Classes Moyennes

« La fin de la démocratie est proche : la séparation physique des dieux et des inutiles »

« La fin de la démocratie est proche : la séparation physique des dieux et des inutiles »

By Dominique Dewittefr.express.live novembre 30, 2018

On a beaucoup écrit sur le mouvement des gilets jaunes français. Mais derrière cette manifestation se cache le désespoir des « petits blancs ».
 Le journal Le Monde publie à cet égard un article de l’économiste Jean Pisani-Ferry . Ce dernier faisait partie de l’équipe qui avait esquissé le programme économique d’Emmanuel Macron. Mais début septembre, il a appelé le président à « ajuster sa méthode ». Selon lui, la mondialisation ne présente plus aucun avantage pour les Français:

La mondialisation ne fait plus rien pour notre pouvoir d’achat

« Dans les années 1990-2000, les Français ont retiré d’importants gains de pouvoir d’achat de la croissance des importations en provenance des pays à bas coût. […] La mondialisation a certes détruit des emplois, mais elle a aussi été une source considérable de pouvoir d’achat. Le prix des produits manufacturés s’est effondré, et nous en avons tous bénéficié. Mais cet avantage est probablement derrière nous : avec la montée en gamme de la Chine et le développement du protectionnisme, ces gains de revenu vont au mieux se maintenir, peut-être s’inverser. Pour le meilleur et pour le pire, la grande fête de la consommation touche à sa fin. » 

Les gilets jaunes reçoivent également un soutien indirect de l’Organisation internationale du Travail (OIT), une instance des Nations Unies, concernant la réduction du pouvoir d’achat. Elle a publié un rapport plus tôt cette semaine qui indique que les salaires ont augmenté en moyenne de 1,8 % dans le monde au cours de la dernière année, la plus faible augmentation depuis 10 ans et « bien en dessous du niveau enregistré avant la crise financière ». Selon l’OIT, le retard est dû à l’affaiblissement de la position de négociation des travailleurs, à l’intensification de la concurrence mondiale et à la diminution des gains de productivité.

82 % des emplois français sont créés dans les 13 plus grandes villes

Pour la France, les chiffres sont encore plus dramatiques avec une augmentation salariale de 0,1 % en 2017 et une diminution des salaires de -0,4 % par rapport à 2018. Ce sont surtout les 2 millions de Français qui perçoivent le salaire minimum (1.498 euros brut) et les fonctionnaires qui sont touchés. Ceux qui ne sont pas affectés par cette tendance sont ceux qui gagnent plus de 8 300 euros par mois. Ils ont vu leur salaire augmenter de 5 à 6 % au cours des dernières années.Les « gilets jaunes » non structurés et non organisés sont principalement des personnes qui vivent et travaillent dans les zones rurales françaises, et dans une bien moindre mesure dans les métropoles françaises. Là aussi, il semble y avoir un énorme déséquilibre, puisque 82 % des emplois en France sont créés dans les 13 plus grandes villes (> 500 000 habitants).

Trahi par les élites

Mais la colère des « gilets jaunes » a un autre fondement : ils se sentent trahis par les élites, qui bénéficient de la troisième révolution technologique (intelligence artificielle, big data, …) et ne se préoccupent que des minorités.

En 2012, le groupe de réflexion Terra Nova a même persuadé les socialistes français de « renoncer au petit électorat blanc (« le petit Blanc »)pour se concentrer sur la nouvelle clientèle de jeunes, de femmes et d’immigrants récents, les « nouveaux Français ».

Selon le chirurgien et business angel français Laurent Alexandre, l’Etat est de plus en plus préoccupé par l’avenir des « vegan trans », plutôt que par le pouvoir d’achat du « petit paysan blanc ». Ce dernier, mal préparé à la révolution technologique, est sociologiquement semblable à l’électeur populiste de Trump, bouleversé par sa valeur de plus en plus réduite pour la société en général et sur le marché du travail en particulier.

