Art de la guerre monétaire et économique

Marchés : Hausse des taux les cassandre ont encore perdu ! Par Bruno Bertez

Marchés : Hausse des taux les cassandre ont encore perdu ! Par Bruno Bertez

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Les titres des médias ont été tout à fait conformes aux souhaits des régulateurs:

  • -Confiante dans  l’économie, la Fed monte ses taux.
  • -Le marché de la dette est soulagé par la décision de la Fed.

Ce sont deux exemples parmi d’autres, mais ceux-là sont significatifs.

Ce qui est significatif également est le recul de l’euro, il passe sous les 1,09,soit un peu au-dessus des 1,08. Et c’est bon pour le risk-on.

Donc tout ayant été bien piloté, tout va dans la bonne direction. Nous ne le dirons jamais assez, la Fed est habile, ils savent travailler, orienter, guider et ils ont encore la main, tant que le marché joue avec eux. Et c’est le cas, même si maintenant la communauté financière a perdu son unanimité. Elle est divisée et les clivages sont importants car ils correspondent à des intérêts  concrets divergents. Mais toute personne ou institution qui attaquera les autorités, qui jouera au rebelle alors qu’elles ont encore la situation en mains, sera ruinée. Elle  sera mise hors-jeu.

Les fondamentalistes, les Cassandre, les Autrichiens  etc seront laminés.

il n’y a que le jour où les autorités n’en seront plus, lorsque ce sera la débandade, que l’on pourra leur mettre « épaules à terre » et comme nous en cessons de le répéter ce n’est pas encore demain la veille, elles ont encore beaucoup de ressources depuis que la Banque de Chine est rentrée dans le rang et joue le jeu de la stabilité/reflation monétaire  , c’est à dire depuis le mois d’aout.

Les autorités seront vaincues par le poids du réel, par leur échec  vis à vis du monde réel, pas par les opérateurs ou les « shorts ».

Photo published for On the 7th day of Fedmas, Janet Yellen sent to mePermalien de l'image intégrée

Voici notre commentaire, pour le moment :

La Fed a donc monté ses taux d’intérêt pour la première fois depuis 2006. Elle l’a fait comme , prévu, c’est à dire comme elle l’avait télégraphié. Les marchés n’ont pas été perturbés, tout avait été fait pour qu’ils ne le soient pas.

Le communiqué est sobre, il n’ajoute rien de nouveau, mais il confirme :

  • 1-que l’évolution de l’inflation en regard des objectifs sera centrale.
  • 2-que la Fed prendra en compte l’international et les conditions financières globales..

Les indications fournies par ailleurs montrent que pour le moment on s’achemine vers quatre hausses de taux en 2016 alors que les marchés étaient sur deux.

Les marchés n’ont pas donné d’indications particulières, pas plus sur les actions que sur le change, tout a été conforme, un peu de hausse sur les actions et le dollar.

Si on coupe les cheveux en quatre, on note que Yellen a été plutôt rassurante sur la question de la situation des marchés de crédit malgré la tourmente, elle a déclaré que le système financier était solide et que l’économie était ferme ce qui va dans le sens optimiste. C’est l’idée que nous avons développée il y a peu, le secteur bancaire et financier a « repassé » les risques, il a disséminé et c’est le public qui perd, pas le secteur financier. Donc pas de danger tant que la normalisation du risque se fait de façon ordonnée.

La décision de la Fed a été perçue comme plutôt incitatrice au risk-on ne serait-ce que parce que la hausse a pu être pratiquée ! Mais tout cela ne veut pas dire grand-chose, c’est de l’instantané, de la surface. Si la Fed monte les taux c’est parce qu’elle veut faire passer un message de confiance, pas un message de défiance, c’est l’évidence !.

La situation fondamentale reste celle de la divergence. C’est le fait majeur en termes de régulation et de politique. La Fed resserre, les BOJ et la BCE cherchent des moyens d’être plus stimulantes.

Ceci devrait en bonne logique se traduire par une hausse du dollar et une baisse de l’euro et du yen, ce qui techniquement favorise le « carry », le leverage et le risk-on.  Mais attention le risk-on ailleurs peut être plus ou moins « off » aux USA c’est selon! Cela dépend des niveaux et de la conjoncture..

Mais depuis Avril les Etats-Unis freinent la hausse du dollar, on se souvient de la déclaration liminaire de Jack Lew, précurseur de toutes les déclarations de la Fed sur les vents contraires. Et aussi bien la Maison Blanche que Yellen ont réussi : le dollar index n’a pas franchi la barrière des 100, il flirte sans franchir la barre..

