Behaviorisme et Finance Comportementale

Les sept pêcheurs capitaux de Wall Street

Les sept pêcheurs capitaux de Wall Street

Cedric Mnich est un artiste de 38 ans qui a travaillé dans la finance jusqu’au début des années 2000. Cette expérience professionnelle et son goût pour le dessin l’a conduit à développer ce qu’il appelle le TradeArt et le Money Art.

 Il détourne notamment les courbes, graphes et tabelles de chiffres qui font le quotidien des traders.

On lui doit notamment une série de billets de banque américains avec des photos d’acteurs du monde de la finance ayant fait la une de la presse. Ces faux dollars arborent une utile mention «Les billets de Money Art n’ont pas de cours légal et ne peuvent être utilisés comme moyen de paiement dans aucun pays. Leur seul but est d’amuser les collectionneurs».

PLUS DE MONEY ART EN SUIVANT :

Dans une récente série de portraits intitulée «Les sept pêchés du capital», il fustige, selon ses termes, «les excès de la finance en se recentrant sur les financiers qui ont été dans l’œil du cyclone.»

La colère est incarnée par Richard Fuld, emblématique CEO de Lehman Brothers surnommé « le gorille « et réputé pour ses sautes d’humeur, jusque dans les interrogatoires menés après la faillite de la banque.

Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - La Colère ou Richard Fuld, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009 

 Lehman Brothers a connu une faillite retentissante après avoir annoncé 7 milliards de pertes et se déclarer insolvable en septembre 2008. Cette faillite a marqué un jalon capital dans la crise financière et précipité le système financier au bord du gouffre dans une crise internationale de grande ampleur, par le jeu de l’interdépendance des acteurs. Mais Richard Fuld s’en sort bien… Sa fortune personnelle est estimée à plus de 500 millions de dollars, amassés en 10 ans à la tête de Lehman Brothers. Les amateurs d’art contemporain noteront avec amusement ou intérêt que la faillite de Lehman Brothers fut annoncée le jour de la vente aux enchères historique de l’artiste Damien Hirst qui court-circuita avec Sotheby’s les galeries d’art, vente dont le clou fut un spectaculaire veau d’or…

Richard Fuld, surnommé « le gorille » et réputé pour ses colères, lorsqu’il fut interrogé par la commission d’enquête du Congrès américain sur sa fortune personnelle amassée chez Lehman Brothers estimée à 480 millions de dollars, eut l’aplomb de répondre qu’il n’était pas tout à fait d’accord avec ce chiffre en corrigeant ce montant de moitié et en répliquant qu’il se portait bien quand la compagnie gagnait de l’argent et gagnait moins quand la compagnie en gagnait moins…Lehman Brothers avança de plusieurs mois la distribution de bonus à ses cadres dirigeants peu de temps avant l’annonce de sa faillite et après celle-ci, Richard Fuld vendit sa villa de Floride (estimée 4 ans plus tôt à plus de 13 millions de dollars) à sa femme, pour la modique somme de 100 dollars, afin de protéger son patrimoine d’éventuelles poursuites…” 

La paresse est associée à Christopher Cox, qui a été à la tête de la SEC d’août 2005 à janvier 2009.
 
Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - La Paresse ou Christopher Cox, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009 

Christopher Cox. C. Cox a été à la tête de la SEC (Securities Exchange Commission) d’août 2005 à janvier 2009, puissant organe de contrôle et de régulation des bourses américaines (l’équivalent de notre AMF, Autorité des Marchés Financiers, ex- COB Commission des Opérations de Bourse) qu’on peut comparer à un gendarme de la bourse. Dès 2004, la SEC a permis à quelques banques d’investissement majeures de Wall Street d’emprunter de l’argent plus que de raison, au-delà même de ce qu’elles pouvaient rembourser. C’est l’effet de levier.

Si Cox n’était pas président à cette époque, il a hérité des conséquences de cette mesure.

Un expert économique, John Coffee de la Columbia University, estime qu’aucune action n’a été entreprise par la SEC alors meme que des signaux d’alarme retentissaient clairement depuis 2007.

C. Cox et plus largement la SEC ont été assez violemment mis en cause, notamment par le candidat John McCain lors des élections présidentielles pour leur manque de vigilance ayant conduit aux excès qui ont débouché sur la crise financière ou sur la légèreté avec laquelle de nombreux avertissements ont été ignorés quant à l’opacité des opérations de Bernard Madoff. En effet, intrigué par les taux de profit proposés par Madoff, Harry Markopolos, un de ses concurrents, avait alerté dès 1999 par écrit la SEC, et concluait en 2005 : « Le plus grand hedge fund du monde est une escroquerie ». Sans réaction ou enquête approfondie de la SEC…”  

Henry Paulson incarne, lui, l’orgueil, considéré comme le péché le plus sérieux.
 
Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - L’Orgueil ou Henry Paulson, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009  

Henry Paulson est issu du sérail financier puisqu’il a été PDG de Goldman Sachs.