Le désespoir du « petit blanc rural » est profond. Les gilets jaunes prouvent que la démocratie connait actuellement une crise de représentation. 41 % des Français veulent maintenant « un pouvoir autoritaire ». Les gilets jaunes n’ont aucune structure (ils refusent également tout contact avec le Premier ministre) et, selon Alexandre, le mouvement va s’éteindre discrètement. Mais le désespoir du « petit blanc » devrait s’installer, et se généraliser à tous les pays occidentaux.

La conclusion d’Alexandre est dévastatrice pour la France et sa classe politique

La fin du capitalisme s’interrompt lorsque la pauvreté devient le produit final d’un monde d’abondance, a déclaré Karl Marx. Les gagnants de la nouvelle économie de l’IA (dont Macron et son entourage font également partie, selon Alexandre) sont à l’origine du mouvement des «gilets jaunes» et si la démocratie n’existait pas, ils seraient prêts à les abandonner.

« Nous atteignons progressivement la phase ultime de la démocratie : la séparation physique des dieux et des inutiles, telle que décrite par le philosophe israélien Yuval Harari dans son livre Homo Deus. »

Yuval Noah Harari: «Peut-être que l’Homo deus et l’Homo sapiens coexisteront. On aurait un système de castes biologiques, où la caste inférieure serait d’une autre espèce.» 

Mark Zuckerberg, patron de Facebook, esquissait il y a peu sa vision du monde dans un long manifeste. Il s’est à coup sûr inspiré de l’ouvrage de Yuval Noah Harari, Sapiens: une brève histoire de l’humanité, paru en 2014. Ce livre a été un best-seller planétaire, assurant la renommée du jeune historien enseignant à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il y décrit la success story de l’être humain depuis les origines de son évolution jusqu’au temps présent.

Zuckerberg n’a manifestement pas encore lu le nouvel ouvrage d’Harari car, dans les 500 pages de Homo deus – Une histoire de demain qui paraîtra en français à l’automne, l’auteur esquisse une image plutôt sinistre du XXIe siècle, où les rêves d’amélioration de la société auxquels la Silicon Valley dit travailler aboutiront à la création d’un «surhomme» et à la possible disparition de l’Homo sapiens.

Le Temps: Dans votre livre, vous affirmez qu’au XXIe siècle l’homme pourra se consacrer à de nouveaux objectifs parce qu’il est venu à bout de ses trois plus grands ennemis: la guerre, la maladie et la faim. Mais quid de la Syrie, du Yémen, du Soudan du Sud? De la malaria et du cancer? Du fait qu’un humain sur neuf souffre de la faim?

Yuval Noah Harari: Je dis simplement qu’il y a 300, 3000 ou 30 000 ans, personne n’aurait envisagé que l’année prochaine pourrait peut-être se passer sans guerre, ni épidémie, ni faim. Aujourd’hui, en revanche, c’est une évidence pour la plus grande part de l’humanité. Pour la première fois dans l’histoire, plus de gens meurent d’avoir trop mangé que de n’avoir pas mangé: en 2010, trois millions de personnes sont mortes de surpoids, soit davantage que celles qui ont succombé à la faim, aux guerres, aux actes de violence et au terrorisme. Pour l’Américain ou l’Européen contemporain, Coca-Cola est une plus grande menace qu’Al-Qaida.

– Parlons de l’Homo deus, l’homme-dieu. Quand apparaîtra-t-il?

– On parle de décennies, pas de siècles. On parle d’un humain possédant des facultés traditionnellement réservées aux dieux. Nous en avons déjà une bonne partie, au point que l’homme actuel pourrait déjà apparaître comme un dieu aux yeux de ses ancêtres. Autrefois, les hommes attendaient de leurs dieux des solutions à leurs problèmes pratiques. On tombait malade, on priait Dieu. Il ne pleuvait pas assez, on priait. De nos jours, la science et le progrès technique ont, pour la plupart des problèmes, des solutions bien meilleures que des dieux peu fiables.

