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Investir : Mort et renaissance des actions

Investir : Mort et renaissance des actions

L’annonce par Bill Gross de la fin du «culte des actions» dans ses perspectives d’investissement d’août 2012 n’est pas isolée et fait échos à l’annonce de la mort des actions à la Une du Financial Times du 24 mai 2012. Cet avis de décès sonne comme les prémisses d’une capitulation ultime et n’est pas sans rappeler la Une de BusinessWeek du 13 août 1979, qui annonçait déjà la mort des actions. Le DowJones allait connaître son point bas quelques mois plus tard, le 21 avril 1980, mettant fin à un marché baissier qui avait démarré en 1966, et ouvrant la voie au plus grand marché haussier de l’histoire.

La thèse de Bill Gross repose sur le caractère non soutenable des performances historiques des actions, avec un rendement réel de 6.6% depuis 1912, contre une croissance de la richesse de seulement 3.5%. Il est vrai que les moyennes cachent de longues périodes de contre-performance. Ainsi, depuis 2000, les actions mondiales enregistrent un rendement moyen de seulement +1.6%, contre +2.1% pour les liquidités et +7.2% pour la dette des entreprises. Outre l’absence de rémunération pour le «risque actions», la période a connu deux corrections majeures de plus de 50% et une volatilité structurellement plus élevée.

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Les actions, c’est mort! »

« Le culte de l’action, c’est fini! ». Ce pavé lancé dans la marre au cœur de l’été dernier n’a guère ému les investisseurs. Il faut dire, qu’en plein mois d’août, il en faut plus pour se détourner du barbecue. Cette phrase n’est pourtant pas sortie de la bouche d’un hurluberlu en mal de publicité. C’est Bill Gross, co-fondateur et co-directeur de Pimco, le plus grand gestionnaire de fonds investis en obligations qui en est l’auteur.

Dans sa lettre d’investissement publiée en août, il annonçait la fin du « culte des actions ». Pour lui, le return annuel moyen de 6,6% dégagé par ce type de placement au cours des 100 dernières années, c’est bel et bien terminé. Les entreprises ne connaîtront pas de meilleur environnement que celui d’aujourd’hui et la croissance ralentie du PIB ne permettra pas de perpétuer un tel return.

Non, Bill Gross ne dénigre pas les actions pour mieux vendre des obligations, le produit-maison. Car, ces dernières, ne seront guère mieux loties, estime-t-il.

Aujourd’hui, Bill Gross et son compère de Pimco El-Erian remettent le couvert et prédisent des années de vaches maigres pour les investisseurs. Dans un article initulé « Pourquoi les actions sont mortes et les obligations plus mortes encore » un journaliste du Time résume en quelques points ce qu’il a glané de ses interviews avec les deux patrons de Pimco.

En voici trois :

–>Les économistes qui prévoient une croissance du PIB de 3 à 4% se trompent. Il faut désormais compter sur du 2%. Cela va devenir la norme. Pas pour quelques années mais pour des décennies.

–>La Bourse est désormais une escroquerie Ponzi où les nouveaux entrants paient pour rémunérer les plus anciens. « Vous ne verrez plus jamais de rendement réel à 6,6%. Au mieux du 3% ». Sans compter les effets dévastateurs de la politique de la Fed. « Sortez maintenant! » conseille le duo.

–>Où faut-il dès lors investir dans une période de récession qui peut se transformer en dépression ? Tout d’abord,  « il faut bien se rendre compte que tout ce que l’on fera à l’avenir ne rapportera pas autant que par le passé » affirme Gross. Les rendements à deux chiffres, c’est fini.         

La Bourse dans son ensemble ressemble à une fraude Ponzi mais les « blue chips sont devenues les nouvelles obligations. Des multinationales comme Coca-Cola, IBM ou Procter & Gamble peuvent répartir le risque et offrir un dividende qui bat une inflation de 3%. » Gross et El-Erian recommandent également des sociétés de croissance, bien capitalisées et sous-évaluées comme la banque Santander. Ils apprécient également tout ce qui est lié à l’habitation, aux matières premières, aux obligations protégées, aux pays émergents non-libellés en dollars. 

Le résumé de l’article du Time se trouve ici.

Stéphane Wuille/Crack en Actions

http://blogs.lecho.be/lescracks/2012/11/les-actions-cest-mort.html

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La performance exceptionnelle de l’obligataire d’entreprises (+7.2% depuis 2000; une performance similaire à celle des actions depuis 1982 mais avec trois fois moins de risque) a sans surprise sonné le glas des actions. La part des actions dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels est à un plus bas depuis 50 ans, les fonds actions ont connu près de USD 600bn de remboursements depuis 2007, tandis que les fonds obligataires attiraient près de USD 1000bn.

MOINS DACTION EN SUIVANT :

Des facteurs démographiques (vieillissement de la population avec l’arrivée à l’âge de la retraites des baby-boomers aux Etats-Unis) et réglementaires (Bâle 3, Solvency 2) ont accentué la baisse de la demande en actions. Parallèlement, l’offre s’est contractée. Les entreprises arbitrent leur structure du capital compte tenu des différences marquées en matière de coûts du capital: les entreprises rachètent leurs actions et financent leur développement par la dette, les actionnaires tirent l’essentiel de leur rémunération du dividende. L’offre nette en actions est désormais négative.

L’appétit récent pour les actions à hauts dividendes est sans doute la dernière manifestation de la fin de la «culture actions». Cela correspond à un modèle financier nettement plus conservateur pour les entreprises, qui est la symétrie d’une allocation d’actifs dominée par le rendement.

Le culte des actions, qui avait démarré il y a 60 ans, est donc, sinon mort, du moins en phase d’hibernation. Qu’en sera-t-il du rapport entre les deux grandes classes d’actifs actions et obligations pour les années à venir ? L’éclatement inévitable de la bulle obligataire qui se développe depuis 2003 sera un préalable au retour de l’appétit pour les actions. La normalisation passera par un choc patrimonial majeur  sur l’obligataire: le «P/E» de la dette publique américaine est de 60x (inverse des taux d’intérêt), ce qui est à comparer au pic de valorisation constaté sur les actions américaines en 2000 (45x). Pour l’instant, les Etats et les banques centrales ont intérêt à maintenir le plus longtemps possible le «culte obligataire», retardant d’autant la renaissance des actions.

Emmanuel ferry/ Banque Pâris Bertrand Sturdza SA/Agefi jeudi, 29.11.2012

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