Commentaire de Marché

Le mauvais angle d’analyse sur la question des salaires Par Andreas Hofert

Le mauvais angle d’analyse sur la question des salaires Par Andreas Hofert

Les banques centrales ressembleront bientôt davantage à des organismes de planification centrale.

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Il suffit d’une mauvaise personne, ou institution, pour tourner au ridicule une idée au départ pourtant excellente. C’est ce qui m’est venu à l’esprit après avoir entendu la Bundesbank (BuBa) et la Banque centrale européenne (BCE) appeler récemment le patronat allemand à augmenter les salaires de 3% lors de leurs négociations annuelles avec les représentants du personnel.

C’est l’économiste en chef de la BuBa, Jens Ulbrich, qui a plaidé le premier dans ce sens. Peter Praet, économiste en chef de la BCE, lui a emboîté le pas – pour une fois, les économistes semblent d’accord –, suivi par le président de la Bundesbank et faucon extrême au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE, Jens Weidmann en personne.

L’idée d’augmenter les salaires des Allemands n’est pas nouvelle. En mars 2010, Christine Lagarde, alors ministre française des Finances, avait exhorté les patrons allemands à augmenter les salaires. Son homologue allemand de l’époque, Wolfgang Schäuble, toujours en poste, lui avait alors opposé une fin de non-recevoir.

Se référant à la belle performance des clubs de football français cette année-là, il lui avait répondu: «Christine, je suis un supporter du Bayern de Munich. Après les deux victoires de l’Olympique Lyonnais face au FC Bayern en Ligue des Champions, je me suis dit que si Lyon avait joué un peu plus mal, les Bavarois auraient eu la tâche plus facile. Mais on ne peut pas construire une économie compétitive de cette façon.»

Depuis lors, Christine Lagarde est devenue directrice générale du FMI et le Bayern de Munich a fait des progrès, puisqu’il a remporté la Ligue des Champions en 2013. Cela dit, on peut comprendre le plaidoyer de Mme Lagarde pour une hausse des salaires allemands. Malgré son ancrage politique à droite, elle est avant tout Française. Or, la France a une longue tradition d’interventionnisme de l’Etat dans l’économie. En outre, d’un point de vue macroéconomique, cette idée semble pertinente au moins pour trois raisons.

Tout d’abord, l’économie de la zone euro cale à nouveau: l’Italie est officiellement retombée en récession au second trimestre, le PIB allemand a décru et la France continue sa stagnation. Certes, quelques indicateurs avancés ont légèrement progressé en juillet et une embellie reste possible au second semestre. Mais ce serait oublier les tensions géopolitiques et les sanctions à l’égard de la Russie, qui pourraient peser un peu plus sur la croissance. Par conséquent, un coup de pouce de la consommation des ménages allemands serait bienvenu en Europe.

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Deuxièmement, les pays de la périphérie ont jusqu’à maintenant consenti les plus gros efforts de rééquilibrage économique en zone euro avec des dévaluations internes. Les coûts unitaires de main-d’œuvre en Espagne, au Portugal et en Grèce ont nettement baissé avec, à la clé, dans ces pays, de sévères récessions, voire de la dépression. Comme il s’agit d’un enjeu relatif, l’augmentation des coûts unitaires de main-d’œuvre en Allemagne aurait le même effet de rééquilibrage.

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Enfin, bien que l’on ne puisse pas encore parler de déflation en dépit du faible niveau d’inflation dans la zone euro, juillet a été le dixième mois consécutif avec un taux d’inflation nettement inférieur à 1%. Le président de la BCE, Mario Draghi, impute la faiblesse de l’inflation à la baisse des prix de l’énergie. Les prix devraient donc amorcer un rebond en août. Mais n’oublions pas que des estimations similaires se sont succédées depuis neuf mois et que toutes se sont avérées erronées. Le coup de pouce inflationniste d’une hausse des salaires en Allemagne apporterait donc une bouffée d’oxygène.

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Néanmoins, la Bundesbank et la BCE ne peuvent pas sérieusement militer pour des hausses de salaires. Tout d’abord, l’inflation est d’abord un phénomène monétaire, dans tous les pays et en toute circonstance. Si une Banque centrale veut davantage d’inflation, elle peut assouplir sa politique monétaire pour y parvenir. Quand une Banque centrale appelle à des hausses de salaires, elle annonce qu’elle capitule.

En outre, la zone euro est encore une économie de marché libre (du moins, je n’ai pas vu passer de note de service stipulant le contraire). Avant la crise financière, les Banques centrales tendaient à n’agir que sur un prix important: le taux d’intérêt à court terme. A l’heure actuelle, leurs mesures de politique monétaire peu orthodoxes influencent les prix de tous les actifs financiers. Agiront-elles bientôt aussi sur les salaires? Si tel est le cas, ne parlons plus de Banques centrales mais d’organismes de planification centrale.

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ANDREAS HÖFERT Chef économiste  UBS Wealth Management/ AGEFI SUISSE 19/8/2014

http://agefi.com/forum-page-2/detail/artikel/allemagne-les-banques-centrales-ressembleront-bientot-davantage-a-des-organismes-de-planification-centrale-379601.html?catUID=21&issueUID=656&pageUID=19595&cHash=0b1467f6b61dea76b54ebf951c422eb4

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