Europe

Pourquoi il faut démembrer l’Allemagne (Éric Verhaeghe) / Grèce : il y a urgence/ Grexit ou pas Grexit ?/ Le révélateur grec (J.Sapir)

Assessing the Risk of a Greek Default

Pourquoi il faut démembrer l’Allemagne


L’Allemagne conçue comme un espace politique unique de la Prusse au Rhin est une source de déséquilibre systémique pour le continent européen. Il est urgent de procéder à son démembrement, sans quoi l’Europe court à sa perte, comme ce fut le cas en 1914 ou en 1933.

L’Allemagne sans vision politique pour l’Europe

Réunifiée en 1991 par un coup de force, l’Allemagne prussienne aura mis vingt-cinq ans à tuer la construction européenne de 1956. Depuis que l’Allemagne a retrouvé en Berlin, capitale de la Prusse, son centre névralgique, elle se replie sur elle-même et utilise l’Union Européenne comme une arme pour s’enrichir au détriment de ses voisins, la vidant jour après jour de tout esprit de coopération. Seul le bénéfice à court terme et l’esprit de domination guident la Prusse dans sa conception des relations avec l’Europe.

C’est le péché capital de la Prusse depuis qu’elle a annexé le Rheinland, c’est-à-dire depuis les années 1840. Contrairement à ce que beaucoup de Français peuvent croire, l’Allemagne n’est pas un Etat-nation homogène comme la France. Elle n’existe qu’à travers une construction économique et monétaire (le Zollverein, l’Union douanière) dont la seule identité est le profit immédiat.

L’erreur européenne fut d’accepter sans coup férir une « réunification » allemande et une réinstallation de la capitale à Berlin: nous en payons aujourd’hui le prix fort.

L’Allemagne a féodalisé la Commission Européenne

Le premier signal du dysfonctionnement européen est envoyé par la Commission Européenne. Présidée par un Luxembourgeois sauvé des eaux grâce à Angela Merkel, la Commission a perdu toute existence politique et n’a plus qu’une utilité: endosser les décisions prises à Berlin. Pour le reste, les affaires sont directement négociées par maman Angela ou par ses sbires.

La crise grecque en donne un formidable exemple: la Commission n’y joue que les roues de secours. Les décisions se prennent (ou pas…) au sein de l’Eurogroupe, l’instance des ministres des Finances, présidée par le néerlandais Jeroen Dijsselbloem, choisi en son temps par Angela Merkel.

L’affaire des OGM, preuve de féodalisation

Que la Commission Européenne soit un instrument parmi d’autres de l’hégémonie prussienne en Europe est rappelé par l’étonnante affaire des OGM intervenue vendredi. De façon inattendue, en effet, la Commission a autorisé 10 nouveaux OGM (colza, maïs, soja, coton) pour une durée de 10 ans. Il n’est pas inutile de savoir que ces types d’organismes sont produits par Monsanto, BASF et Bayer Crop.

Comme c’est bizarre! deux des trois entreprises qui profitent de cette décisions sont allemandes. BASF avait déjà obtenu une autorisation pour un OGM en 2010, et Bayer Crop est née en 2002 du rachat de la filiale agro-alimentaire d’Aventis. La troisième entreprise, Monsanto, est américaine: voici un beau geste de Juncker dans le cadre de la négociation du TTIP.

L’Allemagne ne s’intéresse qu’à ses propres frontières

L’affaire des migrants qui se noient par centaines dans la Méditerranée en tentant d’atteindre les côtes italiennes a permis à Angela Merkel de mener une nouvelle opération à courte vue au nom, bien entendu, de l’amitié entre les peuples.

Très longtemps, l’Union a laissé l’Italie (considérée comme mal gérée par les Allemands) se débrouiller seule avec la question des migrants. L’opération « Mare Nostrum« , lancée en 2013, avait permis de juguler ces morts massives. Le Premier Ministre italien avait finalement considéré que rien ne justifiait que l’Italie finance seule une opération qui profitait à l’ensemble de l’Union.

Celle-ci a finalement pris le relais en novembre 2014 avec l’opération Triton, dotée d’un budget 3 fois moindre. Les conséquences ne se sont pas faites atteindre: les naufrages se sont multipliés.

On oublie trop souvent que « l’avarice » de Triton est directement due à l’Allemagne. Le ministre de l’Intérieur allemand avait, en octobre 2014, reproché à « Mare Nostrum » d’avoir servi de « pont » vers l’Europe et de contribuer ainsi à une augmentation de 60% des demandes d’asile en Allemagne. La volonté allemande a bien consisté, à cette époque, à réduire l’aide apportée aux migrants…

L’Allemagne a unilatéralement décidé du Grexit

La gestion de la crise grecque constitue une remarquable illustration du risque auquel l’Europe s’expose en laissant à l’Allemagne prussienne la conduite des opérations. Depuis l’élection de Syriza, Angela Merkel a décidé de sortir la Grèce de la zone euro. Pour y parvenir, l’Allemagne organise un jeu de dupes dont les principaux acteurs sont ses pions: Jeroen Dijsselbloem, chargé de s’assurer qu’aucun compromis n’est passé en dehors des points décidés à Berlin, les nouveaux entrants dans l’Union (choisis par l’Allemagne), comme les Slovaques, les gouvernements « centristes » mais eurosceptiques du Nord de l’Europe (comme en Finlande…) et bien entendu Jean-Claude Juncker lui-même.

Tous ces acteurs organisent le jeu de façon très répétitive. Des sommets sont organisés pour évaluer des propositions grecques qui n’interviennent jamais. Indéfiniment, les alliés européens de l’Allemagnedéplorent donc l’absence de progrès grecs, et laissent au cruel docteur Schaüble, ministre allemand des Finances, le rôle du méchant génie qui ponctue les réunions par une remarque très attendue: la Grèce s’approche du Grexit.

Le sommet de Riga de vendredi n’a pas dérogé à la règle. Il était d’ailleurs annoncé comme ne devant déboucher sur aucune solution. Il a toutefois donné lieu à une innovation: pour la première fois, un ministre des Finances a osé demander tout haut ce qui se passerait si aucun accord avec la Grèce n’était trouvé. C’est évidemment un pion de l’Allemagne qui a levé le lièvre, en l’espèce le ministre slovène des Finances (rappelons que l’Allemagne a imposé la Slovénie dans la zone euro).

