Les Editos

L’Edito Spécial du Samedi 20 Septembre 2014 : « Aucun prix n’est trop élevé pour être propriétaire de soi-même » Par Bruno Bertez

L’Edito Spécial du Samedi 20 Septembre 2014 : « Aucun prix n’est trop élevé pour être propriétaire de soi-même » Par Bruno Bertez

Je vous invite à lire, relire et tourner dans votre tête, la citation de Nietzsche que nous avons mise en bandeau en Une de Lupus. Elle éclaire notre démarche.

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Que dit Nietzsche ? Il dit une chose très simple que vous avez certainement constatée tout au long de votre vie et qui, pourtant, dans nos sociétés, est passée à l’arrière-plan : l’individualité est une conquête sur le groupe. Nietzsche dit, sur la tribu, c’est son vocabulaire. Il entend par là que l’individualité n’est pas une donnée, mais une lutte qui est double.

D’abord, une lutte sur soi-même pour arriver au processus d’individuation et ensuite une lutte sur le groupe qui, lui, a une tendance, nous allions dire naturelle, mais elle est aussi culturelle, à nous submerger. Cette lutte en effraie plus d’un. Nous aurions même tendance à dire qu’elle effraie la majorité.

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Nietzsche ajoute : « aucun prix n’est trop élevé pour accéder au privilège d’être propriétaire de soi-même ». C’est l’inverse du sens commun et de la philosophie classique qui dominent en France : l’homme ne nait pas libre, au contraire, il nait dans un groupe, il est prisonnier du groupe, il est la chose du groupe, il n’est qu’un élément dans la masse, mais, et c’est le mais qui est important, par un effort considérable, il peut dépasser ce statut et devenir un individu. Un être propriétaire de lui-même, comme il dit.

Ta raison de vivre

Devenir soi-même, être propriétaire de soi-même, ne s’autoriser que de soi-même, y a t’il programme plus exaltant  pour donner sens à une vie ? Personnellement, je n’en connais pas d’autre et je suis d’autant plus sûr de ce que j’avance que tous ceux qui prétendent conduire la société, en être les chefs, ont exactement ce même programme : être des individus qui s’élèvent au-dessus de la masse. Comment interpréter ces efforts faits par les Hollande, Valls, Sarkozy, Juppé, Chevènement, comment interpréter leurs efforts autrement que pour devenir des individus, exercer leurs volontés de puissance et finalement donner un sens à leurs vies. Forcément, ils ont ce même projet nietzschéen, sortir de la masse, s’élever au-dessus d’elle, exister en tant que soi-même. Et pour ce faire, ils sont prêts à se faire les apôtres d’une philosophie contraire, la philosophie collectiviste, socialiste, dirigiste, constructiviste, c’est-à-dire qu’ils se font les apôtres d’une philosophie qui leur convient, qui n’est rien d’autre que celle des Maîtres.

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C’est l’un des paradoxes les plus révélateurs que celui-là. Tous ces gens défendent la masse, la tribu, le collectif, qu’ils affublent de noms plus ou moins flatteurs comme, la Nation, la République, la Démocratie, que sais-je encore. Mais ils le font à leur seul profit, car cette philosophie, c’est celle qui leur sert à asseoir leur domination. C’est la racine des pouvoirs modernes que de proposer des vies massifiantes afin que ceux qui en émergent puissent réaliser la leur… sur le dos des autres. Les autres, c’est vous, les marchepieds de ces ambitieux qui sacrifient tout à leur propre ascension, et qui sacrifient en particulier la vôtre d’ascension.

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Tous ne sont pas gens de mauvaise volonté, certains sont cyniques, ce sont peut-être les plus nombreux, mais ce n’est pas sûr. Mais d’autres sont inconscients, ils sont tellement pris dans la névrose culturelle, collectiviste et socialiste, qu’ils pensent faire le bien. Ils pensent se dévouer au bien public, à l’intérêt général. Et c’est peut-être parce qu’il y en a encore quelques-uns de cette race, quelques-uns qui croient à ce qu’ils disent et pensent, que le public tombe dans le piège. Les rares exceptions qui travaillent pour le bien public servent de caution, caution qui dédouane les cyniques.

