Art de la guerre monétaire et économique

Art de la guerre économique et monétaire : Les nouvelles puissances de l’axe

Les mercantilistes ont le vent en poupe….

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

L’explosion des déficits budgétaires et les contraintes de réformes qu’elle impose modifient les rapports de forces dans le monde entre les partenaires économiques. Sans qu’il y ait la moindre connivence entre les deux capitales, Pékin et Berlin apparaissent comme les deux maillons forts d’un nouvel axe monétaire forgé tout au long de la crise.

Il semble loin le temps où Timothy Geitner, à peine nommé secrétaire au Trésor, accusait la Chine de manipuler le yuan. Après l’avoir obligé à se rétracter, Pékin lui faisait la leçon en contestant au G20 de Londres d’avril 2009 le rôle du dollar et en exigeant que Macao et Hongkong fussent retirés de la liste des paradis fiscaux établie par les occidentaux. « Obama est confronté à la réalité d’un pouvoir diminué », constatait le Financial Times. Tout au long de l’année dernière, les piques et initiatives chinoises contre le dollar se sont multipliées : incitation à acheter de l’or, obtention d’émettre des obligations en DTS, prêt de 650 milliards de yuans à l’Argentine pour qu’elle puisse acheter des produits sans passer par le dollar, émission, en septembre, d’obligations en yuans hors de Chine. La Chine se débarrasse de ses dollars en achetant des actifs américains, et, pour la première fois, les investissements chinois aux Etats-Unis ont, en 2009, dépassé les investissements américains en Chine. En octobre, le ministre chinois des Finances a déclaré qu’il fallait régler le problème des défauts du système monétaire international. En janvier, après la décision de Washington de vendre des armes à Taïwan, un vice-Premier ministre a déclaré que cette initiative ne contribuerait pas à la reprise économique américaine.

En clair, les cordons de la Bourse sont à Pékin, que l’Oncle Sam s’en souvienne. Cette mise en cause du dollar s’est accompagnée de critiques virulentes contre les déficits budgétaires américains : la coopération sino-américaine souhaitée par Obama ne s’établira pas si Washington ne répond pas aux injonctions monétaires et budgétaires de Pékin.

Le message de Berlin en Europe est le même : pas de gouvernance économique européenne sans remise en ordre des comptes budgétaires et sociaux. En juin 2009, l’Allemagne a refusé à la France un traitement spécifique des dettes et déficits liés à la crise. Un seul mot d’ordre : revenir au trot dans les clous des critères de Maastricht. C’est ce qui vient de se passer avec la Grèce. L’Allemagne a refusé l’aide financière souhaitée par les autres pays et a affirmé sa responsabilité et son appui politique en exigeant de la Grèce les efforts et les sacrifices consentis par l’Irlande. La Frankfurter Allgemeine Zeitung a écrit alors : « Les monnaies spaghetti de l’Europe du Sud menacent l’euro… à ce rythme, les Allemands vont vouloir revenir au mark… les Allemands doivent-ils travailler jusqu’à 67 ans pour permettre aux Grecs de partir à la retraite à 61 ans ? » Le message adressé à Athènes vaut pour Paris, qui se cramponne à la retraite à 60 ans tandis que le déficit budgétaire est de plus du double que celui de l’Allemagne.

Certains observateurs ont interprété la déclaration d’Angela Merkel – « nous reconnaissons notre responsabilité dans la stabilité de la zone euro » – comme un premier pas vers un gouvernement économique européen. Mais le couple franco-allemand fait de plus en plus songer à ces couples qui s’embrassent en public et se crêpent le chignon à la maison. Si la France ne tient pas sa promesse de respecter les critères de Maastricht en 2013, elle devra, comme la Grèce, accepter les diktats de Berlin. En ce sens, on peut dire que l’Europe et la zone euro se trouvent à un tournant de leur histoire : dettes et déficits modifient les rapports des partenaires européens.

PAR PHILIPPE SASSIER | JDF HEBDO | 20.02.2010 |

5 réponses »

Laisser un commentaire