Art de la guerre monétaire et économique

Le trou noir de l’or noir/La face cachée du pétrole (Eric Laurent)/ La Russie casse le monopole de Wall Street sur la cotation du pétrole (F. William Engdahl)

La face cachée du pétrole

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Le livre “La Face Cachée du Pétrole” fut publié par le journaliste Français Éric Laurent en 2006. Ce livre résume en quelque sorte l’histoire géopolitique du 20esiècle de la perspective du pétrole. Voici les éléments les plus importants de mes notes de lecture. La leçon principale que l’on peut en tirer selon moi est que le prix du pétrole est déterminé à 90% par la politique et à 10% par le marché. 

Mes notes sont sous la forme de « bullet points », en ordre plus ou moins chronologique.

En 1901, William Know d’Arcy obtint une concession du Shah de Perse couvrant 770,000 km2 (plus vaste que le Texas), qui mena à la création de la Anglo-Persian Company en 1909, qui changera son nom pour l’Anglo-Iranian en 1935 et finalement BP en 1954. En 1914, sous l’initiative de Winston Churchill, le gouvernement britannique acquis une part de 51% dans l’entreprise pour 2.2 millions de livres.

L’Anglo-Persian détenait une part de 50% dans la Turkish Petroleum Company (TPC), qui fut organisée pour explorer et développer les ressources pétrolière de l’Empire Ottoman. Les autres actionnaires sont Shell et Deutsche Bank. Ceci dit, malgré son nom invoquant la Turquie, ses opérations étaient centrées sur l’Irak, lesquelles seront regroupées sous la Iraq Petroleum Company (IPC) en 1929.

En 1925, la TPC signe une entente avec le roi d’Irak concernant une concession qui durerait jusqu’en 2000, en échange d’une redevance de 4 shillings par tonne. Après la première guerre mondiale, la TPC fut démantelée. Les actions de Deutsche Bank furent saisies par la compagnie française Total.

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Durant la première guerre mondiale, environ le quart du pétrole consommé par les forces alliées venait de la Standard Oil. Cette compagnie fut fondée en 1860 et démantelée en 33 compagnies en 1911 en vertu de la loi anti-monopole. Parmi ces entreprises, furent créées Exxon, Mobil, Chevron et Conoco. Rockefeller était aussi propriétaire de la Chase Bank.

Avant la révolution Bolchévique, les frères Nobel (incluant le fondateur du fameux prix) étaient propriétaires d’environ le tiers de la production de pétrole de Russie, Shell détenait le reste, mais tout fut évidemment nationalisé avec l’avènement du communisme. La Standard Oil acheté la part des Nobel pour $145 million puis la Chase Bank aida à financer le commerce entre les États-Unis et l’URSS de manière à être dans les bonnes grâces du régime soviétique. En échange, l’URSS lui attribua une concession de 50 ans, mais les États-Unis bloquèrent la transaction.

Les Soviétiques commencèrent à produire eux-mêmes le pétrole, envahissant le marché mondial et déprimant les prix. Leur pétrole faisait la convoitise des Allemands, qui ne pouvait subvenir qu’à 25% de leurs besoins, ce qui mena à l’Accord de Rapallo entre les deux pays en 1922. En plus d’approvisionnement en pétrole, les Allemands allaient pouvoir reconstruire leur capacité militaire grâce à des usines secrètement situées en URSS, à l’abri des inspecteurs du traité de Versailles. En contrepartie, les Allemands allaient fournir une aide technologique et stratégique pour constituer l’Armée Rouge.

En 1928, Henry Deterding, le fondateur et président de Shell, invita les présidents d’Exxon et BP, entre autres, à un manoir d’Écosse pour y conclure l’Accord d’Achnacarry, qui deviendrait un cartel international du pétrole 31 ans avant l’OPEP, comprenant 17 producteurs majeurs. L’existence de cet accord ne fut dévoilée au public qu’en 1952 dans le cadre d’une enquête de la Federal Trade Commission alléguant qu’il s’agissait d’une infraction à la loi anti-monopole. Cependant, l’administration Truman arrêta les procédures et étouffa l’affaire car cela donnerait des munitions à la propagande soviétique. Deterding allait devenir un fervent supporteur d’Hitler et fut éventuellement forcé à démissionner. L’Accord d’Achnacarry succédait à l’Accord de la Ligne Rouge de 1928, qui concernait un cartel oeuvrant au sein de l’ancien Empire Ottoman.

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En 1933, le gouvernement Saoudien octroya une concession à la Standard Oil of California (Chevron), ce qui marqua l’entrée des américains dans ce pays, qui allaient opérer sous l’égide de l’Aramco, un consortium formé entre autres d’Exxon et de Caltex. Le gouvernement américain tenta d’acheter une part dans l’entreprise, mais n’y parvint pas. Elle fut nationalisée à 60% par les Saoudiens en 1976.

