Europe

Les stress tests des banques européennes constituent un faux par Georges Ugeux

Les stress tests des banques européennes constituent un faux.par Georges Ugeux

 

 On croit rêver.

Ainsi, il ne manque que 2,5 milliards d’euros répartis entre neuf banques européennes pour leur permettre de faire face à une situation économique plus grave. Bref, pas de quoi fouetter un chat. Ce sont des montants de pacotilles. 

Ainsi, seulement quelques « petites » banques grecques (2), espagnoles (5), autrichienne (1) et allemande (1)  ont des manques de fonds propres et les autres se portent bien alors qu’aujourd’hui plusieurs d’entre elles ne sont plus capables d’emprunter sur les marchés des capitaux à des taux concurrentiels. Les banques portugaises qui viennent de perdre trois niveaux de notation vont très bien, merci. Il en va de même des banques irlandaises.

EN LIEN :

Les stress tests Européens se terminent sur l’échec de 20 établissements bancaires

PLUS DE UGEUX EN SUIVANT :

Ainsi, l’Europe a autorisé la Hessische Landesbank à ne pas faire connaître ses chiffres –qui ne peuvent être que très mauvais- parce que le Land de Hesse n’aime pas de se voir déculotter en public pour mauvaise gestion ou pire. Helaba est la seule banque allemande dans le lot des banques en déficit de fonds propres.

 Et on espère sincèrement que nous allons gober cela ? L’Europe vient de franchir un pas dangereux pour sa crédibilité : si au cours des premiers stress tests il y a deux ans elle avait refusé de voir la situation en face, l’Autorité Bancaire Européenne annonçait des tests plus sévères. Aujourd’hui, alors que la situation est infiniment plus grave elle a accepté de camoufler une situation infiniment dangereuse pour  une partie de son système bancaire.

 Les chiffres ? Il ne s’agit évidemment pas de 2,5 milliards d’euros : l’encours de la dette sur les trois pays les plus menacés –Portugal, Grèce et Irlande- représentent environ 100 milliards d’euro pour les seules banques européennes, et au moins le même montant pour la Banque Centrale Européenne. L’amortissement à la valeur réelle de ces encours représenterait une charge de 50 à 70 milliards d’euros qu’on se refuse même à tester. Le lobby bancaire est passé par là.

 Ce faisant, l’Europe vient de franchir un pas décisif dans la crise. Pour tenter désespérément de camoufler le coût de son indécision, elle vient de commettre un faux : les stress tests ne tiennent même pas compte des pertes de valeur actuelles, moins encore, d’une détérioration probable de la situation.

 Alors que l’Italie et l’Espagne entrent dans une phase critique qui pourrait en entraîner d’autres,  on ne tient même pas compte des 300 milliards d’euros détenus par les banques européennes sur ces deux pays.

 Pour camoufler leur incompétence et leur manque de courage, les instances européennes viennent de commettre un faux. Si l’une des banques qui se porte bien venait à faire faillite, l’Europe risque d’être poursuivie pour faux en écritures.

 C’est une génération entière de complicités de dirigeants européens qui vient de passer au mensonge pour tenter désespérément de camoufler les conséquences catastrophiques de leur inaction. Les agences de notation en perdent la raison, mais la culpabilité se situe à la Commission Européenne et auprès des Chefs d’Etat, de gouvernement et des Gouverneurs de Banques Centrales de l’Eurozone.

Les pays qui ont récemment rejoint l’Union sont, à juste titre, outrés de voir que ceux qui leur ont fait la vie dure pour les accepter en leur sein se sont comportés comme des gestionnaires irresponsables. La même critique dépasse largement les frontières de l’Europe où se situent des  créanciers importants.

 Les commentaires ne se sont pas fait attendre : ce résultat, selon le Financial Times, jette un doute sur une « exercice qui n’est pas assez dur pour restaurer la confiance des investisseurs dans le système financier de l’Eurozone ». Et de conclure que « l’Union Européenne a failli à ses propres tests ».

 Il aurait mieux valu ne rien faire que de se livrer à des stress tests qui jettent encore plus le discrédit sur les dirigeants européens. Ce faisant ils jouent avec le feu alors que la contagion a commencé à montrer le bout de l’oreille. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés. Les actions des banques européennes sont en baisse et lundi matin, réveillés de cet exercice de malhonnêteté caractérisée, ils devraient massivement vendre des titres souverains et des actions et obligations de banques européennes.

