Art de la guerre monétaire et économique

Les dangereux soldats de la planète Par Benoît Rittaud

Les dangereux soldats de la planète

 

(Tribune publiée dans Valeurs actuelles).

Jusque là, lorsqu’il s’agissait de sauver la planète du vilain climat qui menace, les mots les plus doux étaient prononcés. On annonçait le mariage du développement et du durable. La magie des bonnes intentions allait faire converger les luttes écologistes et sociales pour le bien de tous. Il n’y aurait plus besoin de se soucier des lois de la thermodynamique pour produire de l’énergie abondante, quasi-gratuite et non polluante. Et bientôt, par la grâce d’un éveil collectif, le contrat social se complèterait d’un contrat naturel devenu l’horizon indépassable de notre post-modernité.

À ses promoteurs ce rêve paraissait si évidemment positif qu’il était impossible à quiconque de ne pas y adhérer. Il n’était donc même pas question d’imposer l’écologisme politique : tout le monde y viendrait spontanément.

Et pourtant, comme toujours le peuple a regimbé. Bassement matérialiste, il a demandé à voir avant de sortir sa carte bancaire. La fin du monde est un problème, certes, mais la fin du mois l’est encore plus, disaient les premiers Gilets Jaunes. Il y a même pire : certains s’autorisent ouvertement à critiquer les mirages. Ainsi du Spectacle du monde du mois de juin. Ainsi de Bruno Durieux, ancien ministre, dans son ouvrage Contre l’écologisme (Fallois, 2019). Ainsi d’Élizabeth Lévy sur le plateau de « L’heure des pros », ou encore de votre serviteur dont la seule présence sur Sud Radio fit récemment fuir Aymeric Caron.

Selon Aurélien Barreau dans Le Monde, les « lanceurs d’alerte » écologistes seraient aujourd’hui « la cible d’attaques ad hominem, de calomnies, de moqueries, d’insultes » et autres. Sans doute le journal du soir a-t-il imposé à l’astrophysicien une taille trop réduite pour sa tribune, si bien que celle-ci ne donne pas le moindre exemple de ces avanies. Touchant de naïveté dans son usage répété du contrepied destiné à donner l’impression d’une pensée profonde, l’auteur nous assure en tout cas que le phénomène serait « très rassurant et plutôt bon signe », car démontrerait un « vent de panique » chez les adversaires de la vraie foi.

Tout le monde n’a pas ce côté attendrissant d’un Aurélien Barreau. Bien des penseurs de l’écologisme ont récemment montré leur vrai visage, qui est celui de l’intolérance et de l’esprit guerrier.

Claire Nouvian en appelle au CSA pour interdire l’expression des doutes sur la question climatique. D’autres mettent en place un dispositif fondé sur l’intelligence artificielle pour empêcher les avis climatiquement non conformes d’exister sur internet. Un collectif de jeunes chercheurs en sciences cognitives se propose carrément de « développer une approche comportementale de la transition écologique », expliquant en des termes d’autant plus effrayants qu’ils sont des plus choisis comment mettre le savoir académique au service d’un projet de conversion des esprits.

Les mots en viennent aussi à résonner comme des bruits de bottes. Nicolas Hulot a récemment affirmé que nous sommes « en temps de guerre pour le climat ». Le conseil municipal de Paris a déclaré un « état d’urgence climatique », évoquant la création d’une « académie du climat » pour les jeunes. (Le nom exact est ACademy : l’anglais, quoi de mieux pour faire sérieux ?) L’esprit de camaraderie affiché par les organisateurs de cette formation est typique des méthodes d’embrigadement idéologique de la jeunesse utilisées si souvent par le passé.

Dans ce contexte, on ne peut donc que féliciter la décision courageuse de quelques uns de nos députés (Julien Aubert, Sébastien Chenu, Guillaume Larrivé, Jean-Louis Thériot) qui appellent à refuser que la représentation nationale se déshonore dans la mascarade de recevoir Greta Thunberg à l’Assemblée. Cette Suédoise de 16 ans qui s’est fait connaître dans le monde entier pour s’être lancée dans une « grève scolaire du climat » est la représentante la plus emblématique des enfants-soldats qu’admirent tant nos faiseurs d’opinion.

La jeune Greta n’a rien d’un enfant prodige qui connaîtrait tout du climat ou de la science. Sa fonction est d’incarner l’image de la sainte, comme l’a finement analysé Rémy Prud’homme. Aveuglés par leurs croyances, les idéologues de l’écologisme ignorent que la place de cette jeune fille est évidemment à l’école, et qu’encourager la « grève scolaire » d’un enfant est un crime moral, car si les enfants-soldats sont dangereux pour tout le monde, ils le sont avant tout pour eux-mêmes.

EN BANDE SON :

6 réponses »

  1. Ridicules aussi. La petite Greta est en retard pour son âge, 16 ans, pas de poitrine, et des cheveux pauvres en  » queue de rat  » 🙂
    amicalement – merci pour le sourire !

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  2. « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. Elle fait songer à ces poupées en silicone qui annoncent la fin de l’humain et l’avènement du posthumain. Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire: son enveloppe est neutre. Elle est hélas ce vers quoi l’Homme va. »
    Michel Onfray

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  3. Non, tous les réchauffistes ne sont pas des khmer vert.
    Mais soit. Ceux qui sont mis en avant médiatiquement sont plus radicaux. (c’est pareil pour toutes les idéologies, toutes)
    Mais alors, si vous étiez persuadé que le climat est une menace réelle pour la civilisation, voire la survie de l’humanité, ou « simplement », pour quelques milliards de personnes.
    Vous feriez quoi de différent face au mur de scepticisme et à l’inertie politique et économique ?
    (sachant que ça fait quand même quelques décennies que la comédie dure)

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