Art de la guerre monétaire et économique

Jim Rogers: Face à L’Inflation « Protégez-vous avec les matières premières »

Jim Rogers: Face à L’ Inflation « Protégez-vous avec les matières premières »

Le célèbre investisseur, Jim Rogers, met en garde contre une inflation à 10 % dans le monde.

En tournée en Europe, Jim Rogers, le gourou des matières premières, est venu redire tout le bien qu’ils pensent d’elles. Jim Rogers anticipe une poursuite de la hausse des cours de l’énergie, des métaux et des denrées agricoles. Selon l’investisseur américain, la demande croîtra plus vite que l’offre…Les matières premières feront mieux que les actions dans la décennie à venir, prévoit-il. Et devant une salle comble , il s’est livré à un scénario catastrophe, digne des films « Made in Hollywood ».

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«Le marché reste haussier pour les matières premières», est convaincu Jim Rogers. Devant une salle archicomble , l’investisseur qui a créé en 1998 son propre indice consacré aux matières premières, le «Rogers International Commodity Index» (RICI), s’excuse auprès du public de répéter ce qu’il a déjà affirmé un an plus tôt.

Sur les Etats Unis, le Dollar et le retour de L’inflation

Si on devait tenir notre comptabilité comme le fait le Trésor américain, nous serions en prison..D’après lui, les problèmes des Etats-Unis « pays le plus endetté du monde et de l’histoire » vont tous nous affecter. « Pour s’en sortir, leur politique est d’affaiblir leur devise » constate-t-il.

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Image: Phil’s Stock World

« Pour l’instant, le dollar reste la devise principale des réserves de change dans le monde. Mais il faut se rappeler que la livre sterling disposait également d’une telle position avant de perdre son statut par rapport au dollar. Beaucoup de gens ont perdu des fortunes lorsque ceci s’est produit. Vous devez comprendre la politique des Etats-Unis d’affaiblir sa monnaie ».

Et de préciser que ses deux filles n’ont pas de compte en dollar, uniquement en yuan « la devise la plus sûre au monde ». Son propre portefeuille de placement comporte, dit-il, « des devises et des matières premières ». Il indique qu’il a même profité de la crise de la dette souveraine pour acheter de l’euro. Les autres monnaies qu’il privilégie sont le dollar singapourien et le dollar canadien, ainsi que le franc suisse et le yuan. Mais il ne se fait pas trop d’illusion.

« Aucune monnaie n’est absolument sûre à partir du moment où un pays endetté comme les Etats-Unis commence à dévaluer sa devise ». « Si l’économie va mieux, il faut investir dans les matières premières à cause d’une pénurie croissante. Si elle ne va pas mieux, vous devez investir dans les matières premières parce que les gouvernements vont imprimer de l’argent. La seule façon de vous protéger contre cette hausse de monnaie est d’investir dans les matières premières », prévient-il.

Il relève que partout dans le monde, des poussées inflationnistes se manifestent. « La Suède, l’Australie, l’Inde, la Chine,… relèvent leur taux d’intérêt pour contrer l’inflation. Seules les banques centrales américaines et britanniques ne suivent pas le mouvement, au prétexte qu’il n’y a pas d’inflation. Mais c’est faux », affirme-t-il. Tôt au tard, les banques centrales en retard dans leur resserrement monétaire vont devoir s’y atteler, selon lui. Et cette hausse de taux d’intérêt sera brutale. L’inflation mondiale pourrait grimper jusqu’à 10 % d’ici quelques années, d’après lui.

Pénurie de ressources naturelles.

Les révoltes en Egypte et en Tunisie ne sont pas terminées, estime encore Jim Rogers. En cause, les prix des denrées alimentaires commencent à grimper, « après treize années de stabilité ». « Le principal problème repose sur l’agriculture. On assiste à une pénurie de la production, essentiellement due à la disparition des fermiers. Et ce problème va s’accélérer », note-t-il.

Il prédit un retour de la crise alimentaire d’ici un an. « Les exploitations agricoles disparaissent au profit des terrains de golf. On assiste à une disparition des fermiers. En Inde, plus de mille fermiers se donnent la mort chaque année car leur exploitation n’est pas rentable. En Afrique, ils arrêtent de produire. Et l’âge des fermiers actifs avoisine 58 ans aux Etats-Unis. Tout ça, parce que les prix des denrées agricoles n’augmentent pas », explique-t-il. « Nous avons un sérieux problème. Si les prix agricoles ne montent pas, nous n’allons plus produire à n’importe quel prix. Qui va alors produire notre nourriture », s’inquiète-t-il.

. Les changements climatiques risquent d’aggraver la situation. Car même si de nouvelles terres seront peu à peu exploitées dans certaines régions, comme la Russie, elles ne compenseront pas immédiatement les pertes subies ailleurs.

