1984

Douce France : Élections post-citoyennes

Si le citoyen-électeur producteur-consommateur était un rouage nécessaire du système productiviste, le citoyen-électeur consommateur, en lui devenant superflu, perd toute possibilité d’un rapport de force politique en son sein. Il sort de l’intermédiation politique qui est un rapport de force et, de ce fait, de sa qualité de citoyen. La majorité des travailleurs français ne font, pour l’essentiel, qu’entretenir la technostructure qui conditionne nos modes de vie au quotidien sans jamais en produire l’essentiel des objets qui en constituent la trame. Et qui eux, proviennent, pour l’essentiel, de productions étrangères. Si la maintenance de cette technostructure rentre bien dans le calcul du PIB, celui-ci est un indicateur aveugle qui n’a que l’importance que les économistes et les journalistes veulent bien lui accorder.

Principaux excédents ou déficits en 2016Photo prise par: en milliards d’euros

Pour caricaturer, la France vend des cachetons, des fromages et du pinard (IAA), du l’Oréal-LVMH en veux-tu en voilà, des Rafales et des Falcons. La direction d’Airbus ayant été généreusement octroyée à l’Allemagne, la part de production française dans Airbus ne cesse de décroître, même si elle est encore importante. Tout cela ne suffisant pas, hélas, à compenser tout ce qui est importé.

Soldes bilatéraux 2016 : principaux excédents ou déficitsPhoto prise par: en milliards d’euros

Où l’on remarque que l’on aurait plutôt intérêt à soigner nos relations avec le Royaume-Uni. Et un peu plus à les durcir avec la Chine et l’Allemagne. Soit l’exact inverse de ce qui se fait actuellement. D’autant plus que l’un ne va pas sans l’autre étant donné la relation économique stratégique et complémentaire entre la Chine et l’Allemagne où l’UE laisse prospérer les importations chinoises pour satisfaire les intérêts allemands. Position d’échange inégal de l’Allemagne avec la majorité des pays de l’UE, illégal paraît-il selon les traités, mais qui s’en soucie tant que les organisations patronales prédominantes respectives peuvent ajuster par les salaires ce défaut dit de compétitivité. Il y a comme un air de déjà-vu à moustache.

L’abstention record, outre la réforme du quinquennat, est bien la preuve que l’électeur-consommateur ressent la superfluité de son opinion électorale même s’il ne la comprend pas toujours. Il est vrai que si 80 % de la production législative n’est qu’une application des directives européennes, on ne voit pas bien l’intérêt de continuer à se déplacer pour aller voter. Si en plus les GOPÉ sont maintenant édictés pendant l’entre deux tours, la superfluité du vote devient patente. Puis pour ceux qui avaient l’âge de voter, il y a le précédent du referendum de 2005 qui, à lui tout seul, indique que l’on est de toute façon résolument sortie des clous républicains zé démocratiques. Après vos dents, sans-culottes, cherchez vos caleçons. N’en jetez plus les gueux sont faits : parti unique, Assemblée croupion, ordonnances, état d’urgence ad vitam æternam, purges administrative et médiatique en mode parano. France patrie des droits de l’homme et de ses chers citoyens mon citoyen, merci et au revoir. Bisous Montesquieu, on t’aimait bien quand même.

Remarquez aussi comment la confrérie des routiers a été chouchoutée durant l’interlude électoral. Il est vrai que ce sont eux qui avaient permis d’annihiler la contestation contre la Loi Khomri-Macron made in Commission européenne, en allant au ravito hydrocarbure chez nos voisins, alors que dépôts et raffineries avaient été bouclés par les plus vaillants. Le kapo a toujours droit à un zuzucre, surtout s’il peut encore être utile. Méthodique on vous dit, éparpillée façon puzzle l’opposition contestataire. Quant à l’opposition qui ne conteste pas trop parce qu’elle aimerait bien rester un peu médiatico-compatible, elle semble bien divisée. Le mot d’ordre chez FI est resté le même : tout sauf FN, mort aux fachos. Il se trouvera bien quelques gogos d’en face pour leur répondre sus aux gauchos. Poil au dos. Le CNR, c’était il y a longtemps, un temps que les moins de quatre-vingt-dix ans ne peuvent pas connaître. Si les partis du grand capital apatride et sans saveur ont réussi leur mue de l’alternance à parti unique, les sans-culottes sans-dents ferraillent au pied du banquet des banquiers, la gueule grande ouverte, espérant bien intercepter les plus grosses miemiettes et s’imaginant probablement encore avoir suffisamment de laine sur le dos. Pourtant, quand l’hiver fut venu …

Chansonnette : Edelweiss, générique de la série The Man in the High Castle, tiré du roman de Philip Kindred Dick.

Image : 1984, Michael Radford, 1984. Adapté du roman 1984, de George Orwell, 1949.

https://commentairesengoguette.wordpress.com/2017/06/18/elections-post-citoyennes/

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