Art de la guerre monétaire et économique

Géopolitique Friction – Le Monde selon Steve Bannon : Du changement dans le triangle Etats-Unis, Russie, Chine et la patte d’Henry….

Du changement dans le triangle Etats-Unis, Russie, Chine

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Par Jim Rickards Chronique Agora 13 Janvier 2017

Le président Obama a mené la politique étrangère la plus délétère de tous les présidents des Etats-Unis depuis Woodrow Wilson.

Ce n’est pas seulement en raison de cet ambassadeur mort dans les rues de Benghazi, de cette ligne rouge bidon, en Syrie, qui a provoqué 400 000 morts, deux millions de blessés et deux millions de réfugiés, de l’Egypte tombée aux mains des islamistes radicaux, ou de l’habilitation d’un régime terroriste en Iran.

Ces évènements à eux seuls permettent de classer Obama au rang des pires présidents en matière de politique étrangère. L’erreur la plus flagrante qu’il ait commise est bien pire : il s’agit de son incapacité à cerner cette dynamique de l’équilibre du pouvoir entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine.

Le monde compte trois grandes puissances : les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Toutes les autres nations représentent des alliés secondaires ou tertiaires de ce trio. Au sein d’un système comptant trois puissances, l’objet de la politique étrangère, pour une première puissance, est de s’aligner avec l’une des deux autres au détriment de la troisième.

Le retour en grâce américaine de la Russie évincée

Une grande puissance qui ne mène pas cette politique devient victime de l’alliance entre les deux autres. Cette alliance n’a pas besoin d’être permanente. Elle peut évoluer, comme cela s’est produit avec l’ouverture de Nixon sur la Chine, qui a placé la Russie sur la défensive et provoqué, au bout du compte, la chute de l’Union soviétique.

Cette dynamique n’est pas difficile à comprendre. Des joueurs de Risk, le jeu de société géostratégique, savent que si la partie commence avec six joueurs, elle évolue rapidement vers trois survivants. A ce stade, il est impératif que deux des joueurs s’allient et détruisent le troisième en l’attaquant systématiquement, tout en évitant de s’attaquer l’un l’autre. La victime est rapidement rayée de la partie.

Bien entendu, la géopolitique est plus complexe qu’une partie de Risk. Les joueurs sont rarement éjectés de la partie. Le fait de poursuivre leurs objectifs nationaux les avantage ou désavantage temporairement, simplement. Mais, ces dynamiques triangulaires, à deux contre un, sont fondamentalement identiques. Bismarck le savait bien. Kissinger aussi. Mais Obama, non.

Obama a adhéré à une idéologie mondialiste dépourvue de toute corrélation avec le monde réel, en dehors des amphithéâtres universitaires et des salons de Georgetown. Dans le monde selon Obama, les Etats nations sont un problème et non une solution.

Les Etats nations dissolus dans un « gouvernement mondial » ?

Les objectifs mondiaux sur des questions telles que le changement climatique, le commerce, le plan de fiscalité mondiale de l’OCDE, et la monnaie mondiale du FMI, exigent des institutions mondiales. Les Etats nations constituent des obstacles temporaires jusqu’à ce qu’une gouvernance mondiale puisse se construire au travers d’institutions transnationales non démocratiques.

Pendant ce temps, la Russie et la Chine n’ont jamais perdu de vue leurs intérêts nationaux. Alors que leurs leaders participaient scrupuleusement aux mêmes évènements multilatéraux qu’Obama, tels que le G20, le FMI et les sommets régionaux, ces deux pays ont toujours placé la Russie et la Chine en premier. Pour eux, le monde est un endroit dangereux au sein duquel l’intérêt national doit être impitoyablement mis en avant. Rien à voir avec la vision d’Obama de l’ordre mondial, auréolée d’illusions mondialistes naïves.

Les ennemis historiques – Chine et Russie – alliés sur le dos des Etats-Unis

Ce réalisme pur et dur de la Russie et de la Chine, associé au manque de réalisme d’Obama, a abouti au pire résultat possible pour les Etats-Unis. La Russie et la Chine ont étroitement mêlé leurs destins et sont en train de créer une solution alternative durable au système fondé sur le dollar, qui date de l’après-guerre et que les Etats-Unis dominent.

