Etats-Unis

L’âge des mauvais pressentiments Par James Howard Kunstler

L’âge des mauvais pressentiments Par James Howard Kunstler

Il arrive parfois que les évènements prennent le contrôle sur les personnalités. Les forces invisibles qui maintiennent l’équilibre entre les affaires des nations se dissolvent, des particules sont propulsées hors des nombreux épicentres, et les évènements dégénèrent jusqu’à devenir critique.

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Regardez dans votre rétro et dites au revoir à l’âge de l’optimisme irréaliste, à l’époque où les Etats-Unis étaient inspirés par leur vœu le plus cher : pouvoir continuer de conduire jusqu’au Wal-Mart le plus proche, pour toujours. Lorsqu’on l’observe de très près, l’idée contemporaine de l’utopie a toujours été bancale. D’une part, nous avons l’inutilité de conduire sans cesse. Pour la plupart des Américains, conduire ressemble on-ne-peut moins aux images publicitaires qui présentent une seule voiture roulant sur la côte au coucher du soleil, et bien plus à des bouchons sur la jonction de l’I-55 et l’I-90 en heure de pointe à Chicago, dans une Dodge Grand Caravan peuplée de trois enfants gesticulants dont les téléphones viennent d’épuiser leur batterie – sans oublier une vessie plus que pleine et aucune bouteille de soda vide à portée de main.

D’autre part, il y a Wal-Mart : la corne d’abondance incroyable de produits plastiques à prix bradé, comme si, pendant les années 1990, les Etats-Unis étaient devenus le quai de chargement de produits quasi-gratuits. N’était-ce pas la bonne époque ? Aujourd’hui, tout le monde est équipé au maximum, de la télévision écran plat à l’essoreuse à salade. Mais voilà que nous sommes fatigués de voir l’arrière-train de Kim Kardashian, et puis après tout, personne n’a jamais vraiment aimé la salade. L’excitation n’est plus, et il en est de même pour les jours de paie qui marquaient le début de l’orgie. Les rayons nourriture sont particulièrement moroses, avec leurs boîtes de Lucky Charms qui régulièrement pèsent moitié moins lourd et coûtent deux fois plus cher. Et dire que c’était ce qui était prévu pour le dîner ! Peut-être est-ce la manière qu’à Mère Nature de nous dire qu’il nous faut changer de tatouage.

Dans cet étrange entre-deux dans lequel nous nous trouvons coincés depuis la crise de 2008, la gouvernance mondiale n’a dépendu que de mensonges et de subterfuges servant à garantir l’illusion de résilience, une sorte de formule magique pour séduire les masses pendant suffisamment longtemps pour les convaincre que les problèmes de pénurie d’énergie sont terminés. Même ceux habituellement payés pour réfléchir sont tombés dans le panneau. Attendez qu’ils découvrent que les producteurs de pétrole de schiste n’ont jamais gagné un centime de leur production, et n’ont survécu que grâce à la vente de biens immobiliers à des gens plus crédules encore, et en donnant un faux lustre aux contrats financiers toxiques qui garantissent leurs exercions. Attendez-vous à voir ce mirage se dissiper au cours de ces deux prochaines années, voire peut-être plus tôt si le prix du pétrole passait sous la barre des 90 dollars et qu’il n’y ait plus aucune raison économique de continuer de creuser et de fracturer.

Les mensonges et les fraudes commises par l’axe Wall Street/Washington ont eu deux conséquences fatales dont les effets durent encore. Ils ont détruit la capacité des marchés à établir le prix réel des produits et rendu les marchés inutiles. Ils ont mis fin à la formation de capital au point que nous n’ayons plus les moyens de reconstruire une économie pour remplacer la matrice financière de rackets qui prétend aujourd’hui fonctionner. Certains observateurs, comme moi-même, attendent depuis un certain temps que le brouillard se dissipe et expose la machinerie cachée dans l’ombre.

Des changements sont dans l’air, et nous nous réveillons en cette matinée d’été avec des températures si basses qu’il faudrait presque allumer les fournaises. Il y a du plomb dans l’air. Les évènements qui se déroulent ici comme ailleurs provoquent des vents de transformation dans la disposition des gens, des affaires et des nations. Qui aurait pu penser il y a quelques années que l’Ecosse puisse faire trembler l’Occident ? Au Pentagone, à la Maison blanche et à la CIA, on attend avec indigestion et palpitations la prochaine vidéo envoyée par l’EIIL, mais peut-être devrions-nous nous demander combien des centres commerciaux de notre pays seront pris d’assaut par des commandos vêtus de noir et armés de fusils automatiques.

Et puis il y a les personnages de cette politique sclérotique : trop bêtes ou distraits pour s’en sortir, emplis de ressentiment et de grief, et plongeant lentement dans les ténèbres. Bienvenus dans l’âge des mauvais pressentiments. Quelque part dans ce monde brille une lumière de vertu qui nous attend, mais nous sommes encore très loin de la trouver.

Par James Howard Kunstler – Kunstler.com/24HGOLD.COM Publié le 30 septembre 2014

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-l-age-des-mauvais-pressentiments.aspx?contributor=James+Howard+Kunstler.&article=5817747394H11690&redirect=False

1 réponse »

  1. Cet article a un parfum, un quelque chose qui me rappelle les savoureux billets d’Art Buchwald. Que je lisais il y a, je crois, plus de 40 ans. Dans un quotidien genevois. C’ doc un compliment que j’adresse aux deux: James Howard et Art!

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