Art de la guerre monétaire et économique

Marchés : Une semaine de déroute financière soyez vigilants ! Par Bruno Bertez

Marchés : Une semaine de déroute financière soyez vigilants ! Par Bruno Bertez

La semaine a été terrible couteuse  et effrayante.  Comme les sinistres par construction, reflux des capitaux, se déroulent loin du Centre, les médias n’en parlent pas, nous vous en parlons.

Certains font le pari que la hausse des taux de la Fed marquera le début de la phase d’éclatement de la bulle parce que le mécanisme est mal connu, non rodé et que la situation va produire des imprévus. La Fed aurait des difficultés à hausser les taux sans avoir à pomper trop de liquidités. Il est vrai que nous sommes en terrain inconnu, mais sur le plan technique « ils » trouveront des solutions.

Pour nous la bulle a commencé à laisser échapper  de l’air au printemps 2013 avec la cassure sur le High Yield, puis fin 2014 avec l’élargissement des spreads de risque et la chute de l’unanimité des marchés et enfin à mi-avril avec le top sur les actions européennes.  Depuis, c’est la descente sélective aux enfers. Les baisses, les tops, les dégradations ne sont pas des évènements, ce sont des processus. Des processus marqués par une triple  contagion, d’abord au sein des marchés d’assets, puis au sein de l’univers des commodities, enfin au sein des économies réelles.

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Les taux zéro, les achats de titres à long terme, les QE ont introduit dans le Système mondial un Mistigri dont il fallait se débarrasser : du cash qui ne rapportait rien. Ce cash, ce Mistigri qui ne rapportait rien, les détenteurs ont cherché à l’employer pour obtenir un revenu. Cela a donné, c’est la règle en système capitaliste, une concurrence, une compétition pour acquérir le revenu disponible qui subsistait sur le marché mondial. Cette concurrence a fait déverser les flux de capitaux du Centre, vers les périphéries qui certes étaient plus risquées, mais offraient un rendement supérieur. Le Centre, ce sont les Etats-Unis, les périphéries ce sont les Emergents, la Chine, les produits et monnaies exotiques, les matières premières et les produits financiers à haut risque comme les emprunts High Yield, Junk, Distressed et les Leveraged Loans.

La mer est montée et elle a recouvert toutes les cotes qui étaient plus basses, c’est à dire qui offraient encore un rendement supérieur à zéro. Les prix de tous les actifs financiers mondiaux ont monté et fait bulle.

Le rendement de la politique monétaire Américaine a été faible car inadapté d’une part et d ‘autre part, il y a eu de nombreuses « fuites ». Les capitaux, comme nous l’avons vu, ne sont pas restés aux USA. Par ailleurs comme les rendements sont devenus de plus en plus faibles partout, la communauté financière, pour bonifier les rendements existants, a fait du Carry, elle a emprunté des dollars qui ne coûtaient pas cher et les a vendu pour financer des achats produits que nous appelons pour simplifier « périphériques ». Si vous empruntez à 1% pour investir à 3% vous gagnez 2% à chaque fois et vous avez tendance à le faire 10 ou 20 fois.

Tout cela est valable, « à l’aller », c’est à dire dans la phase ou les USA inondent le monde et promettent que cela va durer. C’est la phase ou les capitaux se déversent sur le monde entier.

Hélas, quand il y a une phase aller, il y a aussi une phase « retour », et elle se déclenche quand les USA stoppent les largesses d’abord et quand ils augmentent le prix de l’argent ensuite.

Un mécanisme vicieux se met en place ; l’argent repart vers les USA, on rachète les dollars vendus, et la liquidité en dollars se restreint puisque tout le monde fait la même chose et veut des dollars. Le dollar monte, ceux qui ont fait du « Carry » sont asphyxiés, ils sont contraints de se racheter, le dollar monte de plus en plus, les difficultés commencent, les matières premières chutent car leur prix est exprimé en dollars, les faillites et accidents financiers menacent.

A « l’aller » on se met risk-on, « au retour », on se met risk-off. C’est comme dans la sagesse des nations, à l’aller, cela va toujours, mais c’est au retour que l’on peine !