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Il suffit, par exemple dans l’actualité, d’observer ce qui s’est passé lors du vote de confiance à Valls. Le reniement des frondeurs a quelque chose de pathétique. Ils sont persuadés d’avoir raison en critiquant la volte-face politique de Hollande. Et pourtant, ils ont fait en sorte que Valls puisse se vanter d’avoir passé l’examen de confiance. Ces frondeurs ont-ils procédé à un examen de conscience, avant et après leur vote, évidemment non. Ils ont cédé au chantage du déluge, de la catastrophe politicienne, bref au chantage de la dissolution : si vous votez la défiance, vous êtes renvoyés dans vos foyers, vous êtes remassifiés, vous redevenez un citoyen lambda. Et pour rester au-dessus de cette masse, pour avoir le plaisir de faire partie de l’élite de la tribu, bref, pour être des individus pas tout à fait comme les autres mais au-dessus, ils se sont inclinés devant le chantage. Tous ceux qui, hier encore, se disaient de la première gauche, celle qui luttait contre l’aliénation au nom de la lutte des classes, ont changé de camp –fut-ce par défaut- ils ont rejoint celui de la lutte des places. Ah les bonheurs de la politique professionnelle, de cette politique qui fait métier de sortir de la masse pour mieux y enfoncer les autres.

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Nietzsche n’a pas bonne presse, c’est normal, les pouvoirs, quels qu’ils soient, ont horreur des rebelles et des contestataires. La liberté est un crédo qui doit rester abstrait, mais qui ne doit jamais tenter d’être mis en pratique. La liberté abstraite du vote a remplacé la liberté concrète des déterminations. Y a t’il plus beau mensonge que celui-là : vous êtes libre, la preuve, vous pouvez choisir entre Hollande et Sarkozy !

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Nietzsche n’a pas bonne presse. On s’est efforcé d’en faire un auteur sulfureux en lui trouvant au mépris de l’histoire vraie, des affinités avec le fascisme et l’antisémitisme. Bien peu, même encore aujourd’hui, sont aussi méprisants pour les racistes que l’était Nietzsche. Bien peu sont aussi antifascistes que lui, surtout, suivez mon regard, du côté des tenants de la théorie de l’homme universel. Les travaux de Nietzsche ont été caviardés, par sa sœur en particulier, dans un sens favorable à Hitler. Les historiens sérieux ont fait justice de cette falsification. Qu’importe, les pouvoirs préfèrent considérer que les falsifications ont valeur supérieure aux textes authentiques.

Croire au changement

Nietzsche ne nie absolument pas le fait social. Comment pourrait-il le nier, puisque c’est une réalité dans laquelle nous baignons quotidiennement. La vie que nous menons se déroule dans la société, dans la tribu. Le langage que nous habitons, qui nous traverse, est celui  de nos ancêtres, vivifié par les apports de notre famille, de nos voisins. L’homme est un point d’intersection, une rencontre entre le collectif, l’historique, le présent et une volonté individuelle de donner un sens à sa vie. Pour résumer, l’homme est à la fois un produit du collectif et un projet individuel. C’est ce dernier aspect, celui du sens individuel à la vie, que les pouvoirs, tous sans exception, s’efforcent de gommer. Regardez autour de vous, la pression est continue, elle est tellement forte que vous n’arrivez plus à faire la différence entre l’intérieur et l’extérieur. On vous veut transparent, sac que l’on remplit de l’extérieur. Les attaques contre le droit de propriété extérieur ne sont jamais que la transposition symbolique des attaques que l’on commet contre votre intérieur.

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Revendiquer une place pleine et entière pour l’individu, une autre place que celle de consommateur, d’électeur, d’assujetti, ce n’est nullement nier l’existence de la société, la nécessité de règles ou la nécessité de l’humanisme. Dans le projet individuel, il y a même place pour la charité et la compassion. Vouloir faire ré-advenir l’individu, c’est tout simplement vouloir faire en sorte qu’il subsiste encore quelque chose d’irréductible sur lequel ils n’ont aucune prise, sur lequel c’est vous qui décidez.

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Il n’y a pas que nous qui parlons de la sorte. Le fameux mouvement « Pour la VIème République » et la mise en place d’une Constituante prétend vous remettre au centre du système politique. C’est une mystification de plus. Ironie de la propagande, ce projet de la VIème République est celui de la frange la plus collectiviste de l’échiquier politique !  Il s’agit de vous redonner le pouvoir pour pouvoir, encore plus sûrement, vous le confisquer. Un paquet cadeau empoisonné auquel ils veulent mettre le nœud rose, sinon rouge, d’une nouvelle légitimité.

