Art de la guerre monétaire et économique

Une banque d’Andorre plafonne les retraits sur fond de scandale/ Andorre menacée par une crise bancaire de grande ampleur/ « Une banque espagnole en faillite et taux négatifs en Europe » (Charles Sannat)/ L’Allemagne tente de contenir la contagion de la crise bancaire autrichienne

Une banque d’Andorre plafonne les retraits sur fond de scandale

Les retraits d’argent aux distributeurs seront limités à 2.500 euros par semaine et par compte. Les transferts d’argent nationaux et internationaux seront également limités.

Andorre a pris le contrôle de la banque non cotée la semaine dernière en attendant les résultats d’une enquête pour des soupçons de blanchiment d’argent lancés par le département américain du Trésor.

La principauté dépend en grande partie de ses services financiers et le scandale BPA menace ses finances publiques.

Les soucis de BPA, qui pourrait perdre le droit de traiter avec les banques américaines en raison des accusations de blanchiment, ont conduit Standard & Poor’s a dégrader la semaine dernière la note souveraine d’Andorre, désormais deux crans au-dessus de la catégorie spéculative.

Le ministre andorran des Finances a reconnu lundi que le système bancaire de la principauté était sous pression tout en insistant sur le caractère isolé du cas BPA.

« Andorre a enclenché un processus de transformation et s’engage pour la transparence, le respect des normes internationales en matière d’échange d’informations et le combat contre le blanchiment d’argent (…) afin de protéger notre position de centre financier de classe mondiale », a dit Jordi Cinca à la télévision andorrane.

Les banques andorranes ont explosé ces dernières années, développant leurs activités avec l’Espagne voisine mais aussi avec les Etats-Unis, le Mexique, Dubaï ou le Brésil.

Les actifs gérés par le secteur bancaire andorran sont désormais 17 fois supérieurs à la taille de l’économie du pays, ce qui explique la décision de S&P, qui a fait valoir que les pouvoirs publics seraient dans l’impossibilité de soutenir financièrement BPA si cela s’avérait nécessaire.

Les banques andorranes n’ont pas d’accès direct aux facilités de paiement de la Banque centrale européenne mais peuvent y recourir par le biais de leur filiales en zone euro, à la condition que celles-ci disposent de collatéraux répondant aux normes de la BCE.

Le département américain du Trésor a décrit la semaine dernière BPA comme un « outil facile » de blanchiment d’argent pour des gangs russes, chinois ou vénézuéliens.

Le scandale s’est déjà propagé à l’Espagne ou Banco Madrid, filiale de la banque andorrane, a lancé lundi une procédure d’insolvabilité après la ruée de clients pour vider leurs comptes. La Banque d’Espagne garantira les dépôts jusqu’à 100.000 euros par client.

(Julien Toyer et Carlos Ruano, Juliette Rouillon et Patrick Vignal pour le service français)

http://www.boursier.com/actualites/reuters/une-banque-d-andorre-plafonne-les-retraits-sur-fond-de-scandale-172581.html

Andorre menacée par une crise bancaire de grande ampleur

Andorre risque de payer cher le développement de son secteur bancaire.
Andorre risque de payer cher le développement de son secteur bancaire. (Crédits : Reuters)
Romaric Godin  |  14/03/2015, La TRIBUNE+
Les autorités américaines menacent de sanctionner la quatrième banque de la coprincipauté pour blanchiment. Une décision qui menace l’équilibre précaire de ce petit pays.

La semaine qui s’achève aura vu le secteur financier andorran secoué par une forte tempête. Mardi 10 mars, en effet, la division du Trésor américain chargé de la lutte contre le crime financier, la FinCEN, a indiqué qu’elle ouvrait une enquête contre la Banca Privada d’Andorra (Banque privée d’Andorre, BPA) pour blanchiment. Aussitôt, l’autorité régulatrice bancaire andorrane, L’Institut national andorran des Finances (INAF), annonçait qu’il prenait le contrôle de la BPA. Parallèlement, en Espagne, la Banque centrale décidait également de prendre le contrôle de la filiale espagnole de la BPA, Banco de Madrid.

