Art de la guerre monétaire et économique

La fin de la ” Pax Americana”? (Charles Gave)/ Allemagne (BND): nouveau scandale au sein du renseignement allemand/ La fin de l’après-guerre? (Sapir)/ Mistral gagnant: La France doit payer plus d’un milliard d’euros à la Russie – quel gâchis!

De temps en temps, j’ai un petit coup de déprime quand je constate l’incompétence noire de ceux qui nous gouvernent.

Fed patriarch Paul Volcker says its time for a new Bretton Woods

Ce papier fait partie de ceux où je me laisse aller au pessimisme, ce qui est toujours une faute de l’esprit. Que le lecteur se rassure, ca ne va pas durer. Le temps sans doute ou les décalages horaires.

Retournons au début des années cinquante. Le rideau de fer vient de tomber entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est, une guerre civile atroce se déroule en Grèce, un coup d’Etat mené par des sicaires communistes à lieu à Prague, l’Allemagne -qui n’est pas encore de l’Ouest- commence à peine à se redresser, la Grande-Bretagne, exsangue, est en train de liquider son empire colonial, le Japon, sous le commandement d’un proconsul Américain Macarthur voit la Chine en face d’elle basculer vers le communisme et une guerre civile commencer en Corée…et la France et l’Italie ne vont guère mieux tant les communistes sont plus à l’Est qu’à Gauche et représentent plus de 25% de l’électorat, ce qui n’est guère encourageant.

Lors du défilé de la victoire à Berlin en 1945, Churchill, s’en rendit compte avant tout le monde et se tourna vers son aide de camp en voyant défiler les troupes Russes pour lui dire “Nous avons tué le mauvais cochon » . Le pire apparaissait probable. Et là, un miracle de l’histoire se produit. Sous la direction de deux grands Présidents Américains, Harry Truman puis Dwight Eisenhower, une génération de grands serviteurs du bien commun se leva aux USA, symbolisé par Marshall, à l’origine du plan du même nom et cette génération créa des structures qui ont maintenu en Europe la période de paix la plus longue de l’histoire et cette paix dure encore. Naissent en effet d’après guerre l’ONU, mais aussi le FMI, la Banque Mondiale, les organisations mondiales de la santé, du Travail ou du Commerce et à partir de 1958, l’embryon de ce qui allait être la communauté Européenne, avec la signature du Traité de Rome. Mais surtout nait l’OTAN. Car, ce que l’on omet souvent de dire est que finalement ces constructions juridiques qui ont permis le développement de la coopération sur notre continent n’étaient rendues possibles que par la présence de troupes américaines sur le sol Européen.

Sans gendarme, le respect du Droit est assez faible…

L’OTAN constitua l’invisible bras armé qui seul permit le redressement de l’Europe et autorisa ces 70 années de paix. Comme le dit un proverbe Finlandais : « Dans un pays, il ya toujours une armée. Si ce n’est pas l’armée du pays, c’est l’armée du pays d’à coté ». Et entre les Russes et les Suédois, les Finlandais savaient de quoi ils parlaient. Dans le cas Européen, l’armée du pays d’à coté fut bien sur l’armée américaine. Comment l’armée américaine a-t-elle pu demeurer au cœur de l’Europe pendant aussi longtemps, sans que cela ne gène personne, telle est la question?

La structure légale du traité de l’Atlantique Nord fournit un début d’explication. Quelle était donc la structure juridique de cette OTAN qui essaie toujours de rester dans l’ombre ? Il ne s’agissait pas d’un un traité offensif et défensif comme ceux qui liaient la France à la Russie en 1914 forçant la France à la guerre si la Russie le décidait, mais d’un traité uniquement défensif. Si un pays de l’OTAN était attaqué par un pays tiers, tous les autres membres de l’alliance se portaient à son secours. Et pour garantir ce secours, les USA maintenaient 500.000 hommes armés en Europe (en Allemagne, ou en Grande Bretagne, pour être sérieux).

Si un pays de l’OTAN décidait d’attaquer quelqu’un d’autre, comme la France et la Grande Bretagne le firent pour l’Egypte en 1956, les USA ne se sentaient pas du tout obligés d’aider, bien au contraire. Ce qui limitait les velléités guerrières des vieilles Nations Européennes. Devant cette limitation insupportable à la Souveraineté Nationale, le General de Gaulle décida de sortir de l’OTAN et de créer la force de frappe… Nul doute que si la France avait eu une frontière commune avec la Russie, de Gaulle ne soit restée sagement dans l’OTAN. Dans le fonds, attaquer l’Allemagne, c’était attaquer les USA, mais si la France attaquait quelqu’un d’autre, elle devait se débrouiller toute seule. Et comme il fallait traverser l’Allemagne pour atteindre la France, de Gaulle pouvait bien prendre le risque de demander aux Américains de s’en aller de chez nous…

Comme l’avait dit Foster Dulles à de Gaulle quand ce dernier lui avait demandé de faire sortir les troupes américaines de France  “Est ce que nous devons aussi emmener ceux qui sont enterrés en Normandie ? ” ce qui n’avait pas eu l’heure de plaire au General. Mais ca faisait bien et ça ne coûtait pas cher, du moins apparemment. Et donc, le secret le mieux gardé de l’histoire des 70 dernières années a été que la construction de l’Europe politique, le capitalisme Européen et tous nos systèmes sociaux ne se sont développés que grâce à la protection militaire que les USA ont apporté à notre vieux continent et ce depuis 1945.

Ce n est pas l’Europe Politique qui a créée la paix en Europe, comme essaie de nous le faire croire ses thuriféraires, mais ce sont 500.000 GIs, installés aux frontières des colonies de l’URSS, face aux armées Russes.

Tout le monde connaît l’histoire de l’éléphant portant une souris sur son dos, et marchant dans la savane… La souris se retourne et dit fièrement ” tu as vu la poussière qu’on fait?” Voila une bonne description de Bruxelles comme responsable de la paix Européenne.

Je ne suis pas naïf, et je comprends bien que toutes ces institutions ont permis aussi le développement de l’influence des USA, mais quand je compare ceux qui ont signé les traités et organisé le monde après la seconde guerre mondiale avec ceux qui avaient fait la même chose après la première, je ne peux pas m’empêcher de penser que ceux de 1945 ont fait du meilleur boulot que ceux de 1919. Entre Clemenceau et Truman, il n’y a pas photo.