En 1945, le Président Roosevelt rencontra le roi Ibn Seoud à bord de l’USS Quincy ancré au milieu du canal de Suez. Un accord secret et historique fut conclu entre les deux parties conférant la sécurité au royaume saoudien en échange d’un approvisionnement fiable en pétrole abordable.

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Dans les années 1940s, Exxon partagea le brevet permettant de faire du carburant synthétique avec l’entreprise de produits chimiques allemande IG Farben. En échange, Exxon pu développer sa capacité à fabriquer du caoutchouc synthétique. IG Farben allait éventuellement être déclarée coupable de crimes de guerre (incluant l’utilisation de main d’oeuvre forcée et la fabrication du gaz Zyklon B utilisé dans les camps de concentration). L’entreprise fut ensuite démantelée (certaines des parties sont devenues Bayer, Hoechst, AGFA, Sanofi et BASF). Exxon ne reçut qu’une amende de $50,000 pour sa collaboration avec l’ennemi Nazi, même si le président Truman qualifia ses actes de « pure trahison ».

Durant la seconde guerre mondiale, l’approvisionnement en pétrole était critique. Les forces alliées bénéficiaient de la production américaine, qui fournissait les deux-tiers de leurs besoins, même si plusieurs cargo pétroliers furent coulés par les U-boats dans l’Atlantique. Ainsi, l’Ultra fut un élément important de la victoire alliée, permettant de déchiffrer le code allemand Enigma et de se protéger des U-Boats.

Pour les Allemands, le carburant synthétique ne suffisait pas, il leur fallait saisir les champs de Bakou, sous contrôle de l’URSS, ce pourquoi ils décidèrent d’envahir ce pays. L’échec de cette campagne sonna le glas du Troisième Reich.

En ce qui concerne le Japon, il ne faut pas oublier que ce fut un embargo sur les exportations de pétrole vers ce pays qui motiva l’attaque sur Pearl Harbor. Le Japon chercha ensuite à assimiler de la production pétrolière en Asie du Sud-Est.

Cette carte montre l’évolution du front de l’Est, où on voit clairement que les Nazis se dirigent vers Bakou.

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Au début des années 1950s, le nouveau président Iranien, Mohamed Mossadegh, voulu nationaliser l’Anglo-Iranian (BP). Un coup d’état fut alors organisé par les américains et les britanniques pour évincer Mossadegh du pouvoir; il fut emprisonné en 1953 et le Shah fut remis en place. Suite à ces événements, les compagnies pétrolières américaines se retrouvèrent avec 55% de la production iranienne comparativement à 14% en 1938.

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Au Venezuela, en 1948, le gouvernement de l’Action Démocratique voulu réviser les accords conclus avec les entreprises pétrolières de manière à augmenter les redevances versées à l’État. Le président fut vite évincé par une junte supportée par les États-Unis de manière à préserver les intérêts d’Exxon. À l’époque, la Creole Petroleum Corporation était le premier producteur de pétrole au monde et appartenait à Standard Oil of New Jersey (Exxon) depuis 1928. Elle allait être nationalisée par PDVSA en 1976.

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En 1949, la CIA organisa un coup d’état contre le gouvernement de la Syrie parce qu’il avait refusé d’approuver le TAPLINE, un oléoduc qui devait transporter le pétrole saoudien vers la Méditerranée en traversant la Syrie. Suite au coup, le projet fut immédiatement approuvé. En 2011, le président Bachar Al-Assad s’est opposé au Qatar Pipeline, favorisant plutôt l’Islamic Pipeline, qui expédierait du gaz iranien vers l’Europe, de manière à préserver les intérêts de l’allié d’Al-Assad, la Russie, qui tient l’Europe en otage grâce à son gaz.

Cette carte montre les deux projets.FCP8

Au début des années 1950s, les Américains ont tenté de contrer le nationalisme d’Abdel Nasser en aidant des Islamistes radicaux tels que les Frères Musulman en Égypte, qui ont tenté d’assassiner Nasser peu de temps après son arrivée au pouvoir. En 1955, Nasser a annoncé la nationalisation du Canal de Suez. Les Britanniques et les Français sont intervenus militairement pour protéger leur intérêts, mais furent forcés de se retirer sous la pression des États-Unis, de l’URSS et des Nations Unies. Le canal fut fermé entre octobre 1956 et mars 1957.