Les reproches de la FinCEN

Que reproche la FinCEN à la BPA ? D’avoir permis, moyennant de grosses commissions touchées par certains dirigeants, le dépôt de sommes issues du crime organisé et de la corruption. Une fois dans les caisses de la BPA, cet argent devenait « honnête » et pouvait revenir dans le secteur financier américain. Le Trésor américain cite trois cas précis. Le premier est celui du Russe Andreï Petrov, arrêté en février 2013 en Espagne pour blanchiment, et qui, selon les autorités américaines, serait lié avec l’un des « dix fugitifs les plus recherchés par le FBI », l’Ukrainien Simon Mogilievitch, un des parrains de la mafia russe. Deuxième cas : celui du chinois Gao Ping, lui aussi arrêté par l’Espagne en septembre 2012, qui aurait utilisé la BPA pour blanchir l’argent de la mafia chinoise et payé des « commissions exorbitantes » à des dirigeants de la banque andorrane. Enfin, le Trésor américain souligne que la BPA aurait été utilisé pour blanchir le détournement de près de deux milliards de dollars de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA.

Le pays dégradé par S&P

La BPA pourrait, au bout de 60 jours, perdre son habilitation à effectuer des transactions aux Etats-Unis. Ce pourrait être une véritable catastrophe pour cette institution qui est la quatrième des cinq banques de la coprincipauté et qui est spécialisée dans la gestion de fortune. Le bilan de la BPA s’élève à 3,1 milliards d’euros et ses actifs sous gestion à plus de 7 milliards. Le PIB d’Andorre est estimé à 3,5 milliards d’euros. Ce vendredi 13 mars, Standard & Poor’s a abaissé la notation d’Andorra pour la deuxième fois depuis l’automne dernier de BBB+ à BBB, avec une surveillance négative. Désormais, l’Etat pyrénéen n’est plus qu’à deux crans de la catégorie spéculative ou « d’obligations pourries » (« junk bonds »).

S&P craint non seulement que la décision de la FinCEN ne bloque sa capacité à « opérer normalement », mais aussi une contagion vers les autres banques de la principauté. Si les opérateurs jugent que le cas de BPA n’est pas unique et se détournent de l’ensemble du secteur financier andorran, le choc promet d’être terrible. Depuis les années 1990, le secteur bancaire a pris une importance cruciale dans l’économie du petit pays. Depuis 2010, le gouvernement andorran a durci, sous la pression franco-espagnole, les conditions financières dans le pays afin de ne plus apparaître comme un paradis fiscal. Pour trouver des nouvelles sources de revenus, les banques du pays se sont lancées dans une politique de croissance externe qui inquiète beaucoup S&P car le poids du secteur est devenu vertigineux : les actifs bancaires andorrans représentent 6,5 fois le PIB du pays et les actifs sous gestion plus de 17 fois. Le secteur financier représente aujourd’hui 21,7 % du PIB de la principauté contre 17,4 % en 2010.

Pas de filets de sécurité pour Andorre

Or, Andorre, quoique utilisant de facto l’euro, n’est ni membre de la zone euro, ni membre de l’UE. Le pays n’a pas de banque centrale et la BCE n’est pas responsable de son secteur bancaire. En cas de tempête financière sur la petite place pyrénéenne, ce sera à l’Etat d’intervenir directement avec des euros, une monnaie qu’elle ne peut émettre librement et certainement pas à hauteur des besoins d’une crise bancaire. Dans ce cas, Andorre fera sans doute une faillite retentissante qui fera disparaître l’essentiel de sa crédibilité et donc d’une grande partie du cinquième de son PIB qui est issu de ce secteur. On n’en est pas encore là, mais tout dépendra de la capacité du gouvernement d’Andorre à contenir la crise de BPA.

