Art de la guerre monétaire et économique

Etats – Unis : Que nous mijote Steve Bannon ?

A peine délié de sa charge de conseiller auprès du président des Etats-Unis, le «cerveau» de la droite isolationniste américaine s’est déjà remis en «tenue de combat» pour sa prochaine campagne. De nouveau dans le domaine stratégique des médias d’opinion.

«Pas rasé, travaillant de chez lui en short cargo dans son mode “Bannon le Barbare », Steve Bannon pense plus gros que Breitbart. […] On apprend qu’il entrevoit une ouverture massive à la droite de Fox News, évoquant l’éventualité de lancer un réseau TV.»

Selon Axios, Steve Bannon estimerait que Fox aurait pris une orientation «spongieuse» et globaliste du fait de la montée en puissance des fils Murdoch au sein de la chaîne. Et que cela laisserait donc une autoroute pour un canal authentiquement antimondialiste correspondant à la vision du monde de l’ex-conseiller de Trump.

http://log.antipresse.net/post/medias-que-nous-mijote-steve-bannon

Le départ de Steven Bannon de la Maison Blanche dans la foulée de la controverse autour des événements de Charlottesville la semaine dernière et le discours prononcé par le président Trump le lundi 21 août à la base militaire de Fort Myer sur la poursuite de la guerre en Afghanistan marquent la fin définitive du trumpisme en politique étrangère et l’abandon brutal par le président des promesses qu’il avait faites pour se faire élire.

Bannon est souvent dénoncé dans les médias bien-pensants comme étant d’extrême droite («alt-right» dans le nouveau jargon américain). En réalité, personne n’a jamais cité un propos extrémiste sorti de sa bouche : au contraire, il a dénoncé les nationalistes blancs de Charlottesville, les traitant de «groupe de clowns». La réalité est ailleurs. Ce qui distingue Bannon d’autres conseillers ou idéologues – comme ses ennemis n’ont pas cessé de le souligner – c’est son attachement à une politique étrangère non-interventionniste, une position habituellement présentée de façon caricaturale comme «isolationniste».

Peu avant son départ de la Maison Blanche, Bannon avait surpris les lecteurs du magazine de centre-gauche Prospect en contredisant le président Trump sur la Corée du Nord. «Il n’y a aucune solution militaire», disait-il. «Kim nous a eu». Alors que Trump était en train de promettre «le feu et la colère» contre la Corée du Nord, son conseiller lui rappelait que toute attaque militaire aurait comme conséquence inévitable la mort de millions de sud-Coréens en quelques minutes. Bannon préférait attirer l’attention de ses lecteurs sur les évolutions géopolitiques au long terme et sur le rôle de la Chine dans vingt ou trente ans. La Corée du Nord n’est, pour lui, qu’un événement mineur. Pour le New York Times, l’opposition de Bannon aux aventures militaires à l’étranger fait partie de son «credo nationaliste».

Une fois libéré des conseils de Bannon, Trump a les mains libres pour annoncer sa capitulation sans conditions devant le complexe militaro-industriel. De façon très pertinente, il l’a faite devant les militaires en rangs serrés à Fort Myer. En annonçant la poursuite et même le renforcement d’une guerre en Afghanistan qui a déjà duré plus longtemps que les deux guerres mondiales réunies, et dont tant les Britanniques que les Russes devraient savoir par leur expérience amère combien elle est vaine, Trump a procédé à un retournement de veste. «Mon instinct originel était qu’il fallait se retirer de l’Afghanistan […] Mais durant toute ma vie j’ai toujours entendu dire que les décisions semblaient différentes une fois qu’on est installé dans le bureau ovale». Avec cette phrase, prononcée dans ce lieu et de façon solennelle devant l’état-major des armées, Trump a accompli son voyage à Canossa : il a fait comme l’empereur allemand Henri IV venu en 1077 en pèlerinage en Italie supplier le pape Grégoire VII de lever sa bulle d’excommunication contre lui. Jamais le vrai rapport de forces au sein de l’Etat américain n’aura été aussi clair. Inutile, en effet, d’évoquer un «pays réel», tellement les forces anti-trump dominent les grandes institutions de l’Etat – le Congrès et les forces armées en premier lieu.

