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USA : Le risque insoupçonné de la dette estudiantine

USA : Le risque insoupçonné de la dette estudiantine

L’encours des prêts aux étudiants a presque doublé aux Etats-Unis ces cinq dernières années. Il dépasse le crédit à la consommation et celui du secteur de l’automobile

La dette publique US crève de manière quasi journalière son plafond. Si aujourd’hui, elle est de plus de 15.650 milliards de dollars, elle devrait continuer à se dégrader. Si l’endettement est depuis longtemps ancré dans la «tradition» américaine, sa source prend, entre autre, racine dans le milieu estudiantin et devient de plus en plus inquiétant. Selon les calculs du College Board, le coût d’une année universitaire dans un établissement public dépasse désormais les 8000 dollars, en hausse de 8% par rapport à 2010. Cette facture grimpe à 28.500 dollars dans une université privée. Et il faut compter jusqu’à 60.000 dollars par an pour suivre les cours dans les institutions les plus prestigieuses. En moyenne, les étudiants US ont ainsi emprunté 5000 dollars en 2010, un bond de 63% en dix ans.

Alors que l’université publique tentera d’être plus accessible aux classes moyennes, le privé se servira de ses fonds pour recruter les meilleurs étudiants, même ceux qui n’ont pas les moyens de payer, via diverses bourses et aides.

Dans la mesure où le système de prêt étudiant est très développé aux Etats-Unis, et que la plupart des étudiants n’hésitent pas à s’endetter pour étudier, le financement des études n’est pas forcément un critère décisif dans le choix de l’université.

Au bout de leur cursus universitaire, les étudiants américains sont endettés à hauteur de 25.000 dollars en moyenne. L’encours de leurs prêts dépasse celui de l’ensemble des crédits à la consommation. Mille milliards de dollars. C’est le montant atteint en 2011 par l’encours des prêts étudiants aux Etats-Unis, selon une estimation du tout nouveau Bureau de Protection des Consommateurs Financiers (CFPB).

Début mars, la Réserve fédérale de New York avait chiffré cet encours à 870 millions de dollars. Il a quasiment doublé au cours des cinq dernières années, dépassant le montant de l’ensemble des prêts à la consommation ou celui des prêts automobile. Et cette tendance devrait se poursuivre: la réserve fédérale de New York estime que les prêts étudiants s’élèveront à 1400 milliards de dollars en 2020.

La progression de l’endettement des étudiants est à mettre sur le compte de plusieurs facteurs.:

La crise. En temps de crise, les étudiants américains repoussent leurs entrées sur le marché du travail en continuant leurs études le plus longtemps possible.

-L’opportunisme. Lorsque le doute s’installe ou le chômage se profile, nombreux sont les américains qui reprennent leurs études en attendant que la situation de l’emploi s’améliore.

-Des bourses de plus en plus maigres. Deux tiers des étudiants américains bénéficient aujourd’hui d’une bourse d’étude. La situation budgétaire de la majeure partie des Etats américains poussent à réduire la taille de la bourse tout en augmentant les frais globaux de scolarité.

PLUS DE DETTES EN SUIVANT :

Le gouvernement américain va devoir très rapidement prendre conscience que l’augmentation de la dette étudiante américaine est un vrai sujet d’inquiétude qui va encore s’aggraver pour une raison majeure: pour tenter de combler une partie de la dette publique américaine, les pressions fiscales vont aller en s’aggravant ces prochaines années et auront une répercussion sur l’octroi des prêts aux étudiants.

Cet état de fait devrait aussi avoir une répercussion sur le secteur immobilier. En effet, que penser du futur de ce secteur si c’est l’étudiant déjà endetté qui est censé le redynamiser?

Pour tenter de désamorcer la crise, l’administration Obama va proposer aux étudiants des formules de rééchelonnement de leur dette sur la base de leurs revenus effectifs et non plus du montant nominal de l’emprunt. Mais est-ce vraiment la solution miracle?

S’il est vrai que le problème croissance de la dette des étudiants américains ne devrait pas se transformer en subprime bis, comme le rappelait Moody’s dernièrement, le problème mérite de ne surtout pas être minimisé comme cela est le cas actuellement.

Il n’est donc pas anodin de signaler que le Trésor américain n’a de cesse de racheter en priorité des ABS adossés à des emprunts étudiants. Mais jusqu’à quand tiendra-t-il?  

Les inquiétantes statistiques 

Au-delà du problème réel de la dette croissante des étudiants américains, il est important de relater certaines statistiques (parfois anecdotiques), qui peuvent, en partie, expliquer le comportement de l’étudiant.

l Depuis 1978, le coût des frais de scolarité aux États-Unis a augmenté de plus de 900%.

l Environ les deux tiers des universitaires qui ont obtenu un diplôme ont contracté un prêt étudiant.

l Les statistiques fédérales révèlent que seulement 36% des étudiants à avoir commencé le collège à partir de 2001 ont obtenu un diplôme dans un délai de quatre ans.

l Selon l’Economic Policy Institute, le taux de chômage des universitaires diplômés de moins de 25 ans était de 9,3% en 2010.

l Un tiers des universitaires diplômés finissent par prendre des emplois qui ne nécessitent même pas une maturité.

l Environ 14% des étudiants diplômés qui avaient contracté un prêt étudiant font défaut trois ans après leurs sortie de l’université.

l Le marché des prêts étudiants représente un dixième de celui des crédits immobiliers résidentiels.

l Plus de 80 % des avocats spécialisés dans les problèmes de faillite ont noté une hausse substantielle des situations de défaut.

l 37 millions d’Américains – dont 16% ont plus de 50 ans – doivent encore rembourser tout ou partie des prêts engagés pour financer leurs diplôme.

l Parmi les 37 millions d’Américains remboursant toujours leurs prêts étudiants, 5,4 millions, soit 14%, accusent ainsi un délai de paiement d’au moins 30 jours.

l L’universitaire américain type passe en moyenne 30 heures par semaine sur les bancs de son école

l Selon une récente recherche menée dans tous les Etats américains, 45% des étudiants américains pensent ne pas avoir eu de «de gains significatifs en matière d’apprentissage» au bout de deux années à l’université.

l Les étudiants américains passent aujourd’hui 50% de temps en moins à étudier qu’il y a quelques décennies.

l 35% des étudiants américains passent moins de 5 heures par semaine à étudier.

l Les étudiants américains passent 24% de leur temps à dormir, 51% à sociabiliser et 7% à étudier.

l Près de la moitié des étudiants diplômés en sciences inscrits au collège et à l’université aux États-Unis sont des étrangers.

.John-f. plassard Louis Capital Markets Genève /agefi avril12

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