Tentative de sauvetage

Depuis plusieurs années, la coprincipauté tente de se racheter une conduite auprès des autorités internationales pour ne plus passer pour un « trou noir » du système financier mondial. Une TVA et un impôt sur le revenu ont été introduits sous la pression de l’UE et l’an passé, la coprincipauté a ainsi signé un accord avec l’OCDE pour l’échange automatique de données fiscales. Cette dénonciation de la BPA vient donc mettre en doute sa crédibilité. D’où son action vigoureuse. La mise sous tutelle de la BPA visait à conserver les « parties saines » de la banque. Le conseil d’administration de la banque a été destitué et trois administrateurs ont été nommés. Selon la presse espagnole, Andorre chercherait à sauver la BPA en la faisant racheter par la première banque du pays, le Crèdit Andorrà. Mais cette banque résiste pour le moment aux pressions des autorités et refusent d’absorber BPA. Il est vrai qu’il risquerait d’hériter de ses ennuis, de sa réputation et, peut-être, de son interdiction américaine. Si la fusion échoue et que les Etats-Unis sanctionnent BPA, cette dernière banque devra faire face à un retrait de ses dépôts et à un risque de faillite.

Micro-Etats qui ont misé sur la finance

Cette affaire vient donc porter la lumière sur ces micro-Etats qui, pour se développer ont eu recours à des secteurs bancaires aussi démesurés qu’obscurs. Andorre a longtemps été la place préférée des riches espagnols pour échapper à leur fisc. L’ampleur de cette situation a été révélée par l’affaire Jordi Pujol. L’ancien président du gouvernement régional catalan et sa famille avaient en effet dissimulé des sommes considérables dans la coprincipauté. Détail piquant, il avait utilisé en 2014 la filiale espagnole de la BPA, Banco de Madrid, pour régulariser quelques 7 millions d’euros qui avaient échappé au fisc espagnol.

La France concernée ?

Reste que la situation à Andorre ne doit pas laisser indifférents les autorités françaises et espagnoles. En cas d’effondrement du secteur financier du pays, faudra-t-il venir aider ce petit pays qui est de facto membre de la zone euro ? La principauté a un intérêt local pour les départements français environnants, beaucoup de français travaillant dans le secteur du tourisme et du commerce du détail de la coprincipauté. Par ailleurs, rappelons que le président de la République française est coprince d’Andorre, titre assez honorifique, mais pas entièrement, il est réellement en effet chef de l’Etat andorran au même titre que l’évêque de la Seu d’Urgell, en Catalogne espagnole. Sera-ce là une raison pour la France d’intervenir en cas de crise ? La question ne manquera pas de se poser.

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/andorre-menacee-par-une-crise-bancaire-de-grande-ampleur-460932.html

bankrun

« Une banque espagnole en faillite et taux négatifs en Europe » Par Charles Sannat

Mes chères contrariennes, mes chers contrariens !J’étais hier l’invité d’Ecorama ou nous avons longuement abordé le problème des indépendants et des dysfonctionnements du RSI. Pour voir ou revoir la vidéoc’est ici.Je souhaitais juste vous poser une question. Une seule. Pourquoi les taux d’intérêt sont-ils négatifs en Europe mais pas aux États-Unis ? Si je vous demande cela, c’est juste parce que si l’on regarde les politiques monétaires menées outre-Atlantique par la FED (la banque centrale américaine), on ne peut pas dire que cette dernière ait lésiné sur l’impression de billets tous frais et tout neufs !!Allons même plus loin… Cela fait presque 6 ans que les Américains impriment autant de fausse monnaie que nécessaire avec les différents QE (quantitative easing) alors que la BCE de Mario Draghi vient tout juste de s’y résoudre avec son plan massif de 1 000 milliards d’euros… Pourtant, en Europe, les taux sont négatifs et pas aux USA ? Une idée ? Une théorie ?

Dis papa, un taux négatif c’est quoi ?