Cette question opportunément posée a permis à Wolfgang Schaüble de répondre à la presse:

« si un politique responsable répond oui à cette question, vous savez ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas. »

L’Allemagne a-t-elle bien mesuré les risques qu’elle fait courir à l’Europe en organisant la première sortie non volontaire de la zone euro? L’avenir nous le dira…

Le Grexit préparé pour le 11 mai

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C’est l’Eurogroupe du 11 mai qui tranchera sur la question grecque. Auparavant, la BCE aura statué sur la « fermeture » du robinet aujourd’hui ouvert en faveur de la Grèce. Une réunion se tiendra le 6 mai à Francfort pour évoquer le maintien ou non du financement d’urgence des banques grecques par la BCE (encore relevé d’1,5 milliard€ cette semaine), bouée de sauvetage sans laquelle l’Etat grec ne peut plus se financer.

Ce calendrier a sa cohérence: le 12 mai, la Grèce doit rembourser 948 millions d’euros au FMI, et devrait théoriquement officialisé son défaut ce jour-là. Tsipras a eu l’illusion de pouvoir y échapper en mobilisant toute la trésorerie publique existante, mais il n’aurait récupéré que 500 millions d’euros de cette façon, au lieu des 2 milliards attendus.

La Grèce en plein coup d’Etat qui ne dit pas son nom

Face à l’urgence, Tsipras multiplie les décisions d’exception qui laissent perplexe sur l’état de la démocratie grecque. En particulier, Tsipras a promulgué un décret contraignant toutes les collectivités publiques à confier leurs liquidités à la banque nationale grecque. Cette décision ahurissante prouve, s’il le fallait, que la Grèce est d’ores et déjà en situation de faillite. Elle revient à confisquer autoritairement l’ensemble du pouvoir en Grèce au profit du gouvernement.

Pour la Grèce, cette décision est très mauvais signe: elle organise la chute systémique de l’ensemble de la structure publique grecque. Elle préfigure une crise politique de grande ampleur, déjà évoquée par le gouvernement Tsipras lorsqu’il évoque un retour aux urnes pour susciter un plébiscite sur sa politique.

Tsipras voit-il le coup venir?

L’urgence financière qui touche la Grèce produit déjà un effet de contamination. Les taux d’intérêt se tendent et la Grèce emprunte désormais à 10 ans à près de 13%. La hausse des taux a également touché l’Italie, l’Espagne et le Portugal. Le risque de contamination systémique est évidemment le scénario sur lequel Tsipras parie dans sa partie de poker: l’homme qui avait roulé des mécaniques en arrivant au pouvoir et qui, à ce stade, n’a entamé aucune vraie réforme, joue la montre en étant convaincu que l’Allemagne cèdera par peur d’un effondrement généralisé en cas de défaut grec.

D’ores et déjà, la Grèce a donc bâti son plan « B », c’est-à-dire son sauvetage par le Mécanisme Européen de Stabilité (MES). En attendant, il multiplie les vexations vis-à-vis de l’Allemagne (et les cadeaux à l’administration américaine) en écartant par exemple un consortium allemand desprivatisations qu’il décide.

Tsipras, redisons-le, est bien téméraire d’accorder à l’Allemagne une intelligence suffisante pour éviter le scénario du pire. On penche plutôt pour l’inverse: l’Allemagne ne se fera pas prier face au défaut grec, et sortira les impétrants sans ménagement de la zone euro.

Les frises du Parthénon, dernière farce européenne

En attendant, la Grèce livre l’un de ses derniers combats, très symbolique des relations entre les Européens. Les soutiens se sont en effet multipliés pour plaider en faveur d’un retour de la frise du Parthénon, actuellement au British Museum, vers le musée de l’Acropole. Même la femme de George Clooney s’y est mise. Au fond, le gouvernement Tsipras parviendra à pipoliser comme jamais la cause du nationalisme grec.

Ce sera peut-être sa principale victoire.

http://www.eric-verhaeghe.fr/pourquoi-il-faut-demembrer-lallemagne/

Grèce : il y a urgence

Stéphanie Villers   |  27/04/2015, La Tribune

Aider la Grèce, alors que les Grecs vident leurs comptes en banque: un vrai défi imposé à la zone euro et à ses institutions. Le gouvernement Tsipras ne semble pas être capable de redonner confiance à ses électeurs pour stopper l’hémorragie du système bancaire grec et rassurer ainsi les créanciers européens. Par Stéphanie Villers, chef économiste, Humanis

Depuis la crise de 2010, la Grèce fait face à la panique bancaire. Les épargnants tentent de récupérer leurs avoirs pour les placer dans des zones considérées plus sûres, comme la Grande-Bretagne, la Suisse ou l’Allemagne par exemple. Ainsi, près de 72 milliards d’euros se seraient envolés des comptes des banques grecques en deux ans et le mouvement s’est poursuivi sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui. L’élection du parti de gauche radicale Syriza n’a pas arrêté l’hémorragie. Avant les élections du 22 janvier dernier, les retraits nets en décembre avaient atteint 3 milliards d’euros. Le mois suivant, ce sont 11 milliards d’euros de retraits qui ont été enregistrés, puis 9 milliards supplémentaires en février.

Le durcissement de la BCE

A cette asphyxie des banques grecques, est venue s’ajouter le durcissement de la BCE, qui a limité ses facilités de refinancement pour compenser le besoin de liquidités des banques locales. L’institut francfortois réclame que le gouvernement grec respecte ses engagements vis-à-vis de ses créanciers avant d’accorder de nouveau son soutien au financement des institutions financières.

C’est ainsi, que le gouvernement d’Alexis Tsipras demande aux hommes politiques et à l’ensemble de la population de rapatrier leur argent en Grèce. Si la défiance des Grecs envers leurs institutions perdure, comment la confiance des créanciers vis-à-vis de la Grèce peut-elle être engagée ? On sait que les réformes imposées par les créanciers internationaux ont permis de limiter la fraude fiscale. Mais, les efforts ont été portés quasi exclusivement sur les salariés du privé. Près de 6000 entreprises en Grèce échappent encore à l’impôt et les professions libérales, les artisans, les commerçants continuent de profiter de l’inefficacité du système. Au total, la fraude fiscale coûterait entre 40 et 45 milliards d’euros par an.

L’iniquité de la pression fiscale

Par ailleurs, l’essentiel de l’effort fiscal jusqu’à présent a été porté par les petits revenus. Ainsi, selon une fondation allemande, « 50% des Grecs les moins riches ont vu leur pression fiscale bondir de 337% alors que l’autre moitié a vu la sienne progresser de 9% ». Par ailleurs, les gouvernements précédents qui ont voulu en premier lieu défendre les fonctionnaires, ont fait peser massivement la pression fiscale sur le secteur privé.

