Commentaire de Marché

L’inertie de la dette publique en France Par Sylvain Fontan

L’inertie de la dette publique en France Par Sylvain Fontan

 (économiste et créateur du site www.leconomiste.eu )

La France vient de passer le cap des 2’000 milliards de dette publique. En 2015, la dette publique française s’approchera de 100% de sa richesse nationale. Le pays confirme ainsi année après année son incapacité à juguler sa fuite en avant budgétaire. Derrière cette somme abstraite il y a des réalités pratiques que certains dirigeants politiques feignent d’ignorer.

Des implications pratiques

Le montant de la dette publique française renvoie à une réalité implacable. En effet, un taux d’endettement à 100% du PIB, soit 2’000 milliards d’euros pour simplifier, implique que la France doit trouver quotidiennement 800 millions d’euros par jour à emprunter pour répondre aux impératifs de financement (salaire des fonctionnaires, allocations chômage, pensions de retraites…). Sur ces 800 millions d’euros, 200 millions proviennent de prêteurs français mais les 600 millions restants proviennent de prêteurs étrangers. Dès lors, la dépendance de la France aux marchés financiers est évidente car sans le soutien de ces derniers le pays ne pourrait pas faire face à ses engagements financiers et elle ne pourrait pas continuer à vivre au-dessus de ses moyens comme elle le fait depuis maintenant environ 35-40 ans.

La réalité des enjeux financiers quotidiens est incontournable. De façon très pratique, si la France n’arrive pas un jour à trouver les 800 millions d’euros dont elle a quotidiennement besoin, cela implique le fait que le lendemain son besoin sera de 1’600 millions d’euros (800 millions d’euros multiplié par deux) et ainsi de suite. Un des problèmes de ce phénomène est que plus le montant à trouver est élevé, plus il devient cher de se financer. Dès lors, la somme que la France devra rembourser suite à cet emprunt sera plus élevée car le taux d’intérêt demandé sera lui aussi plus haut, soutenant alors un phénomène de cercle vicieux appelé effet boule de neige.

La charge du remboursement de la dette pèse sur les finances publiques. En effet, la France emprunte en moyenne sur les marchés financiers pour financer ses déficits à un taux de 2% depuis le début de l’année 2014. Autrement dit, la France affecte 2% de son PIB (richesse nationale produite) aux frais financiers. Or, avec une croissance économique nominale (prise en compte de l’inflation) proche de 1% en 2014, le différentiel fait que le montant de la dette augmente mécaniquement. En d’autres termes, la dette publique ne peut qu’augmenter car la charge de la dette (2%) est plus élevée que le rythme d’accumulation des richesses (1%).

L’importance majeure du niveau du taux d’emprunt de la France

Le taux d’emprunt est la clef de voute de l’édifice financier français. Bien que ce taux soit rarement mis en avant, il constitue, avec celui de la croissance économique, l’indicateur clef à partir duquel il convient d’analyser la viabilité du budget de la France et la soutenabilité de sa dette. Si le taux est faible, les intérêts que la France devra à ses créditeurs seront faibles. Inversement, si le taux est élevé les intérêts dont la France devra s’acquitter seront élevés.

Les projections de taux d’emprunts prennent une importance capitale. En effet, le seul remboursement de la dette, autrement dit le remboursement du capital emprunté plus le paiement des intérêts, représente à lui seul le premier poste du budget de l’Etat (hors dépenses de sécurité sociale), devant l’éducation nationale, les retraites et la défense nationale, qui sont les trois postes de dépenses les plus coûteux après les engagements financiers de l’Etat. Dès lors, une hausse des taux viendrait compromettre l’équilibre financier de la France. Une hausse de seulement +1% du taux d’emprunt de la France, se traduirait immédiatement par la nécessité de trouver au minimum 30 milliards d’euros supplémentaires au titre du refinancement de la dette, soit l’équivalent d’un CICE.

La France bénéficie actuellement de conditions de financement exceptionnelles. Alors que la France emprunte traditionnellement aux alentours de 5% sur le long terme, le taux moyen de 2% sur l’année 2014 est à ce titre particulièrement exceptionnel. La situation est d’autant plus exceptionnelle au regard du taux très favorable avoisinant les 1,35% dont bénéficie la France depuis l’été 2014. Cette « performance » meilleure que prévue tempère les tensions financières qui pèsent sur le pays. Toutefois, ces taux d’emprunt ne reflètent pas une bonne situation économique mais renvoient à un contexte international totalement indépendant de la France.

