Agefi Suisse

Affaire Condamin-Gerbier : Mediapart vs Agefi: le bon côté de l’affaire. Par François Schaller

 Affaire Condamin-Gerbier :  Mediapart vs Agefi Suisse: le bon côté de l’affaire. Par François Schaller

 EN LIEN: Affaire Condamin-Gerbier: Mediapart réplique à Arrêt sur image à propos de L’Agefi Suisse

Ce n’est pas le plus grand enjeu politique de l’année, mais il s’agit quand même d’un pénible feuilleton dans la mesure où il contribue à alimenter en France les éternels clichés malveillants sur la Suisse. Existe-t-il ou non une liste établie par Pierre Condamin-Gerbier (actuellement en détention préventive à Berne) de politiciens français importants détenant des comptes non déclarés en Suisse? Une semaine après l’interview parue dans L’Agefi Suisse, dans laquelle l’avocat du prévenu affirmait que la fameuse liste n’avait jamais existé, le fait semble établi. Comme Condamin-Gerbier l’a d’ailleurs suggéré lors de son audition à l’Assemblée nationale, il aurait simplement communiqué des noms à plusieurs interlocuteurs. Dont le site d’information Mediapart. Mediapart a confirmé qu’aucune liste ne lui avait jamais été transmise. Uniquement des noms et des circonstances. Et par oral. Au début du mois, une communication du Tribunal pénal fédéral a pourtant précisé que Condamin-Gerbier niait avoir communiqué ne serait-ce que des noms. S’il a pu affirmer le contraire, c’était pour se protéger de mystérieuses menaces dont il aurait été victime. 

Mediapart, qui a accordé (comme une bonne partie de la classe politique française) un crédit plus instinctif que rationnel à Condamin-Gerbier, se demande à son tour comment retomber sur ses pieds. Il s’en prend à la Suisse, à sa justice. Et bien entendu à L’Agefi Suisse, qui a mis en garde dès le départ sur la crédibilité de l’informateur. «Très proches des milieux financiers et bancaires genevois», nous aurions «prêté», « attribué» des propos à l’avocat («la liste n’a jamais existé»). Propos de l’avocat aussitôt mis en doute par Mediapart (interrogé par le site Arrêt sur image), qui y a vu une stratégie de défense de la part de l’avocat. 

En d’autres termes, L’Agefi serait proche de Reyl & Cie à Genève, mais aurait été interviewé l’avocat de celui contre lequel la banque a déposé une plainte pénale. Pour publier un entretien très empathique intitulé «Mon client vit très mal sa détention». Et attribuer à l’avocat des propos qui disculpent en bonne partie son client. Plus emmêlée encore, la position de Mediapart dans un article paru hier: le site affirme qu’il n’a lui-même jamais évoqué de «liste», sachant très bien qu’elle n’avait jamais existé. Alors que la journaliste Agathe Duparc, en général mieux inspirée, expliquait deux jours avant qu’elle avait interrogé l’avocat avec insistance quelques heures après L’Agefi sur l’existence de la liste, ne publiant rien dans Mediapart parce que les réponses ne semblaient pas claires. Pourquoi aurait-elle posé la question si elle savait que cette liste n’avait jamais existé? Et comment, si l’on sait que la liste n’a jamais existé, peut-on parler d’une stratégie de défense de la part de l’avocat? S’agissant de notre propre interview, les choses furent simples et claires: Me Edmond de Braun a pu lire le texte et valider ses réponses avant parution. 

A ce stade, notre conviction est qu’il n’y a effectivement jamais eu de liste «physique», et qu’il était sensé de poser la question. Mediapart a peut-être entendu des noms de la bouche de Condamin-Gerbier, et se trouve dans une situation ressemblant beaucoup à ce que les médias connaissent depuis toujours. Des noms leur sont balancés à propos de comportements répréhensibles. «C’est énorme, vous devriez gratter, creuser…», entend-on souvent. Dans neuf cas sur dix, il n’y a rien au bout, ou quelques malentendus. Et lorsqu’il semble y avoir quelque chose, c’est en général invérifiable. Comment Mediapart va s’y prendre pour vérifier que tel ou tel député ou ancien ministre est détenteur de comptes non déclarés? Ses journalistes sont des professionnels engagés qui connaissent très bien le potentiel et les difficultés de ce genre d’exercice. Le site a tout à fait le droit de conserver les noms qui lui ont peut-être été communiqués, et de préciser «qu’il faut du temps pour vérifier». Avant de recevoir un jour une éventuelle pièce à conviction – enregistrement de message téléphonique par exemple – coïncidant avec une identité dont on pensera alors qu’elle a été longuement travaillée. La gloire requiert chance et patience. En attendant, «la liste qui n’a jamais existé mais quand même par oral» tient la République en haleine (le citoyen veut des noms). Elle dissuade surtout les candidats à l’évasion fiscale qui n’auraient toujours pas compris que la Suisse n’est pas une destination raisonnable. C’est le bon côté de l’affaire.     

François Schaller    L’Agefi Suisse , 22.08.2013

AVEC LES REMERCIEMENTS DE BRUNO BERTEZ

http://agefi.com/topstories/acces-libre/mediapart-contre-agefi-sur-condamin-gerbier-22082013.html

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