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Les investisseurs désertent les marchés émergents

Les investisseurs désertent les marchés émergents

De plus en plus d’investisseurs tournent le dos aux économies émergentes, liquidant leurs placements à un rythme inégalé en deux ans.

L’actuelle correction sur les marchés financiers vient s’ajouter à l’effet Japon et à d’autres problèmes plus structurels.

Troubles sociaux et inflation non maîtrisée au Brésil. Opacité du système bancaire chinois tendant à décrédibiliser de plus en plus la banque centrale. Fuite de capitaux hors des Etats émergents, asiatiques en particulier (ex-Japon). Dépréciation du yen avec de lourds effets indirects sur l’industrie d’exportation des Etats voisins «concurrents» (Corée, Thaïlande, Taiwan ou encore Indonésie).

On se croirait à la veille de la crise asiatique en 1997-1998. Lorsque les indices actions des pays développés ont commencé à décrocher, provoquant une hausse durable du dollar (valeur refuge) au détriment des devises (et des actifs) des pays asiatiques. Ces émergents avaient subi d’importantes fuites de capitaux du jour au lendemain, provoquant précisément la crise asiatique.

Le marché actions de Jakarta en était vendredi dernier  à sa vingtième séance vendeuse consécutive. Les investisseurs internationaux ont cédé depuis début juin pour environ 1,35 milliard de dollars d’actions thaïlandaises, soit le plus important volume depuis août 2011 (lors de la crise souveraine européenne). Citigroup évalue pour sa part les fortes sorties nettes de capitaux hors des fonds actions chinoises à 558 millions de dollars sur cinq jours.

De nombreux investisseurs se demandent tout d’un coup s’ils n’ont pas sous-estimé jusqu’ici les signes alarmants venant des Etats émergents. Des pays comme le Brésil, l’Ukraine, la Slovénie ou le Paraguay, dont le niveau de dette et/ou d’inflation commence à faire réfléchir, viennent rappeler que l’univers des émergents n’est pas homogène. De plus, la hausse des taux d’intérêt des obligations d’Etat américaines joue contre l’ensemble du bloc en réduisant toujours plus le différentiel de taux

Dollar's rise against EM currencies

Actions, devises, obligations… on vend de tout. Durant les trois semaines ayant précédé le 12 juin, quelque 19 milliards US ont été retirés des fonds d’investissement spécialisés dans les marchés émergents, selon la firme EPFR Global. Un sommet depuis le milieu de 2011.

Des exemples: les étrangers ont vendu plus de 5,6 milliards US de fonds d’actions brésiliennes et 3,2 milliards US d’obligations de l’Inde; la roupie indienne est tombée à un creux historique par rapport au billet vert américain, et le real brésilien pique du nez, selon Bloomberg.

Si bien que l’indice boursier JPMorgan Chase des pays émergents accuse un repli d’environ 4% depuis le 1er avril, tandis que les marchés européens et américains restent dans le vert.

Un autre indice de référence, le MSCI Marchés émergents (EM), vient d’enregistrer sa cinquième semaine de baisse d’affilée. Les Bourses émergentes ont même creusé leur retard par rapport aux pays développés dans les derniers jours de grande turbulence. Le MSCI/EM est en baisse de 14% depuis le début de l’année, alors que le MSCI Monde, qui comprend les Bourses occidentales, marque un gain de 6,5%.

«La croissance des marchés émergents a déçu […] notamment en Chine et au Brésil», résume Roland Kaloyan, stratégiste chez Société Générale.

PLUS DEMERGENTS EN SUIVANT:

Plusieurs raisons expliquent la perte d’intérêt pour les «émergents». D’abord, les actifs des pays développés deviennent plus attrayants. Et surtout, il y a des signes manifestes d’une décélération économique.

Prenons l’Inde, dont le taux de croissance annualisé s’élève aujourd’hui à 4,5% – sa pire performance en 10 ans – comparativement à 7,7% en 2011.