Sylvain Fontan, “ L’inertie de la dette publique en France ”, analyse publiée sur «leconomiste.eu» le 08/10/2014

http://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/304-l-inertie-de-la-dette-publique-en-france.html

Comprendre l'économie : leconomiste.eu

Le financement exceptionnellement favorable mais intenable de la dette française Par Sylvain Fontan 9/10/14

Même si la France connaît un niveau de dette publique record, le pays bénéficie actuellement de conditions de financement très favorable. Toutefois, ces condition sont exceptionnelles et ne dureront pas éternellement. Dès lors, si la France ne profite pas de ce contexte favorable pour remédier à son endettement excessif, c’est la souveraineté même de la France qui en pâtira.

 Situation exceptionnellement favorable mais intenable

La France bénéficie de conditions de financements très favorables. En effet, alors que le taux d’emprunt de la France sur le long terme se situe aux alentours de 5%, la France emprunte en moyenne sur l’année 2014 à 2%. Le pays emprunte même sur la seconde partie de l’année à des taux historiquement bas avoisinant les 1,35%. Grâce à cette « performance » meilleure que prévue, la France a engagé des frais financiers moindres qu’initialement anticipés. Toutefois, ce résultat exceptionnel ne reflète pas une bonne situation de l’économie française, mais il renvoie à un contexte international particulièrement favorable.

Le gouvernement français se félicite des conditions favorables de financement du pays. Il lie le fait que les taux actuels sont historiquement bas à ses décisions de politique économique alors même qu’avant son arrivée au pouvoir il accusait les marchés financiers d’être en partie à l’origine des problèmes de la France. Si ces déclarations sont le lot habituel du jeu politique il n’en demeure pas moins que la réalité économique est différente car les conditions favorables de financement sont largement indépendantes de la France. Au regard des fondamentaux économiques français et des politiques mises en œuvre, le taux normal de financement devrait être de l’ordre de 4-5% et pas de 1-2% comme c’est le cas actuellement.

La France jouit actuellement d’une combinaison d’évènements particulièrement favorables. Lapolitique monétaire menée par les grandes banques centrales (Etats-UnisJapon et Europe) conduisent à injecter d’énormes quantités de liquidités dans le système financier. Dès lors, il faut un réceptacle à toutes ces liquidités pour qu’elles puissent se placer. Or, en Zone euro, et à l’exception de l’Allemagne, les deux seules autres dettes ayant la capacité d’absorber ces quantités de liquidités sont les dettes espagnoles et italiennes. Cependant, les craintes concernant la capacité de ces pays à honorer leurs engagements financiers limitent l’appétence des investisseurs internationaux pour la dette de ces pays. Dans ces conditions, la dette française se révèle attractive car elle présente des spécificités : (1) elle est « liquide », c’est-à-dire qu’elle s’échange très facilement, (2) la France à une capacité avérée à lever l’impôt si nécessaire pour honorer sa dette, (3) sauf à revenir très loin dans l’histoire (révolution française) les prêts ont toujours été remboursés, (4) l’épargne des français est très élevée et l’Etat pourrait le cas échéant être tenté de « piocher » dedans, et enfin (5) les besoins de financement de la France sont tels qu’elle a la capacité d’absorber de grandes quantités de capitaux.

Les conditions de financement sont appelées à se dégrader. En effet, le choix des marchés de placer leurs capitaux en France plutôt que dans d’autres pays s’apparente plus à un pis-aller qu’à une conviction. La dette française se distingue des autres uniquement grâce à des conditions exceptionnelles et non grâce à de bonnes performances économiques. De plus, le fait que le taux soit historiquement bas induit qu’il ne peut qu’augmenter à terme. Enfin, lorsque la reprise économique interviendra en Zone euro et que le politique monétaire des grandes banques centrales sera moins accommodante, alors la situation sera moins favorable. En effet, d’une part les liquidités cherchant à se placer seront moindres et plus regardantes et, d’autre part la meilleure « santé » des pays du Sud de l’Europe feront que la dette émanant de ces pays sera plus attractive pour les investisseurs. Dès lors, cette évolution se traduira mécaniquement par un détournement des investisseurs de la dette française et entraînera une hausse des taux.