J’ai cependant une petite inquiétude. Après tout à quoi sert l’OTAN aujourd’hui, non pas à nous Européens, mais aux Américains? D’abord, elle leur coûte beaucoup d’argent, et l’argent se fait rare Outre Atlantique.

Qui plus est, le Président Obama a fait ses deux dernières campagnes Présidentielles en disant que le rôle des USA n’était pas d‘assurer la paix chez les autres, mais de s’occuper en priorité des USA. Et ce point de vue est assez largement répandu dans la classe politique US, même chez les Républicains (Voir Rand Paul) Et l’on se demande en effet quels sont exactement les intérêts stratégiques des USA que les troupes Américaines doivent défendre aujourd’hui en Europe et si l’OTAN est un outil adapté ?

Car les pays Européens ne consacrent quasiment rien à leur défense, les élus choisissant toujours la protection sociale au détriment de la Défense. Quand il faut couper les dépenses de l’Etat, on coupe TOUJOURS les dépenses de défense et jamais rien d’autre. On voit mal pourquoi le contribuable américain devrait payer à la place du contribuable Européen et pourquoi la protection sociale aux USA devrait être plus faible qu’en Europe parce que les USA défendent l’Europe qui ne veut pas se défendre toute seule ?

Parce que le travailleur Européen le vaut bien? En effet pas un pays Européen ne consacre plus de 2 % de son PIB aux dépenses militaires (en excluant la Grèce), certains pays sont en dessous de 1%, et les soldats en Allemagne sont syndiqués… Imaginons que le prochain Président des USA ne décide qu’après tout l’Europe est assez grande et assez riche pour se défendre toute seule et qu’il ne voit pas très bien pourquoi une Amérique redevenue indépendante sur le plan énergétique devrait se préoccuper de ce qui se passe au Moyen-Orient, d’où viennent une grande partie des ressources énergétiques de l’Europe alors que les USA ne reçoivent plus rien du Moyen Orient.

Dans ce monde nouveau, pourquoi les USA devraient ils garder deux flottes, l’une en Méditerranée, l’autre dans le Golf Persique pour continuer à protéger une Europe qui ne lui est guère reconnaissante ? Ce même Président pourrait dans la foulée se dire que les armadas américaines seraient plus utiles à Hawaï, au Japon, en Corée ou à Singapour qu’à Bahreïn ou à Naples. Et que s’ils veulent de l’énergie «sûre», les Européens pourraient autoriser l’exploitation du gaz de schiste chez eux, et ne pas fermer leurs centrales nucléaires…

Si l’OTAN venait à disparaitre, nous nous retrouverions en culottes courtes et désarmés comme rarement dans notre histoire. De fait, je n’ai pas le souvenir d’une seule période où l’Europe ait été aussi faible militairement. Et sans l’OTAN, il est à craindre que le reste de la structure juridique créée à partir de 1945 ne tienne pas bien longtemps. Forcer l’Europe à s’armer serait aussi une façon de rendre l’industrie Européenne moins compétitive, puisque quelqu’un devrait payer ce réarmement. Or nous arrivons peut être au moment où les USA se disent sans doute qu’ils ne peuvent plus financer la sécurité Européenne puisqu’ils sont confrontés à des problèmes domestiques importants.

Et le lecteur de se demander : Mais d’ou pourraient venir les problèmes que la faiblesse militaire actuelle de l’Europe empêcherait de traiter si l’OTAN venait à disparaitre ?

La réponse est facile:

1. D’une invasion de nécessiteux, en provenance d’Afrique, créée de toutes pièces par les puissants génies tels BHL ou Sarkozy. Cette déferlante a peut être commencé comme on le voit tous les jours au large des côtes italiennes. On ne voit pas comment les USA pourraient aider.

2. D’une progression considérable des forces du terrorisme musulman classique, devant lequel nos Etats se coucheraient paisiblement (voir le livre “La Soumission” d’Houellebecq).Bayrou premier ministre pour organiser la transformation des populations de souche en Dhimmis est un coup de génie. Mais on voit mal monsieur Bayrou demander l’aide militaire des USA en cas de trouble, ni ceux ci l’accorder.

3. D’une «amicale» pression venant de la Russie, nous embarquant dans une jolie guerre des civilisations. Mais eux sont armés et ont vu arriver le coup. Une «reconquistada» Européenne pourra difficilement se produire avec le personnel politique actuel et les institutions Européennes que nous connaissons. Qui plus est, les USA n’aideront en rien un rapprochement avec la Russie, qu’ils perçoivent encore et toujours comme l’ennemi.

En définitive, nous arrivons à la fin d’une époque.J’ai souvent dit et écrit que la durée de vie d’une institution humaine est de 70 ans.La première génération crée les Institutions, la deuxième les entretient, la troisième les exploite à son avantage personnel et donc en détruit la légitimité. L’Europe n’est plus un projet, mais un ramassis de sinécures que le vent de l’histoire va emporter. Qui est prêt à mourir pour l’Europe de Bruxelles? Personne bien sur, et surtout pas monsieur Juncker.

Le Cardinal Lustiger dans son livre d’entretiens « le Choix de Dieu » rédigé avec deux philosophes Wolton et Missika et publié en 1988 avait répondu à la question :”Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe si vous prenez en compte le temps long de l’Eglise ?” de la façon suivante : «L’Eglise a probablement perdu l’Europe comme elle a perdu l’Asie mineure entre le huitième et le douzième siècle. Le continent Chrétien sera certainement l’Amérique et peut être l’Asie… et sans doute plus l’Europe».

Or contre cette volonté de sortir de l’Histoire, l’OTAN ne peut rien.

Espérons que ce Cardinal que j’admirais tant aura tort.

http://institutdeslibertes.org/la-fin-de-la-pax-americana/

ALLEMAGNE (BND): nouveau scandale au sein du renseignement allemand

http://www.ariva.de/1393776116_a620346

Les services de renseignements allemands sont à nouveau dans la tourmente.

Der Spiegel a révélé que le BND a aidé, au moins depuis 2008, la NSA dans ses activités d’espionnage industriel en Europe, outrepassant largement la coopération contre le terrorisme.

Les services de renseignements allemands sont de nouveau au centre d’un scandale. Jeudi, le Spiegel a révélé un nouveau faux pas du BND, qui semble avoir largement outrepassé son mandat. Depuis plus de dix ans, l’agence coopère avec la NSA pour surveiller certaines cibles. Mais ce qui devait être cantonné aux actions antiterroristes s’est étendu à d’autres domaines.

