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L’ incontournable marché de Noël par Serge Laedermann

L’ incontournable marché de Noël par Serge Laedermann

Marchés Actions. Le rallye de fin d’année commence le 24 novembre comme chaque année Ce phénomène perdure jusqu’en février En principe.

Voilà plus de 15 ans que votre serviteur déclame à la fin de l’automne que le fameux rallye boursier de Noël, celui que tout le monde attend, commence le 24 novembre. Plus qu’une boutade, cette assertion s’est avérée exacte 9 fois sur 10. Il est évident que pour arriver à une telle précision, il m’a fallu, à l’époque, compulser les données des quarante dernières années tout en les malaxant dans le PC high tech à 500k de mémoire vive, ce qui prenait un certain temps.

Tenez, vous qui ricanez, là, avec un croissant enfourné dans la bouche. Vous rappelez-vous l’année dernière? Le 23 novembre, le S&P 500 clôture à 1180 points. Et bien le 18 février, l’indice culminait à 1344! L’année d’avant? A la date fatidique, l’indice navigue sous les 1100 et cette fois il faudra attendre avril (ce qui est atypique) pour qu’il touche 1220 points. En 2008, lors de la fameuse grosse crise de l’automne, l’indice effectue un plus bas mémorable à 740 points le vendredi 21 novembre. Il s’agit de la veille boursière du 24. Il s’envolera par la suite à plus de 940 points début janvier. Je ne vous ferai pas l’indigestion de vous narrer les épisodes précédents, et même si j’enjolive un peu, il est avéré que le marché démarre très fréquemment autour de cette date.

Alors pourquoi précisément à cette période de l’année me direz-vous? Il y a en fait plusieurs raisons.

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 On sait que septembre et octobre sont historiquement les plus mauvais mois de l’année. Il est donc logique qu’un rattrapage s’effectue juste après. Il y a aussi les gérants de fortune, chroniquement sous  investis, qui se souviennent qu’ils doivent rendre des comptes à leurs clients en janvier. Il y a également les fonds de placement qui font des achats pour embellir leurs prix moyens, mais qui achètent aussi pour faire monter les cours en fin d’année (surtout les petites capitalisations). Les sociétés elles-mêmes rachètent leurs propres titres. En résumé, un tas de liquidités rejoignent le marché des actions juste avant la fin de l’année comptable.

Dans tous les cas, il y a une constante incontournable, quel que soit l’environnement économique. A chaque fois que ce titre est utilisé pour chapeauter l’article, personne, je dis bien personne, ne miserait un centime sur cette prédiction. Cette année ne fera naturellement pas exception. Il faut dire que les raisons de douter sont légion. L’Europe est en faillite et les efforts pour colmater les brèches ne convainquent pas grand monde. On le sait tous, on est cuit. Il reste 1 ou 2 mois, pas plus,  pour introniser la Banque centrale européenne dans son rôle de prêteur de dernier ressort. Sans cela, le château de cartes s’écroulera vraiment.

Les Allemands ne réagissant convenablement que lorsqu’ils ont le couteau sous la gorge, il est probable qu’il faille encore quelques temps emprunter les chemins de traverse en usant de savants subterfuges (qui reviennent en fin de compte tous au même constat). C’est la BCE qui imprime la monnaie, c’est elle qui doit garantir et de facto allonger les biftons. Les dettes des Etats ne seront jamais remboursées, il faut bien se mettre ça dans la tête. L’unique façon de voir un jour repoindre la croissance à l’horizon est de mettre ces dettes sur le dos de la BCE, de manière à emprunter perpétuellement à des taux très bas. L’euro se traite 30% au dessus de son niveau moyen depuis 1975, qui se situe à 1,05 environ par rapport au dollar (en prenant le cours historique de l’écu). Les monnaies asiatiques sont liées au dollar. Quelle chance nous reste-il en matière de compétitivité avec une monnaie surévaluée et des dettes jusqu’au cou? Aucune.

Ce titre d’octobre 2009, dans ces mêmes colonnes «Dévaluons l’euro d’au moins 20%!», demeure d’actualité. Les politiciens européens se pavanent en parlant de l’euro et de la branlée qu’il met au dollar. La vérité est que si l’euro est aussi haut, c’est par la seule volonté des autres blocs qui y voient un moyen pour faire redémarrer, ou maintenir, leur croissance. Quant à la soi-disant solidité de l’Europe, on pourrait en rire si ces pauvres fous ne nous avaient pas précipités tête baissée dans le mur. Mario Draghi a marqué son entrée en baissant les taux, soit le contraire de Jean-Claude Trichet qui a été complètement à côté de la plaque durant l’intégralité de son mandat en matière de politique monétaire. Rehausser les taux à chaque début de crise, il fallait quand même le faire! Maintenant il faut imprimer de la monnaie (comptable) et rendre ces dettes secondaires. Les budgets doivent certes être avalisés par la Communauté, mais chacun doit pouvoir emprunter au guichet BCE à des taux très bas. De cette manière, la croissance reviendra, la devise se tassera et l’inflation sera très maîtrisable.

Pour l’heure, accrochons-nous à Lucas Papadémos et à Mario Monti. Ce sont des pragmatiques qui n’ont pas l’habitude de se frotter au peuple et leur tâche s’annonce ardue. L’état de grâce sera de courte durée.

Serge Laedermann Associé, GFA Geneva Financial Adviser nov11

1 réponse »

  1. Delamarche et Laederman, le duo infernal ! J’ADORE !

    MERCI MESSIEURS d’oser dire … LA VÉRITÉ ! Et encore,
    vous vous retenez ? Messie, messie, J’LE SENS BIEN VA ! A.C

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