C’est simple mon garçon, un taux négatif c’est une aberration économique puisque c’est quand celui qui prête est prêt à payer l’emprunteur pour lui prendre ses sous… En d’autres termes, il faut être sacrément con pour payer quelqu’un à qui tu prêtes ton propre pognon… Évidemment fils, je te déconseille de placer aussi stupidement ton argent… Éventuellement tu fais un don si tu veux avoir bonne conscience mais ton argent, bien sûr, tu ne le prêtes pas si c’est pour rien gagner du tout.

Alors si c’est aussi stupide, pourquoi les taux sont-ils négatifs en Europe et pas aux États-Unis ? Le financier européen est-il un abruti fini et plus ou moins fini que le financier américain ? Non… il y a visiblement autre chose.

Tenez, regardez, je vous donne un indice, c’est du côté du pays en pleine reprise économique, vous savez oui, c’est ça, le « miracle » espagnol avec ses 2 % de croissance reposant sur une augmentation de 7 % de la dette totale (je sais tout ira bien)…

La 4e banque d’Andorre secouée par un scandale de blanchiment

Voilà ce que l’on a appris aujourd’hui :

« Le secteur bancaire de la principauté d’Andorre est en pleine tempête avec pour première victime à l’international une filiale madrilène de la Banca Privada d’Andorra (BPA) suite à des accusations américaines de blanchiment d’argent et de liens avec la mafia.

Un des plus hauts responsables de la banque à Andorre, Joan Pau Miquel Prats, a été mis en examen lundi pour blanchiment d’argent et liens avec la mafia chinoise et incarcéré.

En Espagne, la filiale de la BPA Banco Madrid a déposé le bilan suite à une « très forte détérioration financière (…) conséquence des importants retraits de fonds de clients », a annoncé lundi la Banque d’Espagne qui en a pris le contrôle le 10 mars.

Cette filiale à 100 % de la BPA depuis 2011 est spécialisée dans la gestion de fortunes, avec quelque 15 000 clients privés et institutionnels en Espagne. Gestionnaire d’un total de 6 milliards d’actifs, elle s’est vu suspendre ses activités. »

À ce niveau-là de votre lecture, vous devez comprendre que 15 000 épargnants viennent de se faire royalement couillonner leur épargne… et qu’il vaut mieux, des fois, ne pas gagner beaucoup, voire rien du tout, plutôt que de risquer… perdre !

« Des personnes en colère dans de longues files d’attente ont tenté de retirer leur argent et de fermer leurs comptes, a constaté une correspondante de l’AFP.

Mais la banque a limité les retraits à 2 500 euros par personne, par compte et par semaine, a confirmé M. Cinca… »

Là vous devez comprendre qu’ils sont vraiment couillonnés et qu’ils ont perdu leur pognon mais qu’on leur refile royalement deux ou trois miettes pour pouvoir faire les courses ce soir…

Revenons à taux négatifs !

Bon, j’espère que vous avez compris mon message subliminal sinon je ne peux plus rien pour vous. Les banques SONT fragiles et toutes les nouvelles législations ont été faites sur mesure pour ruiner les épargnants en cas de faillite d’une banque en lieu et place du contribuable, ce qui est une bonne solution.

Cela veut dire en revanche une chose ! En tant qu’épargnant, vous avez intérêt à mettre vos sous dans une banque qui soit sûre et lorsque vous regardez les bilans des banques, ils sont presque tous moisis (inutile de m’envoyer un mail pour savoir si votre banque à vous est meilleure que celle du voisin, la réponse est non, elles sont toutes pourries).

MAIS… une très grande banque a nettement moins de chance de se voir laisser tomber par l’État qu’une petite banque et 15 000 clients, fortunés de surcroît, il n’y aura pas de quoi faire pleurer les madames Michus…

Cela veut dire que votre épargne, votre cash, vos dépôts bancaires sont soumis au risque de faillite de votre banque. L’écrasante majorité des épargnants français ne veulent pas le comprendre mais lorsque vous voyez que les taux sont négatifs, cela veut dire que les très gros épargnants (comme les fonds de placements, les entreprises, etc.), eux, l’ont parfaitement compris et ils préfèrent perdre un tout petit peu d’argent avec un taux négatif que de prendre le risque de tout perdre en cas de faillite de leur banque ! Eux non plus n’ont pas trouvé LA bonne banque, celle où tous les sous seraient en sécurité, et c’est logique car c’est tout le système bancaire européen qui bat de l’aile.