Les corrélations sont ce qu’elles sont pour le moment, le risk est « on » quand l’euro et le yen baissent, les actions montent avec la baisse des devises de carry. Quand on se met risk-off, on rachète ce que l’on a vendu pour faire du « funding » et l’euro et le yen remontent. De là à considérer que ce sera l’évolution des paires de change qui fixera les tendances des marchés, il n’y a qu’un pas que les opérateurs souvent franchissent, mais nous ne le faisons pas. En effet notre position est que beaucoup de choses peuvent se réaménager et en particulier les corrélations et les comportements. Et pour nous donc il faut laisser faire et attendre ce qui va se dessiner et non l’anticiper. Les positions longues en dollars sont considérables et c’est là que les choses  se jouent, mais comment, dans quel sens ? N’oubliez jamais que les marchés des changes sont les marchés les plus efficaces, ce sont eux les mieux équipés, informés, les plus intelligents..

Les éléments qui sont importants mais qui ne sont pas encore parvenus à la conscience des marchés, obsédés qu’ils ont été par la question des taux, sont les suivants :

  • -La conjoncture US, va-t-on vers un ralentissement voire une récession dans les deux ans comme certains le prédisent et comme le suggèrent les indicateurs très avancés..
  • -La politique de la BCE, alors que les divergences au sein du Governing Council lient les mains de Draghi et nuisent à l’efficacité de ses initiatives..
  • -La situation de la Chine et l’évolution du Yuan, glissera-t-il ou pas ?
  • -La dégradation des émergents et leur désolvabilisation en cours.

La première hausse des taux est un « événement », un « spectacle » mis en scène plus qu’un choc réel , dans le passé il est rare que la première hausse des taux ait eu des effets sensibles, en revanche, les suivantes, oui, elles jouent. La première hausse est même quelque fois sur-anticipée, ce qui fait que les réactions des marchés ne peuvent être considérées comme ayant un sens.

EN PRIME : Les vessies pour les lanternes

La baisse des taux est bonne pour les marchés, ce sont les Banques Centrales qui vous l’ont dit, d’ailleurs la BCE le dit encore.

Mais les hausses de taux aussi sont bonnes pour les marchés, la preuve se trouve dans le texte ci-dessous. la Fed rend l’argent plus cher, et les assets dont le prix est lié à l’argent bon marché montent encore.

Finalement il faut se rendre à cette évidence que nous popularisons depuis longtemps, tout est bon pour que cela monte, les mauvaises nouvelles parce qu’elles sont mauvaises et les bonnes nouvelles parce qu’elles sont bonnes.

Il n’y a qu’un seul message implicite et ce quelles que soient les décisions, positives ou négatives: vous devez nous faire confiance, vous devez nous donner votre argent les yeux fermés, nous savons ce que nous faisons.

D’accord si vous avez écouté Draghi et acheté le 15 Avril, vous perdez encore beaucoup, en plus vos euros valent moins, d’accord, vous êtes moins riches, mais peu importe, on vous le dit, « on » crée des effets de richesse. Et cela doit vous inciter à vous départir de votre prudence. Allez y dépensez, comme si … comme si …

« La bourse de Paris accélère encore sa hausse au lendemain de la décision de la Fed. Le CAC40 gagne 2,5% en milieu de journée autour de 4.740 points, soit environ 6% de rebond sur les trois dernières séances.

La banque centrale américaine (Fed) a procédé hier soir à une première remontée des taux d’intérêt directeurs (+0,25%), qui étaient maintenus au plancher dans une fourchette de 0 à 0,25% depuis 2008. La Fed a promis que la poursuite de ce resserrement monétaire sera progressive et dosée en fonction de la santé de l’économie américaine mais aussi du contexte international.

Cette décision largement anticipée n’a entraîné aucun mouvement particulier sur les marchés financiers, si ce n’est une réaction positive de la bourse, rassurée dans l’immédiat par les projections de hausses graduelles des taux pour 2016. »

Paul Craig Roberts : « La hausse des taux est une arnaque »

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La Fed, ce 16 décembre 2015, s’est enfin décidée à relever son taux directeur pour la première fois depuis 2006. Selon Paul Craig Roberts, ancien du Trésor, il s’agit d’une arnaque, et il s’en est expliqué hier soir sur KWN :

« La Fed a relevé hier son taux interbancaire d’un quart de pourcent, ou 25 points de base. Certains lecteurs se demandent ce que cela implique.

