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Trappe à dettes : Des déficits publics au défaut de paiement

Trappe à dettes :  Des déficits publics au défaut de paiement

«La crise n’est pas encore à mi-chemin», a déclaré Walter Wittmann, lors d’un séminaire d’Avenir Suisse. Le professeur Kohli plaide pour un plafond des dépenses publiques

Les banques centrales vont tout entreprendre pour relancer l’économie, injecter un maximum de liquidités à travers une expansion quantitative, mais «le désastre final sera encore plus grand», a déclaré Walter Wittmann, auteur d’ouvrages économiques, lors du séminaire d’Avenir Suisse consacré à la crise de la dette publique. A son avis, la crise n’est pas encore à mi-chemin. Les sauvetages succèdent aux récessions. A chaque fois la dette accélère son envol. Dans l’histoire, cela se termine par de l’inflation et dans le pire des cas par une réforme monétaire. Car ainsi l’Etat efface ses dettes d’un seul coup. N’y a-t-il pas une lumière au bout du tunnel? demande un participant. L’ex-professeur déclare que dans ce cas, il s’agit du train qui arrive en face…

PLUS/MOINS DE FREE LUNCH EN SUIVANT :

Quels risques recèlent les déficits abyssaux et l’augmentation dramatique de la dette publique de la plupart des Etats occidentaux? Quelles en sont les issues?

Ulrich Kohli, ancien chef économiste de la Banque Nationale Suisse et professeur honoraire à l’Université de Genève, qui intervenait hier à Zurich dans le cadre d’un séminaire d’Avenir Suisse, met en garde contre l’illusion d’un «free lunch»: toutes les dépenses de l’Etat, au titre du soutien à l’économie ou du renflouage d’entreprises, doivent être financées d’une manière ou d’une autre.

L’endettement, bien qu’il amène son lot de problèmes d’incitation et de distorsion, n’est pas en soi l’élément déterminant: «Ce sont les dépenses de l’Etat elles-mêmes qui représentent l’impôt véritable», observe Ulrich Kohli. Elles impliquent invariablement une absorption de ressources qui ne seront plus disponibles pour d’autres usages. L’économie devra donc couvrir ces dépenses, indépendamment de la méthode de financement. Et dans certains cas, cela risque de coûter cher.

 Les niveaux excessifs d’endettement sont d’autant plus apparents lorsque le revenu national est utilisé comme mesure, plutôt que le produit national brut, comme c’est courant. «L’aptitude d’un pays à honorer ses dettes dépend en effet davantage de ses revenus que de sa production», argue Ulrich Kohli. Or, le RNB est de 20% inférieur au PIB dans des pays comme l’Italie, le Portugal et l’Espagne, calcule l’économiste. Il est de 10% inférieur au PIB aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Ce qui tend à sous-estimer le défi auquel ces pays font face. Dans le cas de la Suisse, le RNB est légèrement supérieur au PIB: elle serait donc dans une posture relative encore moins défavorable selon ce ratio.

L’économiste, qui avait exprimé en 2005 déjà son scepticisme à l’égard de l’Irlande et de son image de tigre celtique, observe que le déficit public s’élève maintenant à 32% du PIB. Dans tout l’OCDE, les déficits publics ont explosé (d’environ 20% du PIB depuis 2007). Les sauvetages de groupes financiers en sont partiellement la cause. Certains ont été nécessaires et parfois les gouvernements ont non seulement été remboursés mais ont fait un profit. A son avis, il aurait fallu sauver Lehman Brothers. Par contre, il aurait mieux valu laisser la Grèce faire faillite. Athènes, contrairement à Lehman, AIG, ou UBS n’a pas une fonction systémique. Une faillite grecque aurait un lourd impact réel et fiscal, mais l’euro y survivrait. L’impact d’un tel défaut ne serait pas monétaire, selon Ulrich Kohli. Il en serait de même d’une faillite de la Californie, qui n’empêcherait pas le dollar de survivre, ou d’un canton suisse pour le franc suisse.