Dans ce cadre, la crédibilité de la France à tenir ses engagements budgétaires et ses objectifs de croissance semble fortement hypothéquée car : (1) les investisseurs étrangers estimeront que la France est incapable de maîtriser sa dette, ce qui les amènera à s’en détourner ; et car (2) pour se financer, la France devra alors accepter des taux d’intérêts plus élevés qui viendront encore diminuer la soutenabilité de sa dette jusqu’à ce qu’un jour celle-ci soit réellement impossible à financer et que le pays soit obligé de renoncer à des dépenses de manière brutale.

http://www.leconomiste.eu/decryptage-economie/305-le-financement-exceptionnellement-favorable-mais-intenable-de-la-dette-francaise.html

Le rapport compliqué de la France avec sa dette publique 

La dette publique d’un pays correspond à la somme des déficits publics passés cumulés. Or, la France connait depuis 40 ans des finances publiques systématiquement déficitaires année après année. Dès lors, la dette publique française ne cesse d’augmenter depuis la fin des années 1970 pour atteindre un niveau historique de 2’000 milliards d’euros en 2014, et probablement proche de 100% de la richesse nationale dès 2015. Si la France s’est pendant longtemps accommodée d’un tel niveau de dette cette situation n’est plus tenable. Dès lors, il convient de mieux penser le périmètre de l’Etat, c’est-à-dire son importance dans l’économie.

Rapports compliqués de la France avec sa dette publique

La France s’est longtemps accommodée d’une dette élevée. En effet, pour se délester du problème de la dette, largement engendrée par des dépenses publiques excessives, la tentation historique naturelle de la France a toujours été de créer de l’inflation qui diminue mécaniquement et artificiellement le montant de la dette car il devient plus simple de la rembourser. Or, depuis la création de l’euro et de la Banque Centrale Européenne, la France n’a plus la possibilité d’engendrer de l’inflation unilatéralement par la création monétaire. En termes techniques ce mécanisme s’appelle la « monétisation de la dette » plus connu sous l’expression familière qui veut que l’Etat fasse « marcher la planche à billet ».

Or, les seules solutions pérennes pour diminuer la dette sont la hausse des recettes ou la baisse des dépenses. Augmenter les recettes renvoie indifféremment à la hausse de la croissance économique (qui accroît mécaniquement les rentrées fiscales liées à la hausse de l’activité) et à la hausse de la fiscalité en générale. Du côté des dépenses, il existe trois types de dépenses qu’il est possible de diminuer : les dépenses d’Etat (ministères, nombre et salaire des fonctionnaires..), les dépenses sociales (chômage, maladie, retraite…) et les dépenses des collectivités locales (conseils généraux, régions et départements, collectivités de communes…).

Au-delà des aspects fiscaux et de croissance, il convient de s’interroger sur les dépenses publiques. Les dépenses dans l’enseignement sont un exemple patent d’inefficacité de la dépense publique. En effet, alors que les dépenses d’enseignement représentent un poste majeur de la dépense publique en France, qu’elles augmentent continuellement et qu’elles sont les plus importantes du monde, la France connaît néanmoins une situation de chômage de masse depuis plusieurs décennies (environ 5 millions de français actifs qui sont actuellement au chômage), les résultats des écoliers français dans les classements internationaux ne cessent de diminuer malgré des dépenses par élèves parmi les plus élevées du monde, 150’000 jeunes sortent tous les ans du système scolaire sans qualification et beaucoup ne savent ni lire ni écrire correctement. Ce constat clinique et factuel pose la question de l’efficacité et la pertinence des dépenses du secteur public, qui grèvent le potentiel de croissance de la France sans fournir de résultats à la hauteur des moyens financiers mobilisés.

L’ensemble des dépenses publiques sont concernées par ce phénomène. En effet, au-delà des dépenses publiques liées à l’éducation, ce sont plusieurs autres secteurs publics qui sont concernés par des dépenses en constante augmentation et parmi les plus élevées du monde, mais avec des résultats décevant au regard des sommes engagées.