Ainsi à l’aller tout va bien, mais au retour tout va mal, la transitivité négative, les cercles vicieux se mettent en place. Peu à peu tout se met en synchronie. Les capitaux fuient les périphéries, elles deviennent exsangues, ils rentrent aux USA qui baignent dans la facilité. Les pays émergents trinquent d’abord, puis les producteurs de matières premières, leurs devises aussi, leur marché financier se désintègre, et la croissance mondiale ralentit. Les pays développés sont, dans un premier temps, épargnés, mais dans un second temps, si cela dure trop, ils peuvent subir la contagion et eux aussi ralentir. Ce qui va fragiliser leur système financier global.

Ce processus a débuté au printemps 2013, il a été interrompu car les USA ont différé leur changement de politique monétaire, mais dès la fin 2014, la dégradation a repris. Elle prend des proportions, nous en sommes là, au début de ce que nous appelons la phase de contagion, de « blow back ».

Comprenez bien que la situation est grave, mais que vous ne voyez que très peu de choses dans les pays développés car tout a d’abord commencé dans les pays périphériques et ce n’est que maintenant, ces derniers jours, depuis Aout, en fait, que l’on assiste à une contagion. Tout ceci est en outre aggravé par les incertitudes que provoque la future hausse des taux de la Réserve Fédérale Américaine, la manœuvre est délicate, on est en terrain mal connu, sinon inconnu totalement.

Certains disent que la bulle globale du prix des actifs financiers est en train d’éclater. Nous sommes réticents à suivre dans cette voie et nous préférons, à ce stade, dire qu’elle laisse passer un peu d’air. En clair, pour nous, la Grande Expérience Monétaire n’est pas finie, nous aurions tendance à penser que l’on entre enfin dans le vif du sujet car le problème n’a jamais été « à l’aller » de l’Expérience comme nous le disons, mais « au retour » et nous tentons le retour. Nous pensons que les bulles sont puissantes, que ce sont elles et leur logique qui commandent, que plus le temps passent, plus elles sont exigeantes et gourmandes en liquidités, nous sommes persuadés que les régulateurs en ont perdu le contrôle. Ils tentent une manœuvre, mais nous faisons le pari que, sur la durée, elle va échouer. Mais nous allons trop vite, cela n’est pas utile et c’est trop aventureux.

La descente aux enfers des véhicules de High risk c’est à dire de risk.

Ou l’on voit que notre affirmation selon laquelle « high risk = high loss = grosses pertes » est justifiée. Depuis 2009 puis à nouveau 2010 nous expliquons que le risque existe et que la politique monétaire a pour objectif de faire en sorte qu’il ne soit pas à son prix. Le risque est sous-évalué, les primes de risque sont beaucoup, beaucoup trop faibles. Quand on veut que vous preniez des risques, vous devez toujours traduire « on veut vous faire prendre des pertes » avons-nous écrit à plusieurs reprises. Nous avons expliqué tout cela en long et en large sous divers noms et diverses rubriques. La politique suivie est un transfert qui consiste à prendre dans votre poche pour donner aux banques d’une part et aux gouvernements d’autre part. Ce transfert se fait par ce que l’on appelle la volatilité, hausse puis baisse, c’est à dire par des coups d’accordéon.

Encore il y a quelques jours nous avons dénoncé l’argument idiot des banques qui vous disent, si vous gardez votre argent liquide, vous êtes perdant à coup sûr à cause de l’inflation. Nous vous avons expliqué que l’inflation, vous n’en avez rien à faire, elle est faible, au pire vous perdrez 1 à 2 % de pouvoir d’achat, mais si vous allez en Bourse et que vous achetez des actifs financiers surévalués avec des primes de risques insuffisantes, c’est 30 ou 40% de perte que vous allez subir et en plus vous en avez la certitude, ce n’est qu’une question de temps.

La descente aux enfers est la même  qu’au temps Lehman!

Voyons la déroute sur les marchés..