Cette distorsion a amené la victoire du parti Syriza en janvier. Alors que ni les socialistes du Pasok ni les conservateurs de Nouvelle Démocratie avaient obtenu des résultats tangibles sur le problème structurel de la fraude fiscale, le nouveau gouvernement s’engage à moderniser son administration afin d’améliorer la collecte de l’impôt, de lutter contre la corruption et le clientélisme.

Pour autant, les relations avec les représentants grecs et les créanciers européens ont dès les premières rencontres tournées au vinaigre. L’Europe se dit prête à verser une enveloppe de sept milliards d’euros si la Grèce est capable de fournir une liste crédible des réformes à mettre en place. Pour l’instant, le flou règne. Rien qu’au niveau de la situation financière du pays, l’incertitude demeure. Pourtant, l’urgence s’impose puisque le premier ministre grec a prévenu que son pays serait à court de liquidités dès le mois prochain. A cette annonce, ce sont plus de 300 millions d’euros qui ont été retirés des banques grecques par leurs clients en une seule journée. Les mesures qui visent une meilleure répartition de la pression fiscale entre les riches et les plus modestes tardent. Et avec elle la confiance dans le système bancaire et l’ensemble des institutions du pays.

Vers un contrôle des changes

La tâche semble ardue pour le gouvernement. Les mesures d’austérité imposées par l’Eurogroupe ont été socialement trop coûteuses puisqu’elles se sont concentrées sur les plus modestes. Mais, la poursuite de la fuite des capitaux de la Grèce par les Grecs reste peu engageante pour l’extérieur et montre la défiance de la population locale vis-à-vis de ses institutions et surtout du gouvernement nouvellement élu. Si aucune mesure n’est prise, le risque d’une sortie de la Grèce de la zone euro pour des raisons techniques se précise. S’il n’y a plus d’euros en circulation, il faudra y introduire une autre monnaie ou réintroduire la drachme. L’urgence aujourd’hui est donc de renverser la tendance. Proposer un cadre engageant permettant aux Grecs de rapatrier leur argent dans les banques locales serait de toute évidence une première victoire pour la Grèce qui obtiendrait en conséquence plus volontiers le soutien de ses partenaires européens. Mais, les derniers évènements montrent un sentiment de confusion au plus haut niveau de l’État. La défiance se poursuit et la mise en place d’un contrôle des capitaux pour stopper l’hémorragie bancaire semble de plus en plus probable.

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/grece-il-y-a-urgence-472197.html

Grexit ou pas Grexit ?

Selon un invité des experts de BFMBusiness, les bookmakers anglais ne tablent sur une sortie prochaine de la Grèce de la zone Euro qu’à 5 contre 1. Ce vendredi s’est tenue la 3487ème réunion de la dernière chance… Devinez quoi ? Il n’en sortira aucune solution plus viable qu’après les 3486 précédentes !

Le maintien en vie de l’économie grecque est purement artificiel et doit tout au goutte à goutte de la BCE et son programme ELA et des palabres interminables entre les dirigeants européens. L’objectif poursuivi est en apparence très clair : Garder la Grèce en vie juste ce qu’il faut mais appliquer une pression intense sur le gouvernement de Tsipras pour que celui-ci se dote enfin d’un agenda de réformes de l’état et de l’économie grecque compatible avec le maintien du pays dans la zone Euro. Il semble plus que jamais évident que ce problème est rendu insoluble par la construction inique de la monnaie commune et par les choix politiques désastreux qui se succèdent avec une légèreté aussi constante qu’inquiétante.

Un problème d'argent? Pas de problème je le crée vous l'envoie dans un papier cadeau.

Pour se faire élire, Alexis Tsipras a ajouté à son programme magique le mensonge qu’il était compatible avec le maintien de la Grèce dans la zone Euro puisqu’une majorité écrasante de grecs étaient toujours attachés à la monnaie commune. Il a donc perdu en cohérence : Du temps où il préconisait du communisme pur et dur, il lui semblait logique de prendre aussi le contrôle de la monnaie en plus de s’emparer de tous les rouages économiques du pays. La zone euro fait donc face désormais à un dilemme insoluble : Tsipras a été élu démocratiquement et les autres états membres gouvernés par d’autres gens démocratiquement élus ne veulent plus lui filer un rond. Lorsque la fripouille de Papandréou voulait dans l’urgence consulter son peuple on lui a poliment expliqué que le délai – évidemment trop court – faisait porter un risque systémique trop grave pour le laisser faire. Obligé de se désavouer, il sauta dans les jours qui suivirent. L’infâme Berlusconi sauta lui aussi et quoiqu’on en pense, le magicien technocratique Monti arrivé on ne sait comment à la tête de l’état italien entreprit quelques réformes dont des augmentations d’impôts pour dégager un excédent primaire. On sait depuis ce qu’il advint de Monti aux élections et de son formidable excédent budgétaire ainsi que de la croissance italienne. Letta s’est fait virer au bout d’un an et que le réformateur  survendu par les médias, Renzi , doit toujours faire face à une contraction du PIB marchand italien en 2015. Le PIB par habitant de l’Italie n’a pas encore retrouvé son niveau de… 2000. 15 années de perdues. Et pourtant la balance commerciale de l’Italie est positive suggérant que le pays, et évidemment surtout sa partie nord, est parfaitement compétitive.

Marrant comme être un économiste de gauche paie toujours bien malgré une totale incompétence!

Doit-on sacrifier la Grèce sur l’autel de la démocratie pour permettre à Rajoy d’échapper au peloton d’exécution fin 2015 ? Est-ce démocratique de chier sur les grecs pour préserver les espagnols de se jeter dans les bras d’un parti démagogique ? En quoi une organisation de gens soi-disant élus démocratiquement peut-elle se mettre à chier sur un gouvernement légal démocratiquement – fut-il en train d’égrainer des propositions communistes ou nationalistes ailleurs ? Combien de vraies démocraties reste-t-il en Europe et surtout en zone euro ?

Les européistes béats qui ne veulent pas voir la nouvelle URSS se mettre en place hurleront : Il faut un gouvernement économique de la zone euro et tout le tralala livré avec dans un joli paquet cadeau. Mais bien sûr. Et comment s’assoir sur une légitimité populaire avec, soyons fou, un assentiment via un référendum alors que les socialistes au pouvoir se sont gentiment assis sur celui de 2005 ? La défense de la zone euro par les élus et démocrates autoproclamés est fondée sur un dogme religieux qu’il est interdit de critiquer. Ces clercs ne vont pas abandonner leurs prébendes facilement.