Nasser

En 1959 et 1960, les compagnies pétrolières décidèrent de réduire le prix affiché du pétrole, ce qui eut comme impact de réduire significativement les redevances perçues par les gouvernements des pays producteurs. En septembre 1960, les ministres pétroliers du Venezuela et de l’Arabie Saoudite organisèrent la conférence de Bagdad, qui fut suivie de la naissance de l’OPEP. Le cartel fut initialement peu efficace car l’Arabie Saoudite ne collaborait pas suffisamment vu son alignement avec les États-Unis…jusqu’à l’embargo de 1967.

Dans les années 1960s, la Lybie a développé ses champs pétrolifères par l’entremise d’entreprises indépendantes plutôt que par des entreprises majeures (i.e. les Sept Soeurs). Leur pétrole est de haute qualité, est produit à faible coût et peut facilement être expédié en Europe par la Méditerranée (ce qui fut un avantage stratégique majeur durant la crise du Canal de Suez entre autres). En 1956, le Dr Armand Hammer acheta une petite entreprise pétrolière près de la faillite pour $50,000. Cette entreprise, Occidental Petroleum, n’opérait qu’un seul puits près de Los Angeles, ne produisant que 100 barils par jour. En 1968, il obtint deux concessions très convoitées en Lybie, sur 4,500 kilomètres carrées dont 150 kilomètres de côte maritime. Il remporta cette enchère grâce à un dépôt anonyme dans les comptes de banques suisses de  gens faisant partie de l’entourage du roi Idriss.

OXY y découvrit l’un des plus gros gisements en 1967, qui à un certain moment produisait jusqu’à 500,000 barils par jour. En 1969, Kadhafi orchestra un coup d’état contre le roi Idriss. Après avoir pris le pouvoir, il voulut nationaliser l’industrie pétrolière du pays, mais décida finalement que de nationaliser OXY car celle-ci n’avait pratiquement aucune autre source de production. Un an plus tard, le nouveau premier ministre accepta de laisser aller les actifs d’OXY en échange de redevances et taxes plus élevées, mais en 1973, OXY vendit une part de 51% de ses actifs lybiens au gouvernement pour $136 millions.

En 1971, la politique énergétique de Richard Nixon visait à réduire la dépendance des États-Unis aux importations de pétrole. Cela requerrerait des investissements massifs dans la production domestique, lesquels nécessitaient des prix beaucoup plus élevés pour être justifiés. À l’époque, plusieurs entreprises pétrolières américaines étaient en difficultés financières. En octobre 1973, les pays de l’OPEP décidèrent de faire augmenter les prix, dix jours après que l’Égypte et la Syrie aient attaqué Israël. En 1974, les profits des 30 plus grosses entreprises pétrolières augmentèrent de 71%.

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Durant les années 1980s, dans le dernier droit de la guerre froide, les États-Unis avaient trois moyens de mettre de la pression sur l’URSS. Premièrement, en aidant le Front de Solidarité en Pologne, deuxièmement en finançant et armant les rebelles Moudjahidines en Afghanistan, et troisièmement en réduisant les entrées de devises fortes provenant des exportations de pétrole soviétique. Un mouvement d’un dollar du prix du pétrole équivalait à un milliard de dollar d’entrées de fonds en URSS. Les Américains ont donc demandé à l’Arabie Saoudite d’augmenter la production pour faire diminuer le prix du pétrole, suite à la première visite officielle du Roi Fhad à Washington en 1985. Leur production est passée de 2 à 10 millions de barils par jour et le prix du pétrole s’est effondré à $10 en 1986. Les Américains ont aussi mis en place des embargos, incluant sur des technologies utilisées en Europe pour la construction du pipeline Euro-Sibérien, qui aurait transporté 8 milliards de pieds carrés de gaz naturel par jour vers l’Europe et généré 32 milliards de dollars par années en entrées de fonds. Les soviétiques n’arrivaient pas à obtenir des entrées de fonds par la vente d’armes non plus car leurs clients subissaient aussi l’impact de la baisse du prix du pétrole. L’URSS implosa en 1989.

Voici des Moudjahidines à la Maison Blanche avec Reagan. L’un de leurs chefs, Oussama Ben Laden, se retournera éventuellement contre les américains…

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La similarité avec la situation actuelle est frappante. La Russie est intervenue en Ukraine en 2014 et supporte le régime de Bachar Al-Assad contre les rebelles. L’Arabie Saoudite a fortement augmenté sa production, déprimant le prix du pétrole. Les Américains supportent les rebelles en Syrie contre Al-Assad et ont conclu un accord avec l’Iran qui fait encore plus diminuer le prix du pétrole en raison de l’augmentation de l’offre de pétrole qui en résulte. Est-il possible que les américains aient demandé aux saoudiens d’augmenter la production pour affaiblir les entrées de fonds de la Russie et tempérer les aredeurs de Vladimir Poutine?

