Art de la guerre monétaire et économique

Argentine, les crises comme mode de vie

Argentine, les crises comme mode de vie

La nationalisation d’YPF, filiale du groupe pétrolier espagnol Repsol, aussi spectaculaire qu’elle apparaisse aux yeux de la communauté internationale, s’inscrit parfaitement dans la logique populiste du parti argentin au pouvoir. Miracle économique jusque dans les années 1950, l’Argentine semble avoir adopté les crises comme mode de vie.

Alors que, depuis 2003, le pays affiche un taux de croissance annuel de type asiatique, l’Argentine est de nouveau confrontée à une pénurie de cash. Déjà, en pleine crise de 2008, afin de renflouer les caisses de l’Etat, le gouvernement avait nationalisé les fonds de pension pour s’approprier 24 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Le mouvement sur YPF s’inscrit dans la même logique. Après tout, le secteur énergétique reste l’un des plus rentables de l’économie, même si la production de gaz et de pétrole ne cesse de baisser. En effet, l’hostilité ouverte du gouvernement vis-à-vis du secteur privé, à qui il impose des prix plafonds sur le marché intérieur, décourage tout investissement en capital.

Le pays, dont la monnaie est surévaluée avec une inflation annuelle de 23%, connaît une consommation galopante, financée par des subventions gouvernementales et l’indexation des salaires sur l’inflation. Le secteur privé ne peut plus répondre à la demande intérieure après des années de sous-investissement. La baisse des exportations argentines s’est traduite par une stagnation des réserves de la banque centrale. Puis, dès 2011, par une chute dangereuse de celles-ci car les Argentins, pariant sur une dévaluation imminente et souhaitable du peso, ont acheté un montant record de 21,5 milliards de dollars qui ont quitté le pays et le système bancaire. L’Argentine, coupée du marché obligataire depuis son défaut de 2001, ne peut que puiser dans les réserves de la banque centrale pour rembourser sa dette. C’est ainsi que le gouvernement a imposé, dès l’année dernière, un contrôle des capitaux et l’obligation aux exportateurs de rapatrier leurs revenus réalisés à l’étranger et de les convertir en pesos argentins. S’ajoute un fort protectionnisme mis en évidence par l’obligation faite aux importateurs d’obtenir des licences pour chaque achat après d’interminables procédures bureaucratiques. Le mois dernier, Fiat a dû fermer son usine de production faute d’avoir pu importer des pièces détachées. La rumeur prête à Fiat la volonté de quitter l’Argentine pour rassembler ses activités au Brésil.

Conséquence, la croissance sera au mieux de 2% en 2012. L’alternative logique à ce populisme serait la dévaluation afin de rétablir la compétitivité du pays, mais elle est toujours écartée car elle risquerait d’aliéner les classes populaires, base de l’électorat de Cristina Kirchner, premières victimes de l’inflation élevée qui érode le pouvoir d’achat. Les mesures prises par le gouvernement argentin ne font que reculer l’échéance inévitable d’une dévaluation, qui sera plus douloureuse, et créent une crise diplomatique sans précédent avec ses partenaires économiques du G20.

Par Agnes Arlandis  Responsable des marchés émergents, HSBC Private Bank (Suisse) SA AVRIL12 /Le Temps

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