Regardez bien cette image : Maintenant, remplacez le mot

La Grèce va donc être sauvée pour ne pas compromettre l’intégrité de la zone euro. On voit que cette stratégie de pourrissement de la situation a siphonné les espoirs de retour de la croissance pour ce pays et que l’importante fuite des capitaux hors du pays n’augure rien de bon. Tsipras et son programme mêlant avec allégresse communisme et démagogie n’est pas l’unique responsable, les incertitudes découlant du « non-choix » par les autres européens ont leur part aussi. Nos communistes voyant la débâcle de leur champion grec finiront tôt ou tard par le mentionner. Vouloir contraindre Tsipras à se renier fait principalement une victime : Le peuple grec. Ils étaient 75% en début d’année à estimer qu’il fallait renégocier la dette et l’échéancier, ils ne seraient moins de la moitié désormais. Ils vont devoir se soumettre ou se démettre. Les instruments manquants à l’euro pour fonctionner convenablement viendront peut être un jour, très probablement après la disparition de la démocratie qu’il encourage…

https://leblogduduff.wordpress.com/2015/04/24/grexit-ou-pas-grexit/

‘Le Trésor grec s’en prend aux comptes bancaires’

Le révélateur grec

26 avril 2015 Par

L’Union européenne se prévaut des plus hautes valeurs. De par la voix de ses dirigeants comme de ceux de ses pays membres elle affirme représenter la démocratie, la liberté et la paix. Pourtant, elle en donne concrètement une image bien différente. Non seulement elle viole ses propres valeurs à de multiples reprises, mais elle développe une idéologie qui se trouve à l’opposé, en réalité, des valeurs qu’elle prétend incarner.

L’Union européenne prétend instaurer des règles communes et des solidarités entre les pays membres, et même au-delà ; les faits démentent tragiquement, et ceci de plus en plus, les idées de solidarité même en son sein. Le budget communautaire, pourtant réduit à moins de 1,25% du PIB, est appelé à se réduire encore.

Ces deux contradictions alimentent la crise à la fois politique et économique que connaît l’UE. Elles en minent les fondements et obscurcissent de manière considérable l’avenir. 

Le révélateur grec.

Le traitement infligé à la Grèce est un bon exemple de la réalité des pratiques au sein de l’Union européenne ; ajoutons qu’il n’est hélas pas le seul. Mais, il sert de révélateur et il expose l’hypocrisie profonde de la construction européenne.

Rappelons les faits : la Grèce a connu une crise de la dette souveraine au début de 2010, dont les conséquences risquaient d’être couteuses pour les banques des principaux pays européens qui avaient prêté, en toute connaissance de cause et en raison de taux d’intérêt hautement rémunérateurs, à ce pays. Les différents plans qualifiés « d’aide » à la Grèce n’ont eu pour raison d’être que d’éviter un défaut afin de permettre aux banques privées, essentiellement françaises et allemandes, de se dégager et revendre les titres grecs qu’elles avaient achetés. Ces plans « d’aide » ont considérablement alourdie la dette. Ils ont eu pour contrepartie des plans d’austérité, mis en œuvre par ce que l’on a appelé la « Troïka », c’est à dire la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ces plans d’austérité ont à leur tour provoqué une crise économique et sociale de grande ampleur en Grèce, avec un taux de chômage de plus de 25%, une paupérisation galopante, et une destruction du système de protection sociale. Cette austérité a été imposée à la Grèce par des équipes d’experts envoyés par la « Troïka » qui sont venu s’installer dans les ministères et qui ont alors dicté leurs conditions.

A bout de force, mais aussi à bout de patience, exaspérés par l’humiliation permanente que représentait la présence des experts de la « Troïka », les électeurs grecs ont, le 25 janviers 2015, envoyés un message très clair : la population refuse l’austérité pour le compte des banquiers de Francfort ou de Paris. En portant au pouvoir une parti de gauche dont le programme promettait de mettre fin à cette austérité, tout en engageant des réformes que les autres gouvernements, tant socialistes (PASOK) que de centre-droit (Nouvelle Démocratie) s’étaient toujours refusées à faire, comme une réforme de l’assiette de l’impôt et de l’administration. Les dirigeants de SYRIZA ont décidé, pour tenter de mener à bien leur programme, de s’allier avec un parti de droite les « Grecs Indépendante ». Il faut ici rappeler que An.El est certes un parti de droite, mais d’une droite que l’on qualifierait de républicaine en France. Ce parti a d’ailleurs de bonnes relations avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Il ne s’agit donc pas d’un parti d’extrême-droite comme le bave le triste sire Colombani[1]. Ils auraient pu s’allier avec un parti centriste, explicitement pro-européen (To Potami ou La Rivière) ou avec les débris du partit socialiste, le PASOK. Ils ont fait un choix qui n’apparaît étrange qu’à ceux qui ne comprennent pas l’enjeu de la souveraineté.

Loin de se réjouir de l’arrivée au pouvoir d’un parti, puis d’une coalition, décidé à aborder de front les problèmes structurels de la Grèce[2] qui s’appellent corruption, clientélisme et népotisme, l’Union Européenne n’a eu de cesse que de vouloir casser ce gouvernement, de lui imposer un autre programme que celui sur lequel il a été élu. Ce faisant, elle montre son total mépris de la démocratie dont ses dirigeants par ailleurs se gargarisent. Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, que l’on ait un mauvais accord, un défaut, voir une sortie de l’Euro de la Grèce, l’attitude odieuse de l’Union Européenne restera dans les mémoires de tous les européens, mais aussi des autres. On découvre ici que l’Union européenne ne se comporte pas autrement que feu l’Union soviétique en imposant une théorie de la souveraineté limitée comme ce fut le cas à Prague en août 1968. Ce faisant, elle montre le peu de cas qu’elle fait de la démocratie. Si une communauté politique n’est plus maîtresse de son destin, il ne peut y avoir de démocratie en son sein. Si l’on en veut une preuve, rappelons cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique. 

Une nouvelle lecture de l’Union européenne.

Ce révélateur grec incite alors à relire les autres actions de l’Union européenne.

Que ce soit sur les négociations commerciales internationales, qu’elle mène dans l’opacité la plus totale comme c’est le cas avec le Traité Transatlantique, que ce soit sur la question des OGM ou elle impose aux consommateurs européens des produits dont ils ne veulent pas pour le plus grand profit d’un géant de l’industrie nord-américaine, MONSANTO pour ne pas le nommer.

