Art de la guerre monétaire et économique

Les banques prêtes à facturer les dépôts des grands groupes/ Attention, un vent de faillites bancaires souffle en Europe (Ph. Herlin)/ Le «BR-C» aux prises avec un exode/ En Chine, une crise de l’immobilier plus importante encore qu’aux Etats-Unis (Wolf Richter)/ La construction d’un portefeuille qui résistera aux turbulences doit anticiper les ruptures qui vont se produire

Les banques prêtes à facturer les dépôts des grands groupes

SHARON WAJSBROT / JOURNALISTE ET EDOUARD LEDERER / JOURNALISTE AU SERVICE FINANCE | LE 20/03 À 06:00/ Les Echos

Logique sur le plan économique, la mesure est commercialement très délicate.

Faire payer les grandes entreprises pour abriter leurs dépôts, autrement dit leur appliquer des taux négatifs ? Les banques allemandes avaient franchi le pas il y a quelques mois, tout comme les banques suisses ou danoises. Selon nos informations, cette vague atteint à présent les rives de la France. Certaines banques ont en effet commencé à répercuter à leurs clients grandes entreprises le taux d’intérêt négatif de 0,20 %, actuellement prélevé par la BCE sur les liquidités qu’elles déposent elles-mêmes à son guichet. Dans la sphère publique le pas a aussi été franchi par la Caisse des Dépôts, qui gère les dépôts à court terme d’institutions. «  Cette politique s’applique à des cas particuliers et il n’est pas envisagé de la généraliser à l’ensemble des dépôts », précise une source proche de l’institution.

Evolution progressive

«  Pour nos clients du CAC 40 qui disposent de « desks » de trésorerie très importants, nous avons progressivement aligné nos conditions de taux avec celles de la BCE pour éviter des arbitrages défavorables au financement de l’économie. Ces contreparties financières ont quasiment les mêmes problématiques de placement que nous », plaide de son côté le responsable d’un grand groupe bancaire français. Interrogée, l’Association française des trésoriers d’entreprise confirme elle aussi que le vent a tourné (voir ci-dessous). De fait, cette tendance est logique sur le strict plan économique. « Actuellement, les dépôts sont sur-rémunérés, a minima, nous devrions être à zéro », estime un banquier.

Mais cette lame de fond est progressive. Pour des raisons réglementaires les banques ont besoin de ces liquidités et ne peuvent donc pas trop les pénaliser. Elles doivent notamment se protéger contre le risque de se voir coupées brutalement de leurssources de financement de court terme (ratios de liquidité), en détenant suffisamment de dépôts « stables », qui ne sont pas susceptibles d’être retirés à tout moment. «  Les liquidités à court terme fournies par les grandes entreprises – plus favorables dans les ratios prudentiels que celles fournies par les gestionnaires d’actifs, plus volatiles – sont ainsi bien plus recherchées », confirme Pierre Gay, responsable de la trésorerie de Crédit Agricole CIB.

Un sujet sensible

Mais cette tension sur la facturation des dépôts entre surtout en conflit avec des logiques commerciales. Les banques se battent pour obtenir les faveurs des grands clients que des taux négatifs pourraient pousser dans les bras d’un concurrent. Le terrain est en effet sensible, si bien que les banques veillent à une totale discrétion en la matière. «  Certains de nos clients nous rapportent que leurs banques ont évoqué la question, mais sans être passées à l’acte. Il peut s’agir d’un départ de négociation dans le cadre d’une relation commerciale plus large », évoque Corinne Sanchez, associé services financiers chez Deloitte.

Surtout, appliquer systématiquement une telle mesure présente des risques de tensions avec les clients. «  Les banques françaises ne rémunèrent pas les comptes courants lorsque les taux sont positifs, alors pourquoi les pénaliseraient-elles en période de taux négatifs ? » souligne David Laugier, directeur général de bfinance. Pour ce cabinet – qui conseille les trésoriers des grands « corporates » – toutes les banques ne font pas non plus bénéficier leurs clients des effets positifs de ces taux faibles. «  Dans les conditions de marché actuelles, le coût d’undécouvert bancaire devrait être indexé sur un Eonia aujourd’hui négatif, mais ce n’est plus que très rarement le cas, les banques ayant préventivement fait passer le prix des découverts de l’Eonia à l’Euribor », insiste-t-il.