Ces initiatives russo-chinoises comprennent notamment une coopération de plus en plus forte entre les BRICS, l’Organisation de Coopération de Shanghai, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, la Nouvelle Route de la Soie, et des actions conjointes en matières de systèmes d’armement et d’aérospatiale.

Plus menaçant encore : au cours de ces 10 dernières années, la Russie a augmenté ses réserves d’or de 203%, et la Chine de 570%, selon les estimations. Une telle accumulation d’or n’a d’autre but que de poser les fondations d’un système monétaire international qui ne serait pas basé sur le dollar. Aucune grande puissance ne tient longtemps, sans une monnaie solide. Lorsque l’on ne fera plus confiance au dollar, la puissance américaine chutera avec lui.

Obama a commis une bourde car il a permis à la Russie et à la Chine d’appliquer la dynamique du deux contre un, et de faire des Etats-Unis celui qui est de trop. Heureusement, il n’est pas trop tard pour inverser cette dynamique. Les signes émanant du gouvernement Trump sont encourageants. Les premiers actes de Trump, et ses premiers rendez-vous, suggèrent qu’il comprend la position précaire des Etats-Unis, et qu’il se mobilise déjà en vue de modifier le statu quo.

Le retour des Etats-Unis vers un allié naturel

La Russie représente un allié plus naturel, pour les Etats-Unis, que la Chine. La Russie est dotée d’un système parlementaire, à connotations autocratiques, certes. La Chine, quant à elle, est une dictature. La Russie a réhabilité l’église Orthodoxe, au cours de ces dernières décennies. La Chine, elle, est officiellement athée. La Russie encourage la croissance démographique alors que la politique de l’enfant unique, en Chine, ainsi que les avortements sélectifs, ont abouti à la mort de plus de vingt millions de fillettes.

Ces aspects culturels — les élections, le Christianisme et la famille — confèrent à la Russie des affinités naturelles avec les nations occidentales. Militairement, la Russie est également supérieure à la Chine, en dépit des récents progrès de ce pays. Dans le cadre d’un scénario à deux contre un, ces éléments font de la Russie un allié plus souhaitable.

L’argument le plus fort pour choisir la Russie en vue de mettre la Chine en échec, c’est l’énergie. Les Etats-Unis et la Russie sont les deux plus grands producteurs d’énergie dans le monde. La production énergétique américaine va encore augmenter, avec le soutien du gouvernement Trump.

La production russe va également augmenter, en partie grâce aux initiatives menées par Rex Tillerson, d’Exxon, bientôt Secrétaire d’Etat. La Chine a peu de réserves de pétrole et de gaz naturel et s’appuie largement sur du charbon « sale » et de l’énergie hydraulique. Le reste des besoins en énergie de la Chine est couvert par l’importation.

Une alliance dans l’énergie pour renverser le parti communiste chinois

Une alliance énergétique entre les Etats-Unis et la Russie, soutenue par l’Arabie Saoudite, pourrait mettre en péril l’économie chinoise et, par extension, la position du Parti communiste chinois. Cette menace est suffisante pour s’assurer que la Chine se plie aux objectifs américains.

L’émergence d’une entente entre les Etats-Unis et la Russie pourrait également aboutir à un allègement des sanctions économiques que l’Occident a infligées à la Russie. Cela ouvrirait la porte à une alliance entre l’Allemagne et la Russie. Ces deux économies sont presque parfaitement complémentaires dans la mesure où l’Allemagne est riche en ressources technologiques et pauvre en ressources naturelles, et que la Russie est dans la situation contraire.

L’isolement de la Russie est une mission perdue d’avance. L’économie russe est douzième au rang mondial. Le pays détient le territoire le plus vaste du monde, la puissance nucléaire, d’abondantes ressources naturelles, et c’est une destination recherchée pour l’investissement direct étranger (IDE). La culture russe est très résistante aux pressions extérieures, mais ouverte à la coopération extérieure.