– La principale faculté du Créateur est de créer la vie.

– C’est justement à ça que l’on travaille. Je crois qu’au XXIe siècle les principaux produits de l’économie ne seront plus les biens matériels mais les corps, le cerveau et la conscience, autrement dit la vie artificielle. L’Homo deus a trois façons de passer au niveau supérieur: la bio-ingénierie, les cyborgs et la vie anorganique. Si ça marche, nous serons des dieux.

– La première façon?

– La biotechnologie se limite à la vie organique, mais en mode turbo. La sélection naturelle bricole depuis quatre milliards d’années sur le vivant et il n’y a pas de raison de penser que l’Homo sapiens en est la forme ultime. Mais les bio-ingénieurs qui récrivent les codes génétiques n’auront pas la patience d’attendre si longtemps. L’homme contemporain construit des vaisseaux spatiaux et des ordinateurs alors que ses ancêtres d’il y a 200 000 ans fabriquaient péniblement des haches de pierre. Or nous ne différons de l’Homo erectus que par de minuscules modifications d’ADN. Si nous savons procéder à de telles mutations, quelles facultés grandioses pourrions-nous obtenir? Et quels désastres pourrions-nous occasionner?

– Deuxièmement?

– La deuxième voie est plus radicale. Elle combine la vie organique avec des appareils anorganiques: yeux, oreilles, membres bioniques. Aujourd’hui déjà, des patients paralysés peuvent mouvoir des membres bioniques par le seul pouvoir de la pensée. On peut acheter sur la Toile, pour quelques centaines de dollars, des casques qui lisent les signaux électriques du cerveau et servent à la domotique: il suffit de penser à allumer la lumière pour qu’elle s’allume.

– Troisièmement?

– La troisième voie fait l’impasse sur l’organique pour fabriquer des êtres vivants entièrement anorganiques. Un logiciel intelligent remplace les réseaux neuronaux. Des chercheurs évoquent la possibilité de télécharger la conscience humaine sur un ordinateur, de répliquer le cerveau. J’en doute. Mais il est évident que la vie pourrait alors assumer des formes que nous n’imaginons pas, même dans nos rêves les plus fous – puisque nos rêves les plus fous résultent de la chimie organique.

– Vous utilisez la notion de «surhomme» pour la prochaine évolution de l’Homo sapiens. Un terme connoté.

– Je sais. Il y a quatre-vingts ans les nazis espéraient cultiver le surhomme par la reproduction sélective et la purification ethnique. La science actuelle poursuit un objectif apparenté mais avec des moyens autrement plus efficaces, l’ingénierie génétique et les interfaces entre cerveau et ordinateur. Ces surhommes auraient des facultés physiques et cognitives très supérieures aux nôtres: meilleure mémoire, intelligence accrue, corps plus fort et plus résistant. Peut-être allons-nous vers un avenir où une petite partie de l’humanité aura des facultés de type divin, tandis que les autres resteront en rade. Le XXIe siècle pourrait assister à l’éclosion d’une classe nouvelle, celle des inutiles. Ils n’ont plus de pouvoir politique et aucune valeur marchande. Et je tiens cela pour le plus grand danger dans un avenir proche.

– Venons-en à la partie la plus noire de votre livre.

– Ce n’est pas de la science-fiction, ça a commencé il y a longtemps. Dans le domaine militaire, les évolutions techniques ont souvent des années d’avance sur l’économie civile. Au XXe siècle, les armées dépendaient de soldats recrutés en masse. Mais de nos jours l’immense majorité des gens n’ont plus d’utilité militaire. Les armées les plus avancées s’en remettent à un petit nombre de super-guerriers, du genre des unités spéciales américaines à l’équipement high-tech. Les généraux préfèrent miser sur les drones et la cyberguerre que sur de la chair à canon.

– C’est à saluer.