Dans sa quête d’information, le renseignement américain s’est intéressé à des grands groupes industriels sensibles comme EADS ou Eurocopter, à des responsables politiques allemands ou à l’administration français, écrit Der Spiegel, sans donner plus de détails. Selon le journal, le BND l’y a aidé.

Techniquement, la NSA demandait au BND de surveiller certaines adresses électroniques IP ou des numéros de téléphone particuliers. Mais les renseignements allemands n’ont pas cherché à vérifier systématiquement la nature des cibles identifiées par les Américains. Plus de 40.000 données auraient été collectées selon la presse allemande, sans lien avec l’antiterrorisme.
Plus de 40.000 données auraient été collectées

L’affaire a atterri sur le bureau de la chancelière sans attendre. Le porte-parole d’Angela Merkel, Steffen Seibert a critiqué «des manquements techniques et d’organisation» de la part du BND. L’opposition au Bundestag a réclamé la démission du chef des services de renseignements Gerhard Schindler. «C’est trop tôt», temporise cependant un membre de la commission d’enquête au Bundestag sur les écoutes de la NSA. «Il faut en savoir davantage». «Le procureur général va enquêter», a annoncé vendredi le président de la commission, le député Patrick Sensburg. Quoi qu’il en soit, ce nouvel épisode dans le scandale des écoutes de la NSA, qu’Angela Merkel et son gouvernement trainent comme un boulet, ébranle déjà la grande coalition.

Depuis la révélation des écoutes américaines, qui sont allés jusqu’à intercepter les communications de la chancelière, le renseignement allemand est dans la tourmente. Puis, l’année dernière ce sont des affaires d’espionnage par les États-Unis au sein même du BND qui ont été révélés. Quant à la commission d’enquête, elle s’est ensuite plainte du manque de coopération des services de renseignements, qui n’ont pas livré les documents qu’elle avait réclamés. Enfin, en début de semaine, la plus importante plateforme internet du monde, DE-CIX, installée en Allemagne, a décidé de porter plainte contre le BND en «doutant de la légalité» des opérations de surveillance informatique qu’il a menées.

source:http://www.lefigaro.fr/international/2015/04/24/01003-20150424ARTFIG00264-nouveau-scandale-au-sein-du-renseignement-allemand.php

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Et aussi:

L'ancienne station d'écoute de la NSA de Bad Aibling, dans le sud de l'Allemagne. -  AFP PHOTO/CHRISTOF STACHEAirbus aurait été espionné par les services de renseignement allemands pour le compte des Etats-Unis
Mis à jour le 24/04/2015 à 11:49

L’ancienne station d’écoute de la NSA de Bad Aibling, dans le sud de l’Allemagne. 

Ces dernières années, les services de renseignement allemands ont espionné des entreprises, des responsables politiques et des hauts fonctionnaires européens pour le compte des Etats-Unis, a révélé le Spiegel Online, jeudi 23 avril. Parmi ces entreprises, figurerait le groupe aéronautique EADS, renommé Airbus Group l’année dernière.

SOURCE:

L’affaire de la NSA rebondit en Allemagne

PAR NATHALIE VERSIEUX BERLIN/ Le Temps 30/4/2015

L’Allemagne qui se présentait en victime de la NSA collaborait en fait activement à l’espionnage industriel au profit des Etats-Unis L’Allemagne qui se présentait en victime collaborait en fait activement à l’espionnage industriel au profit des Etats-Unis. La chancelière Angela Merkel l’aurait su depuis 2008

Angela Merkel s’est toujours présentée en victime des agissements de la NSA, l’agence de renseignement américaine, qui avait espionné jusqu’à son téléphone portable. «L’espionnage entre amis, ça ne se fait pas», s’était irritée la chancelière en 2013, à l’annonce du scandale NSA. Berlin attendait alors même des excuses de Washington.

Plusieurs révélations de la presse allemande au cours des derniers jours jettent un regard nouveau sur ce scandale. Selon le quotidien Bild Zeitung, qui a eu accès à des documents de la commission d’enquête parlementaire du Bundestag sur les activités de la NSA e Allemagne, la Chancellerie savait depuis 2008 que les Américains se livraient à de l’espionnage industriel en République fédérale. Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, l’Allemagne aurait même activement participé à cette activité puisque le BND, le service du renseignement allemand, alimentait la NSA en informations secrètes. Parmi les victimes de cette coopération germano-américaine, EADS, Eurocopter, des administrations françaises et même un président de la République française, selon le Spiegel. Paris et Berlin assurent «être en contact étroit» pour éclaircir cette affaire.

Petit retour en arrière. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis provoquent une onde de choc en Allemagne, lorsqu’il apparaît que les terroristes ont préparé leur action depuis Hambourg. En 2002, Berlin et Washington négocient un accord de coopération en matière de renseignement, afin de lutter contre le terrorisme. La NSA peut compter sur l’aide du BND et s’engage alors formellement à respecter le droit allemand. Mais la NSA a visiblement abusé de cet accord. Loin de se contenter de demander des informations liées au terrorisme, les Américains multiplient les requêtes, si nombreuses (on parle de plusieurs millions) que les Allemands ne les filtrent plus que de façon automatique. Seuls les numéros de téléphone avec un indicatif allemand et les adresses mails se terminant par .de font l’objet d’un traitement particulier.

Dès 2008, les services allemands commencent à s’étonner de certaines questions américaines, comme celles concernant EADS ou Eurocopter, qui relèvent visiblement plus de l’espionnage industriel que de la lutte antiterroriste. Les deux sociétés produisent des avions de chasse tels que l’Eurofighter, l’avion de transport de troupes A400M, des satellites et des systèmes de défense. La Chancellerie est informée par une note de ces étranges requêtes américaines. A l’époque, le directeur de cabinet d’Angela Merkel est Thomas de Maizière, un proche de la chancelière. Aujourd’hui ministre de l’Intérieur, il se retranche derrière le secret défense pour refuser de répondre à la presse. «On a su pendant des années à la Chancellerie que la NSA tentait d’espionner des sociétés allemandes. Il est improbable et il serait totalement inhabituel que le chef des services de la Chancellerie n’ait pas été informé de tels agissements», a confié à Bild un membre de la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur le scandale. Le quotidien le plus lu d’Allemagne assure avoir eu accès à deux documents envoyés par le BND à la Chancellerie en 2008 et 2010, informant le gouvernement de l’espionnage économique pratiqué par la NSA.