Que ce soit sur la question de la solidarité entre les pays membres. L’Italie a été laissée seule pour gérer la catastrophe humanitaire provenant de l‘intervention franco-britannique en Libye qui a abouti à la mort de Kadhafi. De même, la Grèce a été laissée bien seule pour faire face aux flux migratoires qui viennent de Turquie et du Moyen-Orient. De son côté, la France a été laissée quasiment seule dans la lutte contre l’islamisme radical au sud-Sahel (Mali, Niger) au moment où la Commission européenne lui demande de faire plus d’économie. Les fonds structurels, qui eurent un effet de modernisation important sur des pays comme le Portugal et la Grèce, sont aujourd’hui réduit à la portion congrue. Le budget de l’Union européenne, déjà dérisoire avec 1,23% du PIB, est appelé à être encore réduit, sous la pression combinée de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne, dans les prochaines années.

Sur tous ces terrains on voit un recul profond avec les pratiques des années 1970 et 1980, quand on ne parlait pas d’Union européenne mais, plus simplement, de « Marché Commun » ou Communauté Economique Européenne. Ce recul s’accompagne d’une montée aux extrêmes dans le discours. Plus l’UE s’éloigne des principes de solidarité et de démocratie, plus elle en parle. Plus elle opprime les peuples des pays membres, plus elle se présente en libérateur pour les autres. On en a eu un tragique exemple avec la crise ukrainienne, où le comportement irresponsable de l’UE n’a pas été pour rien dans le déclenchement de la crise.

Dès lors, on voit bien la logique d’oppression où tombe l’UE de par sa volonté de nier le principe de souveraineté. 

Une théorisation des thèses européistes et sa critique.

Un auteur hongrois, largement encensé par les institutions européennes, a voulu produire une réfutation du rôle fondamental de la Souveraineté, tel qu’il émerge des travaux de Bodin et de Jean-Jacques Rousseau. De ce point de vue Andras Jakab peut être considéré comme un idéologue du pouvoir européiste. Ses thèses sont parfaitement convergentes avec le discours tenu par l’Union Européenne. Jakab, après une analyse comparée des diverses interprétations de la souveraineté, avance pour le cas français que : « La souveraineté populaire pure fut compromise par un abus extensif de referenda sous le règne de Napoléon Ier et de Napoléon III, la souveraineté nationale pure ayant été perçue comme insuffisante du point de vue de sa légitimation[3] »

C’est soutenir qu’un abus pervertirait le principe ainsi abusé. Mais il ne peut en être ainsi que si l’abus démontre une incomplétude du principe et non de sa mise en œuvre. Viendrait-il à l’esprit des contemporains de détruire les chemins de fer au nom de leur utilisation par le Nazis dans la destruction génocidaire des Juifs et des Tziganes ? Or, ceci est bien le fond du raisonnement tenu par Jakab. Pourtant, il est loin d’être évident dans l’usage politique fait du plébiscite que cet usage soit le seul possible. Si un plébiscite est bien un instrument non-démocratique, tout référendum n’est, fort heureusement, pas un plébiscite. La confusion établie par l’auteur entre les deux notions est très dangereuse et pour tout dire malhonnête. La pratique qui consiste à assimiler référendum et plébiscite, car c’est de cela dont il est question dans le texte, est une erreur logique. La discussion se poursuit sur la portée qu’il faut attribuer à la décision du Conseil Constitutionnel concernant la Nouvelle Calédonie où il est dit que « la loi votée… n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution »[4]. Ici encore, on pratique de manière volontaire la stratégie de la confusion. Ce que reconnaît le Conseil Constitutionnel, en l’occurrence, c’est la supériorité logique de la Constitution sur la Loi. Ce n’est nullement, comme le prétend à tort Jakab l’enchaînement de la souveraineté. En fait, dire que le processus législatif doit être encadré par une Constitution ne fait que répéter le Contrat Social de Rousseau[5]. Ce qui est en cause est bien le parti pris de cet auteur est de refuser ou de chercher à limiter le concept de Souveraineté. Il fait appel pour cela aux travaux de Hans Kelsen[6]. On sait que, pour ce dernier, le droit d’un État est subordonné au droit international, ce dernier existant de manière implicite à travers un système de « lois naturelles » qui seraient propre à la condition humaine, servant alors de normes pour le droit des États.

Mais, on peut considérer que le Droit International découle au contraire du Droit de chaque État, qu’il est un Droit de coordination[7]. C’est la logique développée par Simone Goyard-Fabre[8]. Andras Jakab se voit alors obligé de reconnaître que : « malheureusement, du point de vue de la définition de la notion, la souveraineté comme telle n’est définie dans aucun traité international (peut-être parce qu’un accord sur cette question serait impossible »[9]. Il ajoute quelques lignes plus loin : « Mais l’acceptation totale du premier droit du souverain, c’est-à-dire l’exclusivité, n’est pas satisfaisante vu les défis nouveaux, notamment la mondialisation »[10]. Ce faisant il glisse, dans le même mouvement, d’une position de principe à une position déterminée par l’interprétation qu’il fait – et que l’on peut réfuter – d’un contexte. Cette démarche a été critiquée en son temps par Simone Goyard-Fabre : “Que l’exercice de la souveraineté ne puisse se faire qu’au moyen d’organes différenciés, aux compétences spécifiques et travaillant indépendamment les uns des autres, n’implique rien quant à la nature de la puissance souveraine de l’État. Le pluralisme organique (…) ne divise pas l’essence ou la forme de l’État; la souveraineté est une et indivisible[11]. L’argument prétendant fonder sur la limitation pratique de la souveraineté une limitation du principe de celle-ci est, quant au fond, d’une grande faiblesse. Les États n’ont pas prétendu pouvoir tout contrôler matériellement, même et y compris sur le territoire qui est le leur. Le despote le plus puissant et le plus absolu était sans effet devant l’orage ou la sécheresse. Il ne faut pas confondre les limites liées au domaine de la nature et la question des limites de la compétence du Souverain.

On comprend bien, alors, que cette démarche a pour objet, consciemment ou inconsciemment, de nous présenter le contexte comme déterminant par rapport aux principes. La confusion entre les niveaux d’analyse atteint alors son comble. Cette confusion a naturellement pour objet de faire passer pour logique ce qui ne l’est pas : la subordination de la Souveraineté. Or, cette subordination est contraire aux principes du droit. Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que l’article de Jakab ait reçu tant de distinctions des institutions de l’Union Européennes. 

La souveraineté et les traités internationaux.

Les tenants de l’européisme avancent alors l’hypothèse que les traités internationaux limitent la souveraineté des États. On considère alors qu’ayant acquiescé au Traité de Maastricht, les pays membres de l’Union européenne se sont dessaisit d’une partie de leur souveraineté. Les traités sont en effet perçus comme des obligations absolues au nom du principe Pacta sunt servanda [12].