– Oui, mais que dire si la même évolution se produit dans vingt ou trente ans dans l’économie civile? Il est hautement probable que les algorithmes et les robots assumeront non seulement des emplois industriels mais aussi des prestations de service. A quoi sert un chauffeur de poids lourd si des véhicules autonomes font le travail à moindre coût et de manière plus sûre? Parmi les métiers menacés figurent aussi les représentants de commerce, les courtiers en bourse et les employés de banque. Enseignants et médecins ont aussi du souci à se faire.

– Jusqu’ici, la technologie a toujours créé de nouveaux emplois.

– Je doute qu’un camionneur quinquagénaire sans emploi puisse être aisément recyclé en designer de réalité virtuelle. Le problème est la vitesse inouïe du progrès. Naguère, des innovations techniques comme l’imprimerie ou la machine à vapeur se diffusaient très lentement, la société et le politique avaient le temps de s’adapter aux réalités nouvelles.

– L’Homo deus serait-il vraiment une espèce nouvelle ou seulement une version améliorée de l’Homo sapiens?

– Question de définition: les surhommes qui verront le jour dans les cent ans à venir se différencieront sans doute davantage de nous que nous différons de l’homme de Néandertal ou du chimpanzé. Du coup, il serait correct de parler d’une espèce nouvelle.

– Qu’adviendra-t-il alors de l’Homo sapiens? Allons-nous disparaître, serons-nous mis à l’écart?

– La représentation apocalyptique, chère au cinéma, d’une armée de robots qui prennent le pouvoir et massacrent l’humanité est fausse. Il est plus probable que nous nous fondions peu à peu, imperceptiblement, avec nos propres inventions, ordinateurs, Internet des objets, flux de données planétaires. Après tout, il y a aujourd’hui déjà plein de gens qui voient leur téléphone mobile comme une partie d’eux-mêmes et ne peuvent s’en séparer. Et il y a plein de gens qui passent plus de temps à façonner leur profil sur Facebook que dans la vraie vie. Un jour ou l’autre, toutes ces optimisations nous auront tellement changés qu’il n’y aura plus de sens à ce que nous nous nommions Homo sapiens.

– Ceux qui ne veulent ou ne peuvent participer à cette évolution continueront-ils d’exister à côté du surhomme comme le chimpanzé a survécu à côté de l’Homo sapiens?

– Possible. Peut-être que l’Homo deus et l’Homo sapiens coexisteront. On aurait un système de castes biologiques, où la caste inférieure serait d’une autre espèce. Entre 200 000 et 100 000 ans avant notre ère, diverses espèces d’humanoïdes ont coexisté, jusqu’à ce qu’une seule s’impose.

– Peut-être viendra-t-on nous jeter des cacahuètes au zoo?

– C’est improbable mais cela fait surgir des questions éthiques urgentes. Si l’on veut savoir ce qui arrivera lorsque nous ne serons plus l’espèce dominante, il suffit d’observer notre façon de faire actuelle avec d’autres espèces moins complexes, les porcs, les bovins et les poules.

https://www.letemps.ch/opinions/yuval-noah-harari-hommes-deviendront-dieux

EN BANDE SON : 

2 réponses »

  1. « uval Noah Harari: Je dis simplement qu’il y a 300, 3000 ou 30 000 ans, personne n’aurait envisagé que l’année prochaine pourrait peut-être se passer sans guerre, ni épidémie, ni faim. Aujourd’hui, en revanche, c’est une évidence pour la plus grande part de l’humanité. Pour la première fois dans l’histoire, plus de gens meurent d’avoir trop mangé que de n’avoir pas mangé: en 2010, trois millions de personnes sont mortes de surpoids, soit davantage que celles qui ont succombé à la faim, aux guerres, aux actes de violence et au terrorisme. Pour l’Américain ou l’Européen contemporain, Coca-Cola est une plus grande menace qu’Al-Qaida. »

    Ce type est un grand malade normal c’est un mondialiste pur jus.
    « c’est notre projeeeeeeeeeeeet »
    voila le programme.
    merci pour le résumé c’est suffisant.!!!

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