Au total, ces questions relèvent d’un rapport de force commercial d’ensemble recouvrant les taux de crédit proposés, les coûts des services et les autres produits de dépôts proposés aux trésoriers. «  L’important c’est de maintenir nos marges au global», fait valoir un banquier qui ne s’est pas résolu à facturer les dépôts de ses clients. Une politique que les taux négatifs de la BCE rend toutefois de plus en plus compliquée à soutenir.

Attention, un vent de faillites bancaires souffle en Europe (Ph. Herlin)

europe vent de faillites bancaires

« Nous parlions il y a deux semaines de la première application en Europe de la directive permettant la ponction des comptes bancaires, la « directive sur le redressement et la résolution des crises bancaires » (BRRD pour Bank Recovery and Resolution Directive). L’Autriche l’a mise en application pour Hypo Alpe Adria : après l’avoir nationalisée en 2009 et renflouée de 5,5 milliards d’euros, Vienne a décidé d’arrêter les frais en mettant la banque en liquidation. Mais cela se traduit par une perte sèche de 7,6 milliards d’euros pour les créanciers et, déjà, l’un d’entre eux a fait faillite : la banque allemande Düsseldorfer Hypotherkenbank, connue sous le nom de Düsselhyp.

Cette petite banque était très active sur le marché des Pfandbriefe (des obligations sécurisées très répandues en Allemagne), qui pèse 400 milliards d’euros. Pour éviter tout risque de déstabilisation, l’Association des banques privées (BdB) a décidé de prendre le contrôle de l’établissement en difficulté, via son fonds de sécurité des dépôts. L’incendie semble éteint, au moins pour le moment, mais notons juste en passant que le fonds de sécurité des dépôts a été sollicité alors que cette banque ne détient pas de comptes de particuliers… Ca sent la panique !

Autre alerte dans le petit et discret pays d’Andorre : le Trésor américain a ouvert une enquête contre la Banque privée d’Andorre (BPA) accusée de blanchiment, avec la menace de ne plus pouvoir effectuer d’opérations aux Etats-Unis sous 60 jours. Aussitôt l’autorité régulatrice bancaire d’Andorre annonçait qu’elle prenait le contrôle de la BPA. Dans la foulée, on apprenait que sa filiale à 100%, la Banco Madrid, déposait son bilan ! Cette banque privée gère 6 milliards d’euros d’actifs et compte 15.000 clients en Espagne, privés et institutionnels, ayant au moins 500.000 euros sur leur compte… A priori tout est perdu pour eux, une catastrophe.

BPA a un bilan de 3,1 milliards d’euros, soit presque le PIB d’Andorre (3,5 milliards). Le secteur bancaire représente globalement 6 fois le PIB du petit pays des Pyrénées. Difficulté supplémentaire : Andorre utilise l’euro… mais ne fait pas partie de la zone euro et ne peut donc pas compter sur la BCE et ses facilités de financement. Seul le budget de l’Etat andorran peut secourir les banques, autrement dit la faillite bancaire et étatique menace, avec les répercussions qui vont avec. Mais gageons que François Hollande, coprince d’Andorre on le rappelle, saura trouver une solution.

Enfin les banques grecques, elles, font de la cavalerie au bord du précipice :l’Etat se finance en émettant des bons du Trésor à court terme, que les banques rachètent (elles n’ont pas le choix), et elles sont pour cela financées par le « mécanisme de fourniture de liquidité d’urgence » (ELA pour Emergency liquidity assistance) de la BCE. La Banque centrale européenne a ainsi plus de 60 milliards d’euros d’engagements envers ces banques de facto insolvables. Les déposants retirent leurs économies à grande vitesse, ils anticipent, eux, clairement la faillite. La chute est peut être pour bientôt, à moins que l’Europe refasse un énième plan de sauvetage…

Notons le silence des grands médias sur ces faillites bancaires en Autriche, Allemagne, Andorre (avec à chaque fois un risque de contagion) et peut être en Grèce, mais c’est vrai, surtout n’effrayons pas l’épargnant européen ! »

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 19 mars 2015

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/03/19/attention-un-vent-de-faillites-bancaires-souffle-en-europe-ph-herlin/

Le «BR-C» aux prises avec un exode Par Richard Dupaul

Publié le 16 février 2015 

Richard Dupaul
RICHARD DUPAUL
La Presse
La Chine, la Russie et le Brésil, trois... (Photo Carlos Barria, Reuters)

La Chine, la Russie et le Brésil, trois des quatre puissances émergentes qui forment le BRIC, affichent des symptômes de mauvaise santé économique inquiétants en ce début de 2015. Ci-dessus: le port de Ningbo, en Chine.

