Art de la guerre monétaire et économique

Mister Market and Doctor Conjonture du Jeudi 17 Janvier 2013: Bourse, assets, le mythe du fondamental et de l’idéal ou idéel par Bruno Bertez

Mister Market and Doctor Conjonture du Jeudi 17 Janvier 2013: Bourse, assets, le mythe du fondamental et de l’idéal ou idéel par Bruno Bertez (édition originale parue le 13 Janvier 2013 entièrement revue et augmentée) 

Nous  tirons prétexte de la mise en ligne de ce papier sur le Case Schiller pour vous livrer quelques réflexions fondamentales, voire radicales.

   Nous considérons qu’il y a deux conceptions en matière d’évaluation des actifs financiers.

La première est la fondamentale, elle repose sur la théorie de la value, avec de multiples variantes dont la meilleure est celle de Graham Dodd. C’est une théorie fondée sur l’ancrage, les assets ont une valeur qui est ancrée dans le réel, la marche des entreprises, les marges bénéficiaires, les profits et surtout les cash-flows.

La seconde est idéaliste, suspendue dans les airs, elle pose que les assets valent ce que dit le rapport de l’offre et de la demande. C’est la conception implicite de ceux qui travaillent en momentum, en technique, en graphique, en évaluation comparative, en anchoring. Le modèle de la Fed, par exemple, est un modèle idéaliste puisque fondé sur la comparaison entre les valeurs du Trésor et les actions. Les valeurs du Trésor elles-mêmes étant suspendues dans les airs, lévitant en fonction de nos fameuses perceptions. Ce modèle de la Fed a permis à la Banque Centrale américaine de prendre le contrôle des marchés financiers, d’imposer son dirigisme, ce modèle a permis l’unification du champ des actifs financiers, unification nécessaire à la fameuse transmission. Ceci a été couplé à l’évacuation progressive du fondamental, à la disparition de l’incertitude et son remplacement par une abstraction elle aussi manipulable endogène au marché: le risk. C’est ce que nous avons décrit en son temps, sous le nom de déconnexion. 

Grâce à la prégnance du modèle idéaliste, notez que la Fed punit, par l’absence de performance, ceux qui restent accrochés aux fondamentales et se hedgent par des puts contre la tendance générale. La victoire partielle de la Fed  sera quand ces derniers lâcheront prise et viendront sur le marché.

Tout le reste est variante plus ou moins sophistiquée ; plus c’est sophistiqué, plus c’est idiot puisque cela permet de perdre de vue la réalité. Plus le ventre est gros, moins on voit ses chaussures.

Grosso modo ces deux approches veulent dire ceci.

TUG OF WAR

Grosso modo ces deux approches veulent dire ceci.

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

  • 1  La fondamentale veut dire que les signes collent au réel, ils l’expriment. En manipulant les signes, les cash-flows, leurs flux, etc., c’est comme si je manipulais du réel. Et si quelquefois les marchés s’en écartent, ce n’est jamais pour longtemps. Il  finit toujours par y avoir ce que l’on appelle la réconciliation. Il y a unité entre la sphère financière, la théorie qui l’exprime et la sphère réelle; et le réel finit toujours par s’imposer. Si la réalité est difficile à cerner, il y a des approches qui permettent de s’en rapprocher et de lisser, de moyenner, de trier et de supprimer l’exceptionnel pour découvrir le normal.

La méthode Shiller est l’une de ces méthodes; elle permet par la normalisation des profits et leur lissage de long terme, de s’approcher du réel. La méthode Tobin avec son coefficient Q est une méthode qui repose sur l’évaluation des assets par le coût de remplacement. Dans le passé, ces méthodes ont donné des résultats excellents.

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  •    L’idéaliste est le produit du monde dit moderne, mais en réalité rétrograde et obscurantin, l’idéaliste croit que les signes sont autonomes; que  la perception est tout, on vit dans un monde magique,  « in the eye of the beholder », dans son esprit. C’est la thèse de Bernanke, de la Fed et des PHD des universités américaines.

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L’Effet  Janvier ou l’art d’établir des « magic »corrélations trompeuses

L’«effet de janvier», qui prévoit que la performance réalisée durant le premier mois de l’année signale la direction que prendront les marchés de février à décembre, reste un sujet controversé. Phénomène statistique attesté pour les uns; simple adage boursier pour les autres, cette anomalie de marché, décrite pour la première fois par l’Américain Yale Hirsch, se vérifie néanmoins avec une proportion supérieure au simple hasard. Deux comparaisons sont effectuées. L’une se base sur l’ensemble du mois, l’autre sur les seules cinq premières séances.