Le dossier est devenu embarrassant pour Angela Merkel. Lorsqu’a éclaté le scandale de la NSA, Berlin était au courant de longue date. Les services allemands ont-ils délibérément espionné leurs partenaires européens ou se sont-ils fait manipuler? Que savait la Chancellerie? Qui de l’entourage direct de la chancelière était au courant, et à partir de quand? Sur la défensive, les services d’Angela Merkel ont évoqué «des déficits techniques et organisationnels au sein du BND». Même le SPD, allié à la CDU au sein de la coalition au pouvoir, s’émeut du scandale. «Apparemment, le BND mène sa vie, et il faut cesser ça», a déclaré le président du parti et ministre de l’Economie, Sigmar Gabriel. Les milieux d’affaires sont choqués. Les relations entre Etat et milieux industriels sont «empoisonnées» par «une rupture de confiance», assure Ulrich Grillo, le président de la fédération allemande de l’industrie BDI, qui réclame un contrôle efficace de l’activité des services de renseignement. Une porte-parole du gouvernement a promis «des changements dans l’organisation du renseignement allemand», mais a rejeté toute discussion sur d’éventuelles sanctions. Le dossier de l’espionnage est particulièrement sensible en Allemagne, où les pratiques de la Stasi à l’égard de la RFA ont provoqué un profond traumatisme dans la classe politique mais aussi dans les milieux d’affaires.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/55f764d4-eea9-11e4-8a43-4ad205b10b56/Laffaire_de_la_NSA_rebondit_en_Allemagne

La fin de l’après-guerre?

28 avril 2015 Par

Deux événements importants viennent de se dérouler en cette fin d’avril 2015 : la formalisation des pays fondateurs de la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (BAII/AIIB), banque crée à l’initiative de la Chine et qui se situe en concurrence avec la Banque Mondiale[1], mais aussi la formalisation du pool des réserves monétaires des BRICS[2]. Ces deux événements indiquent que le monde est en train de sortir du système « post-Bretton Woods », ou d’étalon-Dollar. Leur importance, à moyen comme à long terme peut être considérable. Mais, ces événements indiquent aussi que cette sortie de crise se fera, en réalité, dans une fragmentation du système monétaire international. Il est probable qu’aucun pays ne réussira à étendre son hégémonie sur le système monétaire (et financier) international, comme les Etats-Unis l’ont fait depuis la fin de la seconde guerre mondiale. De ce point de vue, il est hautement symbolique que ces deux événements aient eu lieu en avril 2015, signifiant l’entrée du monde, 70 ans après la victoire contre le nazisme, dans une nouvel ère qui n’est plus «l’après guerre ».

Pour comprendre les enjeux de ce tournant qu’indiquent ces deux événements, il faut donc revenir sur la décomposition du système monétaire international, qui couvre la période 1957-2007. On aura la démonstration, alors, que la dimension politique est à bien des égards décisive et à tout le moins aussi importante que les considérations purement économiques. Les questions monétaires internationales sont devenues le champs clôt des politiques de puissance. 

La décomposition du « système de Bretton Woods ».

Le système que nous connaissons aujourd’hui n’a de fait plus de rapport avec le système de 1944 ou même avec celui que l’on a connu jusqu’en 1958. Les deux évolutions les plus significatives ont été la rupture du lien entre le dollar et l’or et l’abandon du système des taux de change fixes au profit des taux de change flottants. Ces deux évolutions ont signé la mort du système dit « de Bretton Woods » après une période de décomposition de 1958 à 1973. Cette dernière période est d’ailleurs instructive. Elle se déroule dans un contexte d’affrontement entre la France et les États-Unis. L’échec des diverses tentatives françaises d’imposer une logique de réformes du système monétaire international pour le soustraire du bon vouloir des autorités américaines signifiera aussi l’échec des tentatives de rationalisation du système monétaire international qui avaient commencé avec les propositions de Keynes en 1941.

Une première occasion de construire un système régional plus stable et équilibré que le système issu de Bretton Woods fut perdue en 1957, lors de la dissolution de l’Union Européenne des Paiements. En fait, on peut considérer que 1958 marque la date réelle d’application des accords de Bretton Woods. Le retour de tous les pays développés (hors l’URSS et les pays du CAEM) à la convertibilité totale fut, à l’époque, salué comme un progrès alors qu’il ne faisait que mettre en marche la mécanique qui devait inéluctablement conduire à la révélation des limites du système de Bretton Woods. Il faut cependant noter que 1958 est aussi la date du début du conflit franco-américain sur le système monétaire international. Lors de la réunion du FMI qui se tint cette année-là et qui devait entériner l’accroissement des quotes-parts des pays membres, l’administrateur français fut le seul à s’opposer au principe d’une décision prise à la majorité simple ainsi qu’aux mesures devant conduire à la liberté complète des capitaux. 

Le conflit entre la France et les Etats-Unis

La suprématie monétaire américaine fut contestée à partir de la fin des années 1950, non du fait du retour à la convertibilité des monnaies européennes mais en raison de l’évolution de la situation politique et économique. Ceci se traduisit par des tensions sur la parité-or du dollar. Aussi, en 1961, fut constitué le « pool de l’or » qui, avec les États-Unis, devait réguler le prix de l’or pour éviter que la Réserve fédérale américaine soit soumise à des pressions trop fortes[3]. Cependant, dès 1962, la France se prononça à de multiples reprises pour critiquer le système tel qu’il était et demander sa réforme[4]. La gestion du dollar par les États-Unis se mit à poser problème à la même époque du fait de la politique des américains, et en particulier de leur volonté de conduire la guerre du Vietnam sans procéder à des économies dans les programmes sociaux décidés par le successeur de John Kennedy, Lyndon Johnson. Il est certain que la poursuite des objectifs sociaux dits de la « Grande Société » était une condition d’acceptabilité de la guerre, du moins jusqu’en 1968. Dans le même temps, le gouvernement américain évolua, dès 1963, vers une politique de « nationalisme monétaire »[5]. Il décida de se servir de la position particulière et dominante accordée au dollar dans le cadre de Bretton Woods comme instrument de lutte économique face à l’Europe et au Japon.

