Commentaire de Marché

Nouriel Roubini : « On ne peut pas forcer à boire un âne qui n’a pas soif »

Nouriel Roubini : « On ne peut pas forcer à boire un âne qui n’a pas soif »

nouriel_roubini par Jerry Fletcher

. « Docteur Catastrophe » explique aux « Echos » sa vision de l’économie américaine. Et en complement un entretien vidéo avec The Economist….

PLUS DE ROUBINI EN SUIVANT :

 La Fed change graduellement son évaluation de la conjoncture américaine. Elle n’a pas manqué de souligner, mardi, les facteurs d’affaiblissement de l’économie du pays. Qu’en pensez-vous ?

On va vers une détérioration très significative de l’économie des Etats-Unis. Au deuxième trimestre, la croissance sera de 1 à 2 %, en dessous de la tendance. Cela empirera au cours de ce trimestre et après. Au premier semestre, l’économie a profité des relances budgétaires et monétaires, de la reconstitution des stocks des entreprises, des aides aux prêts immobiliers, etc. Tout cela change rapidement. Les politiques budgétaires d’austérité vont rogner sur la croissance. Le thème prioritaire des particuliers, des entreprises et aujourd’hui même de l’Etat fédéral devient celui du désendettement. Vers la fin de cette année, l’économie américaine aura presque cessé de progresser. Sur l’ensemble du deuxième semestre 2010, le taux de progression du PIB devrait ressortir à quelque 1,5 %. Et au-delà, sur la première moitié de 2011, la croissance des Etats-Unis sera plus proche d’un modeste 1 %, avec un taux de chômage qui restera élevé. C’est une « récession de la croissance » qu’on a devant nous, mais pas encore une récession au plan technique. Il est vrai que, en six mois, les risques d’une nouvelle récession aux Etats-Unis sont passés de 25 % à plus de 40 % ces temps-ci. Mais, pour l’heure, je ne fais pas mien le scénario d’une « double rechute ». 

Peut-on assimiler la situation qui se dessine outre-Atlantique à celle du Japon des années 1990 ?

Je ne crois pas que les Etats-Unis vivront dix ans de déflation ininterrompue, de croissance faible et de chômage durable. En revanche, je suis convaincu que les faiblesses de l’économie américaine perdureront dans les trois prochaines années.

Les chances de succès de toute politique de soutien à l’économie sont limitées. Au second semestre, l’Etat fédéral devra procéder à des ajustements en matière fiscale et budgétaire. A cet égard, la décision de la banque centrale de procéder à des rachats d’obligations d’Etat à maturité plus éloignée correspond à l’objectif de prévenir une baisse de la demande de ces titres. La politique monétaire dispose de davantage de moyens. La Fed peut encore réduite ses taux directeurs en les ramenant à 0 %. Mais le risque, bien réel, est de générer une trappe à liquidités. Le désendettement massif, généralisé et simultané de l’ensemble des agents économiques ne peut pas être combattu efficacement par une politique monétaire traditionnelle, même agressive.

Toutes les mesures qui pourraient être prises pour accroître les liquidités ne pourront pas forcer les acteurs économiques à emprunter pour dépenser et investir. On ne peut pas forcer à boire un âne qui n’a pas soif. D’ores et déjà, aux Etats-Unis, on a environ 1.000 milliards de dollars de réserves bancaires excédentaires qui ne sont pas mobilisées. 

Faut-il s’attendre à une chute du dollar ?

Paradoxalement, je crois que si ce scénario d’affaissement de la croissance globale s’avère exact, le dollar sera plus élevé en fin d’année qu’actuellement face à l’euro. Comme par le passé, la montée des risques d’une nouvelle récession globale lui apportera un précieux soutien

PROPOS RECUEILLIS PAR MASSIMO PRANDI, Les Echos aout 10

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