Dans les années 1980s, durant le conflit Iran vs Iraq, le gouvernement américain a prêté main forte à Saddam Hussein malgré son utilisation criminelle du gaz sarin. La plupart de l’armement iraquien provenait de l’URSS, mais les soviétiques supportaient l’Iran dans cette guerre. En 1972, les actifs de l’Iraq Petroleum Company furent nationalisés.

Dans les années 1950s, le gouvernement du Koweit a octroyé une concession à l’entreprise de Geroges H.W. Bush (Zapata). En 1988, le Koweit a augmenté sa production en provenance de gisements situés dans une région réclamée par l’Irak. De plus, Saddam Hussein voulait avoir un meilleur accès au Golfe Persique. En 1990, il lança l’invasion du Koweit. Les américains craignaient alors que cela permettrait à Saddam de dicter la politique énergétique mondiale. Et comme les Bush en devait une au gouvernement du Koweit, les américains déclarèrent la guerre à l’Irak et repoussèrent l’invasion.

Donald Rumsfeld qui serre la main de Saddam:

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En 2003, la production du Nigéria, du Venezuela et de l’Iraq diminua significativement, alors que celle de la Mer du Nord déclina de 5%. L’Arabie Saoudite ne fut pas en mesure de combler le manque à gagner, ce qui causa une forte hausse du prix. En 2004, durant la campagne présidentielle, John Kerry critiqua Georges W. Bush pour son incapacité à faire diminuer le prix du pétrole. Durant l’été 2004, pour aider leur candidat favori, les Saoudiens augmentèrent la production pour faire baisser le prix. Un prix plus bas à la pompe favorise toujours le candidat au pouvoir.

L’oléoduc Baku-Tbilisi-Ceyhan débute en Azerbaïdjan et se dirige vers la Turquie, de manière à approvisionner l’Europe sans avoir à traverser la Russie. Il entra en service en 2006, mais dès 2008, les Russes se mirent à intervenir dans la région en soutenant les mouvements d’indépendance en Ossétie du Sud. Les Russes allèrent même jusqu’à déplacer les jalons de la frontière de cette région de manière à inclure une portion du pipeline BTC!

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Voici un excellent documentaire basé sur le livre:

https://minarchiste.wordpress.com/2016/01/18/la-face-cachee-du-petrole/

[Dé-dollarisation] La Russie casse le monopole de Wall Street sur la cotation du pétrole (F. William Engdahl)

Pour compléter cet article de l’expert reconnu qu’est William Engdahl, il peut être utile de relire l’excellente analyse de fond publiée sur le blog fin 2014 :Comprendre la géopolitique de la troisième guerre mondiale. OD

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« La Russie a tout simplement pris d’importantes mesures qui, au moins pour une énorme partie du marché pétrolier mondial, briseront le monopole actuel de Wall Street sur la cotation du pétrole. Ces mesures font partie d’une stratégie à long terme visant en particulier à découpler le dollar US de la très importante exportation pétrolière russe, aujourd’hui talon d’Achille de l’économie russe.

En novembre dernier, le ministère de l’Énergie russe a annoncé qu’il allait commencer à tester le négoce de son pétrole coté sous son nouveau standard. Bien que cela puisse sembler de la petite bière pour beaucoup, c’est capital. En cas de succès, et il n’y a aucune raison pour que ce n’en soit pas un, le prix standard du contrat à terme pour le pétrole brut russe sera négocié sur les marchés russes, et son prix sera fixé en roubles et non plus en dollars US. Cela fait partie de la démarche de dé-dollarisation discrètement lancée par la Russie, la Chine et un nombre croissant d’autres pays.

La cotation standard du pétrole est au cœur de la méthode utilisée par les grandes banques de Wall Street pour contrôler les prix mondiaux du pétrole. Le pétrole est la plus importante matière première négociée en dollars dans le monde. Aujourd’hui, le prix du pétrole brut russe est référencé à ce qui est appelé le standard Brent. Le problème est que le gisement Brent, et d’autres grands champs pétrolifères de mer du Nord, étant en grand déclin, cela signifie que Wall Street peut utiliser un étalon dégressif pour tirer profit du contrôle de volumes de pétrole extrêmement plus grands. L’autre problème est que le contrat Brent est contrôlé essentiellement par Wall Street et les manipulations de dérivés des banques, comme Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP MorganChase et Citibank.