Mais, ce principe peut donner lieu à deux interprétations. Soit ces traités ne sont rien d’autre qu’une mise en œuvre d’un autre principe, celui de la rationalité instrumentale. Il implique donc de supposer une Raison Immanente et une complétude des contrats que sont les traités, deux hypothèses dont il est facile de montrer la fausseté, mais dans lesquels on retrouve la trace de la Grundnorm de Kelsen[13], déshabillée de ses oripeaux religieux. Mais, nul traité n’est rédigé pour durer jusqu’à la fin des temps. Soit on peut aussi considérer que ce principe signifie que la capacité matérielle des gouvernements à prendre des décisions suppose que toutes les décisions antérieures ne soient pas tout le temps et en même temps remises en cause. Cet argument fait quant à lui appel à une vision réaliste des capacités cognitives des agents. Un traité qui serait immédiatement discuté, l’encre de la signature à peine sèche, impliquerait un monde d’une confusion et d’une incertitude dommageables pour tous. Mais, dire qu’il est souhaitable qu’un traité ne soit pas immédiatement contesté n’implique pas qu’il ne puisse jamais l’être. Il est opportun de pouvoir compter, à certaines périodes, sur la stabilité des cadres qu’organisent des traités, mais ceci ne fonde nullement leur supériorité sur le pouvoir décisionnel des parties signataires, et donc sur leur souveraineté. C’est pourquoi d’ailleurs le droit international est nécessairement un droit de coordination et non un droit de subordination[14]. L’unanimité y est la règle et non la majorité. Cela veut dire que la communauté politique est celle des États participants, et non la somme indifférenciée des populations de ces États. Un traité n’est contraignant que pour ses signataires, et chaque signataire y jouit d’un droit égal quand il s’engage par signature, quelle que soit sa taille, sa richesse, ou le nombre de ses habitants[15]. Vouloir substituer le droit de subordination au droit de coordination n’a qu’une seule signification: la création d’un droit qui serait séparé du principe de souveraineté et n’aurait d’autre fondement à son existence que lui-même. Un tel droit, s’il se rattache ou prétend se rattacher à un principe démocratique, nie le principe de légitimité. Il est alors immoral en cela qu’il ne distingue plus le juste du légal. 

Souveraineté et décision.

La question de la souveraineté ne dépend donc pas seulement de qui prend les décisions, autrement dit de savoir si le processus est interne ou externe à la communauté politique concernée. La souveraineté dépend aussi de la pertinence des décisions qui peuvent être prises sur la situation de cette communauté et de ses membres. Une communauté qui ne pourrait prendre, du fait de traités, que des décisions sans importance sur la vie de ses membres ne serait pas moins asservie que celle se trouvant effectivement sous la botte d’une puissance étrangère. Ceci rejoint alors une conception de la démocratie développée par Adam Przeworski. Pour cet auteur, la démocratie ne peut résulter d’un compromis sur un résultat. Toute tentative pour pré-déterminer le résultat du jeu politique, que ce soit dans le domaine du politique, de l’économique ou du social, ne peut que vicier la démocratie. Le compromis ne peut porter que sur les procédures organisant ce jeu politique[16]. De fait, on revient ici – et non sans raison – au décisionisme de Carl Schmitt. Il faut pouvoir penser la décision, c’est à dire un acte qui ne soit pas l’application mécanique d’une norme mais bien une création subjective d’un individu ou d’un groupe d’individu. Cette décision permet de penser l’innovation institutionnelle sans laquelle les hommes seraient condamnés à vivre dans une société stationnaire. Cette décision, qui définit en réalité qui détient la souveraineté dans une société, est au cœur du politique[17].

Or, cette tentative de prédéterminer le résultat du jeu politique, c’est très précisément ce à quoi tend toute la réflexion entamée dans les instances européennes et théorisée par Jakab. En cela, elle révèle tout le contenu anti-démocratique de la pensée européiste. 

L’idéologie européiste et ses conséquences.

En fait, la construction de cette pensée d’une Souveraineté « hors sol », réduite à un principe que l’on n’applique pas, révèle le projet politique qui est porté, consciemment ou non, par son auteur : il faut limiter autant que possible la souveraineté nationale pour laisser le champ libre à l’Union Européenne[18]. Il n’est donc pas étonnant qu’il propose la solution d’une neutralisation de la Souveraineté, solution qui consiste à admettre son existence mais à la rejeter dans les limbes au profit de compromis concrets[19]. Il ne faut dès lors plus s’étonner de la dissolution des sociétés dans ce cadre car ce qui « fait société » est en réalité nié.

Le principe de souveraineté se fonde alors sur ce qui est commun dans une collectivité, et non plus sur celui qui exerce cette souveraineté[20]. La souveraineté correspond ainsi à la prise de conscience des effets d’interdépendance et des conséquences de ce que l’on a appelé le principe de densité. Elle traduit la nécessité de fonder une légitimation de la constitution d’un espace de méta-cohérence, conçu comme le cadre d’articulation de cohérences locales et sectorielles. Cette nécessité n’existe que comme prise en compte subjective d’intérêts communs articulés à des conflits.

On discerne ainsi les conséquences extrêmement négatives du tournant que les dirigeants de l’Union européenne ont voulu prendre et qui se révèle dans la manière dont ils traitent la Grèce, mais aussi dont ils abordent bien d’autres problèmes, de celui des réfugiés en Méditerranée à celui de nos relations commerciales avec les Etats-Unis dans le cadre du TTIP. Pour chercher à résoudre le dilemme de la souveraineté des Etats confrontée à celle des institutions européennes, ils ont cru bon de nier en réalité le principe de souveraineté. Et ce n’est pas un hasard si autour de ce terme et de son dérivé politique, je veux parler du souverainisme, se concentrent les avis de ceux qui relèvent toutes les contradictions et les incohérences de la construction européenne. Les partisans de l’Union européenne tel qu’elle existe ont alors tôt fait de prétendre que les souverainistes ne sont que des nationalistes. Mais, ce faisant, ils démontrent leur incompréhension profonde de ce qui est en jeu dans le principe de souveraineté. En fait l’ordre logique qui va de la souveraineté à la légalité par l’intermédiaire de la légitimité, et qui est constitutif de toute société. Cependant, constater cela ne fait que renvoyer l’interrogation à un niveau supérieur, celui des formes symboliques dans lesquelles se meuvent les représentations tant de la souveraineté que de la légitimité.

On ne doit pas s’étonner alors si, dans les différends pays de l’Union européenne, la colère monte. Les partis que l’on qualifie de « populistes » ou « d’extrême-droite » ne font que refléter cette colère. 