Le conflit entre la France et les États-Unis se précisa en 1964. La France défendait trois propositions. Il fallait en premier lieu une « discipline collective » pour limiter l’arbitraire américain. Il était ensuite souhaitable de disposer d’une « unité de réserve collective » qui aurait pu prendre la forme d’unités de compte artificielles considérées comme « représentatives » d’une certaine quantité d’or, ces unités devant être utilisées par les banques centrales – une claire réminiscence du bancor proposé par Keynes à partir de 1942-1943. Enfin devait être mis en place un comité restreint de gestion collective, qui dans l’esprit des dirigeants français aurait dû être le « groupe des 10[6] ». Les autorités françaises craignaient que tout groupe plus large de pays ne permette aux États-Unis de compter sur des « clients » qui viendraient par leur voix soutenir Washington. C’est d’ailleurs ce qui s’était passé lors de la conférence de Savannah en 1946. Ces propositions furent combattues par les États-Unis et, à la fin de 1964, il devint clair qu’un compromis était impossible. En février 1965, la France change alors brusquement de position quand le président français, le général de Gaulle, se prononce, pour le retour à l’étalon-or. Cette position, très discutable sur le fond, découle du constat que les États-Unis bloquent alors toute réforme et que l’accroissement de la masse monétaire en dollars rend la convertibilité au taux de 35 dollars l’once intenable. Le conflit devient ouvert. Il conduit la France à se retirer du « pool de l’or » en juin 1967. Le conflit entre la France et les États-Unis va d’ailleurs s’étendre avec la condamnation par la France de la guerre du Vietnam (discours de Phnom Penh) ou la reconnaissance de la République populaire de Chine. 

Une réforme avortée : le projet français de stabilisation des matières premières.

Devant ce conflit et le risque de paralysie des négociations internationales, on chercha à utiliser un instrument du FMI, les « droits de tirage » pour en faire un instrument de liquidité qui supplante le dollar. La proposition fut lancée en 1966 et rencontra alors l’opposition de la France qui craignait de voir cet instrument se transformer en crédit de financement illimité pour le déficit budgétaire américain – alors en pleine expansion. La France fut cependant isolée sur sa position. Elle accepta en 1967 un compromis, proposé par l’Allemagne, qui aboutit à l’accord de Londres en août 1967 par lequel furent créés les « droits de tirage spéciaux » (DTS) dans le cadre du FMI. L’accord de Londres ne mit cependant pas fin au conflit franco-américain. Le retrait de la France du « pool de l’or » en juin 1967 et le fait que le gouvernement français demandait systématiquement le changement de ses avoirs en dollars en or (au cours légal de 35 dollars l’once) indiquait bien que les positions des deux pays étaient très opposées. Pour les États-Unis, les DTS étaient une monnaie synthétique. Ainsi Washington, vingt-trois ans après, reprenait-il la position de Keynes, du moins en apparence. Pour la France, les DTS n’étaient qu’une simple ligne de crédit supplémentaire.

La France cependant ouvrait alors un nouveau front en proposant lors de la même conférence de Rio de Janeiro où l’on discutait des DTS, et à la surprise générale, une résolution sur l’adoption de mesures pour assurer la stabilité du cours des matières premières, qui ne cessent de baisser depuis la fin des années 1950. La France prend ici à revers la position américaine qui entendait refuser aux pays en voie de développement l’accès aux DTS en raison de leur faible solvabilité. La position française consiste alors à demander aux membres du FMI de créer les moyens de renforcer la solvabilité de ces pays par une garantie de leurs ressources d’exportation. On notera que c’était bien une des idées défendues en 1941 par Keynes…Mais, quand on regarde aujourd’hui les fluctuations importantes des matières premières, on ne peut que considérer que la proposition du gouvernement français était en réalité pleine de bon sens. C’est probablement la raison pour laquelle elle ne fut pas adoptée, et ni même soutenus par les pays européens.

La conférence de Rio devait donc se solder sur un demi-échec et la situation financière internationale se dégrada rapidement. Le dollar et la livre sterling furent brutalement attaqués. La livre fut la première à craquer : elle est dévaluée brutalement par rapport à l’or le 18 novembre 1967. Cet événement ne fournit aux États-Unis qu’un répit de quelques mois. 

Le « hold-up » américain sur le système monétaire international.

L’étrange ralliement des autorités américaines aux thèses de Keynes sur la monnaie internationale était uniquement tactique et doit être expliqué. En fait, les États-Unis souhaitaient que les DTS puissent jouer le rôle d’une monnaie parce qu’ils en contrôleraient l’émission comme ils contrôlaient celle du dollar en raison de leur poids dans le FMI, tout en pouvant externaliser vers le DTS le financement de leur déficit budgétaire. Le ralliement à l’idée d’une monnaie synthétique est ainsi purement instrumental, à un moment où les coûts de la guerre du Vietnam explosent[7] et où les programmes sociaux liés à la « Grande Société » du Président Johnson pèsent aussi sur le budget. Le renversement de la position française est sans doute inspiré par la confiance que le général de Gaulle accorde aux thèses de Jacques Rueff. Mais il s’explique avant tout par la volonté des autorités françaises de ne pas laisser le système monétaire international se transformer en pure pompe de financement au profit des États-Unis. La position américaine sur les DTS n’était « keynésienne » qu’en apparence. Keynes avait explicitement précisé que le bancor ne devait pas servir à financer des besoins « structurels ». Aucune des institutions que Keynes souhaitait voir mises en place pour accompagner la naissance de la monnaie synthétique internationale n’est d’ailleurs présente et les États-Unis s’opposent à la mise en œuvre d’un système cohérent. Dans ces conditions, l’opposition de la France aux DTS peut s’analyser comme une ultime tentative afin d’éviter que les États-Unis ne réalisent un « hold-up » sur le système monétaire international.

Utilisant le dollar pour financer leurs énormes dépenses liées à la Guerre du Vietnam et à la course aux armements contre l’URSS, les États-Unis ne pouvaient plus garantir le lien entre le dollar et l’or. La convertibilité-or du dollar dut être limitée en mars 1968. Les autorités américaines suspendirent unilatéralement cette convertibilité le 15 août 1971, ce qui représentait de fait un défaut de la part des États-Unis dans la mesure où la monnaie est une dette et que la contrepartie du dollar était supposée être de l’or. Cette décision transformait de fait le système monétaire international en pur « système dollar » sans qu’aucun contrôle ne s’exerce plus sur les États-Unis. 

Le système « post-Bretton Woods »

Les taux de change, qui étaient normalement fixés – mais révisables – furent progressivement abandonnés au marché lors de la conférence de la Jamaïque en 1973. Le passage aux taux de change flottants, qui est cohérent avec les progrès de l’idéologie monétariste et néo-libérale, a induit les très brutales fluctuations que l’on a connues depuis la fin des années 1970 et la nature de plus en plus spéculative du système, et ce jusqu’à la crise actuelle[8]. En fait, depuis 1973, nous sommes entrés dans un système « post-Bretton Woods », qui peut s’analyser comme une forme dégénérée d’étalon-Dollar. C’est ce système qui est en crise depuis en réalité 1997. Cette crise n’est pas un simple cycle, un moment banal de difficultés passagères comme l’ont prétendu nombre d’économistes soi-disant avisés, tel Alan Greenspan[9], avant de se contredire et de la qualifier de « plus importante crise depuis un siècle ». Cette crise est bien structurelle.