En considérant l’ensemble du mois, la direction prise en janvier par l’indice américain S&P 500 de 1962 à 2006 s’est poursuivie durant les onze mois suivants dans une proportion de 71%, selon des données de Market Analysis. Cette corrélation se vérifie surtout lorsque les marchés ouvrent en hausse en janvier (86% des cas), beaucoup moins quand la bourse démarre l’année en baisse (47%).

Certains spécialistes de finance comportementale poussent le raisonnement plus loin, estimant que les seules cinq premières séances donnent déjà de précieuses indications pour l’ensemble d’un exercice. Lorsque le S&P 500 a clôturé les cinq premières séances avec un gain, l’indice a aussi terminé l’exercice en territoire positif dans 86% des cas, soit 31 années sur 36, pour la période allant de 1970 à 2006. A la baisse, aucune corrélation claire n’a été établie.

En comparant plusieurs pays, la corrélation entre la performance de janvier et les onze mois suivants fonctionne bien aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, souvent aussi en Suisse, selon des travaux publiés par l’Université de Bâle. En revanche, un tel lien n’a pas été pas démontré pour la France et le Japon. Source: Le Temps Janv13

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Leur but est de faire en sorte que l’ancrage n’existe pas : Tout est construction de l’esprit, résultat des rapports de force et de la propagande. Nous n’insistons pas car vous nous avez compris.. C’est cette théorie idéaliste qu’ils appliquent à la monnaie, il y a une demande et une offre de monnaie et la monnaie vaut le rapport entre les deux. On peut en émettre tant qu’il y a des gogos qui en demandent et surtout la stockent. 

Le faux régulateur de l’émission de monnaie sans limite, régulateur supprimé en nos époques, est l’inflation, le CPI. Surtout quand on en choisit un qui est étranger au système que l’on prétend réguler!  On régule l’émission de monnaie dans les pays occidentaux sur…  la hausse des prix en Chine, etc. Vous notez que cette régulation ne va pas jusqu’à tout inclure, même si cela est significatif de l’état du système, ainsi on exclut  l’énergie, l’alimentation, les assets, bref tout ce qui gêne! Dans le présent, ces méthodes idéalistes donnent de bons résultats, surtout pour JP Morgan et Goldman.

Dans le premier cas, celui des méthodes dites fondamentalistes, on inclut en quelque sorte dans son analyse et sa politique d’investissement,  le fait que le marché se trompe, commet des excès en regard des normes historiques et, donc, on échappe donc  plus ou moins au tail- risk, au cygne noir. En revanche, on ne profite pas des périodes où le momentum et la mode sont prédominants.

Dans les méthodes idéalistes, magiques, on fait de bonnes performances quand les démiurges sont aux commandes et que le risque est rejeté hors du système, c’est à dire pris en charge par la Fed, c’est à dire socialisé, aussi bien  à l’intérieur qu’à l’extérieur, sur les Chinois, par exemple, et les producteurs de pétrole. Le risque pris en charge par la Fed est en effet en dernier ressort un risque sur la monnaie, sa valeur réelle ou sa valeur idéaliste fixée par le rapport entre offre et demande.

  • Nous considérons que ces deux méthodes actuellement coexistent et que l’histoire du marché depuis de nombreuses années est celle du combat de l’une, l’idéaliste, pour supplanter l’autre, la fondamentaliste.

Les pouvoirs veulent avoir la possibilité de supprimer les sanctions des marchés, d’imposer leurs valeurs et ainsi de faire acheter les assets au prix qui leur convient. Cela est fait subtilement aux Etats Unis, plus grossièrement en Europe .

C’est le sens des QE, des achats sur le marché, des Puts, des manipulations de taux, des guidances verbales, etc.

L’illusion des pouvoirs est de croire que tout cela sera éternel et qu’ils maitriseront tout, toujours. Normal, dans leur asile psychiatrique,  ils sont persuadés que le réel n’existe pas, donc il ne peut faire retour. C’est pour cela que nous répétons que le seul allié de ceux qui refusent de jouer dans ce cadre, les rebelles, c’est le Réel.