Dans un autre domaine, mais est-ce vraiment un autre domaine, commence maintenant la discussion d’un ensemble de textes que l’on peut qualifier de sécuritaires. Ces textes sont proposés soi-disant pour améliorer la lutte contre la menace terroriste. En gros, ils réintroduisent dans notre pays l’Arbitraire comme celui d’avant que la Bastille ne devienne un symbole. L’Arbitraire des lettres de cachets. Ces textes sont des textes scélérats qui ne font l’objet d’aucun débat public, mais qui, s’ils passent en l’état, risquent de vous broyer, comme c’est le cas aux Etats-Unis, dans une machine administrative qui aura tous les pouvoirs, qui décidera du bien et du mal, qui décidera si, vous, en tant que rebelle opposant, vous avez encore le statut de citoyen ou si déjà on vous passe le costume de terroriste. Ces textes font passer le pouvoir de la classe judiciaire à la classe des fonctionnaires. Bref, on dépossède la Justice pour donner les pleins pouvoirs à l’Administration.

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BRUNO BERTEZ Le Samedi 20 Septembre 2014

illustrations et mise en page by THE WOLF

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10 réponses »

  1. donc les politiques ne sont pas propriétaire d’eux même puisqu’ils ont besoin des autres , en grand nombre , pour exister , se faire reconnaitre aux yeux du monde ; ils sont obligés d’aller contre leur conviction pour être au dessus des autres ; ils sont à vendre comme n’importe quel produit ; je peux , en revanche , me considérer comme propriétaire de moi même , vu que je fais en sorte de vivre comme je l’entend , sans m’occuper des lois , réformes et décisions de ceux qui veulent nous soumettre ; je m’occupe des autres , bêtes et gens , de leur confort , je fais en sorte d’adoucir leur vie dans ce monde brutal , je le fais avec les moyens du bord , je ne suis pas riche , mais putain , mon coeur se gonfle de joie quand je rend les autres heureux , et ce bonheur là , personne ne me le prendra ; et je ne voterai plus , c’est une perte de temps ;

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  2. Nietzsche avait tout compris de l’ére moderne et de son surhomme. Un visionnaire. Il n’y a qu’a lire la volonte de puissance, coorectement sans sur interprétation pour s’en rendre compte. C’est vrai que se surhomme peut prendre toute les formes politiques puisqu’il ne vie que pour lui même pour que sa volonté de puissance soit maximal. Se qui ne faut pas confondre avec l’individualisme qui comme vous le dites n’est rien d’autre qu’une tentative de rester propriétaire de soi même.
    Excellent article.

    PS: désolé pour les fautes 🙂 🙂

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  3. Moi, un de mes moments « préférés », c´est quand Ils nous font le coup de (se) servir (de) l’Etat. Des saints hommes pffff….
    Enfin comme dit dans les cartoons, les gens sont assez cons pour les élire.

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    • Non, pas cons, complices, comme écrit dans la citation de George Orwell.

      Et comme « Christine » du 1er commentaire, je ne voterai plus. Pas parce que c’est une perte de temps mais parce que je ne veux plus être complice de ces « traitres, renégats, voleurs, corrompus », etc.

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  4. un article excellent, merci pour l’ensemble du site et de cette bouffée de démocratie intellectuelle

    nous en avons tant besoins, rejoignez les econoclastes: Delamarche, Berruyer… et Jovanovic

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  5. Tres bon article.

    Je ne peux venir passer du temps sur ce site que rarement malheureusement malgres que je n’ai pas de TV

    la video d’Hollande et Hirsh est une des plus fabuleuse video de politique 101 depuis celle de Georges Freche …

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  6. La liberté de penser, penser pour être libre

    L’un des moyens utilisés pour vous priver de votre liberté et rogner sur vos libertés est de vous empêcher de réfléchir. La société, les médias, l’art, la classe politique ont fait en sorte que l’activité de penser, de réfléchir, voire philosopher soit discréditée. « Chien de lisard » disait Stendhal.

    L’utilitarisme, le pragmatisme règnent en maîtres et la tendance, jusque dans les écoles est de supprimer ce qui aide à penser et à le remplacer par ce qui est dit: « utile ». Et bien sur, dans un monde dominé par l’économisme et l’ordre du travail, ce qui est utile, c’est ce qui procure un emploi. Le tout , la totalité que vous êtes sont progressivement ramenés à la partie de vous qui travaille et consomme.