Autre chose d’ailleurs, si les taux sont négatifs en Europe et pas aux USA c’est que la vulnérabilité de l’euro, de notre monnaie « unique », fragilise directement et encore plus un système bancaire européen déjà moribond.

Ne vous y trompez pas, il faut débancariser et surpondérer les actifs tangibles. Comme vous le savez, cela va des métaux précieux à l’immobilier en passant par les lopins de terre ou les voitures de collection (que certains collectionneurs m’ont demandé avec humour de ne pas mentionner pour ne pas faire monter les cotes !). Faites ce que vous voulez mais n’oubliez pas une chose : les taux négatifs, cela veut dire quelque chose !

Il est déjà trop tard, préparez-vous.

Charles SANNAT le 17/3/2015

Source concernant la faillite de la banque espagnole ici

Grille des taux (non négatifs) aux USA

http://www.lecontrarien.com/

L’Allemagne tente de contenir la contagion de la crise bancaire autrichienne

Le Rhin à Düsseldorf. La banque Düsselhyp a dû être sauvée par ses pairs. (Crédits : Reuters)
Romaric Godin  |  16/03/2015, 
L’association des banques privées allemandes a pris le contrôle de la Düsseldorfer Hypothekenbank. L’établissement était menacé par les conséquences de la suspension de paiement de la banque nationalisée autrichienne Heta.

Les conséquences de la décision de l’Etat fédéral autrichien de cesser de renflouer Heta, la « bad bank » issue de la banque nationalisée Hypo Alpe Adria (HAA), le 1er mars, commencent à se faire sentir à l’étranger.

En Allemagne, particulièrement, où, ce week-end, l’Association des banques privées (BdB) a décidé de prendre le contrôle, via son fonds de sécurité des dépôts (Einlagensicherungsfonds), de la banque Düsseldorfer Hypotherkenbank, connue sous le nom de Düsselhyp.

Petite banque si fragile…

Düsselhyp est une petite banque, son total de bilan s’élevait fin 2013 à un peu moins de 12 milliards d’euros. Elle est spécialisée dans l’émission d’obligations sécurisées, les fameuses Pfandbriefe, qui sont des titres de dettes adossées à un ensemble de garanties, notamment des garanties de collectivités locales et des biens immobiliers. Dans ce cadre, Düsselhyp avait pris une exposition notable à la banque autrichienne Hypo Alpe Adria qui, rappelons-le, s’était développée grâce aux garanties du Land autrichien de Carinthie.

Fin 2013, Düsselhyp avait ainsi dans son bilan 348 millions d’euros de titres Heta (l’établissement qui a succédé à HAA en 2014). Selon le quotidien viennois Wiener Zeitung, l’engagement de la banque de Düsseldorf ne serait plus désormais que de 280 millions d’euros. La somme peut paraître faible, mais Düsselhyp est une banque très fragile, sauvée déjà de justesse de la faillite en 2008 par la BdB. Ses fonds propres n’étaient en juin 2014 que de 233 millions d’euros.

Autrement dit, un effacement total des créances sur Heta placerait la banque en situation de faillite. Dès jeudi, l’agence de notation Fitch mettait en garde : « L’effondrement de la banque est inévitable »…

Comment 280 millions d’euros mettent en péril 11 milliards d’euros

Mais l’Allemagne ne pouvait se permettre une faillite de la Düsselhyp. Les dettes émises par la banque deviendraient exigibles et ceci toucherait le secteur des collectivités locales allemandes, dont beaucoup (les petits Länder et certaines communes) sont déjà dans un état de grande fragilité financière.

