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Martingale pétrolifère : Comment manipuler le prix du pétrole en quelques étapes faciles

Martingale pétrolifère : Comment manipuler le prix du pétrole en quelques étapes faciles

Deux courtiers américains sont formellement accusés par la Commodity Futures Trading Commission d’avoir mis sur pied un stratagème afin de manipuler les prix du pétrole. Voici comment ils s’y sont pris.

PLUS DE CORNER EN SUIVANT :

 Utilisé en 2008, le stratagème était aussi simple qu’efficace : Nicholas J. Wildgoose et James T. Dyers achetaient des millions de barils de pétrole, créant ainsi l’illusion d’une pénurie de l’approvisionnement. Cette pression faisait par la suite monter le prix des produits dérivés, comme les contrats à terme sur le pétrole, que les deux courtiers avaient déjà acheté. 

Comme ce n’était visiblement pas suffisant, les deux courtiers ont par la suite utilisé le procédé contraire en vendant en masse leurs barils de pétrole afin d’influencer en leur faveur le marché des produits dérivés.

Selon le Wall Street Journal, ce stratagème aurait permis de recueillir près de 50 M$ et n’a été arrêté que lorsque la firme employant les deux courtiers, Arcardia Petroleum, a commencé à recevoir des appels de la Commodity Futures Trading Commission. À l’époque, le marché pétrolier était particulièrement sensible aux changements d’inventaires puisque les stocks étaient tombés à leurs niveaux les plus bas depuis 2004, soit 15 millions de barils.

 « Parier sur l’écart de calendrier est un procédé largement répandu dans le milieu, écrit le Wall Street Journal. Cependant, la poursuite allègue que les deux courtiers d’Arcadia voulaient tromper le marché et lui faire croire que l’approvisionnement allait demeurer difficile. »

 Les deux courtiers font maintenant face à des poursuites et pourraient avoir à payer jusqu’à 200 M$ en dommages. S’ils sont reconnus coupables, la chute pourrait donc être douloureuse.

source le Wall Street Journal mai11

EN COMPLEMENT : Un négociant de pétrole accusé de manipulation des cours en 2008

Le marché à terme du pétrole à New York est lié au brut physiquement stocké dans les réservoirs de Cushing (Oklahoma)

gulfofmexicooilspillblog.com

Aux Etats-Unis, le gendarme des marchés à terme poursuit un opérateur qui aurait, il y a trois ans, accaparé les réserves de brut de Cushing pour faire monter les cours.

 A deux reprises, en janvier et en mars 2008, un négociant de pétrole de second rang, Arcadia et ses filiales, aurait acheté une grosse quantité de contrats à terme de pétrole à la bourse de New York, puis énormément de « vrai » pétrole, cette fois, allant jusqu’à s’emparer de 84% du contenu des cuves de Cushing, au sud des Etats-Unis. En accaparant plusieurs jours la majeure partie de ce brut, sur lequel est précisément adossé le marché à terme américain, Arcadia aurait ainsi créé une pénurie artificielle et fait monter les cours, ce qui lui aurait permis de revendre ses contrats papier avec une belle plus-value.
 
Il aurait ensuite inversement parié à la baisse, à la bourse de New York, juste avant de revendre ses immenses stocks de brut de l’Oklahoma, faisant redégringoler les cours et empochant de nouveaux profits en tout 50 millions de dollars ! Cette façon d’accaparer la marchandise physique n’est pas nouvelle, c’est ce qu’on appelle un « corner » ou un « squeeze ». Ces manipulations fréquentes sur le pétrole dans les années 80 et 90, semblaient s’être calmés, en tout cas sur le Brent ─ le pétrole de la mer du Nord ─, grâce à une vigilance accrue de la bourse de Londres sur ses stocks. Leur réapparition dans la deuxième moitié des années 2000 est liée à l’arrivée de nouveaux acteurs dans le stockage du pétrole, aux Etats-Unis. Une activité devenue alors très lucrative, puisque la hausse continuelle des prix, du fait d’une demande toujours plus forte des pays émergents, permettait de compenser largement les frais du stockage lors de la revente.
 
Le « squeeze » d’Arcadia aurait en 2008 fait grimper les cours du pétrole d’un dollar. C’est finalement peu au regard de l’envolée qui propulsa par la suite les cours à 147 dollars, en juillet. Mais le procès intenté par la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le gendarme des marchés à terme, intervient alors que le pétrole a de nouveau franchi la barre des 100 dollars et que les parlementaires américains font pression pour qu’on agisse contre la hausse des prix du gallon d’essence aux Etats-Unis… La CFTC veut montrer qu’elle agit.
 
Communiqué de presse de la CFTC (en anglais)

 Par Claire Fages rfi mai11

3 réponses »

  1. Chacun a le droit d’acheter et de vendre librement des marchandises. Ces courtiers en pétrole ne font qu’user librement de leurs droit d’acheter et de vendre.

    Ces courtiers ne sont en rien responsables si le marché n’envoient pas toujours une image parfaite de l’offre et de la demande de pétrole. C’est aux autres courtiers de faire, eux aussi, leur travail.

  2. La technique utilisée est banale et peut être utilisée à profit sur des actions également. On peut ainsi s’amuser à acheter tout le papier disponible pour une petite capitalisation ce qui a pour effet, tôt ou tard de propulser le cours vers le haut.

    D’accord avec GDM sur les possibilités de condamnation des courtiers. Ils ont le droit d’acheter et de vendre comme ils le souhaitent sur le marché. Il sera difficile de les faire condamner.

  3. @Vincent
    Une condamnation de ce courtier serait la négation du droit de propriété. ce serait la négation de la liberté d’acheter et de vendre. Ce serait supposer qu’un échange commercial entre individus responsable serait un acte délictueux. Ce serait nier le libre choix des acheteurs et des vendeurs.

    Et sur le fonds, ce comportement du courtier est un signal utile envoyé à tous les acteurs du marché. Grace à ce signal, d’autres courtiers feront en sorte de faire leurs prochaines transactions en sorte que le risque de manipulation de cours soit réduit.

    Condamner ce courtier signifierait une analyse politique holiste, voire marxiste, de la société.

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