A l’entendre, la spéculation sur les matières premières permet de trouver un prix correct pour.
« Aux Philippines, le gouvernement a voulu imposer un prix limite pour le cours du riz après qu’il a commencé à grimper dramatiquement, soi-disant à cause de la spéculation. Résultat, les fermiers ont arrêté la production de riz. Le gouvernement s’en est rendu compte et a dû faire machine arrière ».

Est-il moral d’investir dans les matières premières agricoles, en contribuant ainsi à renchérir les prix de l’alimentation pour les populations les plus pauvres?

Jim Rogers bat en brèche cet argument. «Les veuves de paysans indiens qui se sont suicidés préféreraient certainement recevoir des prix plus élevés pour leur production.»

Et de conclure: «Si nous ne payons pas des prix plus élevés pour les denrées agricoles, nous n’aurons tout simplement pas assez de nourriture à l’avenir.» Son dernier conseil au public: «Quand vous irez boire un café tout à l’heure, emportez les sachets de sucre offerts. Ils ne le seront plus pour longtemps.»

NB : Quels sont les pays les plus menacés par la hausse des prix des matières premières ?

La hausse récente des prix des matières premières devrait se prolonger avec l’excès de liquidité mondiale et la croissance forte de la demande de matières premières. Les pays les plus menacés par la hausse des prix des matières premières sont ceux où le déficit commercial pour les matières premières représente une fraction élevée du revenu national (parce qu’ils ne sont pas producteurs de matières premières, parce que le revenu par tête est faible) le niveau mondial élevé des prix des matières premières peut alors déstabiliser socialement et politiquement ces pays, ce qui se voit déjà (indépendamment des autres causes : absence de démocratie, inégalités, corruption…). Dans Les pays où le poids des matières premières est très élevé en rapport du revenu on n’y trouve pas les pays d’Afrique Subsaharienne ou d’Amérique Latine. On y trouve plutot les pays de la zone Euro, d’Asie, d’Europe Centrale et des Balkans.

Pétrole au-delà de 100 USD 

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Image: HiddenLevers

Au registre énergétique, il n’exclut pas un baril de pétrole au-delà de 100 dollars. « Toutes les exploitations pétrolières sont en déclin. Or, du côté de la demande, celle-ci ne diminue pas », souligne-t-il. Il rappelle que la Chine ne consomme que 0,059 baril par jour, et l’Inde 0,026 contre 0,641 pour les Etats-Unis.

« La Chine et l’Inde, avec le développement de leur économie, vont vouloir davantage de vélomoteurs et de voitures. Les prix du pétrole peuvent donc décoller rien que pour cette raison », relève-t-il. «Les derniers grands champs pétroliers ont été découverts il y a près de 40 ans. Les mines deviennent plus chères à exploiter», énumère-t-il

NB :les possibilités de découverte de nouvelles capacités de production pétrolières sont limitées. Les Etats-Unis n’ont toujours pas distribué de nouveaux permis d’exploitation dans le golfe du Mexique depuis l’affaire BP. Quant au pétrole non conventionnel à partir des sables bitumineux et des schistes asphaltiques en Amérique du Nord, son développement coûte très cher. Du coup, le prix du baril devrait rester élevé en 2011

Or et indices

Selon lui, le meilleur moyen d’investir dans les matières premières passe par les indices qui les suivent. Ce qui ne l’empêche pas de toujours détenir en portefeuille quelques sociétés minières comme Rio Tinto. Il rappelle qu’il reste un investisseur sur le long terme. « J’ai également des actions chinoises en portefeuille, et mes filles en hériteront probablement » souligne-t-il.

Sa stratégie est de jouer à la baisse toutes les autres classes d’actifs pour protéger son portefeuille. « Pendant la crise financière, j’ai joué à la baisse des titres comme AIGet Citigroup », relève-t-il. Il faut rappeler que les prix des matières premières se sont aussi repliés pendant cette période. « En 2008, on a assisté à une liquidation massive sur le marché des matières premières suite à la faillite de Lehman Brothers, un acteur clé sur ce marché. Ce fut la même chose en 1970. Les cours ont chuté de 20 % en une séance sous l’effet d’une liquidation massive. Ces marchés ne sont jamais à l’abri d’un tel phénomène », souligne-t-il. Mais il reste convaincu que les matières premières sont inscrites dans un cycle haussier d’au moins 18 ans, dont le début remonte à 1999.

N’y a-t-il pas un risque de correction si la croissance ralentit dans les pays émergents? Jim Rogers n’exclut pas un tel scénario. Toutefois, si l’économie mondiale devait tomber en récession, les investisseurs en actions perdraient certainement encore plus d’argent, argumente-t-il.