De même que cinquante ans de sanctions à son encontre n’ont pas modifié le comportement de Cuba, les sanctions américaines ne modifieront pas le comportement de la Russie, sauf pour l’aggraver. L’engagement, et non la confrontation, représente la meilleure voie. Le nouveau gouvernement Trump l’a bien compris.

Le sens de l’Histoire de Poutine, qui reste, n’est pas celui d’Obama, qui s’en va

Certaines voix américaines, notamment celles de John McCain, Mitch Connell et Lindsey Graham, vont vite en besogne en déclarant que « la Russie n’est pas notre amie ». Et pourquoi pas ? Serait-ce parce que le président Obama a publiquement humilié Vladimir Poutine en déclarant qu’il était « comme un enfant qui se morfond à l’arrière de la salle de classe » ?

Serait-ce parce que le président Obama a proclamé que la Russie, sous la direction de Poutine, était « du mauvais côté de l’histoire » ? En fait, le sens de l’Histoire de Poutine remonte à Pierre le Grand. Celui d’Obama ne semble pas remonter plus loin que 1991.

La plupart des tensions entre les Etats-Unis et la Russie sont nées de l’invasion de la Crimée et de l’est de l’Ukraine par la Russie, en 2014. Mais cette invasion de la Crimée n’aurait dû étonner personne. Les services du renseignement américains et britanniques, de même que certaines ONG étrangères, ont déstabilisé le gouvernement élu pro-russe, à Kiev, début 2014, provoquant ainsi l’exil en Russie du président de l’Ukraine, Ianoukovitch.

L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne a toujours été jugée présomptueuse. Mieux valait considérer l’Ukraine comme un état-tampon quasi-neutre, entre l’Est et l’Occident, que mettre en jeu son statut. L’Ukraine a toujours été divisée, d’un point de vue culturel. A présent, le pays est également divisé du point de vue politique.

L’emprise de la Russie sur l’Ukraine a été provoquée par les interventions occidentales irréfléchies d’Obama et de David Cameron. Obama va bientôt quitter la scène et Cameron l’a déjà fait. Poutine est le dernier homme à rester debout, ce qui n’est pas étonnant chez quelqu’un qui s’intéresse notamment aux arts martiaux et aux échecs.

Les Etats-Unis ont commis des bourdes en matière de politique étrangère, au cours de ces huit dernières années. La Russie est un allié naturel que l’on devrait réhabiliter.

Un nouveau gouvernement, dirigé par Trump, a l’opportunité d’inverser ces erreurs en créant des passerelles vers la Russie, et il semble que les choses évoluent dans cette direction.

http://la-chronique-agora.com/changement-etats-unis-russie-chine/

 Trump est-il l’homme de (sous-)main d’Henry A. Kissinger & Cie? (Extraits)

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By William F. Engdahl  Réseau International, 13 Janvier 2016

La géopolitique de Kissinger rentre par la porte arrière.

Un composant essentiel à mon avis, à savoir : le rôle fantôme/en sous-main de l’ancien Secrétaire d’État Henry A. Kissinger, qui semble émerger en tant que conseiller non officiel à la politique étrangère de cette Administration Trump. Car si nous suivons les traces de Kissinger durant ces derniers mois, nous trouvons en effet une série de réunions hautement intéressante.

Le 26 décembre 2016, le quotidien allemand Bild Zeitung a en effet publié ce qui est présenté comme la copie d’une analyse produite par un membre de l’Equipe de Transition de Trump, qui a révélé que, en tant que Président, Trump va chercher une “coopération constructive” avec le Kremlin, en contraste complet avec les politiques de confrontation et de sanctions d’Obama. Les journaux ont conjecture par la suite du rôle de l’ancien Secrétaire d’État de 93 ans, Henry A. Kissinger en tant que conseiller à la politique étrangère principal, bien qu’officieux. Le rapport déclare en effet que Kissinger est en train d’élaborer un plan visant à rendre plus “harmonieuses” les relations entre la Russie de Poutine et les États-Unis de Trump, ce qui inclurait une reconnaissance officielle par les États-Unis de la Crimée en tant que partie intégrante de la Russie, et levant les sanctions économiques américaines qu’Obama a imposées, en rétribution à ce qui fut considéré comme l’annexion de la Crimée en 2014, ceci entre autres étapes[8].