Ça va de mal en pis pour les pays du BRIC, les ex-champions de la croissance économique mondiale.

Trois membres de ce club naguère prestigieux – le Brésil, la Russie et la Chine – en arrachent en ce début 2015: exportations en baisse, repli de la consommation, chute des investissements, etc. Si bien que l’Inde, dont l’avenir inspire toujours la confiance, voudra peut-être se distancer du groupe pour former son propre club sélect, l’«I», ironisent des économistes.

À l’inverse, les membres du désormais surnommé «BR-C» suscitent une inquiétude grandissante. À tel point que diverses sources parlent d’un «exode» de capitaux et des gens fortunés en Chine, en Russie et même au Brésil.

Les Américains quittent la Chine

Ainsi, dans une nouvelle étude, le spécialiste américain des relocalisations de personnel UniGroup Relocation fait état d’une ruée vers la porte de sortie de la part des expatriés installés en Chine.

Sur l’ensemble de 2014, les cadres étrangers ayant quitté la Chine ont été deux fois plus nombreux que ceux qui se sont installés dans la deuxième économie mondiale.

Selon UniGroup, les demandes de déménagement des Américains vers la Chine ont plongé de 22% l’an dernier. Résultat: l’empire du Milieu a chuté au septième rang mondial parmi les destinations choisies par les expatriés américains. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Japon occupent les trois premières places de ce palmarès.

Pour expliquer ce phénomène, UniGroup évoque le ralentissement économique en Chine et la hausse des coûts de main-d’oeuvre, qui obligent des entreprises à redéployer leurs effectifs et leurs activités ailleurs en Asie, notamment à Singapour. D’autres experts pointent la pollution extrême dans plusieurs villes chinoises, qui fait fuir les étrangers.

Russie: 150 milliards US et ça continue

Entre-temps, le compteur de la fuite des capitaux en Russie continue à tourner et vient de passer la marque des 150 milliards US en 2014.

Les sorties de fonds ont plus que doublé l’an dernier, avec 73 milliards US au seul quatrième trimestre, calcule la Banque centrale de Russie. L’effondrement du rouble – environ 40% en un an – contribue à ce mouvement, tout comme les rumeurs de contrôle des capitaux par le Kremlin.

Plusieurs vont apprécier l’ironie de cette situation: les Russes ont beau appuyer massivement les tactiques du président Vladimir Poutine en Ukraine, selon des sondages, ils votent exactement le contraire avec leur portefeuille…

Selon les statistiques officielles, 203 000 personnes ont aussi quitté le pays – pour de bon – au cours des neuf premiers mois de 2014, contre 186 382 tout au long de 2013 et 33 578 en 2010.

Si bien que diverses sources rapportent que les grandes fortunes russes sont très actives sur le marché immobilier à Londres et à New York.

Les demandes internet depuis la Russie, auprès de l’agence britannique Knight Frank, ont bondi de 75% en 2014 en ce qui a trait à la recherche de locaux commerciaux en Europe, et de 10% pour l’immobilier résidentiel.

Pour sa part, le New York Times rapportait jeudi que les achats de résidences cossues à Manhattan par des Russes sont en forte hausse, pendant que le Financial Times parle d’une ruée d’acheteurs russes sur le très cher marché londonien.

Brésil: le real plonge, les riches fuient

Le carnaval de Rio de Janeiro bat son plein ces jours-ci, mais beaucoup de Brésiliens n’ont pas le coeur à la fête.

Et pour cause: le real est en chute libre, avec un plongeon de 10% en seulement 10 jours contre le billet vert américain. La monnaie du Brésil est tombée jeudi à un creux de 10 ans, alors qu’on apprenait que les ventes de détail au pays ont chuté de 2,6% en décembre. Le commerce intérieur a ainsi connu en 2014 sa pire performance en 11 ans.