La disparition du « pétrodollar »

La vente de pétrole libellée en dollars est essentielle pour soutenir le dollar US. À son tour, le maintien de la demande de dollars des banques centrales du monde – afin d’alimenter les réserves de change servant à financer le commerce extérieur des pays comme la Chine, le Japon ou l’Allemagne – est essentiel pour que le dollar US garde le statut de première monnaie de réserve mondiale. Ce statut est l’un des deux piliers de l’hégémonie US depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, son deuxième pilier étant sa suprématie militaire mondiale.

Les USA financent leurs guerres avec l’argent des autres

Comme toutes les autres nations ont besoin de dollars pour payer leurs importations pétrolières et de la plupart des autres matières premières, les pays comme la Russie ou la Chine investissent en général les dollars excédentaires gagnés par le commerce de leurs sociétés, sous la forme d’obligations et de titres similaires du régime US. Le seul autre candidat assez grand, l’euro, est considéré comme plus risqué depuis la crise grecque de 2010.

Depuis août 1971, époque où le dollar US n’a plus été adossé à l’or, son rôle de première monnaie de réserve a essentiellement permis au régime US d’entretenir un déficit budgétaire apparemment infini, sans avoir à se soucier de la montée des taux d’intérêt, comme s’il disposait d’un crédit par découvert permanent à sa banque.

En fait, cela a permis à Washington de créer sans grand souci une dette fédérale de 18 600 milliards de dollars. Aujourd’hui, la dette du régime US se monte à 111% de son PIB. En 2001, quand George W. Bush a pris ses fonctions et avant la dépense de milliards dans la « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan et en Irak, la dette se montait à environ la moitié, soit 55% du PIB. À Washington, ils disent avec désinvolture que « la dette est sans importance », car ils supposent que le monde – Russie, Chine, Japon, Inde, Allemagne – achètera toujours de la dette US avec les dollars des excédents commerciaux. La capacité de Washington à maintenir le dollar dans le rôle de première monnaie de réserve, une priorité stratégique pour Washington et Wall Street, est liée avant tout à la cotation des prix pétroliers mondiaux.

Dans la période allant jusqu’à la fin des années 1980, les prix du pétrole étaient largement déterminés par l’offre et la demande mondiale quotidienne réelle. C’était du ressort des acheteurs et des vendeurs de pétrole. Ensuite, Goldman Sachs décida d’acheter J. Aron, un petit courtage de matières premières de Wall Street, dans le but de transformer le négoce pétrolier sur les marchés mondiaux.

Ce fut l’avènement du « pétrole papier », du pétrole négocié à terme, des contrats affranchis de la livraison physique du pétrole brut. C’était plus facile pour les grandes banques à manipuler sur la base de rumeurs et des magouilles du marché des instruments dérivés, car une poignée de banques de Wall Street dominaient le négoce pétrolier à terme et savaient précisément qui tiendrait telle ou telle position ; un rôle d’initié commode, rarement mentionné en bonne société. Ce fut le début de la transformation du négoce pétrolier en un casino dans lequel Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP MorganChase et quelques autres banques géantes de Wall Street font marcher des tables de saloperies.

En 1973, suite au bond du prix du pétrole de l’OPEP d’environ 400% en quelques mois, après la guerre du Kippour d’octobre 1973, le Trésor US envoya un émissaire de haut vol à Riyad, en Saoudie. En 1975, Jack F. Bennett, Secrétaire adjoint au Trésor US, fut envoyé rencontrer la monarchie saoudienne pour fixer un accord selon lequel tout le pétrole saoudien et de l’OPEP sera négocié uniquement en dollars US, pas en yen japonais ni en mark allemand, avec aucune autre devise. Bennett obtint ensuite un poste privilégié chez Exxon. En retour et depuis ce moment, les Saoudiens ont obtenu d’importantes garanties et des équipements militaires. Depuis ce jour, en dépit de grands efforts des pays importateurs, le pétrole est vendu sur les marchés mondiaux en dollars et sa cotation est du ressort de Wall Street par le biais du contrôle des dérivés ou des marchés à terme comme Intercontinental Exchange ou ICE de Londres, la bourse de marchandises NYMEX de New York, ou Dubai Mercantile Exchange, qui fixe les prix standards du brut arabe. Tous appartiennent à un groupe très soudé de banques de Wall Street – Goldman Sachs, JP MorganChase, Citigroup et d’autres. À l’époque, le Secrétaire d’État Henry Kissinger aurait déclaré : « Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez toutes les nations. » Le pétrole est au cœur du Système Dollar depuis 1945.

L’importance du standard pétrolier russe

Le prix du pétrole russe exporté est fixé de nos jours par le standard Brent négocié à Londres et à New York. Avec le lancement du standard commercial russe, cette situation est censée changer, sans doute très dramatiquement. La nouvelle transaction de brut russe en roubles, et non en dollars, se négociera au St. Petersburg International Mercantile Exchange (SPIMEX).