Elle correspond alors à un moment que la théorie régulationniste qualifie de « grande crise », soit la rupture d’un ensemble ayant acquis une cohérence dynamique et qui, à un moment donné, perd cette cohérence et se défait. On doit noter que cette crise a suscité, de 1997 à 2008, des stratégies qui ont conduit à la crise actuelle en fragilisant encore plus le système monétaire international. L’importance de la crise de 1997-1999 n’avait pas été suffisante pour que l’on mette en place des solutions structurelles, et ceci essentiellement pour des raisons politiques[10]. En fait, les Etats-Unis bloquaient toute approche globale d’une possible réforme du système monétaire international, et les pays européens, empêtrés dans l’Euro, n’ont pas été capables de faire entendre leurs voix. On mesure ici les effets politiques extrêmement néfastes de l’Euro au niveau mondial. L’Euro a stérilisé les capacités de propositions de pays comme la France ou l’Allemagne. Dans le même temps, l’Euro s’est avéré incapable de concurrencer le Dollar, que ce soit comme monnaie de réserve ou comme monnaie de transactions financières, domaine ou il est même supplanté actuellement par le Yuan. Une autre conséquence de cette crise a été la renaissance des politiques de contrôle des changes en Malaisie et en Russie[11]. La décision de la Chine de résister aux pressions américaines pour l’inciter à procéder à une extension de la convertibilité du yuan, décision dont la sagesse est aujourd’hui évidente, en découle aussi. Se trouve ainsi validée l’idée de Keynes selon laquelle le contrôle sur les capitaux et les changes est une condition nécessaire pour garder un espace de liberté vis-à-vis des politiques économiques internes et, de ce fait, un élément de stabilité des trajectoires économiques. On doit noter que la question du contrôle des changes et sur les mouvements de capitaux constitue un enjeu immédiat du conflit entre les gouvernements qui veulent recourir à de tels mécanismes et les États-Unis[12]. La défense de la souveraineté économique des États n’est pas compatible avec les objectifs de la politique américaine. Robert Wade, qui a été l’un des grands spécialistes des stratégies industrialistes des pays asiatiques[13], identifie ainsi la question du contrôle sur les mouvements des capitaux aux conflits à venir entre les États-Unis et les pays souhaitant conserver la souveraineté de leur politique économique[14]

Les stratégies de défense des pays émergents.

Ceci a convaincu de très nombreux pays que leur salut passait dans l’accumulation de réserves de devises considérables. Pour constituer ces réserves, qu’un système monétaire international efficient tel qu’il avait été pensé par Keynes aurait rendues inutiles, ces pays ont développé des stratégies de prédation du commerce international. Ces stratégies ont, à leur tour, déséquilibré les pays développés par les effets de déflation salariale qu’elles induisaient. La crise de l’endettement des ménages américains, mais aussi britanniques et espagnols, qui est à l’origine de la crise financière actuelle, en est issue. On voit ainsi se constituer un cercle vicieux du désordre monétaire international[15]. Il incite les pays à des politiques de protection car il est porteur d’instabilités très dangereuses. Mais les politiques de protection mises en œuvre accroissent le désordre et donc les instabilités. C’était exactement le type de cercle vicieux que Keynes espérait éviter en combinant les principes de son « union monétaire » avec des taux de change fixes et révisables, le rôle dubancor, les règles commerciales et le contrôle sur les capitaux afin de redonner aux différents pays les moyens d’une véritable souveraineté de politique économique qui ne soit pas déstabilisatrice pour le voisin 

Vers un nouveau système ?

C’est donc pour tenter de sortir de mettre fin à cette crise, que la Chine et les BRICS ont pris les initiatives que l’on a mentionnées. Le « pool » de réserves monétaires, qui est une initiative purement « BRICS » vise à se substituer au FMI dans la gestion de crises de liquidités et de crises de change au sein des pays émergents. Dans ce « pool », la part de la Chine se montera à 41 milliards, les parts de la Russie, de l’Inde et du Brésil à 18 milliards de dollars pour chacun de ces pays et la part de l’Afrique du Sud sera de 5 milliards. Le montant total sera donc de 100 milliards de dollars, auxquels il faut ajouter les capacités d’emprunt de ce « pool ». La BAII va mobiliser des sommes équivalentes, mais qui seront plus spécifiquement destinées à financer des investissements en infrastructures. Bien entendu, les projets d’intégration de systèmes ferroviaires dans le cadre de l’Union Eurasienne, c’est à dire l’intégration et la modernisation des chemins de fer chinois, russes, kazakhes et du Belarus pourraient être les principaux bénéficiaires des prêts que réalisera la BAII[16].

Il faut noter que si les Etats-Unis et le Japon s’opposent à la BAII, les pays européens s’y sont ralliés[17]. De fait, la constitution de la BAII symbolise un relatif isolement des Etats-Unis. Washington avait en effet critiqué ouvertement la BAII, avant de mettre une relative sourdine à ses critiques. Il est clair, en effet, que la nouvelle institution est une affirmation de la puissance économique de la Chine, de sa montée d’influence en Asie et plus généralement dans le monde. Surtout, elle montre sa capacité à fédérer les pays et les pouvoirs à ses côtés, et ce bien au-delà de seul cercle des pays émergents ou de ses alliés naturels comme la Russie. De ce point de vue, la BAII mais aussi la constitution du « pool » de réserves monétaires des BRICS, dans lequel la Chine a aussi un rôle majeur, signe l’arrêt de mort des ambitions que pouvait entretenir la Russie de voir le rouble se constituer en monnaie de réserve régionale. Ces deux événements indiquent qu’un nouveau partage des rôles dans le cadre d’une alliance anti-américaine est en train d’émerger, la Chine assurant l’aspect monétaire et financier tandis que la Russie en assure la dimension de contrôle d’une partie des flux énergétiques ainsi que la dimension directement militaire. Les livraisons des missiles Sol-Air S-400 à la Chine et S-300 à l’Iran confirment ce positionnement.