L’événement inattendu, dans ce changement de ton net et soudain de la politique américaine, c’est l’objectif géopolitique astucieux de Kissinger visant à « ramener Poutine dans la tente de l’OTAN », pour paraphraser ce que l’ancien Président américain originaire du Texas Lyndon Baines Johnson avait pu dire élégamment en son temps[9].

Le memo au sujet de la relation Trump-Kissinger dans le Bild Zeitung, déclarant ensuite que l’idée d’un réchauffement des relations avec la Russie, vise à compenser la montée en puissance de l’appareil militaire chinois[11]. En d’autres termes, il s’agirait là d’un jeu bien différent de celui joué par Obama, mais néanmoins toujours un jeu de pouvoir.

Un véritable équilibre des pouvoirs.

Kissinger est l’un des derniers praticiens survivants de la doctrine géopolitique historiquement britannique appellée “Equilibre des Pouvoirs” [Balance of Power]. Le veritable Equilibre des Pouvoir britannique, tel qu’il fut pratiqué dans l’histoire diplomatique et militaire britannique depuis le traité de Windsor de 1386 (entre l’Angleterre et le Portugal), a toujours impliqué pour l’Angleterre de contracter des alliances avec la plus faible parmi deux puissances rivales, afin de défaire la plus forte, et de voler par la suite à l’occasion de ce processus le pouvoir au plus faible, épuisé. Ceci fut pratiqué avec un extraordinaire succès jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, permettant de bâtir ainsi l’Empire Britannique.

Cet Équilibre des Pouvoir britanniques suppose d’être toujours en mesure de savoir quelle puissance, dans le cas des États-Unis gouvernés par Kissinger, va faire office d’“équilibrage”. Des suites de la défaite de la France de Napoléon aux pourparlers de paix du Congrès de Vienne, en 1814, le Secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, le vicomte Castlereagh, s’ingénia ainsi à élaborer un traité qui garantirait qu’aucune puissance européenne continentale ne pourrait dominer les autres, une stratégie qui perdura jusqu’à 1914 et la Première Guerre mondiale. Ce que de nombreux historiens politiques ignorent, c’est que cet Equilibre des Pouvoir continentaux fut essentiel pour la création de l’Empire Britannique, qui put dominer le monde en tant que puissance navale principale durant un siècle.

Or dans sa dissertation de Ph.D. pour l’Université de Harvard en 1950, Kissinger écrivit ce qui devait devenir le titre d’un livre : « Un monde restauré : Metternich, Castlereagh et les Problèmes de la Paix, 1812-1822 ». Cette étude de l’Equilibre des Pouvoirs britannique, demeura au cœur des machinations machiaveliennes de Kissinger depuis qu’il eut à occuper son premier emploi, grâce à la famille Rockfeller durant les années 1960. Dans son « Monde restauré », Kissinger declare en effet :  « la diplomatie ne peut pas être déconnectée des réalités de force et de pouvoir. Mais la diplomatie devrait être déconnectée […] de toute préoccupation morale ou d’indiscrétion, relatives aux politiques intérieures des autres nations ». Plus loin il ajoutait que « l’épreuve ultime pour un homme d’État, est alors sa capacité à reconnaître les réelles relations de force et de faire en sorte que cette connaissance serve ses propres fins »[12].

 Ce fut le Secrétaire d’État Kissinger, qui demanda à son bon ami David Rockefeller de faciliter “l’ouverture de la Chine“ vis-à-vis de l’Ouest en 1971, voulue par Nixon. À cette époque, les visées de Kissinger avec ses contrepoids géopolitiques, consistaient à séduire la Chine, qui était alors le plus faible des deux grands adversaires de Washington, afin de l’inclure dans une alliance voulue par l’Ouest contre l’Union soviétique, qui était alors le plus fort adversaire, au moins en termes géopolitiques et militaires.

L’étrange diplomatie de Kissinger.

