Art de la guerre monétaire et économique

La relativité des Fonds Souverains : Entre réalité et fantasme

Leurs actifs ont reculé de 3% en 2009, à 3800 milliards de dollars. Industrie, services ou infrastructures comme thèmes d’investissement.

Après la peur qu’ils ont inspirée ces dernières années, les fonds souverains font de moins en moins la Une de l’actualité. Ces outils de certains Etats, qui recouvrent des réalités économiques et géostratégiques très disparates, ont pourtant souvent défrayé la chronique par le passé, notamment dans le cas de la compagnie pétrolière chinoise China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) qui a tenté de reprendre l’américaine Unocal, ou encore celui du fiasco de Dubai Ports World avec la britannique P&O.

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Une discrétion qui s’explique peut-être par un retour sur leur marché domestique. Mais plus certainement parce que les fonds souverains ont été affectés par une dégradation brutale de l’environnement économique qu’ils n’avaient guère anticipé, tout comme d’autres investisseurs.

Leurs actifs ont en effet reculé de 3% en 2009, à 3800 milliards de dollars, alors que les marchés financiers ont connu un rebond significatif, selon une étude d’International Financial Services à Londres. En 2008, ils avaient progressé de 18%.

Au paroxysme de la crise, quatre fonds souverains du Golfe avaient perdu environ 350 milliards de dollars, selon la Conférence de l’ONU pour le commerce et le développement(UNCTAD). Les avoirs des fonds d’Arabie saoudite, du Koweït, du Qatar et d’Abou Dhabi n’ont toutefois pas beaucoup baissé en raison de l’injection de revenus pétroliers, selon le rapport de cet organisme de l’ONU. Avec comme mandat de faire fructifier et d’investir les ressources de leur pays (matières premières) ou réserves de change, ils commencent cependant à sortir de la crise. Mais pas tous.

«Malgré la reprise des marchés boursiers l’année passée, certains fonds sont encore en perte sur leurs investissements réalisés avant le début de la crise», commente International FinancialServices dans son rapport.

Ce dernier met en exergue différentes réalités intéressantes.

 Parmi d’autres, on peut noter que leurs actifs ont triplé en une décennie, passant de moins de 1000 milliards de dollars en 1999 à 3800 l’an passé. Et cette croissance devrait se poursuivre. Selon International Financial Services, les fonds pourraient atteindre un portefeuille d’actifs valant 5500 milliards en 2012.

Deuxième constat, les deux tiers des actifs sont aujourd’hui aux mains des fonds alimentés par les exportations de matières premières (pétrole, gaz, etc.) de leur pays. Les autres acteurs, dont les ressources proviennent de tout ou partie des réserves de change, comme le fonds chinois China Investment Corporation (CIC), s’accaparent une part croissante du total des encours des souverains.

Malgré leurs difficultés passagères, ils n’en continuent pas moins à faire des émules. L’International Financial Services note que de nombreux autres pays réfléchissent à l’opportunité ou sont sur le point de lancer leur propre fonds souverain. Et de citer notamment le cas du Japon, de l’Inde, du Nigeria, de la Bolivie ou de l’Angola. Autre élément souligné par l’étude, les fonds ont quelque peu délaissé la finance, échaudés par les moins-values ou pertes importantes enregistrées dans ce secteur.

Ces derniers mois, ils ont davantage privilégié l’industrie, les services ou les infrastructures. Ce seraient-ils également moralisé?

L’étude ne répond pas à cette interrogation mais le plus important fonds souverain de la planète,le Fonds norvégien, détenteur de 1% des actions en circulation dans le monde, a récemment annoncé qu’il laissait tomber 17 producteurs de tabac – dont l’important cigarettier Philip Morris – au profit d’investissements plus responsables.

Si l’importance de ces fonds tend à croître, elle doit toutefois être relativisée.

Les fonds de pension gèrent près de dix fois plus d’actifs (30.000 milliards de dollars), les fonds de placement six fois davantage (23.000 milliards) et les assureurs cinq fois plus (20.000 milliards).

Dans un récent ouvrage intitulé Les fonds souverains, Instruments financiers ou armes politiques?, Jean-Marc Puel écrivait néanmoins que «cela vous plaise ou non, il faudra vivre avec ces fonds». Et ils reviendront encore plus puissants. Car ils se professionnalisent, en se mettant notamment à recruter à New York ou à Londres, où des équipes de qualité sont désormais débauchées à prix d’or.

De plus, ces fonds détiendront dans dix ans plus de 20% de la capitalisation financière mondiale.

Ils seront donc un des éléments de la recomposition du système financier international, tout en restant sans doute une arme financière au service de leurs Etats. Ils feront donc bientôt à nouveau parler d’eux._

source agefi mars10

EN COMPLEMENT :

UBS: le fonds souverain GIC a converti ses obligations, détient plus de 6%

Le fonds souverain singapourien GIC, qui avait participé à une augmentation de capital d’UBS, a converti ses obligations en actions et détient désormais plus de 6% dans la banque helvétique, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

« La conversion (des obligations arrivées à maturité) a eu lieu », a indiqué à l’AFP une porte-parole d’UBS. GIC a également « confirmé » à l’AFP cette opération, selon une porte-parole du fonds.

Le fonds souverain singapourien et UBS disposent maintenant d’environ sept jours pour déclarer aux autorités cette opération.

GIC avait injecté 11 milliards de francs suisses dans UBS en décembre 2007, soit à l’époque près de 9% du capital d’UBS, apportant une bouffée d’oxygène à la banque empêtrée dans la crise des « subprime » aux Etats-Unis.

Selon un document soumis en février à la Commission des opérations de Bourse américaine, la SEC, la participation de GIC dans UBS s’élèverait seulement à 6,6%, en raison de la dilution des actions occasionnée par d’autres augmentations de capitaux effectuées depuis par la banque.

GIC a reçu au total 230,7 millions d’actions pour son injection de capital, a précisé la porte-parole d’UBS.

Si le fonds convertissait ces titres au cours actuel de l’action UBS, qui s’échangeait vendredi à 16,12 francs suisses, GIC n’obtiendrait que 3,7 milliards de francs suisses, soit une perte de 7,3 milliards.

Cette perte serait cependant partiellement compensée par le coupon (intérêt) de 9% qui a apporté au total 1,98 milliard de francs suisses à GIC, réduisant la perte pour le fonds à 5,3 milliards.

Dans l’immédiat, cette opération fait du fonds l’un des plus gros actionnaires de la banque zurichoise, derrière les fonds Chase Nominees LTD qui détient 11,6 et DTC (8,42%).

ZURICH (Suisse), 5 mars 2010 (AFP)

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES :

Fonds Souverains : Pas de risques majeurs après les déboires de Dubaï (cliquez sur le lien)

Les Fonds souverains : Une Force de frappe de 3800 milliards de dollars (cliquez sur le lien)

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