    Le tour de passe-passe est simple, évident, tellement qu’on ne le voit pas. Vous prenez une société, vous la mettez en ordre sous le principe ordonnant du travail, puis vous rendez le travail rare par la compétition internationale pour le profit, et vous aboutissez à la tyrannie du travail. A la fois pour ceux qui en ont un car ils veulent le garder, puis pour ceux qui n’en ont pas et enfin pour ceux qui ont peur de perdre celui qu’ils ont. La peur du chômage est ce qui fait se tenir tranquille et tout accepter. Accepter, même les guerres.

    L’ouverture sur le monde, l’ouverture à la concurrence globale et la priorité à la fameuse compétitivité, c’est à dire au moins-disant, ont réussi: tout s’ordonne autour de l’emploi et de son absence, le chômage. C’est au nom de cette priorité que les dominants vous font tout accepter, les impôts, les pertes de libertés, les régressions sociales, les pertes d’identité, les abandons de souveraineté …

    Même si le travail est libérateur dans un certain sens, l’idéologie du travail, elle, est asservissante. Presque toutes nos activités ont une double face, elles sont les meilleures et les pires des choses, elles peuvent produire du négatif et du positif. Regardez la parole. Elle est fantastiquement positive et libératrice quand elle est utilisée pour informer authentiquement, elle est négative et dominante quand elle est utilisée dans le cadre d’une stratégie de communication du Pouvoir.

    L’ordre actuel est l’ordre du travail. Il est, par son manque, sa rareté, le facteur ordonnant de la politique et en son nom, vous devez tout accepter, tel est le sous jacent de tous les messages. Le travail , ou plutôt sa rareté, c’est le mort du bridge, c’est ce qui n’est pas là, qui oriente la partie.

    Regardez l’alliance que l’on vient de faire avaler au peuple, l’alliance entre le très grand capital du Medef et les socio-démocrates du gouvernement! Au nom de la lutte contre le chômage on vous fait passer une hausse de l’exploitation, une baisse des salaires totaux directs et indirects, une régression du niveau de vie, une destruction de l’avenir , prolétarisation de vos enfants..

    Bientot ce sera la baisse des soins de santé et demain on rognera sur les dépenses de famille et d’éducation. La productivité est honorée comme source de progrès, mais on vous fait avaler qu’elle justifie votre régression! C’est le miracle de l’euthanasie de la pensée. Le « plus » abstrait du progrès produit votre déchéance concrète.

    Seule la pensée, l’usage de l’intellect permettent d’échapper à la domination.

    Pourquoi croyez vous que l’on a évacué la pensée des moyens modernes dits de communication? Pourquoi l’a -t’on remplacée par la manipulation des signes de l’information? Pourquoi la tyrannie de l’image et les micros trottoirs honteux? Parce qu’ils servent le grand dessein: supprimer, éradiquer la pensée, ils permettent de remplacer le sens par le jeu sur les signes, les mots et les images. Ils permettent de court-circuite les articulations entres causes et effets, ce qui permet tous les mensonges.

    L’une des mystifications les plus réussies du système dominant est celle de l’inversion du fascisme. L’utilisation du terme « fascisme » est à nouveau devenue banale. Ce terme sert à dénigrer, à salir, il est l’insulte à la mode. Tout ce que la masse déteste est qualifié de fasciste. Le fascisme définit la haine, la detestation non pas de l’autre , de celui que l’on insulte, mais la détestation que l’on ressent en soi, celle qui nous habite, nous qui l’utilisons: L’insulte qui qualifie l’autre de fasciste est une sorte rejet, de vomi de ce que l’on a de noir et de pourri en soi.

    On a réussi à retourner le concept.

    Le fascisme est un concept politique qui définit une idéologie qui prétend que l’Etat est l’organisation optimale, idéale pour réaliser les fins de la société. Le fascisme prétend réaliser par l’Etat, les fins de l’individu en matière économique, sociale et maintenant sexuelle. Le fascisme est, pour le fasciste, l’instrument par lequel la destinée des gens est réalisée. Les droits de l’individu, l’individu lui-même sont structurellement subordonnés aux objectifs de l’Etat et, nous y sommes, nous sommes au coeur du fascisme, aux objectifs d’un groupe, d’une classe de gens dominants.

    Derrière le mythe, derrière la construction de l’Etat, se cache toujours une classe de gens dominants. Voila ce que c’est que le fascisme. Le fascisme est belliqueux, chauvin, il méprise l’individu réel, vous, moi; il ne connait que le citoyen, lequel doit se subordonner à tout, lequel doit obéir.

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