J’ai perçu les actions récentes de Kissinger d’après cette perspective : comment briser la menace eurasienne émergente, face à un Nouvel Ordre Mondial dominé par l’Ouest? Et dans ce cas, c’est plus clair. Il [Kissinger] s’est révélé grossièrement exagéré dans sa louange récente à l’égard du néophyte politique mais magnat des casinos Trump. Dans une entrevue accordée à CBS TV en décembre, Kissinger a en effet déclaré que Trump « a la possibilité d’entrer dans l’histoire comme un Président tout à fait considerable ». Il a ajouté que du fait de la perception selon laquelle Obama a affaibli l’influence de l’Amérique à l’étranger, « on peut imaginer que quelque chose de remarquable et nouveau émerge » de l’Administration Trump. « Je dirais que c’est une opportunité extraordinaire »[14].

Or, plus nous regardons derrière les apparences, et surtout vers les choix clés en matière de politique étrangère réalisée par le néophyte Trump, plus nous retrouvons en effet les traces d’Henry A. Kissinger. Le choix par exemple du général James « Chien Fou » Mattis en tant que Secrétaire à la Défense. Mattis, que Trump compare au General Patton, a rédigé en août 2016 un rapport attaquant à la fois les Administrations Obama, Bush Jr. et Bill Clinton, pour un manque perçu de vision en matière de Sécurité Nationale, pour avoir ignoré les menaces posées par la Russie, la Chine et les groupes terroristes de par le monde[16].

Les mêmes traces du sournois Kissinger apparaissent avec la nomination surprise du patron d’ExxonMobil, Rex Tillerson, en tant que Secrétaire d’État. ExxonMobil étant bien sûr issu du noyau original [Standard Oil] de la richesse de la famille Rockfeller. Kissinger a produit une forte et décisive recommandation pour Tillerson, déclarant que parce que Tillerson avait de fortes relations personnelles avec le Président russe Poutine et avec la compagnie pétrolière d’État russe, Rosneft, il n’y avait pas de raison de disqualifier Tillerson :

« Je n’accorde pas d’intention à l’argument serais trop amical envers la Russie. En tant que patron d’Exxon, il s’agit de son travail, d’être en de bons termes avec la Russie. Il serait inutile en tant que patron d’Exxon, il n’avait pas une relation de travail [correcte] avec la Russie »[17].

En vérité, dans le plus pur style “diplomatie secrete” que Kissinger appliqua si bien par son rôle ayant consisté à déclencher la guerre du Kippour d’octobre 1973, Kissinger avait apparemment gagné le respect de Vladimir Poutine en tant que “politicien de classe mondiale”. En février 2016, Kissinger alla à Moscou afin de rencontrer Putin en privé. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qualifia cette réunion comme la continuité d’un « dialogue amical entre le Président Poutine et Henry Kissinger, qui sont liés par une relation de longue date »[18].

Le 2 décembre, Kissinger fut personnellement invité par le Président chinois Xi Jinping à Beijing, afin de discuter des perspectives que représente la Présidence Trump pour la Chine. Kissinger est regardé depuis 1971, comme un intermédiaire de confiance unique par les Chinois, pour servir en tant que médiateur quant aux intentions de la politique américaine[19].

Avec Kissinger, se trouvant à présent dans une relation unique avec le Président élu Trump, en tant que conseiller “fantôme” en matière de politique étrangère, avec des alliés de Kissinger comme Tillerson en tant que Secrétaire d’État, Mattis en tant que Secrétaire à la Défense, commence à apparaître la lourde main de Kissinger et sa version de l’Equilibre des Puissances britanniques : constituée de manipulations politiques, elle vise la Chine de même que l’Iran, et va essayer d’utiliser Poutine et la Russie afin de détruire la véritable possibilité d’un contrepoids face aux illusions d’un Ordre Mondial unique conçu à l’Ouest. Et pour cela, il lui faudra favoriser la méfiance et le mauvais sang entre la Chine, la Russie et l’Iran.

Il y a simplement trop de coïncidences, dans la récente émergence de Kissinger (“l’homme d’État mondial pour la paix”[20]), pour ne pas penser qu’en vérité, dès le début, Donald Trump ait pu être désigné pour être l’homme de (sous-)main [back Door Man] d’Henry A. Kissinger’s, afin de ré-enclencher la géopolitique mondiale vers un rôle moteur des États-Unis en tant que “Domina über Alles“[21].