Sans compter que l’inflation est à un sommet de 12 ans, les exportations diminuent et l’endettement des ménages est à un record…

Résultat: beaucoup de Brésiliens s’inquiètent de l’avenir économique et cherchent un refuge hors du pays. Selon un récent reportage du Wall Street Journal, les Brésiliens sont de plus en plus nombreux à acheter des maisons en Floride et même à demander un permis de travail ou de résidence aux États-Unis.

De l’avis des courtiers et des chambres de commerce locales, Miami est une destination prisée des Brésiliens, de même qu’Orlando, Boston et New York. Quelque 300 000 Brésiliens vivent aujourd’hui en Floride.

http://affaires.lapresse.ca/economie/international/201502/16/01-4844452-le-br-c-aux-prises-avec-un-exode.php

En Chine, une crise de l’immobilier plus importante encore qu’aux Etats-Unis Par Wolf Richter

Wolf Street/ 24hgold.com Publié le 14 mars 2015

La Chine a longtemps frustré ceux qui s’attendaient à la voir s’écraser – ou ne serait-ce que perdre de l’altitude – qui avaient su faire la part des choses et étaient persuadés d’avoir raison. Ils ont pu percevoir la surabondance de biens immobiliers née de plusieurs années de mal-investissements. Ils savent que les domiciles inoccupés sont considérés comme des investissements à effet de levier élevé, que les spéculateurs achètent à la manière d’actions, dont les prix grimpent indéfiniment, comme si l’Etat en avait décidé ainsi, mais dans lesquels les gens ordinaires ne peuvent se permettre de vivre.

Ceux qui s’attendent à voir la chine s’écraser savent que la situation ne pourra pas durer. Puisque le secteur immobilier ajoute 15% au PIB de la Chine, lorsque la bulle éclatera, ils auront enfin eu raison.

En Chine, l’inflation des prix des biens immobiliers a atteint un plafond il y a treize mois. Depuis lors, les choses sont devenues de plus en plus pénibles.

Un peu plus tôt ce mois-ci, le Bureau national chinois des statistiques a une fois de plus attiré l’attention des observateurs. Au mois de janvier, les prix des habitations nouvellement construites ont baissé dans 69 villes sur un total de 70, et d’une moyenne de 5,1% sur un an, soit le déclin le plus important enregistré depuis 2011, plus important encore que le précédent record de 4,3% atteint en décembre. Les prix annuels ont chuté en janvier pour un cinquième mois consécutif, et les prix mensuels pour un neuvième mois consécutif.

Même les villes principales, comme Pékin et Shanghai, ont vu les prix de leurs biens immobiliers baisser à un rythme accéléré depuis le mois de décembre, avec un déclin respectif de 3,2 et 4,2%.

Pour ce qui concerne les bâtiments résidentiels deuxième main, les prix ont baissé dans 67 villes sur 70 sur ces douze derniers mois. Mudanjiang arrive en tête, avec un déclin de près de 14%.

Comme d’habitude, l’appareil de stimulus a été mis en marche, et la Banque populaire de Chine a diminué les réserves obligatoires des banques majeures en janvier, après avoir porté ses taux d’intérêt à la baisse en novembre. Voilà qui indique que la situation devient urgente.

Quelle ampleur prendra la crise immobilière en comparaison à celle qui est survenue aux Etats-Unis et a été l’un des éléments déclencheurs de la crise financière globale ?

Thomson Reuters a comparé l’évolution des prix de l’immobilier aux Etats-Unis à ce que nous observons aujourd’hui en Chine, et a découvert ceci : 

Les Etats-Unis sont entrés en phase de récession environ deux ans après que l’inflation des prix de l’immobilier aient atteint un plafond. Après neuf mois de récession, Lehman Brothers s’est effondrée. Comme le montre le graphique ci-dessous, en Chine, l’inflation des prix a ralenti depuis son record de janvier 2014, au moins aussi rapidement qu’elle l’a fait à l’époque aux Etats-Unis.

20150227ELS100

Notez la ligne orange à gauche : en Chine, l’effondrement des prix de l’immobilier sur un an surpasse celui enregistré aux Etats-Unis.