Notes

[1] Colombani J-M, « Quels chemins pour les grecs ? », in Direct Matin, n° 1630, 2 février 2015, p.3.

[2] Voir l’article du Ministre des Finances, Yanis Varoufakis, http://www.project-syndicate.org/commentary/greece-debt-deal-by-yanis-varoufakis-2015-04

[3] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », in Jus Politicum, n°1, p.4, URL : http://www.juspoliticum.com/La-neutralisation-de-la-question,28.html

[4] Décision 85-197 DC 23 Août 1985, Voir : Jacques Ziller, « Sovereignty in France: Getting Rid of the Mal de Bodin », in Sovereignty in Transition. éd. Neil Walker, Oxford, Hart, 2003.

[5] Rousseau J-J., Du Contrat Social, Flammarion, Paris, 2001.

[6] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[7] Dupuy R.J., Le Droit International, PUF, Paris, 1963

[8] Goyard-Fabre S., “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, in Revue Internationale de Philosophie, Vol. 45, n°4/1991, pp. 459-498.

[9] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 11.

[10] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., p. 12.

[11] S. Goyard-Fabre, “Y-a-t-il une crise de la souveraineté?”, op.cit., p. 480-1.

[12] Idem, p. 485.

[13] Kelsen H., «La méthode et la notion fondamentale de la théorie pure du droit »Revue de Métaphysique et de Morale, T. 41, No. 2 (Avril 1934), pp. 183-204.

[14] R. J. Dupuy, Le Droit International, op.cit…

[15] Point souligné dès le XVIIIè siècle par De Vattel, E., Le droit des gens, Londres, s.n., 1758, éd. de 1835. Il faut souligner ici que l’expression « doit des gens » souligne en réalité l’organisation des relations entre Nations.

[16] A. Przeworski, “Democracy as a contingent outcome of conflicts”, in J. Elster & R. Slagstad, (eds.),Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, pp. 59-80.

[17] Schmitt C., Théologie politique. (1922), Paris, Gallimard, 1969.

[18] Wind M., Sovereignty and European Integration. Towards a Post-Hobbesian Order, Houndmills e.a., Palgrave, 2001

[19] Jakab A., « La neutralisation de la question de la souveraineté. Stratégies de compromis dans l’argumentation constitutionnelle sur le concept de souveraineté pour l’intégration européenne », op.cit., P. 22-23.

[20] Bodin J., Les six livres de la République, Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

 http://russeurope.hypotheses.org/3760

10 réponses »

  1. La Grèce n’aurait jamais dû entrer dans la zone euro. Tout le monde sait qu’elle a trafiqué ses comptes, tout comme la France et l’Italie d’ailleurs. L’un des agents de cette fraude est d’ailleurs à la tête de la BCE, signe que tout le système est fondé sur l’embrouille.

    Ce qui est intéressant, c’est de constater à quel point une décision politique prise par quelques uns pour défendre des intérêts étroits, en totale contradiction avec les principes affichés et les règles convenues, provoquent des catastrophes pendant des décennies avant qu’elle ne soit annulée sous la pression irresistible de la réalité.

    Combien de temps encore pour l’Euro, alors qu’aucune harmonisation fiscale et sociale n’a eu lieu ?

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  2. Bonjour;

    La synthèse d’Eric Verhaeghe sur tous les éléments que j’ai pu entendre ces derniers jours plaide davantage pour le Grexit là où je m’attends plus à une solution bidon pour gagner quelques moi et pousser Tsipras vers la sortie.

    Le chiffre qui me manquait c’était les fameux 500 millions d’euros ponctionnés ça et là de manière autoritaire qui ne couvrirait pas les prochaines échéances alors qu’au bluff Tsipras laisse entendre qu’il a de quoi tenir jusqu’à fin juin. Sauf que depuis que j’ai écris mon billet, j’ai entendu cet aveu de Tsipras de laisser entendre revenir vers les urnes : ça n’a aucun sens si ce n’est pas pour organiser via une sorte de consultation référendaire enfin l’acceptation du peuple grec des conditions de la troïka en cas de maintien dans la zone euro ou son refus avec sortie immédiate. Que vaut une consultation démocratique dans un pays objectivement déjà sous tutelle? C’est trop tard évidemment.

    Voilà qui m’amène à vraiment considérer le Grexit comme inéluctable.
    Je n’ai pas encore lu les autres articles, à ce stade je trouve que le silence assourdissant des responsables français, un deal derrière?

    Cdlt

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  3. Merci à Eric Verhaeghe pour ces papiers toujours intéressants et sans langue de bois. Il avait sans doute écrit celui-ci avant l’histoire de l’espionnage des européens effectué par les allemands pour le compte des américains… Bizarrement cette affaire n’est pas restée longtemps dans l’actualité et on n’a pas attendu Mimolette ou ses sbires sur le sujet. Ça devient insupportable d’être gouverné par ces fiottes.

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  4. Les banques privées grecques sont en faillite.

    Mercredi 29 avril 2015 :

    La chute libre des dépôts bancaires grecs :

    Janvier 2014 : dans les banques privées grecques, les dépôts étaient de 161 milliards d’euros.

    Novembre 2014 : les dépôts étaient de 164,3 milliards d’euros.

    Décembre 2014 : les dépôts étaient de 160,3 milliards d’euros.

    Janvier 2015 : les dépôts étaient de 148 milliards d’euros.

    Février 2015 : les dépôts étaient de 140,5 milliards d’euros.

    Mars 2015 : les dépôts étaient de 138,55 milliards d’euros.

    La Banque centrale européenne (BCE) a encore relevé mercredi, d’1,4 milliard d’euros, le plafond de son financement d’urgence (ELA) des banques grecques, qui passe ainsi à 76,9 milliards d’euros, a-t-on appris de source bancaire grecque.

    Fin mars, les dépôts privés se montaient à 138,55 milliards d’euros dans les banques grecques, au plus bas depuis février 2005.

    Et selon les premiers chiffres connus pour avril, la tendance au retrait des capitaux a repris de plus belle ce mois-ci.

    http://www.romandie.com/news/Grece–la-BCE-releve-dencore-14-milliard-deuros-le-plafond-de-lELA/588825.rom

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  5. Ce n’est plus la Grèce et encore moins l’€ qui ont besoin d’être sauvé, c’est l’Europe dans sa conception actuelle, ni plus, ni moins.

    Mais faut-il sauver l’Europe ? Cette Europe que nous connaissons, est un non sens !!!

    Réinventer l’Europe ? Chiche… Mais entre nous, c’est vraiment mal engagé.

