Art de la guerre monétaire et économique

L’Edito du Lundi 1er Septembre 2015 : A propos des millénaristes, Octobre approche , le besoin de destruction montre son nez Par Bruno Bertez

L’Edito du 1er Septembre 2015 : A propos des millénaristes, Octobre approche , le besoin de destruction montre son nez Par Bruno Bertez

Octobre sera bientôt là, et avec lui son cortège de mauvais souvenirs. Octobre, en tant que mois boursier, a mauvaise réputation.

Cette année, les craintes magiques du calendrier sont renforcées, sinon justifiées, par la dislocation en cours sur les marchés financiers.

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Nous sommes dans une sorte de phase finale de la bulle, ou si on veut, de la Grande Expérience Monétaire, The Great Experiment. Le Système, au sens de Système de John Law, hoquette, bafouille, se fissure.

Phase finale est à prendre dans deux sens différents :

  • 1 -le premier c’est la tentative des autorités monétaires du Centre de risquer une normalisation, de tourner une page ; nous disons tentative car il n’est pas sûr qu’elles réussissent à le faire, les marché s’y opposent, conscients qu’ils sont, eux, de leur propre fragilité.
  • 2 – le second c’est l’éclatement de la bulle. Vous savez que c’est ainsi que nous qualifions ce qui se passe aux périphéries, chez les Emergents et bien sur à la périphérie du Centre, c’est à dire en Chine. L’argent des « printing » y a fait un crédit bullaire et ce crédit provoque ses conséquences habituelles à savoir ralentissement de la croissance, besoin de plus de crédit, fuite en avant, hyper bulle, laquelle en éclatant vient en retour re-affaiblir la croissance.

Le segment important, dans la séquence finale que nous schématisons, c’est le besoin accéléré de plus en plus de crédit pour faire tenir la bicyclette. On ne comprend pas le processus du cycle des bulles et du crédit si on n’admet pas que le besoin est sans cesse croissant. L’excès appelle l’excès alors que les conditions deviennent de plus en plus difficiles et que le rendement des excès diminue sans cesse. C’est cette mécanique qui garantit la validité de nos pronostics funestes, c’est à dire l’explosion ou l’implosion finale. Car les deux sont équiprobables .

Nous rappelons pour ceux qui ne nous suivent pas depuis longtemps, que la théorie économique qui nous sert de cadre analytique est celle de Minsky complétée par les travaux de Steve Keen. Ces théories attachent la plus grande importance au cycle du crédit et aux enchainements du crédit spéculatif de plus en plus pourri, de moins en moins productif. Ces théories récusent l ‘idée de la neutralité de la monnaie et du rôle des banques, elle affirme que les banques ne sont pas de simples intermédiaires et que la théorie classique des « loanables funds » est une escroquerie. La thèse de Steve Keen a été validée par les travaux de recherche de la Bank of England et ce ceci a été publié dans le Quarterly Bulletin de Q1 de la BOE en 2014. Accessoirement notre cadre analytique emprunte au marxisme la thèse de la sur-accumulation et de l’écart croissant entre la masse de capital productif et fictif accumulés et la masse de revenus et cash flows disponibles pour les servir et les honorer (mettre en valeur).

Il ne fait aucun doute, depuis 2008, l’économie ne tourne pas rond.

Il suffit de se reporter à l’actif aux tendances en matière de croissance réelle, de dépenses en capital productif, en matière d’emploi et au passif aux tendances à l’hypertrophie des déficits, des stocks de dettes, des promesses en tous genres.

La crise est une crise de bilan du système, trop peu d’actif pour un passif qui ne cesse de s’hypertrophier et que l’on cherche sans cesse à inflater au lieu de chercher à le réduire.

La crise ne se voit pas clairement car le passif, est caché, les citoyens ne le touchent pas du doigt, non, ils ne voient que l’actif et ils croient que c’est au sein de l’actif que gît la crise. Les causes sont là ou on ne les voit pas, au passif.

Et le passif, c’est le royaume des Maîtres, ils savent qu’il existe et qu’il exerce sa tyrannie. Sa tyrannie qui fonde la leur..

Et ils font semblant de gérer, au niveau des actifs, en se gardant bien d’évoquer l’existence même de passifs, c’est le grand secret, secret qui est efficace parce non-su, non-révélé. Varoufakis est mort politiquement parce qu’il a levé le voile et essayé d’attirer le regard sur le passif.