Cette décision signifie que la Fed a pu déterminer que cette petite remontée des taux n’aura quasi aucune conséquence. Autrement dit, la petite augmentation dans l’écart de taux souhaité, passé de 0-0,25 % à 0,25-0,5 %, est insuffisante pour créer des problèmes sur le marché des produits dérivés liés aux taux d’intérêt ou pour provoquer une baisse des marchés actions ou obligataires.

Avant l’annonce de la Fed et depuis le début des QE, le taux interbancaire s’est élevé en moyenne à 0,13 %. Autrement dit, la demande des banques ne fut pas suffisante pour pousser les taux vers la limite des 0,25 %. Similairement, après l’annonce du « relèvement du taux directeur », les taux pourraient se stabiliser à 0,25 %, soit le plafond précédent et le minimum de l’écart actuel.

La hausse des taux est une arnaque

Il est cependant important d’insister sur le fait que les liquidités disponibles excédaient la demande durant l’ancien écart des taux. Le but d’un relèvement des taux est de réduire la demande de crédit, mais une telle décision n’était pas nécessaire vu que la demande de crédit était juste suffisante pour maintenir le taux interbancaire au milieu de son écart souhaité. Cette hausse des taux est donc une arnaque. Elle est juste à l’attention des idiots des médias financiers qui en parlent depuis des lustres. Elle sert également à protéger la crédibilité de la Fed.

Voyons les choses sous un autre angle. Le système bancaire dans son ensemble n’a pas besoin d’emprunter alors qu’il est assis sur 2,42 trillions de dollars de réserves excédentaires. L’impact négatif du relèvement du taux directeur n’affectera qu’une petite frange des banques qui prêtent aux entreprises et aux consommateurs.

Les grosses banques vont en profiter, les consommateurs seront le dindon de la farce

Si les petites banques rencontrent des soucis de sous-capitalisation et doivent emprunter pour satisfaire les exigences de réserve, elles devront payer des intérêts plus élevés aux grosses banques protégées par la Fed.

Une autre mise en contexte de cette hausse des taux consiste à montrer que les banques « too big to fail » sont les grandes bénéficiaires vu qu’elles sont assises sur des réserves confortables, tandis que les petites banques qui prêtent à l’économie sont pénalisées. Autrement dit, il s’agit d’une nouvelle manœuvre pour favoriser le pillage des 99 % parle les 1 %. »

Et pour prolonger l’analyse du Dr Roberts jusqu’au consommateur, ZeroHedge a rapporté que de nombreuses banques, comme JP Morgan et Wells Fargo, ont déjà remonté les taux d’intérêt sur les cartes de crédit de 3,25 à 3,5 % tandis que le coût du crédit des prêts à taux variable sera également impacté prochainement. Par contre, en ce qui concerne les intérêts versés aux épargnants, rien de neuf sous le soleil… Et il y a très peu de chances de voir le maigre rendement des livrets et autres comptes d’épargne être revu à la hausse. Pourquoi ? Pour la raison déjà expliquée par le Dr Roberts : les banques disposent déjà de réserves confortables, elles ne sont donc pas prêtes de se livrer une guerre commerciale pour attirer les dépôts ».

Source : or-argent.eu, le 17 décembre 2015

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2015/12/17/paul-craig-roberts-hausse-taux-arnaque/

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BRUNO BERTEZ Le 17/12/2015

illustrations et mise en page by THE WOLF

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4 réponses »

  1. Je ne partage pas du tout cette analyse qui vaut à CT. Le violent rebond des marchés était prévisible après une forte baisse et dans un contexte de fin d’année généralement porteur. Il fallait que ça monte sur cette annonce…

    A CT le marché peut encore tenir mais tout le monde sait que ce n’est plus de la politique monétaire c’est du Texas hold’hem. La FED tente un coup (en l’occurrence obligé) pour sauver encore le peu de crédibilité qui lui reste et sous-entend que si elle monte les taux c’est que la situation s’améliore… le marché sait que c’est faux mais bluff aussi en faisant semblant d’y croire. Voilà où nous en sommes… C’est un poker menteur généralisé.