Le nouvel établissement financier est donc de nature à concurrencer à la fois la Banque mondiale sous influence américaine et également la Banque asiatique de développement (BAD) qui est actuellement dominée par le Japon et les Etats-Unis. Dans ce jeu de pouvoirs des institutions internationales, Washington n’est pas parvenu cristalliser l’intérêt pour son alliance anti-BAII, et ce simple fait indique l’ampleur de la perte d’influence provoquée par l’initiative chinoise. 

Ce sont donc des pas importants dans la définition de ce que pourrait être le monde du XXIè siècle. Mais, la puissance financière des Etats-Unis reste redoutable, et l’on peut penser que ce pays mettra tout en œuvre pour conserver, même de manière résiduelle, sa prééminence monétaire et financière. On doit donc s’attendre à des perturbations importantes dans le domaine monétaire international. On remarquera que l’Europe, à cause de l’Euro et de ses problèmes, se condamne à être spectatrice de l’affrontement qui vient. C’est là une autre, et souvent ignorée, influence pernicieuse de la monnaie unique.

 Notes

[1] http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/04/17/20002-20150417ARTFIG00363-cette-banque-chinoise-qui-veut-concurrencer-la-banque-mondiale.php

[2] Garibov K., « La Russie a adhéré officiellement au pool de réserves monétaires des BRICS », texte posté sur SPUTNIK le 27 avril 2015, http://fr.sputniknews.com/opinion/20150427/1015850582.html

[3] Autour des États-Unis, on comptait le Royaume-Uni, la Suisse, la France, l’Italie, la RFA, la Belgique et les Pays-Bas.

[4] La première intervention date ici de 1962. On a souvent prétendu que le gouvernement français s’était rallié aux positions de Jacques Rueff, qui souhaitait un retour au Gold Exchange Standard. Ceci n’est pas entièrement exact, même si des déclarations ont pu le laisser entendre. En fait, la position officiellement défendue par la France consistait simplement à souligner que le dollar ne pouvait pas être à la fois le pivot du système de par sa relation à l’or et l’instrument de la politique économique américaine. Il faudra attendre 1965 pour que la France mentionne officiellement une préférence pour l’étalon-or.

[5] Voir J. S. Odell, U. S. International Monetary Policy, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1982.

[6] La composition de ce « groupe » correspondait à celle de l’Union générale d’emprunt, constituée en 1962, soit les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Suède, la France, l’Italie, la RFA, la Belgique et les Pays-Bas.

[7] Depuis les combats de la vallée d’Ia Drang en 1965, les troupes américaines sont confrontées à des batailles de plus en plus violentes, impliquant des unités régulières de l’armée de la République démocratique du Vietnam (RDVN). L’année 1967 voit une bataille indécise autour de la base américaine de Khe Sanh, à la limite de la zone démilitarisée entre Sud-Vietnam et Nord-Vietnam, qui menace à plusieurs reprises de tourner au désastre.

[8] Maurice Allais, revenu de son credo libéral, avait identifié les taux de change flottants comme un facteur de risque induisant, par protection, le développement de nouveaux produits financiers, qui conduisit à leur tour à une nouvelle dissémination des risques, et ce jusqu’au risque systémique. Voir M. Allais, La Crise mondiale d’aujourd’hui, Clément Juglar, 1999.

[9] A. Greenspan, « The Roots of the Mortgage Crisis », The Wall Street Journal, 12 décembre 2007. Notons que Jean-Claude Trichet défendit à la même époque une sottise similaire, affirmant que cycles et crises étaient des moments inévitables des économies capitalistes et oubliant ainsi la période allant de 1945 à 1985.

[10] Voir H.-J. Chang, J. G. Palma, H. Whittaker, Financial Liberalisation and the Asian Crisis, Londres, Palgrave, 2001.

[11] Voir R. Rajan, « Sands in Wheels of International Finance: Revisiting the Debate in Light of the East Asian Mayem », Institute of Policy Studies Working Paper, Singapore, avril 1999 ; V. N. Mel’nikov, « Voprosy valyutnogo regulirovaniya i valyutnogo kontrolya v period finansovogo krizisa », Den’gi i Kredit, n° 12, décembre 1998, p. 36-42 ; J. Sapir, « Currency and Capital: Controls in Russia – Why and How to Implement Them Now », Studies on Russian Economic Development, vol. 11, n° 6, 2000, p. 606-620.

[12] Voir B. J. Cohen, « Contrôle des capitaux : pourquoi les gouvernements hésitent-ils ? », Revue économique, vol. 52, n° 2, mars 2001, p. 207-232.

[13] Il faut ici citer son remarquable ouvrage R. Wade, Governing the Market. Economic Theory and the Role of Government in East Asian Industrialization, Princeton (N. J.), Princeton University Press, 1990.

[14] R. Wade, « The Coming Fight Over Capital Controls », Foreign Policy, vol. 113, hiver 1998/1999, p. 41-54.

[15] Voir J. Bibow, « The International Monetary (Non)-Order and the “Global Capital Flows Paradox” »,Levy Economics Institute Working Paper, n° 531, Annandale-on-Hudson (N. Y.), Bard College, avril 2008.

[16] http://fr.sputniknews.com/analyse/20150419/1015723857.html

[17] http://www.boursier.com/actualites/economie/banque-pourquoi-la-creation-de-l-aiib-suscite-tellement-d-interet-27535.html

http://russeurope.hypotheses.org/3762

Xavier Moreau : « Dans l’affaire des Mistral, la France s’est auto-sanctionnée »

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Une analyse intéressante de Xavier Moreau sur la crise ukrainienne, avec cette amusante métaphore concernant notre « partenaire » américain : « Un singe avec une grenade dégoupillée dans la main »OD

(TV Libertés, 27 avril 2015)

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/04/30/xavier-moreau-dans-laffaire-des-mistral-la-france-sest-auto-sanctionnee/

La France doit payer plus d’un milliard d’euros à la Russie – quel gâchis!*


The Saker
The Saker

Par le Saker original – le 26 avril 2015 – Sourcethesaker.is

Irréel.  Mais vrai.  Il semble que la France ne livrera vraiment pas les Mistrals à la Russie et paiera €1.1 Md en remboursements et amendes… J’étais quasiment sûr que tout ceci était du bluff et que les Français les livreraient quelques semaines après avoir déclaré qu’ils ne le feraient pas.  Je ne pouvais même pas imaginer que le gouvernement Hollande serait stupide jusqu’au bout. Mais alors, il n’est pas le seul.

Dans ce cas, tout l’Empire fait quelque chose d’extraordinairement stupide.

Mettons de côté les aspects économiques, qui sont assez clairs pour tout le monde. Considérons cette décision d’un point de vue militaire.