Le passif, c’est le mort, c’est lui qui commande, et c’est lui qui, dans nos systèmes dicte sa loi au vif. Voila ce qu’il ne faut ni révéler ni aborder. Le Sacré doit rester non-nommé. Une tyrannie ne subsiste que parce que l’on n’a pas de prise sur elle et comment avoir prise sur ce qui n’est même pas nommé : la masse de droits enserrés dans la dette..

Les politiciens et banquiers Centraux n’ont cessé d’annoncer « le bonheur c’est pour demain », sous toute les formes, à commencer par les « Green Shoots » jusqu’aux tentatives de Taper et de Normalisation. Car, ne vous y trompez pas la fonction de la tentative de normalisation est de faire croire que nous sommes sortis d’affaire. Dudley l’a dit il y a quelques semaines, « ce que nous voudrions c’est que les marchés montent et saluent la première hausse des taux car ce serait le signe que nous avons réussi »..

Non, les green Shoots ne prennent pas racine, et ce n’est pas une question de climat, c’est une question mathématique : trop de dettes et de promesses intenables, un édifice qui ne tient que par l’arrosage de liquidités gratuites sur une terre qui a cessé d’être fertile. Un édifice qui maintenant est le mal lui même, par sa fragilité. Le mal, la maladie, c’est l’accumulation des remèdes eux même, la pyramide qu’ils ont élevé, sur la pointe.

Le système est de plus en plus gourmand, la dette est nécessaire pour lutter contre l’insuffisance de la demande, mais le stock de dettes enfle les passifs et fait bulle tous azimuts, sous toutes les formes, sous toutes les latitudes. Il en faut toujours plus. C’est l’enseignement caricatural de ce qui se passe en Chine, isomorphe de ce qui se passera dans les pays occidentaux de façon plus ou moins soft.

Le reset, car c’est de cela qu’il s’agit en ce moment, d’une tentative de reset, à laquelle les autorités Chinoises tentent de s’opposer, le reset, disons nous, peut être soit subi, chaotique, soit piloté, on a encore le choix. La destruction en tant que besoin du Système est une donnée, c’est une Nécessité mais sa forme, est encore à choisir, on n’ pas atteint un stade ou il n’y a plus qu’à subir, on peut actionner les freins, les amortisseurs et piloter cette destruction. Mais encore faut admettre son absolue Nécessité. Le choix est entre une forme de destruction, euthanasie des promesses passées que l’on ne peut tenir et une destruction subie, non volontaire, certainement explosive socialement. Appelez tout cela comme vous voulez, moratoire, jubilées, défauts, faillites, effondrement économique, hyperinflation, destruction de la monnaie, confiscations, tout cela, ce sera la fonction systémique de destruction dans ses œuvres.

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BRUNO BERTEZ Le 01/09/15

illustrations et mise en page by THE WOLF

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10 réponses »

  1. « Le passif, c’est le mort, c’est lui qui commande, et c’est lui qui, dans nos systèmes dicte sa loi au vif. Voila ce qu’il ne faut ni révéler ni aborder. Le Sacré doit rester non-nommé. Une tyrannie ne subsiste que parce que l’on n’a pas de prise sur elle et comment avoir prise sur ce qui n’est même pas nommé : la masse de droits enserrés dans la dette.. »

    Excellent ! Bravo.

