Art de la guerre monétaire et économique

Le pari grec de François Hollande

Le pari grec de François Hollande

PAR RICHARD WERLY PARIS/ Le Temps 11/7/15

Le président français cherche, en aidant la Grèce, à doper sa stature politique de grand Européen et à éviter d’irriter les marchés financiers, toujours inquiets des timides réformes hexagonales

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Mercredi 8 juillet, au Ministère français des finances. Devant quelques journalistes conviés pour évoquer le «dossier grec», les conseillers du ministre Michel Sapin font la liste des «leviers» que le gouvernement d’Alexis Tsipras peut encore activer, afin de satisfaire l’Eurogroupe. La fiscalité, les dépenses de défense, l’âge des retraites… Les équipes de Bercy, à l’évidence, ont fait leurs calculs. La présence, au sein des équipes basées à Athènes, de la défunte «troïka» communautaire de plusieurs experts français – dont un pour la réforme fiscale et un autre pour les privatisations – a permis aux experts de Bercy de se familiariser avec les statistiques helléniques. «L’administration grecque savait sur quels boutons appuyer pour obtenir, en deux jours, un document acceptable par l’Eurogroupe», estime un diplomate.

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Cette assistance technique, doublée selon Le Monde par l’envoi ces derniers jours de hauts fonctionnaires du Trésor français à Athènes pour boucler les ultimes tractations, n’est toutefois que la partie émergée d’une manœuvre politique à double objectif: éviter un Grexit, une sortie de la Grèce de la monnaie unique, aux conséquences incalculables pour l’UE et… la France; et positionner François Hollande, seul chef d’Etat social-démocrate de la zone euro, comme le «parrain» d’un accord. «Tsipras le rebelle, acculé à quitter la monnaie unique, ferait exploser la gauche française. Les frondeurs du Parti socialiste auraient aussitôt pris sa défense, prédit un conseiller du premier secrétaire du PS Français, Jean-Christophe Cambadélis, lui-même d’origine grecque. A l’inverse, Tsipras l’Européen, ramené à la raison et autorisé à rester dans l’euro, est un atout pour l’Elysée. La ligne «sociale libérale» de Manuel Valls est ainsi pondérée.

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L’équation allemande

La France a une autre bonne raison de vouloir un accord avec la Grèce, même si personne n’a d’illusions, à Paris, sur le fait que la facture d’un éventuel redressement hellénique sera astronomique: plus le Grexit serait devenu réalité, plus les marchés financiers seraient redevenus nerveux et tentés de différencier la dette française et la dette allemande, dont les taux d’intérêt sont aujourd’hui presque similaires, malgré un endettement hexagonal record en ce début 2015 (2089,4 milliards d’euros, soit 97,5% du PIB, en hausse de 4,5% sur un an). Le «pari grec» de François Hollande, justifié au nom de la philhellénie de l’Hexagone, est donc aussi imposé par les circonstances.

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Reste l’ultime partie de l’équation: la capacité de Paris à convaincre Berlin, à imaginer un mécanisme européen de contrôle des réformes grecques et à arracher surtout à Angela Merkel ce dont Alexis Tsipras a le plus besoin, une promesse de restructuration de la dette. Or là, le gouvernement grec risque de devoir jouer sur les mots. Le seul terme utilisé à Paris est «reprofilage». «Je peux vous le dire en anglais: reprofiling, souligne un haut responsable français. Pas de coupes, pas d’abandon de créances. Les Allemands veulent que les Grecs promettent de tout payer.»

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Schauble maintient sa tactique, il veut par un coup de billard relancer et redonner vie au Pacte de Stabilité écorné par les Français et la Grèce est la boule qu’il utilise pour frapper.

On comprend mieux à la lueur de cette interprétation le volontarisme un peu étonnant de Hollande: il sait que c’est lui qui est visé. François Hollande, qui s’est investi personnellement pour faire aboutir les négociations, avait salué vendredi le paquet de réformes déposé par la Grèce, à laquelle Paris a prêté une assistance technique et politique pour leur élaboration. A fleurets mouchetés c’est bien d’un combat France-Allemagne qu’il s’agit.

«Les discussions doivent reprendre avec la volonté de conclure», a affirmé vendredi François Hollande. qui compte, pour aboutir, sur le couperet du calendrier. Après avoir brandi d’emblée le Grexit pour éteindre l’incendie grec, les Européens n’oseront pas, selon lui, laisser le feu couver durant l’été.

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EN BANDE SON :  

5 réponses »

  1. Pour compléter le tableau à fin 2014
    Déficit : 85.6 Milliards €
    Dette : 2037,8 Milliards €
    Revenu disponible par habitant : 20 242€
    Dette par habitant : 30 731€
    Taux chômage : 10.4%
    Revenu disponible par habitant – dette : -10 489€

    Mais à part ça, tout va très bien…

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  2. Merci pour cet article intéressant mais je ne comprends toujours pas quel est l’intérêt réel d’Hollandouille le gavno : les frondeurs du PS ne pèsent quand même pas lourds donc je ne vois pas pourquoi il prend le risque de nous brouiller avec l’Allemagne plus une dizaine de pays en Europe.

    De plus, donner 80 milliards d’Euros en plus (qui ne seront pas remboursés comme les 250 milliards « prêtés » en 2010) va accélérer notre ruine et donc notre banqueroute.

    Sur ces 250 milliards d’euros, nous payons des intérêts (car nous les avons empruntés comme les autres Européens puisque nous ne les avions pas), alors que les Grecs ne payent pas leurs intérêts puisqu’il faut que nous leur ajoutions 20 à 30 milliards PAR AN (les 80 milliards sont pour seulement 3 ans, 2015 à 2017) pour qu’ils payent leurs intérêts. Et à l’échéance, nous devons réemprunter ces 250 milliards puisque les Grecs ne pourront pas les emprunter eux-mêmes (pour nous rembourser), donc nous continuerons à payer les intérêts (probablement à des taux plus élevés) pendant encore des dizaines d’années.

    Donc non je ne comprends pas pourquoi Hollandouille le gavno veut à tout prix refournir 80 milliards d’euros à la Grèce (la part de la France est de 20%). Si vous avez les explications, je suis intéressé.

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  3. J(espère que Tsipras sait que qu’être aidé par Hollande c’est la propédeutique de l’enfer. Ce type est dangereux. Mieux vaut un ennemi bien caricatural comme Wolfgang Schäuble qu’un ami comme Hollande…

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