La dette publique ne correspond pas à des investissements productifs mais essentiellement à des dépenses sociales utiles mais improductives. En effet, sur ces dépenses sociales, un 1/3 renvoie à des dépenses liée à la maladie et 1/3 au financement des retraites. Dans ce cadre, et malgré l’utilité évidente de ces dépenses dans l’absolu, la dette sert avant tout à payer les dépenses courantes mais pas à investir dans la croissance économique. La dette contractée dans cette optique n’est absolument pas créatrice de richesses, mais entraîne des destructions de richesses. En effet, au lieu d’être employée à financer des projets créateurs de croissance future (qui pourrait alors justifier l’endettement) et qui pourraient ainsi financer ces dépenses sociales grâce à la création de richesses et aux recettes fiscales liées, le creusement de la dette actuelle renvoie en réalité au souci de garantir un niveau de vie supérieur aux moyens réel du pays. De plus, la garantie de ce niveau de vie se réalise au prix d’un financement qui pèse sur les générations futures qui n’auront pas les moyens d’y faire face.

Sylvain FONTAN, Economiste (www.leconomiste.eu)

2 réponses »

  1. Oui ben à mon avis Sylvain Fontan devrait rejoindre le cercle des économistes attérrés… il est dans la bonne lignée d’analystes gauchiste qui prêche pour son église..

    Il me semble qu’on avait déjà parlé de ce qui constituait le PIB et comment pour falsifier la situations économiques de la France, année après année, on a privilégié la « dépense publique » face à la désindustrialisation du pays… 14 % du PIB en production industrielle (une courbe en baisse constante) et 57% du PIB en dépenses publiques (courbe en hausse constante).

    L’idéologie socialiste et sa croissance par l’investissement (je suis dieu, je m’accapare les outils de production, les richesses et je répartie selon mon bon gré, et qui je veux arroser) on voit où tout ça à conduit le pays…

    A force de mettre la poussière sous le tapis ça commence sérieusement à se voir…

    Comment doit on faire pour s’en sortir avec 2035 Mdrs de PIB (donnée variable) et 2000 Mdrs de dette (déficits cumulés invariable)…??

    1/ On baisse la dépense publique progressivement ? Allez on gratte 100 Mdrs de dépenses et alors quoi, on ne cumulera pas de déficit supplémentaire sur notre dette et on gardera nos 2000 Mdrs de dette… mais en revanche, on va ramener notre PIB à moins de 2000 Mdrs et alors là, on franchit le cap des 100 % d’endettement… et là, bingo, les taux d’intérêts remontent selon le risque et l’économie des dépenses publiques de 100 Mdrs redevient aussitôt une nouvelle dépense…

    2/ On augmente nos dépenses publiques et comme prise en compte la valeur ajoutée, le PIB grimpera plus vite que la dépense.. C’est d’ailleurs la politique qui est menée depuis au moins le début des années 80.. A défaut d’infrastructure, on subventionne le rentier, on subventionne la pauvreté variant entre l’espoir d’investissement des uns et consommation des autres parce qu’il faut de la « croissance » à n’importe quel prix.

    Bref, dès lors qu’on sait que pour réduire la masse salariale de la fonction publique, il faudrait au bas mot 42 ans selon des spécialistes.. et comme l’industrie a trouvé des cieux plus cléments, on n’espère plus rien de ce pays.

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  2. Pour les libéraux, le rôle légitime de l’état n’est pas de créer des richesses (qui ont des valeurs marchandes), mais d’assurer la protection des libertés individuelles (qui n’ont pas de prix). Donc, on ne peut reprocher à l’état ce qui ne lui appartient pas. Ensuite, cela dépend ce qu’on appelle ‘richesses’, ‘destruction de richesses’ et comment on les calcule. Par exemple : l’Australie est en train de perdre sa barrière de corail à cause de son industrie minière. A court terme, le profit est là. Mais, à long terme ? Affirmer que l’état ne devrait pas s’occuper de la santé et de l’éducation, c’est prêcher pour leur privatisation. Toutefois, M. Fontan se garde bien qu’elle apporterait des améliorations notables. Pour les citoyens, je veux dire … Selon lui, l’état n’aiderait pas les entreprises innovantes. Stupéfiant raccourci quand on pense à Sanofi qui a bénéficié d’un important crédit d’impôt et qui licencie. Reste le problème de la dette. Certes, l’état est endetté. Mais les entreprises aussi. Pourquoi M. Fontan n’aborde t’il pas le sujet ?

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