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Krach sur les taux belges: il y a danger!!!

Krach sur les taux belges: il y a danger

Le coût d’emprunt de la Belgique a poursuivi son onéreuse ascension durant toute cette semaine. Ce vendredi, le marché a été jusqu’à réclamer à la Belgique un taux d’intérêt de 5,873 % sur ses papiers à 10 ans (OLO). Ce qui représente non seulement une flambée de 20,88% par rapport à la clôture de vendredi dernier, mais rapproche le rendement belge des 6 %. Un seuil technique où les gestionnaires d’obligations estiment qu’un État ne parvient à émettre sur le marché qu’avec difficulté. Un krach comme le veut l’expression consacrée

Les credit-default swaps à 5 ans, les assurances permettant de se protéger contre le risque de défaut de paiement d’un  pays dans 60 mois, ont d’ailleurs signé un autre record, à 419 points de base.

source Bespoke

 Parallèlement, l’écart de rendement entre les créances belges et allemandes, autrement dit la prime de risque liée à la Belgique par rapport à l’Allemagne considérée comme plus sûre, s’est tendu jusque 368 pdb.

PLUS DE BELGIQUE EN SUIVANT :

Outre un phénomène sectoriel, l’interpellante évolution du taux belge doit beaucoup à l’impasse politique. Pour deux raisons principales: l’absence de trajectoire budgétaire, censé préserver la capacité de remboursement de l’État, et l’absence d’un exécutif fonctionnel, censé corriger ladite trajectoire. Un imbroglio qui a finalement participé à l’abaissement de la note d’évaluation financière de la Belgique par l’agence S&P.

Un timing redoutable pour la prochaine adjudication belge, prévue ce lundi 28 novembre. L’ agence Belge de la dette a annoncé que la fourchette du montant adjugé est comprise entre 1 et 2 milliards d’euros.

25 novembre 2011 par François Remy /L’Echo

EN COMPLEMENT : La Belgique n’avait plus été dégradée depuis 1998. avec son « AA », la Belgique rejoint désormais des pays comme Abu Dhabi, le Koweït, et le Qatar.

Quelles sont les raisons de la dégradation de note de la Belgique?

 Dans son communiqué, S & P motive tout d’abord sa décision par l’état du secteur financier. L’agence constate « une nouvelle pression sur le financement et le risque marché, qui augmente la perception de difficultés dans le secteur financier belge et, selon nous, relève la probabilité que le secteur aura besoin de soutien supplémentaire de l’État. » Viennent ensuite les perspectives maussades en termes de croissance économique, qui viendront peser sur son budget. « Avec des exportations équivalentes à 80 % de son PIB, la Belgique est l’une des économies les plus ouvertes de la zone euro et est donc, selon nous, hautement exposée à toute faiblesse de demande extérieure. » Enfin, le blocage politique n’a évidemment pas échappé à l’agence, qui cingle « la capacité des autorités de répondre à des pressions économiques potentielles de l’intérieur et de l’extérieur de la Belgique ». 

Faut-il craindre une envolée des rendements à l’avenir?

 « Cette dégradation était déjà dans les cours », estime Alexandre De Groote, administrateur délégué Petercam Institutional Bonds. La Belgique a vu son taux à 10 ans augmenter de 1 % en une semaine. « Le souci, continue De Groote, c’est que l’Agence de la dette belge procède à une adjudication lundi de 1 à 2 milliards d’euros sur 4 lignes: 2018, 2021, 2035 et 2041. Il faut craindre que les rendements exigés par les investisseurs soient plus élevés qu’aujourd’hui. » « Cette dégradation va mettre la Belgique sous les projecteurs, estime Christophe Dispas, spécialiste des marchés obligataires chez Degroof. C’est un énorme risque aujourd’hui. Les investisseurs pourraient faire un amalgame, et les taux belges pourraient converger vers les niveaux des taux italiens ou espagnols. » La Belgique rejoint la classe des élèves déclassés cette année comme la Slovénie, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, le Portugal, Chypre et la Grèce.