L’économie du Brésil, première puissance d’Amérique latine, n’a progressé que de 0,6% au premier trimestre, alors qu’on nous avait habitués à des taux deux à trois fois supérieurs il y a trois ou quatre ans.

Même la Chine inquiète. L’indice PMI manufacturier s’est contracté en juin à son plus bas depuis neuf mois. Cet indicateur ressort ainsi à 48,3. En mai, il était passé sous le seuil de 50 qui sépare l’expansion de la contraction.

En mai également, les exportations chinoises ont enregistré leur hausse la plus faible en près d’un an ( » 1%), résultat de la demande moindre des pays développés et des partenaires asiatiques.

Un essor artificiel

Bref, on constate maintenant que l’essor de certains pays émergents a largement été le fruit d’une injection massive de fonds publics dans l’économie ou d’une expansion du crédit après la crise financière de 2008-2009.

Maintenant que les effets de ces politiques se dissipent, des fissures apparaissent dans les BRIC, telles que l’inflation persistante en Inde ou une crise du crédit bancaire en Chine. Sans compter que certains pays tardent à entreprendre les réformes requises pour assurer leur croissance future.

«Les risques de ces marchés ont été largement sous-estimés», relevait Richard Bernstein, directeur de Richard Bernstein Advisors, au cours d’une récente conférence à New York.

Et il y a les tensions sociales. Les énormes manifestations ces derniers temps en Turquie et au Brésil, certes pour des raisons bien différentes, ravivent une veille image d’instabilité dans ces régions.

De sorte que la communauté financière redécouvre les risques associés aux pays émergents. Avec des effets prévisibles: en Turquie, par exemple, les rendements des obligations souveraines à deux ans ont bondi de 190 centièmes en un mois et frôlent le seuil critique de 7%.

Au final, des experts sont très pessimistes. «Ce que vous voyez, ce ne sont que les fissures des premières secousses. Quelque chose de gros s’en vient», prévient Stephen Jen, cofondateur de SLJ Macro Partners, dans un entretien avec Bloomberg.

Des propos alarmants, peut-être trop certes. Il reste que les économies plus dynamiques de la planète ralentissent, et tout le monde devra en tenir compte.

La baisse importante de certaines devises telles que le yen, qui est passé de 78 à 103 yen contre le dollar en un peu plus de six mois (soit une dépréciation de 32%) remet en cause les anticipations des opérateurs quant aux politique monétaires des banques centrales des pays partenaires du Japon en Asie pacifique. Comme l’ont du reste démontré les autorités monétaires de la Corée du Sud, en modifiant leur politique monétaire précisément à cause du yen, dont la dépréciation a sévèrement détérioré les termes des échanges du pays. De fait, à l’instar de la zone euro, certains pays émergents sont frappés directement par une perte de compétitivité.

Ajoutons à cela  que commela Fed a maintenu des taux zéro pendant trop longtemps et a laissé croire aux marchés que ces taux très bas allaient durer toujours, des masses de capitaux absolument gigantesques se sont investies dans des opérations dites de «portage » (carry trade), du style : J’emprunte à ma banque à 1 % et j’achète une obligation « pourrie » qui me donne du 7 % et, bien sûr, je ne peux pas perdre…Et ces opérations de portage ont eu lieu sur l’or, l’argent métal et bien sur  les obligations des pays émergents en monnaie locale, les actions à fort rendement des pays émergents…..affaire qui dans un contexte de hausse des taux se révèle évidemment désastreuse obligeant à une liquidation des positions, leurs coûts de portage devenant dissuasif (par suite de la hausse des taux)…

Richard Dupaul La Presse Publié le 25 juin 2013+ Levi-sergio mutemba/Agefi Suisse 24/6/2013

http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201306/25/01-4664543-les-investisseurs-desertent-les-marches-emergents.php

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