  • Le Rand Sud Africain a chuté de 10% au plus bas de tous les temps. Les obligations du pays ont chuté de 9%.
  • La lire Turque a ajouté 3% à sa descente aux enfers. Le marché des actions s’est encore amputé de 5%, dans un marché désordonné.
  • Le Rouble a perdu 3,4% ; le Réal Brésilien 3,2% ; le Peso Mexicain 4,4% ; le Peso Colombien inscrit des records de baisse avec moins 4%.
  • Les matières premières sont au plus bas de16 ans. Le pétrole perd 12% ; plus bas depuis le trou noir de la crise en 2008 ; le gaz naturel chute de 9% ; le minerais de fer recule de 4%, plus bas de 2009. Sur un an l’effondrement des prix du minerai de fer est de 50%.

Les opérateurs en « Carry » sur les matières premières et l’énergie sont étranglés, insolvables. En panique ils rachètent les monnaies qu’ils ont empruntées et vendues, les euros et les yens.

Rien d’étonnant si les crédit à risque tanguent, le secteur des « commos » et de l’énergie en représente une partie importante et non seulement il y a les dégâts réels, mais il y a maintenant t les liquidations de précaution, tout cela rappelle le subprime immoblier puisque des hedge funds sont obligés de fermer les rédemptions.

Dans ce contexte, on remarque que la création de crédit aux USA ralentit déjà très fortement. La dette non financière n’a progressé qu’au rythme de 2% au troisième trimestre contre plus de 4,5% au second, c’est un ralentissement significatif et annonciateur de difficultés. Un ralentissement de la création de crédit est précurseur de difficultés, car les conditions se resserrent.

Les clients veulent sortir des fonds Junk et High Yield, ce qui accentue les pressions sur le Système financier. Ce n’est pas un hasard si aux USA le secteur bancaire a été éprouvé avec un déchet de plus de 6,2% et leurs collègues les brokers/ dealers ont plongé de 7,5%.

Vous remplacez subprime de logement par « commodities » et « énergie » et vous pouvez reprendre le scénario de 2007/2008. Il ne manque plus qu’un accident sur les dérivés pour compléter le tableau. Le marché des dérivés est le plus fragile, car il n’y a pas d’assureur réel solide avec des capitaux suffisants pour stopper les réactions en chaîne, et le « dynamic hedging » est une machine infernale.

Attention, souvenez-vous de ce que nous avons dit au début, il y a l’action, la réaction et la résultante, ce qui veut dire que cela ne peut être comme en 2007/ 2008 car les autorités ont l’expérience de la débandade d’alors. Elles ne prendront plus le risque d’un Lehman ou d’un Bear Stearns.

Du coté des actions la semaine a été rude, partout. No place to hide.

  • Le marché américain a perdu 3,8% et est passé négatif pour l’année. Les banques comme nous l’avons déjà souligné ont chuté de 6,2% ; les Transports de 5,4% et le NASDAQ de 4%.
  • En Europe, malgré les Draghinades, on a chuté également, l’Allemagne de 3,8% ; l’Espagne de 4,4% ; l’Italie de 4,5% et le reste à l’unisson.

On dit que les Fonds Souverains vendent à tour de bras, on parle de beaucoup de dizaines de milliards, mais leurs positions ne sont pas publiées.

A propos des marchés financiers, le grand paradoxe !

Nous n’irons pas par quatre chemins, la logique voudrait que les marchés financiers baissent, peut-être même qu’ils chutent.

La raison en est simple, les prix des assets ont fait bulle; ils ont enflé grâce à la baisse des taux et à la surabondance des liquidités, donc symétriquement ils doivent se replier quand le cycle du crédit s’inverse, c’est à dire quand il devient moins facile. Et ce d ‘autant plus que les résultats de l’action monétaire sur l’économie réelle et la croissance ne sont pas à la hauteur des espérances.

La justesse de cette analyse est attestée par le comportement du risk: on se met risk-off sur les emprunts High Yield, sur les devises exotiques et bonds exotiques, bref sur tout ce qui a bénéficié du trop-plein de liquidités. Les primes de risque trop basses se corrigent.