Les faucons ont immédiatement salué le départ de Bannon comme indiquant un retour au statut quo et à la poursuite de l’interventionnisme. Ils ont notamment caractérisé son éviction comme une victoire des «internationalistes» contre les «isolationistes». L’un des plus grands gourous du néo-conservatisme, Eliot Abrams, a déclaré que le départ de Bannon signifiait «un retour à la situation normale où le Département d’Etat et le Département de la Défense auront une plus grande influence sur la politique étrangère» (c’est moi qui souligne). Abrams a omis de souligner que le Congrès, lui aussi, aurait une plus grande influence sur la politique étrangère, ayant réussi en juillet dernier à imposer de nouvelles sanctions contre la Russie, et contre la volonté de Trump. Le président, lui, n’est qu’un pantin entre les mains de ces institutions. Le départ de Bannon a été suivi de l’annonce du renforcement du dispositif en Afghanistan avec la même logique implacable que celle de la nuit qui suit le jour.

On pourrait croire que la contre-réaction virulente aux propos de Trump sur les manifestations de Charlottesville n’a été que le prétexte pour évincer Bannon. Rarement un président américain aura été si violemment critiqué, y compris par deux de ses prédécesseurs, les présidents Bush père et fils. Mais en réalité les deux événements – Charlottesville et l’interventionnisme – sont liés. L’interventionnisme n’est pas autre chose que le libéralisme à l’échelle internationale : on justifie la projection de la puissance américaine aux quatre coins de la planète au nom de valeurs libérales et non pas en celui de la grandeur américaine. Les généraux auraient montré à Trump des photos de femmes afghanes prises dans les années soixante-dix pour le convaincre d’abandonner son scepticisme, tout comme de simples images d’enfants blessés l’auraient convaincu de bombarder la Syrie en avril dernier. Pour résumer, on fait la guerre depuis seize ans afin que les filles puissent de nouveau se promener en mini-jupe dans Kaboul.

Ce propos est tellement énorme qu’il faut s’y attarder un instant. La réalité de l’Afghanistan, c’est que c’est un pays pré-moderne et indomptable qui est pris, comme tant d’autres pays musulmans, dans une vague de réislamisation depuis des décennies. C’est une réalité qui rend les libéraux fous de rage car, en bons révolutionnaires, ils veulent façonner le monde à leur image et non pas se plier devant la réalité. C’est cette même volonté de restructurer la réalité, et surtout de détacher tous les pays de leurs racines historiques et culturelles, qui veut démonter la statue du général Lee à Charlottesville. Pour avancer vers les vastes hauteurs ensoleillées du libéralisme mondial où il n’y aura plus de nations et plus de peuples mais seulement des valeurs, il faut non seulement se couper de ses racines historiques mais aussi cracher sur celles-ci. Pour les «internationalistes» qui viennent de fêter leur victoire à la Maison Blanche, tout comme pour les communards de 1871, le mot d’ordre est : «Du passé faisons table rase, l’internationale sera le genre humain».

Par John Laughland  | 24 août 2017

John Laughland est directeur des Etudes à l’Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

Source: https://francais.rt.com/opinions/42420-depart-bannon-fin-trumpisme

EN BANDE SON :

1 réponse »

  1. Tout ce que M Slobodan relève ne sont que les effets. …et il y en a pleins
    La cause, aux US ainsi que chez nous est la fin de la République qu’on
    connait. La République est une construction, une construction comme il
    y avait pleins par avant et il y aura pleins d’autres dans l’avenir. La République
    Américaine ,comme la République Française s’efforce dans x domaines de fournir
    d’injonctions a partir des organes du république qui ne sont plus capables ni de collecter
    ni de traiter l’information, et même, très souvent ces organes en ont horreur de certaines informations.
    … ni de collecter, ni de traiter l’information.
    Ce que M Fillon avait dit de la faillit de la F, et il y a deux jours M Macron de l’irréformable F
    sont des constatations …qui s’arrêtent a la limite de la « bien être » des gens « biens ». …et ne
    vont pas s’en prendre a l’arbre dont les branches leurs serve d’assis sûr et confortable.
    Tout appareil vas vers l’obsolescence .Il arrive un moment qu’on ne peut plus efficacement
    rajouter des conditions lois.
    L’Amérique et la France avait arrivé a ce Point Tournant il y a plusieurs années déjà.
    Il faut refonder nos républiques.

    L’élection de M Macron et la désistement de 75 % de l’Assemblé montre….que les élites
    ont peur du peuple.
    Est-ce que ce Peur conduira a construire un appareil/république, une organisation d’Etat a
    collecter et traiter l’information de façon satisfaisant? ..ou juste d’anesthésier avec de l’argent
    distribué ?
    L’élit a tout les cartes en main…beaucoup plus que De Gaule en 45, car il n y a plus de « Partis ».
    Se refermera sur lui-même ou s’ouvrira sur l’inconnu ?

    Se refermera sur lui même .

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