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  2. « L’excès appelle l’excès alors que les conditions deviennent de plus en plus difficiles et que le rendement des excès diminue sans cesse. »
    Situation qui est par analogie transcriptible dans le domaine de la fiscalité avec le concept de la « courbe de Laffer ». Concept de nouveau correspondant avec celui de la « reine rouge » qui postule que toute évolution positive dans un domaine engendre sa contre-partie négative, si bien que l’énergie (physique, intellectuelle et émotionnelle) croit à mesure que les effets recherchés décroissent… c’est le syndrome de l’entropie puisque la croissance des « gains » augmente, fléchie puis diminue ; ce qui se traduit par : « plus vite nous dissipons l’énergie, plus vite nous courrons à notre perte » (Rodier).
    Dans les 2 cas (Laffer/Rodier) nous obtenons, dynamiquement, une « ascendance » , une phase « homéostasique » puis un « chute ». Il reste que l’Humain, bien entendus, dispose du savoir nécessaire et de cette capacité, qui lui est propre –le concours de la réflexivité cognitive-, de décider consciemment de son avenir et du sacrifice de certaines habitudes (qui s’avèrent mauvaises en soi) pour de nouvelles qui n’hypothèquent pas son avenir.
    « la théorie économique qui nous sert de cadre analytique est celle de Minsky complétée par les travaux de Steve Keen. Ces théories attachent la plus grande importance au cycle du crédit et aux enchainements du crédit spéculatif de plus en plus pourri, de moins en moins productif. »
    Exemple parfait d’un système/logiciel à vocation entropique : on développe des instruments financiers initialement utiles à tous mais qui par « force décroissante de leur rendement » dans le temps, oblige, en quelque sorte, les opérateurs à s’adapter aux changements en « innovant » afin au mieux de « gagner plus », dans un 1er temps, et au pire, par la suite, de conserver un niveau de rentabilité acceptable… le problème est que ces innovations financières sont des procédés intrinsèquement « dégénérés » qui induisent un horizon conséquemment sombre pour leur formulation dans le reel et in extenso pour l’environnement dans lequel les échanges s’opérationnalisent. Nous avons donc affaire à un « cycle générationnel » du crédit à la fois sous le coup d’une ontologie/éthique conduisant ces fameuses affaires, mais aussi d’un système ad-hoc sensé le représenté ( organisationnel/organique véhiculant les informations/constituants).
    Ce qui illustre mon propos est contenus dans la réalité d’aujourd’hui… la fuite en avant dans la pérennisation des erreurs contient en essence la part de déraison nécessaire (hybris) à l’entreprise de mensonge, dissimulation de sous-jaçents incontournables à la compréhension du phénomène dans sa globalité : c’est « ce que l’on voit, mais surtout ce que l’on ne voit pas », pour reprendre l’esprit de M.Bastiat. Ainsi : « La crise ne se voit pas clairement car le passif, est caché, les citoyens ne le touchent pas du doigt, non, ils ne voient que l’actif et ils croient que c’est au sein de l’actif que gît la crise. Les causes sont là ou on ne les voit pas, au passif. » Bien entendus cela sert les interets de ceux là meme qui manipulent le système du crédit : « le passif, c’est le royaume des Maîtres, ils savent qu’il existe et qu’il exerce sa tyrannie. Sa tyrannie qui fonde la leur.. ».
    La stratégie de sortie consisterait au travers du dilemme du risque que suppose tout choix décisif, et dont il faudrait assumer les conséquences, d’agir avec suffisamment de doigté pour que les lemmings du marché ne se bousculent pas vers la sortie dont on sait qu’elle peut faire chavirer ou au moins déstabiliser de babord à tribord le « titanic » financier… pour le moment l’orchestre joue toujours.
    « Le choix est entre une forme de destruction, euthanasie des promesses passées que l’on ne peut tenir et une destruction subie, non volontaire, certainement explosive socialement. Appelez tout cela comme vous voulez, moratoire, jubilées, défauts, faillites, effondrement économique, hyperinflation, destruction de la monnaie, confiscations, tout cela, ce sera la fonction systémique de destruction dans ses œuvres. »

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  3. DIGNITE

    Pour souligner la qualité exceptionnelle de ce blog,nous aurons, une fois de plus,estimé la justesse de l’analyse.
    Le Capitalisme y bénéficie de la meilleure influence

    J’aime ce Blog car il est tenu par des gens dignes

    Pensez à la pièce de 1 FF
    Sur la face:LA SEMEUSE
    Bruno et The Wolf sèment tous les jours….pour nous
    Merci

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  4. La foi en la toute puissance des banquiers centraux faiblirait-elle ?
    Les propos dovish de Draghi n’ont pas eu l’air de convaincre les marchés hier, la BOJ sent le sapin…
    Bill Gross appelle à détenir du cash, le fils de Soros participe au projet Bitgold…
    La perte de confiance dans leur toute puissance viendra. D’un coup à mon avis. Et le FMI, bien faux-cul proposera alors son reset.

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  5. Les taux vont monter non pas parce que cela va bien mais parce que ça va mal, il faut encore aider les banques car entre un défaut de payement sur une hypothèque avec les taux actuel ou un défaut avec des taux plus élevés la réserve fédéral a déjà tranché, ce sera l’augmentation, les banques compenserons alors les pertes qui de toutes manières auraient été faite avec des taux au plancher.

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