet et le PIB du pays a chuté encore plus fort que dans les autres Etats de la région. Les causes ? Pendant toutes ces années de rentrées fiscales sans précédent, les politiques s’en sont mis plein les poches et en ont fait profiter une partie de l’électorat. Les dépenses publiques ont doublé en volume, le nombre de fonctionnaires et d’agents publics a été multiplié par deux (aujourd’hui, 30 % de la population travaille pour l’Etat !). En même temps, les salaires dans le public ont été augmentés de 130 % en un trimestre seulement ! Des richesses vendangées par l’incurie des politiques…

 C’est l’Etat qui vit au-dessus des moyens des Français

Voilà des années que les politiques nous servent la même salade : « La France vit au-dessus de ses moyens ». Il faut faire des économies. Et pour cela, « tous les ménages, y compris les plus aisés, devront faire un effort », a martelé Madame le Ministre de l’Economie dans une interview radio. Madame Lagarde a précisé que les particuliers paieront 4 Mds d’euros d’impôts supplémentaires (suppression des niches et augmentation de certains prélèvements sociaux),  et les entreprises environ 6 Mds d’euros à travers une diminution des allègements de charges, une hausse des taxes sur les banques,  les assurances et les complémentaires.

Pour ce qui est du budget de la Sécu, là-aussi, les Français seront mis à contribution à travers des baisses du taux de remboursement des médicaments, une hausse du ticket modérateur hospitalier. Plusieurs mesures devront être appliquées par les médecins qui auront moins de liberté dans leurs prescriptions. Ce sont donc les Français qui paient l’addition.

Douce France/Budget de la Sécu : les assurés vont payer

Mais les politiques se trompent, et trompent les Français en laissant entendre que les Français sont coupables d’excès et doivent être punis : c’est bien l’Etat qui est endetté et qui vit au-dessus de ses moyens, pas les Français. C’est à lui de se réformer et ce sont les dépenses publiques qui doivent baisser. C’est ce qui se passe dans les autres pays européens : en Suède, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Irlande, en Espagne, même en Grèce, des mesures d’économies ont été adoptées (ou accélérées avec la crise). En France, on se contente de mesurettes sans aucune conséquence significative sur le budget de l’Etat.

Dépenses de personnel de l’Etat : + 0.5 %

Prenons l’exemple de la baisse du nombre de fonctionnaires dont se targue le gouvernement depuis trois ans. En 2009, environ 25 000 postes de fonctionnaires ont été supprimées. Ceci représente 0.3 % du nombre total de fonctionnaires. C’est très peu mais c’est déjà une baisse. Pourtant, à y regarder de plus près, les dépenses de personnel de l’Etat (LFI 2009) ont augmenté de 800 millions entre 2008 et 2009. Il s’agit d’une hausse de 0.5 % de la masse salariale. L’explication est simple. En contrepartie de la suppression des postes, le gouvernement avait promis une hausse du pouvoir d’achat des agents à travers des primes qui ont été supérieures aux économies souhaitées. Ces primes ont été accordées suite aux négociations avec les syndicats en octobre 2008.

En plus de ces primes, les hausses des salaires des fonctionnaires sont automatiques (ancienneté) et se situent entre 2 et 3% par an. Contrairement à d’autres pays où les salaires ont été gelés, les syndicats français ne veulent même pas en entendre parler, et le gouvernement n’ose pas toucher à la sacro-sainte augmentation annuelle.

A la Sécu, les absents ont toujours raison

Pour ce qui est de la Sécurité sociale, le dernier (septembre 2010) rapport de la Cour des Comptes pointe un taux d’absentéisme complètement « atypique » par rapport aux autres salariés français. Les motifs d’absence ne sont pas publiés et le taux est de 129% plus élevé que dans le secteur privé. Ceci équivaut à une moyenne de … 3 semaines de vacances supplémentaires par an avec une compensation salariale complète. Des économies de plusieurs milliards pourraient être réalisées en y remédiant…

C’est bien l’Etat et ses administrations qui vivent au-dessus des moyens des Français…

Réforme, manifs, grèves : inconscience et faux-semblants

Tout a l’air faux dans cette histoire des retraites. D’abord la réforme qui est une fausse réforme des retraites car elle ne résoudra pas le problème ; ensuite les grèves organisées par les syndicats dont les leaders sont fonctionnaires ou agents publics et qui vivent de l’argent des contribuables ensuite les manifs auxquelles participent les étudiants et les lycéens dont la place est dans les salles d’étude ou les bibliothèques et non pas dans la rue. Savent-ils ce que c’est que protester et manifester dans une société muselée et opprimée ? Savent-ils qui a été Jan Palach, l’étudiant qui a donné sa vie pour la Liberté ?Que peuvent comprendre ces jeunes à un système que même les spécialistes ont du mal à maîtriser ? Je comprendrais à la rigueur s’ils allaient manifester en apprenant que 25 % de leur future paye est utilisé pour payer les pensions des retraités et que ce quart ne suffit plus. Et comment qualifier le comportement des leaders de l’opposition qui mettent de l’huile sur le feu ? Pour ce qui est de Ségolène Royal qui demande aux lycéens de manifester, son attitude devrait amener le gouvernement à porter plainte contre elle. Imaginez-vous ce qui se serait passé si on avait eu affaire à une vraie réforme des retraites ?

Nicolas Lecaussin , directeur du développement de l’IREF sep/oct 10

3 réponses »

  1. (le taux de remplacement est de 69 % pour les premiers, contre 53 % pour les seconds). La réforme mérite donc d’être soutenue.

    Encore faut il savoir ce que recouvre le taux de remplacement, doit on aussi compter les caisses complémentaires dans les 53% ou s’agit il du seul régime sécu de base limité à 50% du plafond, les caisses complémentaires venant en complément comme leurs noms l’indique.

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  2. Nicolas Baverez explique l’insécurité par la crise économique et sociale, sans mentionner ses composantes ethnique et de plus en plus religieuse. Cela est affligeant de cécité, ou de lâcheté. Ce discours « politiquement correct » sert de base à toutes les politiques « sécuritaires » depuis 20 ans. Avec les résultats que l’on connait. Peu de chance de résoudre un problème si certaines données ne sont pas prises en compte…

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