    De déboire en déboire, c’est la seule certitude de notre avenir dans cette Europe et cela dure depuis… trop longtemps.

    Les politiques sont des incapables qui se font bouffer par des magouilleurs en tous genres.

    Plus de fédéralisme ? Quel est belle la plaisanterie, il faut juste faire durer le plaisir, jusqu’à mort s’en suive.

    Il n’y a au moins six pays qui devraient sortir de l’Euro à ce jour ! la Grèce n’est qu’un écran de fumée qui arrange tout ce petit monde…

    Plus le temps passe, plus les difficultés seront nombreuses, c’est pourtant la non-décision qui règne… Conséquences comprises.

    La charrue n’a jamais tiré un bœuf, sauf pour le mettre dans un fossé.

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  6. Merci vous avez raison. Mais la Grèce n’est pas le principal problème de l’Europe ;

    Quand après l’affaire Snowden, Merkel a fait mine de s’offusquer en disant aux américains qu’on n’espionnait pas ses amis et qu’on apprend quelques mois plus tard que les allemands eux-mêmes espionnaient les français pour le compte des américains… on se dit que l’Europe est une parodie dont il faut simplement chercher les bénéficiaires.

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  7. Les remarques d’Eric Verhaege sur l’Allemagne font réfléchir, surtout quand on les considère toutes à la fois, plus l’affaire de l’espionnage pour le compte de la NSA dont parle Seb.
    Je trouve néanmoins que la remarque sur les OGM est un peu forcée. Il n’y a pas 50 grandes entreprises de chimie dans le monde et les autorisations dans ce domaine ont toutes les chances de tomber dans le champ d’action de BASF ou Bayer. On ne va quand même pas s’en tenir aux délires des écologistes sur la question des OGM.
    Je n’aime guère non plus la référence bien appuyée à la Prusse, ça dénote une certaine germanophobie tout aussi primaire que l’européisme des béats.
    L’Allemagne a surtout les avantages (et les arrogances, sans doute) du pays qui s’en sort mieux que ses voisins et qui n’a pas commis les mêmes erreurs.
    Côté immigration, c’est le pays qui reçoit le plus de demande d’asiles. Et de toute façon, la question des migrants demande de se poser des questions bien au-delà du simple sauvetage. C’est tout le développement de l’Afrique qui est en cause.
    Grexit : la faute de l’UE fut de faire entrer trop de monde, trop vite, trop tôt. Là on paye une certaine incurie, tout en ne sachant pas vraiment quoi faire car rien n’est satisfaisant.
    L’Europe reste une grande idée, une idée unique en son genre : un abandon d’une partie de souveraineté librement consenti, sans guerre et dans le but de préserver la paix et la prospérité en Europe.

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    • Nathalie,

      Je suis bien de votre avis mais s’il y a bien quelque chose dont les uns et les autres profitent c’est l’incroyable position de l’Allemagne sur la scène internationale. On n’a jamais vu une nation aussi dominante n’avoir aucune diplomatie ni bras armé pour l’épauler. Ce déséquilibre est presque désavantageux pour l’Europe : J’ai presque envie de dire que le cas ukrainien aurait du se résoudre avec un accord entre Mme Merkel et Poutine. Le fait que Merkel n’arrive à rien n’est pas le fait exclusif de Poutine, il montre juste au monde combien l’Allemagne n’a pas les moyens de ses ambitions ni les atouts qui pourraient appuyer ses vues.

      C’est aussi pour cette raison que les déclaration de Wolfgang Schäuble sur la Grèce me semblent être des intimidations de grand fauve en apparence avec un chaton derrière.

      Cdlt

      Aimé par 1 personne

      • Bonjour Duff,
        J’avais plus l’article de Verhaege dans le collimateur que le vôtre. On peut au moins citer un exemple d’une décision européenne qui n’est pas dans le goût allemand, c’est le QE. Et ce n’est pas tellement dans mon goût non plus.
        Votre remarque sur Schaüble est très juste et s’applique aussi à Merkel, ne serait-ce que vis-à-vis de la France. J’avais lu un commentaire chez H16 disant exactement cela : elle fait les gros yeux, mais on s’en tire toujours finalement. Je vois l’Allemagne sur la défensive plus qu’à l’offensive. Mais il est vrai qu’on est arrivés à 28 dans une situation de gouvernance impossible et qu’on mesure maintenant toutes les limites de cette intégration à marche forcée.
        Dans ces situations perdant perdant, une des solutions consiste à prendre sa perte et repartir. Reste la question de savoir quelle est la bonne volonté exacte de la Grèce de rester dans l’Euro et dans l’UE. Depuis que j’ai vu Varoufakis dans Paris-Match, je me demande s’ils le savent eux-mêmes.
        Bon 1er mai.
        PS Pas encore lu votre article sur chômage, mais je vais m’y mettre bientôt 🙂

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  8. Selon les calculs de la Cour des Comptes grecque, l’Allemagne doit 279 milliards d’euros à la Grèce, au titre des réparations de la Seconde guerre mondiale.

    Or le gouvernement allemand ne veut pas rembourser ces 279 milliards d’euros.

    En revanche, le président allemand est favorable au versement de ces réparations.

    Vendredi 1er mai 2015 :

    Le président allemand n’exclut pas des réparations pour la Grèce.

    Le président allemand, Joachim Gauck, a exprimé vendredi son soutien aux demandes de réparations formulées par Athènes au titre de l’occupation de la Grèce par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, demandes pourtant rejetées à plusieurs reprises par le gouvernement d’Angela Merkel.

    Joachim Gauck, dont les fonctions sont essentiellement honorifiques et qui est connu pour ses prises de position parfois provocatrices, a déclaré dans un entretien à paraître samedi dans la Süddeutsche Zeitung que l’Allemagne devait assumer sa responsabilité historique envers la Grèce.

    « Nous ne sommes pas seulement des gens qui vivent aujourd’hui, à cette époque, nous sommes aussi les descendants de ceux qui ont laissé derrière eux un sillage de destruction en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, en Grèce entre autres », a-t-il dit.

    « Pour un pays conscient de son histoire comme le nôtre, il est juste d’envisager la possibilité qu’il puisse y avoir des réparations. »

    La Grèce réclame 278,7 milliards d’euros de réparations à Berlin et certains juristes estiment que cette demande n’est pas dénuée de fondement. Le mois dernier, le ministre de l’Economie et vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel l’a néanmoins jugée « stupide ».

    Des responsables allemands expliquent que leur pays a déjà honoré ses obligations envers la Grèce, en lui versant 115 millions de marks en 1960.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL5N0XS1HX20150501

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