Actuellement, le standard Brent ne sert pas seulement à fixer le prix du pétrole brut russe. Il sert d’étalon à plus des deux tiers de toutes les exportations pétrolières mondiales. Le problème est que la production en mer du Nord diminue au point de ne produire aujourd’hui qu’à peine un million de barils de mélange Brent, et qu’il fixe le prix de 67% de la totalité du pétrole négocié à l’international. Une fois qu’il sera accepté, il se pourrait que le négoce en rouble russe amenuise grandement la demande de pétrole en dollars.

La Russie étant le plus grand producteur pétrolier mondial, la création d’un standard pétrolier russe indépendant du dollar est importante, pour ne pas en dire plus. En 2013, la Russie a produit 10,5 millions de barils par jour, soit légèrement plus que la Saoudie. Comme le gaz naturel est principalement utilisé en Russie, 75% de son pétrole peut être entièrement exporté. Achetant 3,5 millions de barils par jour, soit 80% du total des exportations de pétrole russe, l’Europe est de loin le principal client de la Russie. Le mélange Oural, un mélange de divers pétroles russes, est la principale qualité de pétrole exporté par la Russie. Les principaux clients européens sont l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne. Pour mettre en perspective le standard pétrolier russe, la production des autres grands fournisseurs de pétrole brut de l’Europe – Saoudie (890 000 barils par jour), Nigeria (810 000 bpj), Kazakhstan (580 000 bpj) et Libye (560 000 bpj) – reste à un niveau très inférieur à celui de la Russie. En outre, la production intérieure de pétrole brut décline rapidement en Europe. La production pétrolière européenne est tombée juste sous les 3 millions de barils par jour en 2013, à la suite de la baisse constante en mer du Nord, qui est la base du standard Brent.

La fin de l’hégémonie du dollar serait bonne pour les USA

La démarche des Russes visant à coter en roubles, au St. Petersburg International Mercantile Exchange, le prix des grandes exportations de pétrole vers les marchés mondiaux, en particulier vers l’Europe occidentale, et de plus en plus vers la Chine et l’Asie via l’oléoduc ESPO et d’autres itinéraires, n’est pas la seule mesure visant à réduire la dépendance du pétrole au dollar. Un jour ou l’autre au début de l’an prochain, la Chine, deuxième plus grand importateur de pétrole du monde, prévoit de lancer son propre standard pour ses transactions pétrolières. Comme le russe, le standard chinois ne sera pas libellé en dollars, mais en yuans chinois. Il sera coté au Shanghai International Energy Exchange.

Étape après étape, la Russie, la Chine et d’autres économies émergentes prennent des mesures pour réduire leur dépendance au dollar US, pour se « dé-dollariser ». Le pétrole est la plus importante matière première négociée dans le monde et son prix est presque entièrement fixé en dollars. Si cela cessait, le complexe militaro-industriel étasunien aurait un grave problème, il serait dans l’incapacité de faire ses guerres sans fin.

Peut-être que cela ouvrirait la porte à des idées plus pacifiques, du genre dépenser l’argent du contribuable pour reconstruire l’infrastructure économique de base horriblement détériorée aux USA. En 2013, l’American Society of Civil Engineers a estimé à 3600 milliards de dollars l’investissement dont aura besoin l’infrastructure de base au cours des cinq prochaines années. Son rapport indique qu’un pont sur neuf, plus de 70 000 dans tout le pays, est déficient. Près d’un tiers des routes principales sont en mauvais état. Seulement deux des quatorze principaux ports de la côte Est seront adaptés aux cargos de très gros tonnage qui viendront bientôt en passant à travers le canal de Panama nouvellement élargi. Il existe plus de 22 530 kilomètres de lignes ferroviaires à grande vitesse en fonctionnement dans le monde, mais aucune aux USA.

Les dépenses dans l’infrastructure de base seraient une source de bénéfice économique bien plus conséquente en matière de vrais emplois et de vraies recettes fiscales que les autres guerres sans fin de John McCain. L’investissement dans les infrastructures, comme je l’ai déjà écrit, a un effet multiplicateur de création de nouveaux marchés. L’infrastructure crée l’efficacité économique et des recettes fiscales rapportant environ onze fois chaque dollar investi, parce que l’économie tourne mieux.