Et face aux différents scénarios de crise qui menacent l’économie mondiale, il juge que les matières premières auront un rôle de valeur refuge. En cas de démantèlement de la zone euro, les investisseurs se tourneront vers les «actifs réels», ce qui profiterait aux matières premières. Il en ira de même si l’inflation devait s’accélérer. La situation géopolitique tendue au Moyen-Orient pourrait, elle, faire encore grimper davantage les prix du pétrole. Le risque d’une crise en Chine? «Durant les cinq prochaines années, il y aura des crises partout», rétorque-t-il, même s’il admet que les prix de l’immobilier sont excessifs dans les régions côtières chinoises.

Il mise aussi sur l’or. « Chaque fois qu’il baisse, j’en rachète », précise-t-il. Selon lui, le métal précieux dispose d’un potentiel de hausse non négligeable. « Une grande majorité des gestionnaires de fonds ne détiennent pas d’or dans leur portefeuille. La plupart des individus non plus. Si nous commençons tous à devenir acheteur d’or, ceci lui donne un potentiel de hausse », souligne-t-il. « Nous assistons à des changements majeurs dans l’économie mondiale. Ceci va s’accompagner de tensions sociales importantes. Alors, il faut penser se protéger » conclut-il.

source Jennifer Nille /L’Echo fev11+Yves Hulmann le temps

EN COMPLEMENT : Inflation alimentaire : une menace pour les régimes politiques

Les prix alimentaires ont battu un nouveau record absolu. Les prix élevés des matières premières agricoles ne sont pas un phénomène passager. Notre système alimentaire connaît un déséquilibre fondamental qui nécessitera sans doute quelques décennies d’efforts pour être résolu.

En 2007, le Mexique a connu des émeutes en raison de la forte hausse du prix de la tortilla. Cette spécialité date déjà du temps des Mayas et constitue un ingrédient majeur du régime du Mexicain moyen. On avait quelque peu oublié la crise alimentaire de 2007, tout comme le pic pétrolier de 2008. Mais en 2011, les deux opèrent un retour en force. Quatre causes importantes expliquent les prix record d’aujourd’hui.

En premier lieu, il y a la forte pression démographique. Toutefois, la demande de nourriture a moins augmenté à cause de la croissance de la population elle-même (récemment, la population mondiale a franchi le cap des 7 milliards d’âmes) qu’à cause d’une amélioration du régime alimentaire. Plusieurs facteurs jouent un rôle dans cette évolution. L’urbanisation en est un très important. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, plus de la moitié des gens vivent dans des villes. La consommation de calories y est plus élevée qu’à la campagne.

Ceci va de pair avec un deuxième phénomène : l’ascension de la Chine ainsi que d’autres pays asiatiques et latino-américains a tiré un grand groupe de personnes de la misère. L’accroissement du bien-être s’est accompagné d’une forte hausse de leur consommation de calories. Autrefois, les Chinois mangeaient surtout du riz ; à présent, ils apprécient du poulet avec leur riz. Ce changement entraîne un énorme impact sur la demande de nourriture. Le passage à un régime carné a un important effet de levier sur la demande de céréales, un effet qui s’élève même à un facteur 10.

Le changement climatique est une troisième raison majeure qui explique les prix record. Les grandes sécheresses qui sévissent dans certaines parties du monde et les pluies diluviennes qui en affectent d’autres ont eu cette année aussi de très graves conséquences. Les incendies de forêts en Russie et les inondations en Australie en sont deux exemples récents.

Enfin, les biocarburants continuent aussi à revendiquer une part croissante de la production alimentaire. Ce fut d’ailleurs l’une des causes directes de la «crise de la tortilla».

Population affamée = population en colère

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 La hausse des prix fut un coup dur dans les pays où l’alimentation représente une part importante de la consommation totale. Cela accroît le stress qui pèse sur la population et dès lors aussi sur leur gouvernement. Les pays qui n’ont pas eux-mêmes une production suffisante, se retrouveront sous pression dans les prochains mois. Une population affamée est une population qui se lamente et à mesure que la faim perdure, elle devient une population en colère.

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Il n’y a pas de solution rapide à cette crise alimentaire. Depuis 1960, la population mondiale a grosso modo doublé. La surface agricole a augmenté de… 8 % à l’échelle mondiale. Les investissements dans l’agriculture vont connaître un boom. Simultanément, d’importants investissements seront aussi nécessaires dans l’eau potable, une denrée qui pose un autre problème tout aussi aigu.

La crise alimentaire peut avoir de grandes répercussions pour les régimes politiques. Les conséquences peuvent aller loin : une hausse de l’inflation figure parmi les possibilités tandis que la nécessité d’investir dans l’agriculture est une certitude. Au lieu de placer des milliards dans du papier obligataire américain, la Chine ferait mieux d’investir dans une alimentation durable. Pour le régime communiste, la crise en Tunisie et en Egypte, en combinaison avec une alimentation plus chère, constitue un défi existentiel.

Geert Noels,CEO et chief economist d’Econopolis/ Trends fev11

Réactions : trends@econopolis.be

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