Plus généralement, ceci aurait posé un problème de confiance général dans la Pfandbrief, jugée par les investisseurs aujourd’hui comme un produit sûr. Les prix de ces dernières auraient augmenté, faisant peser un risque là aussi sur les collectivités territoriales et sur les instituts d’émission, dont certains ont eu bien du mal à se remettre de la crise de 2008-2009.

On voit que l’effet boule de neige est considérable : avec un impact initial de 280 millions d’euros, on met en péril un bilan de 11 milliards d’euros, et un marché de quelque 400 milliards d’euros…

L’Allemagne très exposée aux mauvaises surprises de la « bad bank » Heta

Au final, la BdB a donc frappé fort, prévoyant même un rachat complet de Düsselhyp et en proclamant que l’affaire était réglée. Mais est-ce bien certain ?

L’État fédéral autrichien le 1er mars a décidé de cesser de couvrir les dépenses de Heta après l’apparition d’un besoin de financement, inconnu jusqu’alors, de 7,6 milliards d’euros.

L’Autorité de régulation autrichienne, la FMA, a pris le contrôle de Heta et a immédiatement instauré un moratoire sur les remboursements des dettes de la banque, tant au principal qu’au capital. En tout, le moratoire porte sur près de 11 milliards d’euros.

Le secteur financier allemand serait concerné à hauteur de 2,3 milliards d’euros. Avec une incertitude sur les 2,5 milliards d’euros avancés par la Landesbank bavaroise BayernLB à son ancienne filiale HAA.

La Pfandbrief allemande rattrapée par la crise financière de 2008 ?

Le secteur le plus exposé est clairement celui des banques émettrices de Pfandbriefe. Et c’est bien là le problème car, malgré l’excellente réputation de la Pfandbrief allemande, ces banques ont souvent été les plus hardies à jouer au casino financier qui a précédé la crise de 2008.

Aujourd’hui, ces banques sont souvent nationalisées, mais fragiles. Ainsi, les deux banques issues de Hypo Real Estate, l’ancien géant de la Pfandbrief qui a succombé à la crise de 2008 et qui a été nationalisée puis coupée en une « bonne » et une « mauvaise » banque, ont une exposition à Heta de 690 millions d’euros. La filiale de Dexia, Dexia Kommunalbank, est exposée à hauteur de 395 millions d’euros. Enfin, plusieurs banques régionales, NordLBn, NRW Bank ou L-Bank, pourraient être impactées.

Et l’on a vu que l’impact d’une crise de ces banques peut dépasser leur taille réelle. Des actions pourraient donc être prises dans les semaines et les mois qui viennent.

Inévitables annulations de dettes et danger de contagion à l’Europe

S’il en était besoin, cette situation prouve que la décision autrichienne du 1er mars a toute la réalité d’un défaut, quand bien même légalement il n’en s’agirait pas d’un. On ignore si la FMA devra, à l’issue du moratoire, en mars 2016, annuler une partie de la dette de Heta et laquelle. Mais, à Vienne, on ne cache presque plus que cette annulation est inévitable.

Dès lors, l’Europe, et l’Allemagne en particulier, va devoir prendre des mesures pour contenir les effets de contagion de cette faillite. Une faillite qui, dans les faits, pourraient être plus dangereuse qu’une restructuration de la dette grecque telle que la réclame le gouvernement d’Athènes.

D’autant qu’elle pourrait entraîner le défaut officiel d’un Land autrichien, la Carinthie, ce qui pourrait aussi avoir des conséquences plus larges. Le silence européen vis-à-vis du comportement du gouvernement autrichien ne cesse donc de surprendre.

1 réponse »

  1. Ma question est concernant les actions qui passent en général par un compte omnibus…que ce passerait-il si la banque fait faillite et mais actions de GE (par exemple) sont dans cette banque ?

    En ce qui concerne el Banco Madrid en faillite, un petit vent de panique se fait sentir..pour les non avertis, en ce qui concerne nos distributeurs de billets…de plus en plus ils ont des problèmes techniques ..lorsqu’on veut retirer de l’argent…une véritable contagion.

    Un grand Merci,

    Bonjour depuis Madrid,

    Marian

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