Art de la guerre monétaire et économique

Hemingway, Dark Vador et Bugs Bunny m’ont rendu plus riche Par Andreas Höfert

Hemingway, Dark Vador et Bugs Bunny m’ont rendu plus riche Par Andreas Höfert

«Il y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques»,

Les Etats-Unis ont changé leur mode de calcul du PIB, incluant les dépenses consacrées à la création de produits culturels et de divertissements originaux, désormais considérées comme des investissements en capital fixe

Comment ne pas aimer les Etats-Unis? Dans quel autre pays, pouvez-vous voir tout à coup votre revenu augmenter de 1750 dollars? C’est ce qui m’est arrivé, ainsi qu’à tous ceux qui vivent sur le sol américain le 31 juillet passé. C’est le jour où le Bureau d’analyse économique a annoncé sa première estimation du produit intérieur brut (PIB) pour le deuxième trimestre 2013 ainsi qu’une révision profonde du mode de calcul de cette statistique (la quatorzième depuis 1929).

Cette révision a permis de relever l’estimation du PIB pour 2012 de près de 560 milliards de dollars, soit 3,6% de l’ancien PIB ou l’équivalent d’un pays comme la Belgique ou la Norvège. Cette hausse s’explique surtout par une nouvelle saisie des dépenses de recherche et développement, qui sont désormais considérées comme des investissements en capital fixe. A lui seul, ce poste a ajouté près de 380 milliards de dollars au PIB 2012.

Une autre révision de taille a été celle des dépenses consacrées à la création de produits culturels et de divertissement originaux, désormais considérées elles aussi comme des investissements en capital fixe. Elles ont gonflé le PIB 2012 de 74 milliards de dollars supplémentaires.

Voilà qui en déconcertera plus d’un. Mais, à bien y réfléchir, pourquoi différencier dans la comptabilité nationale le dernier épisode de la série X-Men, Wolverine, dont la production a coûté 120 millions de dollars et qui en a jusqu’à maintenant rapporté 351 millions, d’un achat de machines pour 120 millions de dollars qui rapportera 351 millions par la vente des produits fabriqués?

Cette révision n’en est pas moins critiquable. Comme toujours lorsqu’un Etat revoit ses statistiques, la situation économique est meilleure qu’avant la révision. Ainsi le ratio dette publique/PIB des Etats-Unis, estimé à 106,4% en 2012 par le FMI, s’en trouve réduit à 102,7% sans que rien n’ait vraiment changé quant à la situation budgétaire calamiteuse du pays. Et la «Grande Récession» de 2008/2009 a elle aussi été passée au lavage. Nous devrions peut-être lui ôter ses majuscules dorénavant.

La critique la plus importante est cependant que, une fois de plus, il est impossible de comparer les Etats-Unis au reste du monde, qui s’en tient à l’ancienne méthode de calcul du PIB. Une situation similaire s’était produite dans les années 1990. Les Etats-Unis furent alors les premiers à modifier – en faisant cavalier seul – l’incorporation des logiciels au PIB. Du poste des dépenses, ils passèrent aux investissements, faisant grimper en flèche le PIB et la productivité mesurée. L’argument aura suffi aux investisseurs à l’époque pour acheter des actions et des dollars américains.

«Il y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques», ironisait Mark Twain. Voilà pourquoi nous devons être vigilants et ne pas prendre ces nouveaux chiffres pour argent comptant.

Par Andreas Höfert Chef économiste UBS Wealth Management

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6cacb65e-1334-11e3-acd6-023421410140/Hemingway_Dark_Vador_et_Bugs_Bunny_mont_rendu_plus_riche

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