Douce France

Douce France : Comment financer un monde de vieux

Douce France :  Comment financer un monde de vieux

C’est pour « ne pas prendre ce risque que la CFTC (dont la signature était décisive pour obtenir la majorité des voix syndicales) a précipité, à la fin du mois de mars, sa validation d’un nouvel accord », a déclaré Pascale Coton, secrétaire générale adjointe de la CFTC, chargée du dossier des retraites.

La recherche de financements supplémentaires devenus nécessaires pour faire face au déséquilibre démographique a ainsi été reportée à 2018, en espérant d’ici là le retour à une meilleure conjoncture.

Cet exemple des retraites complémentaires rappelle l’urgence d’une prise de conscience des conséquences économiques du vieillissement de la population.

21,3 MILLIONS DE PLUS DE 60 ANS EN 2035

« En France, jusqu’en 2035, la proportion des personnes âgées progressera beaucoup plus vite que la population d’actifs. Le nombre des personnes de 60 ans ou plus passera de 13,3 millions en 2007 à 21,3 millions en 2035, tandis que la population active ne devrait progresser que de 0,1 % à 0,2 % par an d’ici là », observe Alain Villemeur, chercheur associé à l’université Paris-Dauphine.

Or le poids des dépenses de retraite et de santé augmente inéluctablement. Le « Panorama des pensions 2011 », publié le 17 mars par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), indique que les dépenses publiques pour les pensions de retraite représenteront, en France, 14,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2050 ; quant aux dépenses de santé, elles augmenteront également, en fonction de l’évolution de la longévité et du coût de la dépendance.

Ce fardeau pourra-t-il toujours peser sur les seuls actifs ? La longévité ne va-t-elle pas imposer de nouveaux équilibres, de nouveaux modes de solidarité intergénérationnelle ? Les Français devront-ils changer leurs comportements d’épargne ?

PLUS DE PROBLEMES EN SUIVANT :

« Il est certain que le doublement du nombre de personnes de plus de 60 ans d’ici à 2050 aura un réel impact sur l’accroissement des cas de pertes d’autonomie, indique le rapport sur la dépendance présenté à l’Assemblée nationale par la députée (UMP, Meurthe-et-Moselle) Valérie Rosso-Debord, mais l’ampleur de ce dernier demeure difficile à quantifier. »

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees, ministère du travail, de l’emploi et de la santé) estime que le nombre de personnes âgées dépendantes, éligibles à l’allocation personnalisée d’autonomie APA), devrait croître en moyenne de 1 % par an jusqu’en 2040.

Pourtant les conséquences financières du vieillissement sont encore assez théoriques pour les Français, qui se sentent peu concernés. Selon le baromètre Axa-CSA réalisé en mars sur le sujet, l’allongement de la durée de la vie n’est perçu comme un bouleversement majeur que par 28 % d’entre eux.

Il est vrai que les études prospectives sur les conséquences du vieillissement de la population n’évoquent pas de nécessaires bouleversements structurels.

En pariant à la fois sur une amélioration des taux d’emploi des seniors et sur de nouvelles opportunités de croissance liées au marché de cette même tranche d’âge, ces scénarios font encore la part relativement belle aux futurs fruits de la croissance et laissent accroire que le problème se réglera partiellement de lui-même.

L’étude publiée fin 2010 par la chaire Transitions démographiques et transitions économiques de l’université Paris-Dauphine, sur les « Sources de productivité dans une économie vieillissante », souligne ainsi que sans être une recette miracle, l’incitation des générations futures à investir davantage dans le capital humain, dans l’éducation, la santé, les services aux personnes âgées, stimulerait, à long terme, la croissance économique.

ACTIFS PLUS PRODUCTIFS

« Dans les pays en développement, l’accroissement de treize ans d’espérance de vie a ainsi permis une croissance annuelle supplémentaire de 1,4 % », assurent les auteurs. « Dans les pays développés, l’impact dépend du taux de diplômés de l’enseignement supérieur. Quand on passe de 20 % à 30 % de diplômés du supérieur, on gagne un point de croissance, affirme le chercheur Alain Villemeur. La population d’actifs, moins nombreuse, pourrait donc être alors plus productive. »

L’étude cite deux exemples de pays développés dont la croissance annuelle a été supérieure à 1,6 % de 2001 à 2007 : « Le Japon, l’économie la plus avancée dans le processus de vieillissement, et la Suède qui présente un taux record d’activité des seniors. »