Avec un très grand déclin du rôle de monnaie de réserve mondiale du dollar, si comme l’ont fait les Russes, les USA se recentraient sur la reconstruction de l’économie intérieure, au lieu de tout externaliser, cela pourrait rééquilibrer de façon importante un monde devenu fou de guerres. Paradoxalement, en privant Washington de la capacité de financer ses guerres futures par l’investissement dans la dette du Trésor US des Chinois, des Russes et des autres acheteurs d’obligations étrangères, la dé-dollarisation pourrait constituer une précieuse contribution à la véritable paix dans le monde. Ne serait-ce pas un agréable changement ? »

F. William Engdahl, le 11 janvier 2016 (via Mondialisation.ca)

Source originale : New Eastern Outlook

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2016/01/19/de-dollarisation-russie-monopole-wall-street-cotation-petrole-engdahl/

Le trou noir de l’or noir

15 Janvier 2016 , Rédigé par Observatus geopoliticus /Chroniques du grand jeu

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L’inexorable chute des cours du pétrole commence à avoir de sérieuses conséquences, les gros bras géopolitiques – à l’échelle mondiale (Etats-Unis, Russie) ou régionale (Arabie Saoudite, Iran) – étant également les plus gros producteurs d’or noir. Or, tous se retrouvent maintenant face à des défis difficiles.

En ouvrant les vannes afin de conserver leurs parts de marché (= mater la concurrence du schiste US, punir financièrement la Russie et couper l’herbe sous le pied de l’Iran « désanctionné »), les Seoud ont joué une carte bien dangereuse. Le gambit de Riyad n’a guère fonctionné jusqu’ici, pénalisant principalement l’Arabie Saoudite elle-même. Le déficit explose, les mesures d’austérité sont multipliées… Dangereux dans un pays où la dynastie régnante domine grâce à l’achat des fidélités des différents groupes sociaux/tribus/camarillas princières. Certains analystes considèrent même que Riyad est désormais à genou.

Mais les Seoud semblent décidés à entraîner tout le monde dans leur chute. Et d’abord l’ancestral ennemi perse. Si, avec la levée des sanctions, l’Iran comptait revenir en fanfare sur le marché pétrolier, c’est raté. Riyad a gâché le retour de Téhéran sur la scène internationale et plusieurs projets énergétiques sont annulés. L’OPEP survivra-t-elle à la lutte sans merci entre les deux rivaux ? Rien n’est moins sûr…

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Les Etats-Unis ne sont pas dans une position beaucoup plus enviable et un site aussi sérieux queOilprice.com se pose ouvertement la question de savoir si le schiste américain a atteint son point de capitulation. Le nombre de forages s’écroule et les producteurs n’ont plus de cash flow. Les banques ayant prêté à fonds perdus, la réaction en chaîne risque d’être pour le moins rude. Et comme si cela ne suffisait pas, la spirale déflationniste de l’or noir sabote le rôle du pétrodollar, déjà sérieusement remis en cause par la Russie et les BRICS.

Russie justement. Si l’ours a l’habitude de faire le gros dos et de gagner toutes les guerres d’usure auxquelles il a pris part, l’écroulement du prix du pétrole n’est pas sans conséquences. Certes, la situation financière de la Russie reste l’une des plus saines du monde, mais les revenus liés aux exportations d’or noir suivent sa cotation. Ainsi, de nouvelles coupes dans le budget fédéral semblent prévues (- 10%), qui remettent en cause certains projets, notamment spatiaux.

Le harakiri des Seoud provoque de sérieuses ondes de choc, tant au Texas qu’en Sibérie, ajoutant encore un peu plus à la complexité du grand jeu planétaire. La guerre d’usure est déclarée, qui fera ses victimes ; ceux qui y résisteront en sortiront renforcés.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2016/01/le-trou-noir-de-l-or-noir.html