    Yellen n’a plus qu’à prier pour que les choses aillent effectivement mieux et cela ne passe pas par une appréciation supplémentaire du dollar. Les allemands ont sifflé la fin de la récré pour Draghi, les américains ne veulent pas un dollar plus fort et la position longue en USD est énorme… je pense qu’être long dollar c’est le jeu de la patate chaude… ça peut encore marcher début 2016 mais attention… le violent passage de 1.05 à 1.09 sur la déception Draghi a donné le sens je pense…

    Attention au moindre accident… quant aux commentaires de Yellen sur le High Yield, je crois qu’ils correspondent à ceux qu’elle tenait sur les subprimes en 2007…

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  2. J’apprends à l’instant que la BOJ en a rajouté dans le QE et que cela a déplu au marché… cela confirme ce que je disais précédemment à savoir que les BC perdent la main. C’est un phénomène progressif mais très palpable. Quand la FED devra faire machine arrière, les marchés seront-ils heureux de prendre une nouvelle dose de drogue où admettront-ils pour de bon que le dealer est un marchand de mensonge ? C’est la question…

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  3. @SEB

    Beaucoup d ‘observateurs ont des difficultés à apprécier ce qui se fait depuis le début de la crise. ils refusent de reconnaitre l’habilité de ceux qui assurent la conduite des affaires. Leur position est un peu la même que celle de celui qui a spéculé en Bourse et qui, bien que constatant qu’il a choisi le mauvais sens, refuse de se couper un bras. Il est aveuglé par sa position et surtout par l’impact de sa position sur son ego. il est très diffcile de se déjuger.

    je tente de réussir la prouesse suivante!

    – critiquer les choix des Banques Centrales comme iniques socialement d’une part et comme fondamentalement erronés , dans une perspective de long terme d’autre part

    -apprécier leur habilité tactique qui a permis d’éviter la Grande Crise Economique et la Dépression ce qui est une réalité incontestable

    Je mets sans cesse en avant les coûts cachés de cette politique, comme la hausse irrésistible des endettements, la socialisation, la mauvaise allocation du capital, les inégalités etc

    Mais je mets également en avant leur succès de court terme et je pense que ce qui vient de se passer sur les marchés, témoigne du fait que la décision ponctuelle, instantanée de hausse des taux a été remarquablement gérée.

    Cela ne signifie rien quant à l’avenir, mais on se discrédite si, dans le présent, on n’est pas capable d’expliquer pourquoi cela marche.

    Tout reste à faire, mais ce qui a été fait est un succès à ce jour.

    Tout reste à faire parce que Yellen a fait une succession de paris qui soin loin d’être gagnés:

    -pari technique sur la possibilité de tenir une hausse des taux sans avoir à réduire trop la liquidité domestique et globale

    -pari sur l’évolution ferme, bullish du marché du travail, mais sans rupture dans l’évolution salariale

    -pari sur l’absence d’accidents sur le crédit dans les secteurs fragiles hors « commos » auxquels il faut ajouter l’auto et le housing

    -pari sur la capacité de la Chine à atterrir en douceur et stabiliser le Yuan

    -pari sur la possibilité de contenir la hausse du dollar dans des limites acceptables

    -pari sur la non hausse des taux longs grâce au maintien de la taille du bilan

    – pari sur le fait que les scénarios de moyen terme, a deux ou trois ans, seront conformes à l’histoire

    Pour juger de la réussite ou non de Yellen , il faut rentrer dans ses raisonnements, et jauger le réel en fonction de ses paris. Il ne faut pas projeter les siens sur ce qu’elle fait, c’est inadapté.

    Comme disait le philosophe « si tu veux tuer les enfants du tigre, il faut aller dans la tanière du tigre ».

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  4. @Bruno Bertez. Merci pour cette brillante explication qui, je l’avoue humblement, est au dessus de ma manière de raisonner. Je fais partie des « concrets » et je pense avoir du bon sens. Ce que je retiens spontanément de votre analyse m’apparait comme une contradiction ; vous attribuez à Yellen un  » raisonnement  » en même temps que de nombreux paris. Outre qu’il est pathétique que le plus influent banquier central du monde soit devenu à ce point joueur, je pense que trop de paris tuent le Raisonnement et qu’il n’y a plus de vision ou à tout le moins de maitrise de l’ensemble. En d’autres termes Yellen en est aujourd »hui réduite à faire trop de paris pour qu’en dépit de son immense pouvoir les statistiques plaident en sa faveur et que tous ses paris réussissent. Or vous savez que si l’un d’entre-eux échoue il y aura un effet domino.

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