En 2004, à la demande des banques ’investissement principales de Wall Street, dont Goldman Sachs alors dirigée par Henry Paulson, la SEC a accepté à l’unanimité de

dégager celles-ci de la règle du Capital Net, un prérequis demandant que leur activité de courtage ait le capital de réserve nécessaire pour limiter leur effet de levier et leur exposition au risque. La SEC démantela ensuite un bureau de gestion du risque qui avait pour mission de surveiller les signes avant-coureurs de problèmes futurs.

Nommé à la tête du Trésor par Bush en 2006, Paulson s’est retrouvé à la tête du plan de sauvegarde des établissements bancaires américains en 2008. Des doutes ont été émis sur d’éventuels conflits d’intérêt du fait de son passé à la tête de Goldman Sachs avec le risque d’allouer un traitement de faveur à son ex-firme. L’ancienne rivalité entre Goldamn

Sachs et Lehman Brothers a également conduit certains observateurs à émettre l’hypothèse que Lehman Brothers aurait été sciemment laissé à sa sombre destinée de faillite en septembre 2008 ; libérant ainsi Goldman Sachs de son principal rival sur les marchés…”

  C’est Bernard Madoff qui symbolise la luxure.

 
Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - La Luxure ou Bernard Madoff, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009  
 
Bernard L. Madoff Investment Securities LLC devint l’une des principales sociétés d’investissements à Wall Street. Madoff dont la société fut l’une des cinq sociétés les plus actives dans le développement du Nasdaq, fut de 1990 à 1993 le président du Nasdaq. Il apparut comme un innovateur dans la bourse électronique.

 B. Madoff se serait ainsi servi de sa notoriété pour monter un fonds d’investissement spéculatif géré de manière très discrète par une société parallèle qu’il avait créée. Ce fonds ne gérait des placements que pour 11 à 25 clients selon la SEC, pour un montant de 17 milliards USD. Ces clients étaient des banques, des fonds et de grosses fortunes personnelles auxquelles il en était arrivé à offrir un taux de profit de 17 % (dix-sept pour cent) par an. Parmi ces investisseurs, on trouve de nombreuses banques internationales, y compris françaises, mais aussi des personnalités influentes, des stars du cinéma ou des fonds caritatifs des communautés juives. De nombreux investisseurs ont parfois perdu les économies de toute une vie, placées dans des fonds d’investissement parfois indirectement investis chez Madoff.

Intrigué par les taux de profit proposés par Madoff, Harry Markopolos , un de ses concurrents, avait alerté dès 1999 par écrit la SEC, et concluait en 2005 : « Le plus grand hedge fund du monde est une escroquerie ». Le fonds ayant accumulé d’énormes pertes, Madoff aurait alors monté un système de cavalerie ou vente pyramidale où il payait les intérêts des premiers investisseurs avec le capital apporté par les derniers entrés. Suite à la chute des marchés financiers fin 2008, certains clients ont souhaité retirer leurs fonds, faisant alors s’écrouler le système. « Début décembre 2008, il devait faire face à des retraits de 7 milliards de dollars, alors qu’il disposait de moins de 1 milliard en banque ».

La SEC craignait que l’ensemble des actifs financiers du fonds ne soient en réalité fictifs et que la fraude n’avoisine les 50 milliards USD, ce qui en ferait la plus grande fraude réalisée par un seul homme.

Bernard Madoff qui menait grand train, a été condamné à 150 ans de prison ferme et destitué de toute sa fortune, considérable (bijoux, jet privé, yacht, résidences secondaires…) pour rembourser partiellement les investisseurs floués.”

L’avarice revient à Lloyd Blankfein, CEO de Goldman Sachs qui, après avoir manœuvré pour bénéficier du sauvetage financier au détriment de son concurrent Lehman Brothers serait aujourd’hui en train de noyauter le gouvernement US à son profit, selon l’artiste.

Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - La Cupidité ou Lloyd Blankfein, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009
 

Dans la deuxième partie de l’année 2007, Goldman Sachs est l’une des seules entreprises dans le domaine financier à ne pas avoir perdu d’argent en anticipant la crise des subprimes.

A la vue d’éléments troublants certains n’hésitent pas à penser que des actions internet à la hausse du pétrole, Goldman Sachs a organisé toutes les grandes manipulations des marchés depuis la Grande Dépression de 1929 ; Goldman Sachs pourrait s’apparenter à une « machine à provoquer des bulles », accusation portée dans le magazine américain Rolling Stone en date de juillet 2009 par l’écrivain politique Matt Taibbi.

La banque d’affaires, néanmoins rattrapée par la crise des subprimes en 2008, bénéficie alors d’un changement de statut afin de bénéficier du programme fédéral d’aide financière aux banques débloqué par Henry Paulson. Henry Paulson étant l’ancien PDG de la banque Goldman Sachs, des critiques s’émeuvent de ces conflits d’intérêts possibles stipulant que la firme tire bon partie du plan Paulson (cela la sauve) et certainement meilleur partie que les autres compagnies, notamment le fait que l’un des vrais concurrents de Goldman Sachs, Lehman Brothers, ait été écarté du sauvetage et laissé en proie à sa faillite. Goldman Sachs est aujourd’hui accusé de noyauter le gouvernement américain (pas moins de 8 anciens de Goldman Sachs occupent des postes clés dans les institutions américaines). 