 L’ ABE ne se rend même pas compte du ridicule de son affirmation qui justifie ces tests non-stressés comme un « moyen de pression sur vingt banques à effectuer des augmentations de fonds propres ».  Cette affirmation accuse l’ABE de prolonger le déni des tests d’il y a deux ans. Pas de référence à l’impact global de la crise de l’Eurozone. Nous savons pourtant que le « rééchelonnement » de la dette grecque a elle seule imposera des charges aux banques européennes. Cette quasi-certitude ne fait même pas partie des scenarios inclus dans les tests.

Nous sommes passés du déni au mensonge.

SOURCE ET REMERCIEMENTS : LE BLOG DE GEORGES UGEUX

http://finance.blog.lemonde.fr/2011/07/16/953/#xtor=RSS-32280322

4 réponses »

  1. Salut thewolf,

    Je lis tous les soirs ton blog car tu partages avec tes lecteurs des infos et des analyses plutôt intéressantes 🙂 bravo pour cela

    Je ne suis par contre pas du tout d’accord avec toi sur ce panflet qui, selon moi bien évidemment, n’est pas très pertinent pour le coup.. Il y aurait tellement de choses à dire !

    Cest test avaient pour objectifs de tester les banques sur leur aptitudes (ou non) à résister à 2 scénarios différents, dont un très pessimiste : recession de 0,5%, chomage a plus de 10% et degradations de 15% des valzurs boursieres… Une situation comparable à celle dans laquelle l’europe pourrait se retrouver si défaut et crise de confiance, crise de liquidites interbancaire

    … Pas de les tester directement sur un defaut grec, espagnol, italien, portugais, irlandais ou qui sais je encore. On connait leurs expositions. On se doute de la crise de confiance qui pourrait s’en suivre. Personne n’a dit, comme tu le sous entend, que toutes les autres banques (que les 8) vont parfaitement bien..

    L’ABE ne camoufle en aucun cas une situatoon dangereuse comme tu le dis : la conjoncture est connue par tout le monde, les possibles conséquences aussi, les chiffres également bref… Les marchés ont mal réagis ? Non sans blague ? Il leur faudraient quoi à ces pisses vinaigre pour « bien réagir » de toute façon ?

    Un lecteur assidu de ton blog .

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    • Bonjour Antoine et merci pour ta fidélité….

      Tu n’es pas d’accord et tu as bien raison de le faire savoir et en plus avec un soucis de contre argumentation à l’appui…
      Une petite précision s’impose tout de même quand nous publions tel ou tel article, thèse ….ce n’est pas nécessairement que nous en épousions complètement les idées qui y sont développées c’est que nous estimons soit que c’est un plus intéressant apporté au débat, soit que cela mérite attention et réaction…
      Dans le cas présent et pour faire court et simple la thèse que nous défendons quant à nous est la suivante : la crise européenne ce n’est pas la crise de l’euro (dommage collatéral mème si révèlant toutes ses faiblesses de construction) ce n’est pas la crise de l’Europe( même si gouvernance et probité des états ne sont pas au rdv) c’est la crise du système bancaire européen et de sa sovabilité : prolongement du subprime us et effet direct de la dérégulation du système financière dans les années 80 et 90….
      Le subprime européen c’est quoi ? ce sont des banques too big to fail qui ont prêté à des gouvernements corrompus des sommes astronomiques sachant quelles leur seraient remboursées par le contribuable européen…
      Dans ces conditions débiteurs et créanciers partage la responsabilités de ce naufrage et doivent donc payer à 50/50…Pas de roll over on prend le prix marché de la dette grecque et on efface 50% de sa valeur dans les bilans bancaires…Mark to market et non pas Mark to model comme à l’habitude !!!
      Si les stress tests révèlent des banques en pleine santé nous en sommes ravis nos chers banquiers roulant sur l’or et leurs actionnaires vont enfin pouvoir assumer leurs responsabilités sans aucun problème…Nous voilà sauvé du pétrin dans lequel ils nous ont mis avec la complicité objective des gouvernements et autres agences de notation….
      Il va de soi que nous restons ouvert à toute discussion à condition qu’elle soit un tant soit peu argumentée..notre démarche étant plus imprégnée des travaux d’un Karl Popper que d’une rhétorique dogmatique qui trouve nécessairement ses limites dans sa confrontation au réel…

      bien à toi

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  2. Salut theWolf,

    effectivement j’ai surement pris un peu trop au pied de la lettre les idées et commentaires de ce billet…
    Entièrement d’accord avec toi sur le partage 50/50 !

    Encore merci pour tes articles passionnants que je lis tous les soirs 😉

    A bientôt

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