 William F. Engdahl

William F. Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, titulaire d’un diplôme en Sciences Politiques de l’Université de Princeton. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès sur le pétrole, la géopolitique et les OGM.

Traduction par Jean-Maxime Corneille, pour Réseau International, article original paru dans New Eastern Outlook.

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[8] Sputnik News, “Kissinger to Advise Trump on Bridging Gaps With Russia”, 27 Decembre 2016, https://sputniknews.com/politics/201612271049024500-kissinger-trump-russia/

[9] Référence à une citation de Lyndon B. Johnson : “mieux vaut les avoir à l’intérieur de la tente pissant vers l’extérieur, qu’à l’extérieur puissant vers l’intérieur” [“Better to have them inside the tent pissing out than outside pissing in« ]; au sujet du Directeur du FBI J. Edgar Hoover, cité dans le New York Times (31 Octobre 1971)

http://izquotes.com/quote/241192

 http://www.libraryofquotes.com/quote/1888168.

[10] David Rockefeller, Discours à la Commission Trilatérale, Juin 1991, Baden-Baden, Allemagne, cite dans “Matrix of Power: How the World Has Been Controlled by Powerful Men Without Your Knowledge” (Jordan Maxwell, 2000). Si la citation ne pourra jamais être réellement authentifiée, les Mémoires de David Rockefeller comportent suffisamment d’éléments pour jauger sa pertinence, notamment son aveu clair d’un complot internationaliste contre les États-Unis d’Amérique (Editions de Fallois, 2006, p.475).

http://opengov.ideascale.com/a/dtd/David-Rockefeller-s-book-Memoirs-admits-secretly-conspiring-for-a-NWO/4007-4049.

[11] Sputnik News, op. cit.

[12] Henry Kissinger, “A World Restored: Metternich, Castlereagh and the Problems of Peace, 1812-1822” (1957) http://www.classicsofstrategy.com/2016/02/henry-kissinger-a-world-restored-1957.html.

[14] Nahal Toosi et Isaac Arnsdorf, “Kissinger, a longtime Putin confidant, sidles up to Trump”, 24 Decembre 2016, http://www.politico.com/story/2016/12/trump-kissinger-russia-putin-232925.

[16] Leo Shane III, “It’s official: Donald Trump has chosen Gen James Mattis for defense secretary”, Military Times, 1er Décembre 2016,  http://www.militarytimes.com/articles/donald-trump-james-mattis-defense-secretary.

[17] Sangwon Yoon, “Kissinger at 93 Expounds on Rex Tillerson, One-China and Trump”, Bloomberg, 14 Décembre 2016, https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-14/kissinger-at-93-expounds-on-rex-tillerson-one-china-and-trump.

[18] RT News, “Putin meets ‘old friend’ Kissinger visiting Russia”, 3 February, 2016,  https://www.rt.com/news/331194-putin-meets-friend-kissinger/.

NDT : ce qui est certainement la vraie cause de ces bonnes relations entre Kissinger et Poutine, ce fut le fait que Kissinger fut un traître prosoviétique dès 1945, à l’époque où il servait en Allemagne : il fut un collaborateur des Services soviétiques avérés dès cette époque, fondant les soupçons émis par un certain nombre de patriotes américains à son encontre depuis lors, de Patton à Hoover (voir : « la double face d’Henry Kissinger », chronique de décembre 2002 de Pierre de Villemarest, reproduite dans « Faits et Chroniques interdits au public », Tome 1, Pierre et Danielle de Villemarest, William D. Wolf, Aquillon, 2003).

[19] Bloomberg News, China Grappling With Trump Turns to Old Friend Kissinger, 2 December 2016, https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-12-02/china-grappling-with-trump-turns-to-old-friend-kissinger.

[20] NDT : “World statesman of peace”, c’est l’idée qu’il resta de Kissinger après la guerre du Kippour, alors qu’il contribua lourdement à la déclencher…

[21] Références sado-masochiste ici, pendant ce sens que le rôle des élites prétendant gouverner la politique étrangère des États-Unis, vise avant tout la domination par tout moyen. Également le thème de son livre Full Spectrum Dominance“ (2008) qui détaille par le menu cette stratégie américaine.

http://reseauinternational.net/trump-est-il-lhomme-de-sous-main-dhenry-a-kissinger-cie/

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Quelle est la vision du monde de Stephen K. Bannon, conseiller stratégique du futur président américain ?