Commençons par rappeler que cette décision de fournir des Mistrals était une décision politique, à laquelle beaucoup de commandants de la Marine russe, peut-être la plupart, étaient opposés. Bien entendu, il n’y a rien de mauvais dans les Mistrals, ce sont de superbes navires, avec de grandes capacités. La question est qu’ils ne sont pas bien adaptés aux conditions russes, à l’exception de la mer Noire. Le projet était d’envoyer l’un d’eux dans la flotte du Pacifique pour fournir une projection de sa capacité de puissance sur ses zones littorales.  Il y avait des rumeurs affirmant que le second irait à la Flotte de la mer Noire.  Dans le premier cas, cela aurait aussi nécessité un grand nombre de modifications coûteuses [adaptation aux conditions climatiques, NdT]. Dans le second cas, cela aurait été plus facile, mais souvenez-vous que ces navires avaient été commandés lorsque la Crimée était encore aux mains ukrainiennes. Maintenant, avec le retour de la Crimée sous souveraineté russe, la Russiepossède militairement la mer Noire, donc l’ajout d’un Mistral «c’est bien de l’avoir», mais rien de plus.  Je note ici que les ports russes (les docks) ne sont pas adaptés à cette sorte de navire et que les modifier aurait aussi exigé d’énormes investissements.

L’un des arguments les plus puissants en faveur des Mistrals était que les chantiers navals russes n’avaient tout simplement pas le temps ni les capacités de livrer des navires aussi évolués et aussi rapidement que la France. Donc ces navires ont été commandés, d’abord et surtout comme un élément de la stratégie de Medvedev et de ses intégrationnistes atlantistes, dans le but de nouer des liens politiques, économiques, technologiques et militaires plus solides avec l’Occident et, ensuite, comme une mesure pour combler le handicap technologique (très controversée).

Mais, de même que les sanctions économiques de l’Occident se sont révélées être une bénédiction pour l’agriculture russe et une incitation puissante à réformer l’économie, le fait que les Mistrals ne soient pas livrés sera une bénédiction absolue pour la Marine russe, qui va maintenant recevoir €1.1 Md pour construire le navire qu’elle veut!  Et vous pouvez être absolument sûrs que les Russes ont maintenant les plans complets et des schémas pour chaque vis du Mistral et les docks qui les ont construits, et que les navires que la Russie construira maintenant seront semblables, mais beaucoup mieux adaptés aux besoins russes que les originaux.

Ka 52 Russe

Je ferai crédit à Hollande sur un point: s’il avait essayé de ne pas rembourser la Russie et si la Russie avait été contrainte d’aller au tribunal pendant de nombreuses années, cela aurait nui encore plus à la réputation de la France. Mais déjà, la perte est énorme pour la France. Je suis aussi désolé pour les gens qui ont construit ces superbes navires et qui ne les verront pas naviguer sous pavillon russe parce que, indépendamment de tous les arguments économiques et militaires contre la commande des Mistral, cela aurait été vraiment impressionnant de les voir avec des Ka-52 sur le pont.

The Saker

* En français dans le texte original

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone  

http://lesakerfrancophone.net/la-france-doit-payer-plus-dun-milliard-deuros-a-la-russie-quel-gachis/

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4 réponses »

  1. J’apprécie les papiers de Charles Gave mais j’y trouve toujours une outrance et un manque d’objectivité qui discréditent le tout. Gave a raison d’affirmer que les problèmes sécuritaires européens risquent de venir :

    « D’une invasion de nécessiteux, en provenance d’Afrique, créée de toutes pièces par les puissants génies tels BHL ou Sarkozy. »

    Mais Faire un papier dithyrambique sur les Etats-Unis en mettant en lumière leur vertu et leur clairvoyance face à la molle et aveugle Europe tout en faisant mine d’ignorer que ces problèmes, n’ont été qu’aggravés par le tandem Sarko-BHL mais trouvent leur véritable origine dans la déstabilisation et le « bordel » mis en Irak par les américains à compter de 2003 est d’autant moins honnête que les européens ou tout du moins les français avaient mis en garde avec précision de ce qui allaient arriver. L’amnésie de Gave ternit d’autant plus son papier qu’il se réfère en introduction à l’Histoire.

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  2. L’OTAN est un double langage. 1) il interdit aux européens de se faire la guerre sans l’aval des USA. 2) il permet aux USA d’avoir un important contrôle militaire et économique sur l’Europe. 3) Les USA serait bien seul entre l’océan pacifique et atlantique. L’Europe leur est donc nécessaire D’un point de vue géostratégique et économique  » il ne faut pas oublier que la terre, c’est 3 grand espace, Amérique, Afrique et Europe-Russie-Asie ». Quand a l’argument voulant que les USA soit bien gentil de s’occuper du moyen orient alors qu’il n’ont pas besoin de son pétrole me semble vraiment farfelue. Puisque sans les pétro dollar du moyen orient payer par les européens le dollar n’aurait pas pu s’imposer mondialement.
    Donc ! tenter de faire croire que les USA fasse acte de bienveillance envers l’Europe en prenant en charge sa défense me semble un peut fantaisiste pour ne pas dire naïf. Si les USA dépensent beaucoup d’argent dans l’OTAN se n’est surement pas pour les beaux yeux de l’Europe, mais bien parce que cette Europe leur est indispensable. Arguer du contraire reviendrais donc a laisser croire que l’ultra-libéralisme US soit une forme de politique caritative qui prends en charge la défense de l’Europe sans y trouver un intérêt majeur. Si l’idée de base de l’OTAN était peut être réellement une volonté de protéger les intérêts de l’Europe contre une possible invasion russe. Il y a longtemps que cette idée est dépassé.
    La chose la plus stupide qu’un état ou une personne puisse faire me semble bien être de mettre sa protection dans les mains d’une tierce personne. Pour être libre il faut avant tout être capable se pouvoir se protéger soit même. Cela me semble valable aussi bien sur le plan stratégique qu’économique. Se regrouper a plusieurs n’est pas une mauvaise idée a condition qu’aucun des associés ne soit supérieur en force. Il faut relire Machiavel ……

    M’enfin il semble que je soit régulièrement en désacord avec les analyses de Monsieur Charles Gave. Il est fin dans la propagande mais son argumentation reste très superficiel, il ne gratte jamais en profondeur. M’enfin c’est compréhensible pour un personnage qui dépends entièrement des fonds US pour faire tourner ses affaires.

    Désolé pour cette réponse direct.

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