Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

André Gosselin : La veuve californienne

Contrairement à certaines croyances, les fonds d’investissement ne sont pas enferrés dans une vision à court terme.  

Le capitalisme financier a toujours été une cible de choix pour les hommes politiques en quête d’un capital de sympathie. Avec l’essor des fonds communs de placement depuis un quart de siècle, les politiciens de tous pays et de toutes allégeances sont tentés d’expliquer les fermetures d’usines, les délocalisations ou les fusions et acquisitions en évoquant l’appétit vorace de ces fonds. Selon eux, les gestionnaires de fonds forceraient les entreprises à dégager des profits exagérément élevés, le plus vite possible. Nous serions désormais à l’ère du capitalisme sans projet et obsédés par le court terme.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Les organisations  » citoyennes  » reprennent ce discours et s’inquiètent de voir les fonds d’investissement et autres caisses de retraite anglo-saxonnes enrichir la veuve californienne aux dépens des pauvres travailleurs.

Les Français ont trouvé une nouvelle expression pour qualifier la phase actuelle du capitalisme mondial et la cause de tous ses malheurs : le  » court-termisme « .

 » Long-termisme  » !

La recherche du profit à court terme est-elle une réalité observable dans les données financières ?

Les entreprises cotées en Bourse sont-elles contaminées par le court-termisme, le manque de vision et la rentabilité maximale aux dépens de projets d’envergure coûteux certes, mais créateurs d’emplois et de richesse ? Les détenteurs de parts de fonds communs sont-ils des criminels en puissance, coupables par association ?

Cette vision des marchés financiers est fausse.

 Bon an, mal an, aux États-Unis, environ un tiers des entreprises cotées réalisent des pertes. Sont-elles pour autant boudées par les fonds d’investissement ? Non! Ce sont ces entreprises déficitaires qu’ils préfèrent. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de sociétés dirigées par des patrons visionnaires à l’enthousiasme contagieux, qui investissent beaucoup en recherche, en exploration et en innovation, comme l’illustrent les milliers de sociétés publiques dans les secteurs de la biotechnologie, des énergies vertes, de l’exploration minière ou pétrolière, de l’informatique, de la nanotechnologie, etc. Bref, des entreprises dont les actionnaires parient sur des profits futurs qui mettront parfois plus de dix ans à se concrétiser.

Aux États-Unis comme au Canada, la moitié des entreprises inscrites en Bourse sont déficitaires au moment de leur introduction. Même si leurs pertes financières se creusent, les fonds d’investissement n’hésitent pas à participer à leur capital, car ce sont des fonds bien diversifiés qui savent répartir leurs risques, qui font la distinction entre la performance comptable et la performance boursière, et qui ont tout intérêt à détenir une part des actions des entreprises qui seront les Microsoft de demain.

Tout bon investisseur sait qu’il peut détenir des actions de sociétés déficitaires qui ne feront des profits que dans dix ans, car il pourra toujours les revendre à un prix qui reflète la valeur des projets accomplis.

Les entreprises privées de type familial ne peuvent pas se permettre d’être déficitaire pendant deux ans. En revanche, les entreprises cotées en Bourse peuvent l’être pendant plusieurs années, pourvu qu’elles se développent et qu’elles promettent des profits futurs.

La Bourse est le royaume des projets d’investissement les plus ambitieux et emballants, l’incubateur des emplois de l’avenir et des technologies qui feront le monde de demain. Et, comme les fonds communs détiennent essentiellement des actions d’entreprises inscrites en Bourse, ils sont par définition  » long-termistes « . Et pas seulement dans l’intérêt de la veuve californienne.

André Gosselin  analyste, chercheur et stratégiste canadien  Source: 2007 Affaires Plus

EN COMPLEMENT :

The Economist : Vive la lutte des classes !

On parle ici des différentes catégories d’actionnaires de sociétés publiques, présentées par The Economist dans sa chronique « Schumpeter » intitulée « A different class ». (cliquez sur le lien)

 The Economist affirme que la déconfiture des institutions financières, lors de la crise de 2008-2009, ne devrait pas surprendre les investisseurs, car ces derniers fondent souvent leurs décisions sur les phénomènes qui secouent les marchés à court terme. Comment blâmer les banques d’avoir une gestion tournée vers le trimestre suivant si leurs actionnaires font la même chose ?

The Economist suggère donc la création d’une nouvelle catégorie d’actionnaires intéressés par les résultats à long terme des sociétés dans lesquelles ils investissent. Des émules de Warren Buffett, en quelque sorte. Diverses mesures sont proposées, y compris l’abolition des droits de vote des nouveaux actionnaires pendant un an, ou des bonis de loyauté sous forme de dividendes ou de droits de vote plus importants.

De telles mesures auraient un impact certain sur les fusions et acquisitions. D’autre part, une formule similaire est en vigueur depuis des lustres en France, où les droits de vote doublent lorsque l’actionnaire a détenu les titres plus de dix ans. Certains soulignent que cette formule a entraîné des abus par rapport aux investisseurs minoritaires. Mais The Economist blâme davantage une réglementation laxiste.

Aux États-Unis, certains conseils d’administration ne sont renouvelés que partiellement chaque année. Mais certaines études tendent à confirmer que ces firmes affichent des rendements moins élevés à long terme.

D’autres recherches montrent que l’activisme financier, notamment celui des fonds de couverture, entraîne un rendement plus élevé pour les actionnaires. Et que des droits de vote disproportionnés isolent souvent les dirigeants, les rendant moins redevables face aux actionnaires.

En fin de compte, il faut en arriver à encourager les investisseurs à s’accrocher plus longtemps à leurs titres. Et, surtout, à participer davantage à la démocratie actionnariale.

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