Le responsable de l’analyse des politiques de pension à la division des politiques sociales de l’OCDE, Edward Whitehouse, qui s’exprimait le 28 mars au Global Forum for Longevity organisé à Paris par Axa, parie aussi sur les bénéfices de la croissance. Il affirme que les ressources financières sont à trouver dans « une vie professionnelle plus longue. La durée de la retraite en France est l’une des plus longues des pays de l’OCDE, entre 22 ans pour les hommes et 27 ans pour les femmes. Il faut que les employeurs s’habituent à avoir des effectifs plus âgés », observe-t-il.

M. Whitehouse précise toutefois que « si c’est financièrement insuffisant (pour couvrir la hausse des dépenses de santé et de retraite), l’épargne privée devrait compenser la différence ».

Mais la faiblesse de ces scénarios réside justement dans cette différence. En effet, Alain Villemeur a aussi mis en évidence que la croissance n’engendrait pas forcément de progression salariale.

« De 1983 à 2007, la moitié de la productivité du travail a été confisquée par les dépenses sociales, dit-il. Et pour les années à venir, en projetant les tendances 2001-2007, la hausse de revenu pourrait n’atteindre que 0,3 % pour une croissance de 1,2 % du PIB par an et par tête, de 0,8 % avec une croissance de 1,5 % et enfin de 1,3 % avec une croissance de 1,8 % », alors qu’une même génération devra financer sa future retraite, aider ses parents et éduquer ses enfants.

Faute d’un optimisme à tout crin, qui frise l’aveuglement, les sociétés vieillissantes seraient-elles dans l’impasse ? Doivent-elles devenir des économies de rentiers ? Les Français doivent-ils commencer à épargner dès le plus jeune âge ?

LES RENTES UN FREIN AU DÉVELOPPEMENT DE LA CROISSANCE

Dans son essai sur Le Socialisme de l’excellence, Jean-Marc Daniel, professeur à l’ESCP-Europe et chroniqueur au Monde Economie, nous rappelle qu’à la fin du XIXe siècle, des économistes allemands qui avaient constaté que l’offre productive n’est pas toujours en état de créer la demande dont elle a besoin, considéraient que certaines rentes, c’est-à-dire une distribution de revenus déconnectés du travail et donc de la production, pouvaient avoir un rôle économique positif.

Mais Jean-Marc Daniel estime cette position erronée car « les rentes constituent un frein au développement de la croissance ». Les Français sont donc condamnés à travailler le plus tard possible et à épargner le plus tôt possible.

Ce qui n’est pas encore le cas. « Il y a peu de temps qu’ils ont commencé à comprendre que le système public financerait insuffisamment leurs pensions, note Claude Fath, le président de l’Association d’assurés pour la retraite, l’épargne et la prévoyance (Agipi). Des systèmes volontaires – contrats de retraite d’entreprise, plans d’épargne retraite populaire – permettent de compenser la faiblesse des pensions. Il y a un début de prise de conscience, qui touche essentiellement les classes moyennes supérieures. »

La progression de ce type d’épargne est déjà significative : en France entre 2005 et 2010, l’encours des contrats de retraite a augmenté de 54 % à hauteur de 133,2 milliards d’euros, dont 87 milliards d’euros de contrats d’entreprise et 46,2 milliards d’euros de contrats souscrits par des particuliers (en hausse de 82,6 % sur cinq ans).

« Mais, dans un premier temps, poursuit M. Fath, les Français continueront à utiliser l’assurance-vie (57 % des placements à moyen et long terme) comme principal complément de pension, tant qu’ils estimeront supportable la baisse de leurs revenus. Ce n’est qu’au fur et à mesure que le niveau de pension va baisser que l’assurance-vie deviendra de plus en plus le moyen d’acheter une rente viagère, qui garantit un revenu sur toute la durée de la vie, aussi longue soit-elle. »

Le problème est qu’ils ne seront pas tous, loin de là, en capacité de le faire. Selon le sondage Ipsos-Logica Business Consulting réalisé pour la Fédération française des sociétés d’assurances et publié le 2 avril, 49 % des Français se disent en situation d’épargner « un peu d’argent » et seulement 2 % « beaucoup d’argent ».

Anne Rodier/Le monde avril11

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