Nous prétendons que les deux conceptions sont magiques toutes les deux et que la fondamentale l’est autant que l’idéaliste.

Pourquoi? Parce que dans les deux cas, on part en short au Pôle Nord, on étudie tout, sauf ce qui est important et fondamental, surtout depuis la dérégulation,  depuis 30 ans.

Parce que l’on n’achète pas des actions avec du réel, on échange des actions contre de la monnaie, du cash.  Quand vous achetez du S&P 500 à 1470,  cela veut dire que vous tracez une équivalence: le S&P vaut, équivaut à 1470 dollars. Donc, pour savoir si vous faites un bon achat, si vous êtes volé,  spolié ou pas, vous devez juger de la réalité incontournable , l’échange de votre cash contre  du S&P.

Ce à quoi vous devez vous livrer, c’est une analyse de la valeur présente et future  de votre cash et la comparer à la valeur qui résulte de l’analyse du S&P.

La magie de la finance consiste à poser comme binaire une évaluation qui, en réalité, est triangulaire. En fait, l’achat est une chaîne d’équivalence. Et tout l’art des complices du monde financier a été de l’escamoter. Pour caricaturer notre position, vous devez, lorsque vous faites l’échange, tenir compte de la dévaluation inéluctable qui se produira pour tous les assets financiers quand les taux se normaliseront avec ce que vous allez perdre du fait de l’inflation. Remarquez que déjà, les bulls sur les actions parient sur la chute de valeurs des bonds en 2013  et suivantes; chute qui sera sévère car, mathématiquement, une hausse des taux de 1%  quand les taux sont très bas  entraine des pertes colossales, bien supérieures à celles qui se produisent quand les taux sont déjà élevés. Si les taux actuels du 30 ans, voisins de 2,75 à 3%, montent à 4%,  alors la valeur du bond correspondant chute à 78%  du pair! Et ce ne sera qu’un début. Nous vous rappelons notre affirmation cynique, les marchés sont, dans la situation présente, un lieu de destruction du capital, surtout le vôtre. « ILS », le grand ils, ont émis à tour de bras, des records l’an dernier,  et vous ont fait vous séparer de votre argent.

On n’échange pas des actions contre un morceau d’entreprise ; on échange une action contre son cash. Cela crève les yeux, mais comme beaucoup de choses dans le système, on ne le voit pas tellement c’est gros.

L’investisseur échange son cash contre une promesse de cash-flow ou une promesse contractuelle d’intérêt et de remboursement.

Ce qui est à l’extérieur de l’échange, est de la poudre aux yeux, un leurre  qui détourne l’attention du véritable échange et de ses déterminations. Ce qui est à l’extérieur de l’échange a autant de rapport avec le réel que dans la situation où le parieur sur les chevaux joue sa date de naissance.

Si vous analysez le phénomène de la bipolarité des marchés, le risk-on/risk-off,  à la lueur de notre analyse, vous apercevez que le pouvoir explicatif de notre proposition est bien supérieur à celui de toutes les théories en vigueur. En revanche, les modèles et corrélations qui sont utilisés, dans leur ignorance causale, reconnaissent le bien fondé de notre analyse; ils sont efficaces pour ces kleptos qui les utilisent. A contrario, lorsque le paradigme du RONROFF, quand le jeu des corrélations cesseront  de fonctionner, alors, là, il conviendra d’être vigilant, ce sera le signe qu’un réaménagement s’opère, qu’une nouvelle mise en ordre se prépare. Les régulateurs sont, pour l’instant, prisonniers du RONROFF  et du jeu des corrélations, ce système les aide tout en les gênant. Car, pour eux, la question se pose de savoir comment en sortir sans choc sur les marchés.

Depuis 30 ans, la seule chose  importante à analyser pour travailler les marchés, c’est la monnaie. Par monnaie, nous entendons ici le couple monnaie/taux. Les kleptos s’en fichent car ils sont hedgés, l’argent, ils l’achètent gratuitement aux Banques Centrales et ils l’emploient à risque zéro. Ils ont hedgés de tous les côtés, en étant acheteur et, en même temps,  vendeurs de cash et en étant protégés par la Banque Centrale sur le spread! C’est pour cela que le jeu est inégal entre les particuliers et les vrais investisseurs et la banque, la finance que nous appelons d’arbitrage.

 

BRUNO BERTEZ Le Dimanche 13 Janvier 2013

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