 Avons-nous glissé, à notre tour, dans l’œil du cyclone?

 « Il y a le risque d’effet boule de neige, bien connu en Belgique, observe George Ugeux, président de Galileo Global Advisors. La hausse de la charge d’intérêt est financée par de la dette, et on entre dans une spirale négative. » « L’aspect positif, nuance Bruno Colmant, c’est que les banques et les assurances ont revendu de la dette périphérique pour réinvestir en OLO belge. À vue de nez, environ 40 milliards d’euros sont revenus en Belgique. La santé de l’État belge devient en quelque sorte auto-immune face à un choc extérieur. »

 Quel est l’impact de la dégradation de note pour l’économie réelle?

 « C’est la fin du Plan global que Jean-Luc Dehaene avait proposé en 1993 pour accrocher la stabilité monétaire à nos deux voisins, l’Allemagne et les Pays-Bas, commente Bruno Colmant, professeur à la Vlerick Management School. C’est le décrochage avec nos deux partenaires. Ca va fragiliser nos banques et assurances. Le financement aux entreprises sera donc plus onéreux. La perte de rating a un impact immédiat sur l’économie réelle. » « Je ne vois pas de risque direct pour les entreprises, nuance Christophe Dispas. La dégradation de « AA + » à « AA » n’est pas aussi importante qu’une dégradation qui ferait perdre à un émetteur son « AAA », car cela le priverait des investisseurs qui ne peuvent investir que dans du « AAA ». La dégradation de la Belgique ne change pas grand-chose de ce côté-là. »

 Quel est l’impact pour nos banques et les entreprises semi-publiques?

 « Cette dégradation aura un impact sur la qualité de la garantie de l’État dans Dexia SA et sur les participations publiques que peut avoir l’État », déplore George Hübner, de HEC Management School à l’ULg.

 « Si les garanties de Dexia sont en voie de renégociation avec la France, ajoute Bruno Colmant, cela va rendre les choses un peu plus compliquées. La Belgique arrive avec un handicap supplémentaire. » « Le « AA » est encore un rating suffisant, mais le financement de Dexia sera dorénavant plus cher », continue Bruno Colmant. 

Reste aussi les portefeuilles en dette belge que détiennent nos banques. KBC avait encore pour 27 milliards d’euros d’obligations souveraines belges. 

« La danse macabre entre les États faibles et les banques faibles continue, chacun tirant l’autre vers le fonds », conclut Sony Kapoor, du think-tank Re-Define.

 Les entités fédérées vont-elles souffrir de cette dégradation?

« La dégradation ne touche pas les entités fédérées pour l’instant, explique George Hübner à l’ULg. La Région flamande se retrouve désormais avec un rating supérieur à l’État fédéral. » 

« Les pouvoirs fédérés seront dégradés à leur tour, estime pour sa part Bruno Colmant. Leur rating est dépendant de celui de l’État fédéral. Les garanties que les entités fédérées doivent donner aux banques pour emprunter (participation dans des entreprises, voirie pour les communes,…) seront plus importantes. » 

Doit-on craindre de nouvelles dégradations de la note belge?

 Après Standard & Poor’s, les deux autres grandes agences, Moody’s et Fitch, pourraient dégainer à leur tour. Elles ont déjà annoncé avoir mis la note de la Belgique sous surveillance. Il y a fort à parier qu’elles suivront leur consœur. Mais ces agences pourraient ne pas en rester là, comme le suggère la mise sous surveillance négative de Standard & Poor’s. Cette dernière estime que, si la Belgique devait de nouveau voler au secours de son secteur bancaire, comme en 2008, sa dette, qui devrait atteindre 97 % du PIB à la fin de l’année, pourrait dépasser les 100 %. 

« Ce qui a aussi fondamentalement changé depuis trois ou quatre mois, ajoute Christophe Dispas chez Degroof, c’est que la Belgique n’est plus protégée par sa croissance, cette croissance qui lui permettait de maintenir son budget. »

source L’Echo nov11

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