Art de la guerre monétaire et économique

Investir dans un monde multipolaire et dangereux

Le consultant en géopolitique de la Financière Banque Nationale(Canada) Pierre Fournier a dressé un portrait fort intéressant d’une variable de l’investissement qui prend de plus en plus d’importance : la géopolitique.

PLUS DE RISQUE EN SUIVANT :

 Selon le FMI et Goldman Sachs, les cinq premières économies en 2008 sont les États-Unis, le Japon, la Chine, l’Allemagne et la France.

En 2050, ces institutions croient que la Chine aura pris la position de tête, avec un PIB nominal de 70 710 G$, soit presque le double de celui des États-Unis. Suivent l’Inde, le Brésil et le Mexique. Malgré un PIB qui doublera, le Canada passerait de la 11e à la 18e position.

L’ère d’un monde dominé par l’occident serait donc terminée. « Un monde multipolaire va engendrer des occasions, croit Pierre Fournier. Il y aura moins de pauvreté, mais un monde plus complexe et plus de risques géopolitiques. »

Parmi les cinq superpuissances, soit les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et l’Europe, le spécialiste note que la Chine et la Russie tentent d’étendre leur sphère d’influence. Ces pays comportent aussi plus de risques géopolitiques.

« Il faut investir dans les juridictions où la protection des investisseurs est assurée », croit Pierre Fournier.

Il note d’abord des pays stables, comme les États-Unis, l’Europe et les autres pays avancés.

« Les meilleurs rapports croissance/stabilité à long terme dans les pays émergents sont l’Amérique latine (Brésil, Mexique, Chili, etc.) et l’Inde », selon Pierre Fournier.

Il préfère l’Amérique latine à l’Afrique en raison de régime politique plus stable. Malheureusement, les coups d’État et conflits tribaux sont nombreux en Afrique.

Le pays émergent à privilégier est le Brésil, poursuit le spécialiste. « La surperformance est durable, car le pays a plus de ressources, d’eau, de terres arables, de minerais, a des programmes sociaux et une maturité politique. »

Bien que la Chine affiche la plus forte croissance, Pierre Fournier met un bémol : il n’y a aucune façon de protéger les investisseurs, c’est l’État qui décide. Pour profiter du boom chinois, l’expert propose d’investir dans les secteurs des ressources et des équipements de haute technologie.

Parmi les secteurs clés, Pierre Fournier nomme d’abord l’agroalimentaire. « C’est un secteur qui reflète les nécessités incontournables de la croissance », estime-t-il.

Suit l’électricité, une source d’énergie en croissance depuis 1945. « Nous privilégions le matériel électrique plutôt que les services publics, car l’État est très présent et il va souvent déterminer ce qu’est une rentabilité acceptable. » Le marché du matériel électrique est libre, les infrastructures sont vétustes dans les pays riches et à construire dans les pays en développement.
 
Le secteur de l’armement profite aussi de perspectives favorables dans le contexte actuel.

Le secteur financier recèle un bon potentiel à long terme. « À court et moyen terme, la crise financière risque de se transformer en crise politique pour les institutions financières », dit-il. En effet, 68 % des Américains ont une opinion négative des banques.

En ce qui concerne le Canada, « Je suis bullish pour le Canada depuis longtemps et je le reste ». Le spécialiste note la stabilité politique et sociale au pays, l’abondance de ressources et un système financier solide.

Le secteur des sables bitumineux continuera à jouer un rôle clé dans l’avenir du pays. La Chine vient justement d’investir 4 G$ dans le projet Syncrude. « À mon avis, on s’en va vers une entente de sécurité énergétique nord-américaine. Qu’on aime ou pas, les sables bitumineux sont un excellent placement. »

source F&I avril 10

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