Le 23 novembre 2009 le quotidien Les Echos commençait un article sur Goldman Sachs ainsi : « Opinion publique ulcérée, pression des actionnaires, Goldman Sachs doit faire face à un maelström sans pré­cédent. Entre les manifestations ­organisées sous ses fenêtres à Washington par des syndicats qui lui reprochent ses liens trop serrés avec le gouvernement, les articles de presse insultants (le fameux numéro de “Rolling Stones” assimilant la banque à un poulpe géant), la dérision ou la colère qui imprègnent désormais tout commentaire sur la voracité de la banque avec ses milliards de bonus et les maladresses de langage de son patron – Lloyd Blankfein a assuré que Goldman Sachs “faisait le travail de Dieu” -, l’image du roi de Wall Street est passablement ternie. » 

Blankfein a touché un total de 53 millions de dollars in 2006, faisant de lui l’un des patrons les mieux payés de Wall Street. En 2007, sa compensation de 53 millions de dollars, bonus inclus, reflétait la performance de Goldman Sachs, qui rapporta un benefice net de 9.5 milliards de dolars. En 2009, la banque a provisionné 16,7 milliards de dollars pour rémunérer ses salariés.”

La gourmandise sied à Angelo Mozilo, l’un des fondateurs de Countrywide Financial.
 
Cédric Mnich, Les 7 péchés du Capital - La Gourmandise ou Angelo Mozilo, digigraphie sur papier aquarelle 190 grammes, 10 ex + 1 AP, 2009 
 Cette société est réputée pour ses prêts hypothécaires et tout particulièrement dans le subprime qui est devenu sa spécialité. Mozilo est tenu pour responsable d’avoir poussé des familles aux revenus modestes à acheter des maisons dont il savait qu’elles ne pourraient jamais se le permettre financièrement. En effet, la plupart ne le pouvaient pas et ne comprenaient même pas les prêts auxquels ils souscrivaient. 

Countrywide est à l’origine de l’émission de prêts subprime pour un montant de 120 milliards de dollars (en seulement 3 ans). Interrogé par les hautes instances américaines, Mozilo accusa la perte de valeur des maisons et les pertes d’emplois qu’il rendit responsable du flot incessant de saisie immobilières (les «foreclosures »). Il assure avoir aidé les administrations Clinton puis Bush à permettre aux foyers américains les moins fortunés d’accéder au rêve américain de la propriété. Mais Mozilo a tiré un profit substantiel de ce marché, au long de sa carrière d’abord en amassant une fortune estimée à 470 millions de dollars puis à sa retraite après le rachat de Countrywide par Bank of America (qui a aussitôt cessé les prêts subprime) en partant avec un chèque de 48 millions de dollars. La société qu’il a créé est aujourd’hui tenue responsable de milliards de dollars de défauts de paiement sur les crédits immobiliers, à l’origine de l’effondrement du système bancaire. Angelo Mozilo est en outre poursuivi pour délit d’initié et fraude boursière.”

  
L’envie, enfin, serait le péché de Jérôme Kerviel.
 
 envy
 
 Jérôme Kerviel, hier anonyme, est aujourd’hui célèbre pour avoir pris des positions de trading excessivement spéculatives et dissimulées aux yeux de sa hiérarchie pour un montant estimé à 50 milliards d’euros, soit plus que les fonds propres de la banque l’employant, la Société Générale. Débouclées en catastrophe au pire moment dans la tourmente financière et dans le plus grand secret, ses positions spéculatives ont provoqué une perte de 4,9 milliards d’euros et failli causer la faillite de banque française.Interrogé sur ses motivations, Jérôme Kerviel a déclaré vouloir simplement faire gagner beaucoup d’argent à son employeur. L’appât du gain, au travers des célèbres bonus indexés sur la performance des traders est supposée être également une motivation première, les traders se mesurant les uns aux autres par l’importance de leurs bonus.

Jérôme Kerviel est également soupçonné, bien qu’il s’en défende, d’avoir vécu comme une humiliation quotidienne de ne pas être issu de la Voie Royale (grandes écoles Polytechnique, Mines…) empruntée par les autres traders là où lui ne détenait qu’un simple 3e cycle de finance et gravi les différents échelons un par un et aurait voulu démontrer qu’il valait mieux qu’eux. Jérôme Kerviel est aujourd’hui poursuivi par son ancien employeur et ne s’est jamais enrichi au travers de ses activités frauduleuses. Son bonus qui lui était dû, d’un montant de 300.000 euros, ne lui a jamais été versé du fait de ses malversations. Jérôme Kerviel se défend en argumentant que son employeur avait connaissance de ses activités et fermait les yeux tant que son activité était rentable.”

 Collection complète sur: http://www.cedricmnich.com/blog

EN BANDE SON :

 

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