Dans une interview publiée, vendredi 18 novembre, sur le site Hollywoodreporter.com, l’ex-directeur de la campagne de Donald Trump se présente comme un « nationaliste économique. »

« A l’instar du populisme d’Andrew Jackson, nous allons construire une mouvement politique totalement nouveau » affirme l’ancien directeur du site ultraconservateur Breitbart News. « Les conservateurs vont devenir fous. Je vais pousser à l’adoption d’un plan d’investissement d’un millier de milliards dans les infrastructures. Avec des taux d’intérêts négatifs dans le monde entier, c’est une grande opportunité pour tout reconstruire » poursuit l’idéologue en chef du président-élu. » Ce sera aussi formidable que dans les années 30, plus important que la révolution Reagan, les conservateurs et les populistes réunis dans un mouvement nationaliste économique. » « Je suis, ajoute-t-il, Thomas Cromwell à la cour des Tudors. »

Stephen Bannon, 62 ans, né dans une famille catholique d’origine irlandaise  de Richmond (Virginie) et ancien élève des Bénédictins, a exposé ses idées dans une longue intervention, via Skype, devant les participants à une conférence sur « les réponses catholiques à la pauvreté », organisée, fin juin 2014, au Vatican, dans les locaux de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales, par le Dignitatis Humanae Institute (DHI).

Cette organisation, fondée en décembre 2008 par deux Britanniques, Benjamin Harwell et le député européen conservateur Nirj Deva, entend promouvoir une « voix chrétienne » dans l’espace public européen et bénéficie du patronage de deux cardinaux : l’Italien Renato Raffaele Martino et l’Américain Raymond Burke, président de son conseil de surveillance.

La vision du monde exposée par Stephen Bannon peut se résumer en quelques points:

Depuis l’effondrement de l’URSS, le monde occidental fait face à une « nouvelle barbarie » susceptible d’éradiquer 2000 ans de civilisation.

Trois tendances sont simultanément à l’œuvre, selon lui:

– le capitalisme a perdu son fondement spirituel et moral judéo-chrétien, avec d’un côté, le « capitalisme d’État » (Chine, Russie) et de l’autre, le « capitalisme libertaire » (Europe, États-Unis) qui transforme les gens en objet: le « parti de Davos » prospère au détriment de la classe moyenne et des travailleurs;

–  la sécularisation qui sape la capacité de de l’Occident judéo-chrétien à défendre ses idéaux;

– les premières phases de la guerre contre le fascisme islamique djihadiste.

Conclusion: « une guerre mondiale couve contre l’Islam radical

Le président russe Vladimir Poutine et son entourage forment une « kleptocratie » et une « puissance impérialiste »  mais son soutien au nationalisme, au traditionalisme et à la souveraineté nationale en fait un allié naturel dans cette guerre contre la menace prioritaire du « califat. »

http://monde.blogs.la-croix.com/le-monde-selon-steve-bannon/2016/11/20/

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EN BANDE SON : 

2 réponses »

  1. Mais Trump n’a pas encore prêté serment et depuis la visite du sénateur sénateur mc caine en Ukraine notamment à Mariopole les combats on repris et ça risque de s’embraser.
    Poutine aura du mal à calmer ses troupes et sa population contre cet agression envers leurs « frères du Dombass »

    Ukraine : les combats continuent autour de Debalsevo
    Au lendemain de la nouvelle attaque ukrainienne lancée contre le secteur de Debalsevo, les combats bien que d’intensité moindre ont continué notamment sur une ligne de front située entre Pervomaisk et Debalsevo, et que les ukrainiens, après avoir investit dans un premier temps la zone neutre, cherchent a briser pour occuper une ligne de crête surplombant les localités républicaines du secteur.
    https://civilwarineurope.com/2017/01/14/ukraine-les-combats-continuent-autour-de-debalsevo/

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