Nous disons que l’on pourrait aller au-delà de la baisse et aller vers la chute car tout cela produit de la déflation dans le ROW, le reste du monde, comme la Chine et les Emergents et les producteurs de « commos » et cette déflation peut faire retour, être contagieuse, faire « blow back » sur les pays développés. Le risk est réel et ce n’est pas un hasard si les indicateurs de conjoncture aux USA sont mitigés et erratiques, ce sont les effets d’abord du vent contraire que constitue la hausse du dollar et ensuite du marasme qui saisit les ex-émergents.

Les choses seraient simples si elles s’arrêtaient là. Mais nous ne sommes pas dans des  marchés livrés à eux même, nous sommes dans des marchés gérés, pilotés et instrumentalisés. Tout ce que vous savez, tout ce que je sais, les pilotes le savent et si il y a bien une chose qu’ils refusent, c’est que cela se passe conformément à la logique, car alors, leurs efforts de traitement de la crise auraient été vains et tout serait remis en cause.

Les Cassandre oublient cet aspect, nous sommes dans un monde qui n’est pas livré à lui-même. Nous étions sous un sarcophage, on tente de soulever le sarcophage, mais on sait que ce qu’il y a dessous est dangereux et donc on prend et on va prendre des précautions.

La liquidité de base se réduit, mais elle reste pléthorique et elle devrait le rester jusqu’en fin 2017, c’est ce qui est calculé par le Patterson Institute et ils connaissent leur travail. Surtout qu’ils ont des contributeurs comme Brian Sack, l’homme qui est à l’origine des opérations de sauvetage  de 2009/2010. Mais la liquidité de base ce n’est pas tout, car ce sont les marchés et les bilans des banques qui créent la liquidité réelle et si ces deux agents se mettent risk-off, c’est la déflation. L’impératif est donc d’empêcher le deleveraging, la réduction du « carry » mondial pendant cette phase de transition.  Donc il faut à tout prix empêcher ou limiter la mise en risk-off. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Dudley a essayé de nous faire croire que Wall Street allait monter sur la hausse des taux, il veut prouver le mouvement en marchant et faire dire  aux marchés qu’ils sont contents, confiants.

La nouvelle initiative de Draghi devait, la semaine dernière, aller dans  ce sens, favoriser le « carry » et le leverage, hélas Draghi s’est planté ou fait planter et l’euro a, non pas baissé, mais monté et cela gêne la régulation des pays développés. En plus la spéculation a perdu beaucoup d’argent. Ce n’est pas un hasard si les marchés chutent cette semaine qui vient de s’écouler, il y a eu un « pépin », rien ne s’est passé comme prévu, le relais de Draghi à la Fed n’a pas fonctionné.

Le Smart Money, le très gros argent le sait et il a adopté une position défensive. Défensive en attendant, car il sait que tout cela ne peut rester en l’état, c’est une guerre, une guerre de mouvement entre les marchés, la bête sauvage; les dompteurs que sont les régulateurs et la Communauté des Complice des  régulateurs. Nous mettons en scène trois catégories et non pas deux, car la Communauté des Complices est instable, elle joue avec les régulateurs tant qu’elle a confiance qu’ils ont la situation,en mains , mais elle jouera contre eux si elle sent que la situation n’est plus sous contrôle.

Ce que nous voulons faire passer comme message est la contradiction, le paradoxe suivant: C’est parce que cela doit chuter que peut être cela ne chutera pas.

Les marchés d’assets doivent baisser, tanguer même, mais cela est normal dans une phase de transition entre un cycle du crédit et un autre plus restrictif. Cela est normal; c’était  prévisible et prévu, et comme tel, cela ne sera pas spontané, il y  aura des tentatives de manipuler, de tromper et de faire prendre les vessies pour des lanternes, les responsables essaieront d’introduire le doute, dans le scénario!

BRUNO BERTEZ Le 14/12/2015

illustrations et mise en page by THE WOLF

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3 réponses »

  1. De toute façon il faudra rembourser le crédit QE a un moment ou un autres. Certains pensent surement qu’il est préférable de commencer a le faire dés maintenant avant de devoir courir derrière le cash qui semble en rupture d’impression. D’ailleurs pour obtenir du dollar pas cher il faut revendre le marché américain qui l’air de rien en a généré un paquet 🙂 🙂 :).

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