Les observateurs se demandent désormais si la machinerie de stimulus chinoise pourra vraiment parvenir à quoi que ce soit, puisqu’un véritable tsunami de stimulus global – depuis les taux d’intérêt négatifs jusqu’aux programmes de QE – déferle déjà sur le système global. Et voyez ce qu’il a pu accomplir : les actions et obligations grimpent, les marchandises s’effondrent et les économies réelles stagnent.

Et puis, pensent-ils, relever la valeur d’investissements immobiliers inoccupés et souvent vides dans lesquels une majorité de Chinois ne peut se permettre de vivre peut avoir des airs positifs sur le papier, mais le problème reste le même. Construire davantage de ces appartements fait grimper le PIB sur le court terme, c’est pourquoi les projets de constructions de grande échelle se multiplient, mais la surabondance ne fait que s’accentuer.

Tôt ou tard, ceux qui s’attendent à ce que la Chine s’écrase auront raison. Ils savent faire la part des choses. Et ils peuvent déjà sentir la douce odeur de la victoire.

Voilà qui nous pousse à nous demander ce que l’effondrement du marché immobilier chinois pourra entraîner derrière lui, puisque celui qui est survenu aux Etats-Unis a été un élément déclencheur de la crise financière globale. Il n’y a pas que la Chine qui est susceptible d’avoir à faire un atterrissage d’urgence. Et ironiquement, l’effondrement pourrait se produire pendant, malgré ou en raison de la plus grosse vague de stimulus que le monde ait jamais connue.

Les actions n’ont bien sûr rien vu de tout cela, pas seulement en Chine, mais partout dans le monde sauf en Grèce. Qu’arrivera-t-il aux marchés boursiers lorsqu’ils se heurteront à une récession ? Ils s’effondreront. Lisez ceci : What to Expect When This Stock Market Meets a Recession

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-en-chine-une-crise-de-l-immobilier-plus-importante-encore-qu-aux-etats-unis.aspx?contributor=Wolf+Richter.&article=6465062092H11690&redirect=False

Cela fait des mois que nous sommes en terrain inconnu. Il y a d’un côté les « sachant », ceux qui ne font que regarder l’action des banques centrales et qui en concluent que l’injection massive de liquidités ne peut que profiter aux actions, puisqu’avec des taux d’intérêts à zéro, il n’y a pas d’autre alternative que de prendre des risques. Au fur et à mesure que les marchés montent, ils prennent en effet de plus en plus de risques. 

En face, il y a ceux qui souhaitent utiliser les règles de base de l’investissement, et qui refusent l’idée que « cette fois la situation est différente ».

L’examen des grands indicateurs macro économique se présente de la façon suivante :

L’inflation a totalement disparu des radars alors que des quantités impressionnantes de liquidités sont envoyées dans les économies par les banques centrales.

L’explication se trouve dans la baisse de la vélocité de la monnaie qui ne cesse de baisser. Même si la baisse des prix ne signifie pas automatiquement de la déflation, la situation est préoccupante…

La liquidité internationale a toujours été alimentée par le déficit courant américain, puisque le dollar est la plus grande monnaie de réserve pour le commerce international. Là encore, elle est en train de se réduire. Les banques centrales qui ont déposé des dollars à la Federal Reserve sont obligées d’en vendre. Le dollar se raréfie. Rappelons que la quasi totalité des fortes baisses de marché s’est produite avec une balance des comptes courants américains qui s’améliorait…

Dans cet environnement le dollar peut à tout moment exploser à la hausse. Rappelons les périodes 1982-1985 où le monde entier ayant emprunté en dollars devait les racheter (l’Euro est passé de 0,75 à 1,58 $) ; 1995-2002 (de 0,80 à 1,20$). La politique qui a été suivie depuis 2002 pourrait absolument conduire au même résultat. 

En terme de valorisation, les obligations américaines sont surachetées. Elles attirent encore tous les investisseurs qui croient à une poursuite de la hausse du dollar. Le marché des actions américaines n’est plus bon marché au niveau actuel. Le marché japonais apparaît toujours comme bon marché d’autant plus que le Yen devrait cesser de baisser. 