EN BANDE SON

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  1. Le prix du pétrole n’as pas fait autres chose que de se calquer a l’augmentation de la masse de crédit. Il a compenser les pertes US dut aux subprimes. La mondialisation aussi a pousser toutes les valeurs a la hausse. Mais il y a un moment ou il faut bien prendre les bénéfices et ralentir la surchauffe du système financier. Le constat que je peux faire et que cette guerre économico/financière semble se calmer. C’est d’ailleurs une guerre a la pyrus ou tous les acteurs y on perdu des billes. Il faut donc revenir a une sorte de trêve. Et c’est pour moi se qu’il semble se passer. Sachant que toute l’extraction est dépendante des énergie fossiles faire baisser ces dernières redonne une marge bénéficiaire. Faire baisser le prix des actifs redonne aussi une marge bénéficiaire et surtout de manoeuvre a tout le système. Les bulles ont toute comme destin d’exploser soit brutalement soit rapidement. Le système financier doit donc lui aussi se réduire et éponger ces dettes sur le dos d’une partie des acteurs petit et grand qui croit que l’argent se gagne sans un minimum de travail. Et se travail minimum consiste a bien comprendre les règles du jeux. La règle étant la trappe a liquidité ou l’argent placé sur les actifs et bloqué pour cause de grosse pertes pendant le temps nécessaire. Un petit porteur qui a perdu 20% reste coincé pendant qu’un gros porteur a qui il reste du cash pourra toujours rééquilibrer son portefeuille a la baisse en augmentant ses positions et en diminuant sa perte a moindre cout. Et dans le meilleur des cas vendre avec 10% de perte et racheter a moins 20%. Puisque vendre fera baisser.
    En fait tout le monde s’inquiète de la monté mais aussi de la descente. Alors qu’il est possible de gagner dans les deux sens. Ceux qui perdent sont ceux qui n’ont pas compris a quelle jeux il jouent. L’or produit en 2000 avec un pétrole a 20 n’était pas déficitaire si je me souviens bien. Pourquoi en serait’il autrement en 2016. Les gogos qui l’on payer cher n’ont pas compris que se n’était rien d’autre qu’un moyen comme un autre de vendre cher quelque chose qui ne le valait que dans un système de bulle. lorsque les bulles craque toutes les autres doivent suivre. Le gain du système consiste uniquement a ne plus rétribuer d’intérêts sur les placements et a crée un grand transfert de richesse pour la création de bulle. C’est avec votre argent placé qu’il font tout monté et vous vous n’y gagné jamais rien car vos gains d’un coté créeront une forte augmentation des prix d’un autre. Tout au plus vous pouvez espérer ne rien perdre si vous ètes capable de changer de support et de ne pas resté bloqué sur un.
    Le système financier a depuis 2000 connu 3 retournement avec toujours le même jeux, l’éclatement d’une bulle permet d’en créer une nouvelle sur un nouveau type d’actif. Il semblerait que se petit jeux soit contre productif même si d’un point de vue guerrier il est compréhensible. Il consiste a créer des trappe a liquidité ou seront bloqué certains acteurs et pas d’autres.

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  2. Jeudi 21 janvier 2016 :

    Menace terroriste : sept sites placés sous haute surveillance.

    Selon les informations de France 3 Midi-Pyrénées, la France estime que 7 sites pourraient être les cibles d’attaques terroristes simultanées.

    Comme l’explique France 3 Midi-Pyrénées, les 7 lieux suivants seraient concernés :

    Zone de La Défense à Paris (risque d’attaque par un drone ou avion piégé)
    Le Pont de Saint-Nazaire
    La zone aéroportuaire de Toulouse (attentat suicide et fusillade)
    La zone portuaire de Marseille-Fos (drone ou avion piégé)
    La zone hydrocarbures de Lyon-Sud (voiture piégée)
    Le Parlement européen de Strasbourg (fusillade)
    Le Musée Européen de Lille (attentat suicide)

    http://www.lepoint.fr/politique/menace-terroriste-sept-sites-places-sous-haute-surveillance-21-01-2016-2011739_20.php

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  3. il y a je crois une emission pdcast france culture avec l’auteur tres bien

    quelques notes:
    l’irak, le train turquie irak allemand est la CAUSE avec le glut de la premiere guerre mondiale

    « Durant la seconde guerre mondiale, l’approvisionnement en pétrole était critique. Les forces alliées bénéficiaient de la production américaine, qui fournissait les deux-tiers de leurs besoins,  »

    les forces nazis beneficiaient aussi du petrole synthetique US

    +-« le japon assimilait le petrole en asie
    le Japon avait mis la main sur TOUT le petrole en Asie, (sous entendu 0 pour us)

    +-« saddam hussein envahit le koweit, les us…
    les us donnerent l’autorisation à saddam hussein pour envahir le koweit, puis les us se retournerent contre lui (vous noterez le parallele avec daesh, on peut parler de koweit inversé car c’est les russes qui arrivent puis dans un second temps les us

    faut bien comprendre ceci pour comprendre que les dés sont pipés en irak
    us et russie se parlent et vont mettre au pas tout le monde dans la zone

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  4. Si j’avais des actifs en dollar. Il est encore temps de prendre les bénéfices. Surtout si on a besion de dollar. Sinon vendre du dollar acheter 1.6 dollar pour 1 euros. C’est le jack pot 🙂 🙂 Trop de plat c’est toujours propice a une descente 🙂 🙂
    amuser vous bien avec l’argent des centaines de millions d’épargnants qui on été floué et se n’est pas fini. C’est la trappe a liquidité, coincé avec un titre qui a perdu de la valeur, de l’argent bloqué. Mais en tout cas les ricains ont fait le plein. Il se foutent du pognon ils l’imprime au bon moment, lorsque c’est bas et non lorsque c’est déjà haut. M’enfin cela leur a couté cher, et revendre c’est encaisser…

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