Art de la guerre monétaire et économique

Le Congrès des Etats-Unis livre un rapport dévastateur sur HSBC

Le Congrès des Etats-Unis livre un rapport dévastateur sur HSBC

Une sous-commission du Sénat américain pointe de graves lacunes anti-blanchiment. La banque a fait prendre des risques au système financier du pays

 Le document fait 335 pages. Il rend compte de nombreuses interviews avec des représentants de HSBC et des régulateurs du secteur bancaire, et d’un million de documents analysés. Pour la plus grande banque européenne, le rapport établi après un an de travaux par une sous-commission du Sénat américain est dévastateur. En raison de graves lacunes dans le contrôle, la branche américaine du géant bancaire britannique a permis aux cartels mexicains de la drogue, à des banques saoudiennes soupçonnées par le passé de financer Al-Qaida et à des Iraniens de transférer des millions de dollars aux Etats-Unis, violant la législation américaine.

HSBC

Hier, quatre hauts responsables de HSBC ont témoigné devant la sous-commission du Sénat. Face aux questions insistantes de son président, le sénateur démocrate Carl Levin, ils ont chacun recouru à tour de rôle au vocable «hindsight» pour admettre qu’avec le recul, HSBC aurait dû agir avec beaucoup plus de diligence.

Directeur de la banque de détail et de la gestion de fortune pour HSBC Hongkong, Paul Thurston a dirigé pendant 14 mois, à partir de 2007, la branche mexicaine de HSBC, HBMX, un établissement que le rapport du Sénat décrit comme hautement problématique. Pour tenter d’atténuer la responsabilité de son établissement, il a avoué que le contexte sécuritaire mexicain n’a pas aidé HBMX à lutter efficacement contre le blanchiment d’argent: «Les employés de la banque ont fait face à des risques extraordinaires d’enlèvements.» Les responsables de HSBC présents à Washington ont expliqué les manquements en termes de compliance par le fait que le groupe bancaire a connu une croissance considérable grâce à des acquisitions et que le contrôle n’a pas suivi.

PLUS DE BLANCHIEMENT EN SUIVANT :

Le président de la sous-commission a souligné avec aplomb les graves manquements de HSBC. Carl Levin s’étonne du laisser-faire du groupe bancaire britannique alors qu’en 2002, la branche mexicaine du groupe était réputée pour ses importants problèmes de blanchiment d’argent. Il se réfère à un document du rapport: «Entre 60 et 70% de la filière du blanchiment au Mexique passe par HBMX.» En 2005, des documents attestant de réunions exigées par le secteur compliance de l’établissement ont été fabriqués. Malgré les signaux d’alarme, 7 milliards de dollars ont pu être transférés à HSBC USA entre 2007 et 2008.

Carl Levin interroge les hauts responsables de HSBC: «Les faits étaient connus. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’agir?» En 2008, 36 000 comptes de HBMX étaient jugés à risque. Il faudra attendre trois ans pour que la banque les analyse.

Le président de la sous-commission du Sénat soulève un autre cas incompréhensible. HBMX gérait de nombreux comptes d’une filiale aux îles Caïmans. Or cette dernière n’avait ni bureau ni employé. Tout était géré à partir de HBMX au Mexique. Les sommes en jeu: 2,1 milliards de dollars. 40% des comptes, relève Carl Levin, ne disposaient d’aucune information sur les clients. Preuve que les choses avancent très lentement à HSBC, en 2011, 20 000 comptes de l’établissement «boîte aux lettres» des îles Caïmans n’étaient toujours pas clos. Embarrassé, David Bradley, directeur de la compliance pour le groupe HSBC, répond: «Nous avons fermé tous les comptes.» Puis il se reprend: «Nous sommes en passe de les fermer.» «Ah bonne nouvelle», conclut Carl Levin. Hier, David Bradley a annoncé qu’il allait démissionner alors que Reuters précise que des lacunes dans la compliance chez HSBC ont encore été constatées depuis 2010.

Le rapport du Congrès, qui n’épargne pas le régulateur bancaire, l’Office of the Comptroller of the Currency, fustige aussi HSBC d’avoir permis à des Iraniens de transférer des fonds aux Etats-Unis, violant notamment l’embargo américain envers l’Iran. 16 milliards de dollars ont pu être transférés d’Iran, via des banques européennes, vers les Etats-Unis entre 2001 et 2007. HSBC Europe et HSBC Moyen-Orient ont délibérément effacé la référence à l’Iran pour permettre aux fonds d’être transférés aux Etats-Unis.

L’audition de mardi a par exemple souligné que la banque avait ainsi réalisé 16 milliards de dollars de transactions secrètes avec l’Iran sur une période de six ans. Les responsables de la banque étaient au courant des « transactions secrètes avec l’Iran » –dont la documentation ne mentionnait aucun lien avec ce pays– depuis 2001 et jusqu’en 2007, pour un total de 25.000 opérations, selon le document parlementaire de 330 pages.

Le document souligne aussi que le géant bancaire britannique a aidé à écouler un montant de 290 millions de dollars en chèques de voyage émis par une banque japonaise au bénéfice de ressortissants russes qui prétendaient travailler dans les voitures d’occasion.

Confrontée à une enquête du Département américain de la justice, HSBC n’est pas au bout de ses peines. Elle pourrait se voir infliger une amende de près de 1 milliard de dollars.

HSBC US possède 470 agences aux Etats-Unis et fournit des services à environ 1.200 autres banques, dont 80 filiales.

Par Stéphane Bussard New York/KLe Temps+ Agences  juil12

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