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Les conditions économiques vont peser contre l’euro par Dylan Grice – SG

Les conditions économiques vont peser contre l’euro par Dylan Grice – SG

– « L’on nous rassure constamment sur l’indéfectible implication des dirigeants des Etats membres vis-à-vis de l’euro, mais que se passe-t-il quand les difficultés économiques au sein la zone euro modifient l’attitude des électorats ? Sachant que les finances publiques des Etats européens n’ont pas encore été grevées par le poids de l’explosion des dépenses liées au vieillissement démographique, les épreuves financières sont loin d’être terminées », estime Dylan Grice de SG Cross Asset Research.

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« Pourtant, comme le montrent tant les récentes élections que les prochains scrutins au sein de la zone euro, la monnaie unique devient de façon croissante un thème de polarisation pour des partis autrefois considérés comme extrémistes, mais de plus en plus acceptés en tant qu’acteurs majeurs de la vie politique. »

« (…) le vent de nationalisme semble se renforcer. Ce constat n’a rien d’étonnant au vu du contexte de stress économique pesant sur la zone euro. Les expériences sociales de référence, menées dans l’après-guerre par Henri Tajfel pour essayer de comprendre pourquoi autant d’Allemands ordinaires avaient spontanément embrassé l’idéologie extrémiste nazie, nous ont montré que les humains présentent intrinsèquement un biais négatif envers les personnes jugées extérieures à leur groupe, aussi hasardeuse ou aléatoire que cette définition puisse être. »

« Ce trait psychologique, désormais bien établi, a finalement été dénommé biais pro-endogroupe. En général, l’éducation et les normes sociales atténuent cette tendance à la discrimination envers l’exogroupe. Récemment, des chercheurs de l’université du Kansas ont réalisé un état de l’art de la psychologie des préjugés qui se révèle fascinant. Ils ont a montré que le stress psychique et la fatigue émotionnelle accroissaient notre propension à s’en prendre à l’exogroupe. C’est précisément ce qui se passe aujourd’hui en Europe. »

« Alors que l’on parle déjà d’austérité, la bombe à retardement budgétaire inhérente au bon financement des systèmes de santé et de retraites européens n’a pourtant pas encore explosé. Le climat économique pourrait alors devenir un terreau encore plus fertile au développement de l’idéologie anti-étrangers de l’extrême droite. Toutefois, comme nous le verrons plus en détails, si cette idéologie stigmatise les immigrants dans le Sud de l’Europe, elle tend à stigmatiser l’euro dans le Nord. Que nous le voulions ou non, ce genre d’opinions participera désormais au débat. »

« Ces dernières années, des pays de la zone euro ont assisté à l’ascension de partis politiques, considérés auparavant comme extrémistes, qui se trouvent aujourd’hui sur le point de participer à des gouvernements de coalition, ou y sont déjà parvenus (par exemple, les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande). Cependant, cette tendance s’amplifie. (…) L’extrême droite est traditionnellement anti-exogroupe. Lorsque les personnes extérieures au groupe étaient des immigrants, elle était anti-immigrants. »

« Toutefois, dans la zone euro une nouvelle pierre d’achoppement émerge. La suspicion croissante envers le hors groupe soulève des questions inédites autour de l’euro : en effet, pour ce qui est des questions monétaires, chacun des pays membres se trouve effectivement dominé par des contraintes extra-nationales ! Le sentiment anti-immigration va désormais de pair avec un sentiment anti-euro. »

« En outre, le scepticisme vis-à-vis de l’euro ne grandit pas seulement aux extrêmes. Allons-nous devoir payer pour toute l’Europe, interrogeait récemment le quotidien allemand Bild. En outre, un sondage réalisé auprès de ses lecteurs par le même journal faisait ressortir que 35% des lecteurs voteraient aujourd’hui pour un parti politique promettant un retour au Deutsche Mark. L’euroscepticisme est une force politique qui ne demande qu’à proliférer en Irlande, confirme le Centre for European Reform, un think tank pour l’amélioration du débat sur l’UE. Cette tendance pourrait en outre s’observer dans la plupart des pays de la zone euro. »

« (…) Je crois que nous assistons au début de la crise du crédit dans la zone euro et non pas à sa fin. Les données historiques et psychologiques associent clairement bouleversement économique et ostracisme contre les exogroupes et, force est de constater que la zone euro semble aujourd’hui de plus en plus exposée à ce type de débats. Selon moi, il est probable qu’au cours de la prochaine décennie, la tendance devrait être au renforcement des problèmes budgétaires et économiques. Je pense que ces questions devraient aiguiser les débats quant à la responsabilité de tout ce chaos, et que leur polarisation croissante jouera en faveur du sentiment nationaliste, anti-immigrants et de plus en plus anti-euro. »

« Dans le scénario plausible où la croissance tendancielle du PIB de la zone euro est globalement similaire à celle observée au cours des dix dernières années, près de 40% du PIB par travailleur devront être alloués aux dépenses liées au vieillissement de la population rien que pour stabiliser le poids de la dette. »

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« Les efforts d’austérité actuels visent à restaurer l’équilibre budgétaire d’avant la crise. La zone euro n’en est plus à ses débuts et les années passent sans que ne soient prises les mesures nécessaires : tant que cela durera, chaque exercice verra s’accroître le déficit entre les dépenses liées au vieillissement de la population et les revenus susceptibles d’être alloués à ces dépenses. Ce déficit se creusera car les dépenses liées au vieillissement croîtront plus rapidement que les capacités de financement des créateurs de richesse. »

« Sachant que chaque année qui s’écoule sans que ces déficits ne soient résorbés enregistre un déficit toujours plus grand, l’une des façons de traiter ces charges croissantes serait de les classer avec le passif qui est actuellement hors bilan mais qui au fil du temps sera progressivement réintégré au bilan. »

« Quelle est l’ampleur de ce passif ? Je vous laisse seul juge ! Sachez que mes calculs de première approche sont relativement proches de ceux de Jagadeesh Gokhale, qui estime que les engagements totaux de retraite et de santé non financés s’élèvent à environ 400% du PIB dans l’UE. Un tel niveau représente beaucoup de pressions pour les bilans des gouvernements de la zone euro, et de fait, des difficultés économiques susceptibles d’alimenter les idéologies anti-immigration et anti-euro. »

Source  Soc gen/Option Finance/AOF / Funds/sicavonline avril11

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