Il faut concentrer les portefeuilles sur les secteurs qui vont connaître plus de croissance que le reste de l’économie 

Au niveau des entreprises la situation est beaucoup moins sombre. Nous vivons dans un monde de rupture permanent (schumpétérien) qui détruit les entreprises qui ne savent pas s’adapter . Polaroid et Kodak sont morts pour n’avoir pas compris « le film » qui se jouait devant leurs yeux. Leica en Allemagne est par contre toujours là. Des sociétés comme Accor sont menacées par Airbnb etc… 

C’est pourquoi la construction d’un portefeuille nécessite un travail de veille permanent. Elle doit aujourd’hui prendre en compte les quatre économies où la croissance sera beaucoup plus forte qu’ailleurs.

1/ L’économie de la démographie qui comprend les thèmes du vieillissement de la population, l’agriculture sous tous ses aspects, la robotique…

2/ L’économie verte avec tous les nouveaux matériaux isolants et les modes de consommation bio, les énergies alternatives (solaire, éolien, hydro, biofuel, hydrogène), l’efficacité énergétique avec le passage du mégawatt au négawatt où le fournisseur paye son client pour consommer moins aux heures de pointe….

3/L’économie de la connaissance avec les thèmes de l’éducation, de l’invasion d’internet dans tous les domaines (« l’ubérisation » de la société), de la finance…

4/ L’économie de la sécurité avec les sociétés de défense, la cyber sécurité, la sécurité automobile, la protection des biens et la lutte contre le terrorisme, l’identification… 

Cette démarche permet d’éviter de garder trop longtemps dans les portefeuilles des grandes sociétés qui sont menacées. Cela a été le cas pour les fournisseurs d’électricité en Allemagne (E.ONet RWE) qui ont été mis à genoux par les mesures anti nucléaires prises sous la pression des écologistes et des subventions massives accordées aux fournisseurs d’énergies alternatives. Le coût de la transition énergétique est de 20Md€ par an à la charge des entreprises. Elles ont déjà fermé 8 réacteurs nucléaires et vont en arrêter 17 autres d’ici 2022.

Ce travail permet d’échapper aux consensus ambiants et surtout d’identifier régulièrement les gagnants de demain.

Aujourd’hui, les compagnies d’assurance allemandes doivent être surveillées comme le lait sur le feu, car elles ont commercialisé des générations de contrat avec des rendements garantis autour de 3% alors que le bund allemand ne rapporte que du 0,20% On comprend qu’elles puissent être dans une situation difficile. 

Surveillez les cours des banques 

En Europe, il existe un véritable consensus sur la poursuite de la baisse de l’euro. Pratiquement tout le monde anticipe un euro à parité contre le dollar, alors qu’il était était à 1,40$ il y a un an.

Tous les comités d’investissement ont des discussions sans fin sur le fait de savoir si le QE (politique d’assouplissement quantitatif menée par la BCE) est destiné à recapitaliser les banques européennes et les compagnies d’assurance ou pour objectif d’organiser une dévaluation compétitive. Si l’on regarde le comportement boursier des banques européennes on peut voir qu’elles ne contribuent pas, en ce moment, à la performance des portefeuilles européens.

Tout le problème est pour eux de savoir s’il faut continuer à privilégier les valeurs cycliques et financières par rapport aux valeurs exportatrices. 

L’Amérique se prépare au grand virage monétaire 

Aux Etats Unis la poursuite de la hausse du dollar pourrait faire ralentir l’activité de l’économie US surtout si la Fed remonte ses taux plus rapidement que prévuParadoxalement le vrai danger se trouve dans une très forte progression du dollar s’expliquant par des problèmes de liquidité.Toutes les sociétés qui sont endettées en dollars et ont des recettes en monnaies locales doivent donc être évitées absolument. Ces sociétés se trouvent notamment au Brésil, en Russie en Afrique du Sud. 

En Chine, l’économie a ralenti en janvier pour la quatrième année consécutive. Cela se produit cette année dans un environnement d’inquiétude sur la solidité du système financier et sur la pente de croissance de l’économie. Au total la Chine contribuera moins que d’habitude à la croissance mondiale.

http://institutdeslibertes.org/la-construction-dun-portefeuille-qui-resistera-aux-turbulences-doit-anticiper-les-ruptures-qui-vont-se-produire/

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