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Dette des Etats : la responsabilité et (l’in)compétence des Politiques pleinement engagées

Dette des Etats : la responsabilité et (l’in)compétence des Politiques pleinement engagées 

La crise globale explique à peine 7% des risques de défaut des pays

Les taux d’intérêt ne cessent de grimper dans les pays périphériques de l’Eurozone, 12,5% pour la Grèce, 9,5% l’Irlande, 8,6% le Portugal. Des niveaux prohibitifs. Le Portugal confirme la règle qui veut qu’au-delà d’un Taux d’emprunt à 10ans  de 7,5% la mise sur pied du plan de sauvetage européen n’est plus qu’une question de semaines. En vertu du prix du CDS (569), sa probabilité de défaut est de 39,5% dans les cinq ans. Qui sera le prochain candidat? L’Espagne? Sa probabilité de défaut est de 18%.

Credit Default Swap Spreads

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Espagne

 Son déficit public a dépassé les 9% en 2010 et le fardeau des intérêts de la dette devient de plus en plus insupportable. Les mesures d’économies qui l’accompagnent sont souvent mal comprises sous nos latitudes. Ils n’ont pas mérité pareil sort, entend-on souvent. Le revenu disponible a déjà diminué de 12% en 2009 et devrait stagner de longues années. N’est-ce pas assez dur? Que faire de plus? N’est-ce pas plutôt la faute des marchés financiers et l’effet indirect de la crise économique?

Une récente analyse de 40 années de crises de pays souverains (1) met à mal deux théories. Celle qui montre du doigt les habituels candidats aux restructurations, le Brésil, la Thaïlande, l’Indonésie. Ces pays sont mieux gérés qu’auparavant. Deuxièmement, la théorie de «la crise mondiale» n’a presque aucune valeur explicative. Elle ne représente que 7% du risque de défaut selon Cohen et Valadier. En d’autres termes, la responsabilité de Wall Street, Bruxelles ou Pékin n’est en rien engagée.

La définition de crise souveraine employée par les deux économistes implique que les paiements d’intérêts d’un Etat dépassent 5% de sa dette ­publique, ou qu’il bénéficie d’une aide du Club de Paris ou du FMI. Rappelons ici que ni l’Irlande ni la Grèce n’ont annoncé de défaut de paiement même si les marchés anticipent une telle issue à moyen terme. Une étude du FMI citée par la NZZ a montré que si la dette d’un pays dépassait 80% du PIB, la probabilité était de 50% qu’il devienne insolvable l’année suivante. Or la dette grecque devrait bientôt passer de 130 à plus de 160% du PIB. Ces chiffres pèseront lourdement sur les contribuables espagnols: les paiements d’intérêts représentent entre 9 et 13% du PIB et le quart des revenus de l’Etat. La dette du Portugal passerait pour sa part à 100% du PIB en 2014. Mais, pour reprendre l’argumentation de Cohen et Valadier, ces pays sont entièrement responsables de leur sort.

Entre 1970 et 2007, la probabilité de défaut d’un pays s’est élevée à 37%, écrivent Cohen et Valadier. Un chiffre presque inimaginable. Si le principal risque de défaut n’est pas celui d’une crise globale (7%), il n’est pas non plus l’évolution du PIB, même si sa valeur explicative est deux fois supérieure (14%). Mieux vaut porter son regard sur la qualité de la gouvernance du pays (25%). Celle-ci est mesurée à travers un indice établi par la Banque mondiale (Indice CPIA de gouvernance politique, juridique et économique). Sa construction n’est cependant pas irréprochable.

Le risque majeur (46%) ­provient du niveau de la dette publique d’un pays par rapport au PIB. Celui-ci résulte d’un processus politique et institutionnel entièrement indé­pendant des marchés financiers. Ce sont les décisions et les actes du gouvernement ainsi que le cadre réglementaire qui définissent le niveau de risque d’un pays.

En Espagne, les coûts unitaires du travail ont bondi de 25% pendant qu’ils diminuaient de 10% en Allemagne. Le plan d’économies peut sembler injuste, mais il résulte d’un manque de flexibilité du travail et d’un ensemble de règles qui poussent le taux de chômage à 43% pour les moins de 25 ans. La gauche s’est félicitée d’avoir par exemple porté les indemnités de licenciements à 45 jours par année de travail. Un acquis social? De tels arrangements ne sont jamais créateurs d’emplois à durée indéterminée. Par contre, ils encouragent le développement du travail temporaire. Lequel est en Espagne 50% supérieur à la moyenne européenne (25% des emplois en Espagne, contre 15% dans l’UE).

L’Espagne prendra de longues années pour tourner le dos aux années José Luis Zapatero et Felipe Gonzàlez. Mais ce n’est ni la Suisse, ni les organisations internationales, ni l’UE qui feront le travail à sa place et qui redresseront la compétitivité du pays. L’avenir dépendra moins de ses importations de capitaux, principal moteur de la demande intérieure pendant les années d’euphorie, que de la réforme du marché du travail.

Au cours des 40 dernières années, les 126 pays étudiés ont peiné à gérer leur dette. En moyenne, chacun a passé le tiers de son temps en situation de stress sur sa dette. Et chaque année, le tiers des pays s’est trouvé en crise, selon Cohen et Valadier. Ces chiffres confondent cependant le nombre et les années de crise. C’est pourquoi les auteurs qualifient ensuite de normale une année qui succède à trois années sans crise sur la dette. Malgré cette redéfinition, le risque de défaut la quatrième année est encore de 7%.

Au total, Cohen et Valadier montrent que le risque de faillite des Etats est nettement supérieur au sentiment général. La probabilité de ne pas être en défaut de paiement au cours des 40 dernières années n’a été que de 14%. Rien ne laisse supposer qu’il diminuera.

(1) 40 Years of sovereign debt crises, Daniel Cohen et Cécile Valadier, Centre for Economic Policy Research, Discussion Paper, 2011.

Par Emmanuel Garessus/le temps avril11

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