Pour certains pays de la zone euro, un défaut de paiement ne peut en l’occurrence pas être exclu. Ulrich Kohli rappelle que durant les trente dernières années, il y a eu près de 40 cas de défaut de paiement dans le monde: ces pays ont généralement payé un prix élevé en termes de récessions, d’inflation et d’accès limité aux marchés internationaux des capitaux pendant de nombreuses années. Mais ils ont survécu. Il ne faut pas non plus s’attendre à ce qu’un défaut de paiement signifie la fin de l’euro. Ce serait surtout un embarras considérable pour l’Union européenne (dont le fonds de stabilité financière de 440 milliards d’euros doit expirer en 2013).

Que peuvent alors entreprendre les pays concernés?

Pour Ulrich Kohli, la réponse est sans équivoque: ils doivent réduire l’impôt véritable, c’est-à-dire les dépenses de l’Etat. Ni l’augmentation des impôts, ni le recours à l’inflation, ni la vente d’actifs n’offrent une alternative convaincante. La nécessité d’agir est rendue d’autant plus urgente par les automatismes des assurances sociales face à l’évolution démographique. Le défi ne peut donc être sous-estimé.

Certains économistes estiment que la dette publique importe peu. Le professeur genevois rétorque que le fardeau de la dette exige de futurs impôts. En termes de valeur actualisée, le niveau d’impôts nécessaires au financement de la dette est exactement égal à la valeur de la dette elle-même.

En fait «ce sont les achats de l’Etat eux-mêmes, donc les dépenses publiques, qui constituent «le vrai impôt» (true tax). Car ce que l’Etat achète ne sera plus à disposition du reste de l’économie.

La dette publique n’est pas «gratuite», selon l’économiste. L’évolution des écarts de taux entre les obligations souveraines et entre les dérivés de crédit (CDS) en atteste lorsque le marché doute de la solidité des finances publiques

Procédure d’insolvabilité

Face au risque accru de défaut de paiement de certains pays, se pose la question de la réponse la plus efficace.

 Les mesures de sauvetage comportent un risque moral important: il s’agit de facto d’un subventionnement des conditions de crédit par les contribuables (souvent étrangers de surcroît) qui peut inciter les gouvernements à une gestion laxiste et à des promesses électorales non finançables. Christoph Schaltegger, professeur à l’Université de Lucerne, propose d’introduire une procédure d’insolvabilité pour les Etats. Celle-ci serait destinée à accroître la sécurité du droit, tout en disciplinant tant les gouvernements dans leur gestion budgétaire que les créanciers dans leur octroi de crédits.

En Suisse, le cas de la commune de Loèche-les-Bains peut servir d’exemple. Christoph Schaltegger rappelle que le Tribunal fédéral avait rejeté plusieurs plaintes adressées au canton du Valais et ainsi empêché un renflouement de la commune. L’autonomie communale s’en est retrouvée renforcée, même si les créanciers ont dû renoncer à plus de trois quarts de leurs prétentions. Cela a conduit non seulement à un ajustement de la pratique commerciale des banques, mais également à une amélioration des budgets des communes. Au niveau international, le mécanisme de restructuration de la dette souveraine du Fonds monétaire international est un cadre qui tend vers une solution pour les Etats. L’exigence essentielle consiste à limiter le risque moral.

Aujourd’hui, les Etats devraient définir un plafond pour les dépenses publiques, selon Ulrich Kohli. Les pays doivent prendre les mesures correctrices le plus tôt possible. Car les défis (démographiques, environnementaux) ne manquent pas. La Suisse aussi doit «prendre des mesures drastiques. Le frein à l’endettement a été utile, mais «il reste beaucoup à faire». Les dépenses sociales ont très fortement augmenté. Il faut les plafonner. Et les dépenses publiques dans les infrastructures? L’Etat ne devrait s’endetter que pour des investissements rentables, répond Walter Wittmann. En Suisse, le Gothard n’entre pas dans cette catégorie. C’est la source d’une longue série de déficits.

source Le temps/agefi oct10

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