Cycle Economique et Financier

3 regards « longue vues » de la Suisse sur la France

3 regards « longue vues » de Suisse sur la France

Le mal français: mal défini Par Jean-Pierre Béguelin

Pour de nombreux commentateurs, l’économie française souffre de coûts du travail trop élevés et de règlements étouffants, mais ce ne sont sans doute là que les symptômes secondaires d’un mal plus profond. Démonstration

En 1976, tout Paris ne parlait que du Mal français, le dernier livre d’Alain Peyrefitte, ancien ministre gaulliste et futur académicien, en fait un véritable catalogue des maux hexagonaux: excès de centralisme, de parisianisme, de réglementation et de grandes écoles. C’était il y a 40 ans, et cette liste est encore répétée à l’envi de nos jours. En l’entendant dans une bouche raisonnable, tout habitant de Sirius pensera que la France va imploser alors que, depuis plus d’un demi-siècle maintenant, l’économie française n’a pas si mal performé. A prix constants et si l’on écarte les aléas de la conjoncture, son PIB potentiel par tête a augmenté de 72% entre 1974 et 2011, une hausse tout de même honorable. C’est moins que l’Allemagne qui, durant la même période, a vu sa production par tête s’accroître de 82%, mais, par exemple, plus que les 40% de hausse affichés par la Suisse.

Certes, la performance est moins brillante sur le plan de l’emploi. Depuis l’élection de Giscard d’Estaing en 1974, l’emploi a grandi d’un quart, mais la population hexagonale en âge de travailler a gonflé d’un tiers. Il en a résulté une montée du taux de chômage, qui a passé de quelque 3% à l’époque à 10% de nos jours. A l’instar des autres pays, le marché du travail français souffre beaucoup à la fin des années 1970. Les offres d’emploi sont freinées par le bond des prix pétroliers, la montée des taux d’intérêt et la dépréciation du dollar tandis que l’arrivée massive des baby-boomers gonfle les demandes. Durant le septennat de Giscard, le chômage passe ainsi de 3 à 7% et le niveau des prix double, ce qui aide à expliquer l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981.

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Face à cette montée du sous-emploi, le nouveau gouvernement Maurois prend de vigoureuses mesures de relance. En conséquence, le chômage se stabilise, mais, contrairement aux autres pays développés à l’époque, la France connaît une inflation annuelle qui demeure longtemps supérieure à 8% et un déficit externe qui se creuse tout naturellement. Trois fois alors, et à intervalles rapprochés, le pays doit dévaluer sa monnaie au sein du Système monétaire européen. En 1984, la troisième dévaluation est un véritable choc pour la classe dirigeante. Dès lors, les élites politiques françaises, de gauche comme de droite d’ailleurs, vont tout faire pour ne plus se retrouver le dos au mur. Elles deviennent ainsi du jour au lendemain les plus chauds adeptes de la monnaie unique en Europe, ce qui devait à leur avis les empêcher à jamais de subir une nouvelle humiliation monétaire. Et, effectivement, durant près de 30 ans, soit la plus longue période de stabilité du franc depuis 1914, la France ne dévaluera plus. Mais elle paiera assez cher ce succès apparent.

Ce coût provient en fait d’un phénomène d’inertie. Quand un pays fixe sa devise pour lutter contre l’inflation, ses prix continuent de monter durant deux ou trois ans, le renchérissement ne décélérant en général qu’assez lentement. Comme son change est, par définition, constant, ses produits deviennent plus chers à l’étranger et sa compétitivité internationale s’amenuise. Cette érosion peut être plus ou moins grave suivant les circonstances. Pour la France d’entre 1984 et 1990, la perte de compétitivité du franc a été d’environ 10% en termes réels, un handicap significatif, tout en n’étant pas dirimant.

Normalement, un pays confronté à ce problème s’efforcera, en particulier au travers de budgets restrictifs, de maintenir une inflation plus basse que celle de ses concurrents, ce qui corrigera plus ou moins rapidement sa surévaluation réelle et remettra ainsi son économie sur les rails du plein-emploi. Malheureusement pour elle, la France n’a pas bénéficié d’un tel délai de grâce au début des années 90 quand, une fois son inflation domestique quasi vaincue, elle aurait été en mesure d’en profiter. C’est qu’alors tous ses voisins et principaux concurrents ont mis en place de sévères politiques anti-inflationnistes pour être en mesure de respecter les critères de Maastricht, si bien que l’inflation française n’a jamais pu être suffisamment basse pour corriger la force réelle du franc. Ce dernier est ainsi resté surévalué toute la décennie, d’autant que les autorités françaises, plus par orgueil que par froide analyse d’ailleurs, ont refusé de corriger cet excès en dévaluant lors de la crise du SME de 1993 alors que, par exemple, l’Italie n’avait pas hésité à le faire.

Dans ces conditions, la France allait entrer dans la zone euro avec une monnaie trop forte qui mine sa compétitivité et ses créations d’emplois. C’est que l’effet d’un change réel un peu trop fort est sournois, surtout pour un pays qui s’ouvre de plus en plus vers l’extérieur. Pour demeurer compétitives, ses firmes sont alors forcées de mettre en œuvre des processus à haute productivité et, donc, très peu intenses en travail, d’où une faible création d’emplois à l’exportation. A son tour, ce manque fragilise la demande intérieure, limitant l’offre en postes de travail à usage domestique. Tout naturellement alors, les impôts rentrent moins tandis que l’Etat ne peut couper par trop ses dépenses sans risquer d’aggraver encore le chômage, d’où un déficit budgétaire permanent. N’est-ce pas là un bon résumé du déséquilibre économique français actuel?

Que faire alors pour briser ce carcan? Il n’y a malheureusement pas de remède miracle. Certes, la France peut sortir de l’euro et dévaluer sa nouvelle monnaie, mais le citoyen lambda est-il prêt à payer nettement plus pour son diesel? Elle peut fermer ses frontières, mais les productions déjà délocalisées ne reviendront pas de sitôt. Elle peut tenter une baisse directe ou indirecte des salaires et des prix, mais une déflation prolongée ne gonflerait-elle pas hors de proportion la masse des mauvaises dettes, fragilisant des banques déjà affaiblies par l’absence d’un prêteur de dernier recours? Elle peut essayer de persuader les autres Européens de refuser une trop grande rigueur budgétaire et de forcer la BCE à soutenir plus la croissance, mais en prend-on le chemin? Sinon, elle devra sans doute corriger assez rapidement son déficit budgétaire chronique, mais ce sera au prix d’un chômage accru.

Dans ces conditions, le prochain président n’aura pas la tâche facile, et il est même étonnant qu’il se soit trouvé dix candidats pour briguer un tel poste: ambition, optimisme ou inconscience?

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Bon courage, Monsieur le futur président! Par Charles Wyplosz

L’économiste Charles Wyplosz recense les défis économiques qui attendent le futur président, sans doute François Hollande: réduire à long terme la dette publique française et s’attaquer à la question existentielle du chômage. Il devra oser poser des questions politiquement choquantes. Aura-t-il le courage de s’affranchir de son parti?

La campagne du premier tour n’a pas vraiment abordé les deux sujets les plus importants: la crise de la dette publique et le chômage. Sans aucun doute, il en ira de même pour la campagne du second tour. Mais François Hollande, dont la victoire semble assurée, va devoir méditer très précisément ce qu’il dit et, surtout, ce qu’il va faire. Un petit tour des questions économiques critiques.

Sur la question budgétaire, la situation est claire. La dette publique de la France va atteindre 90% du PIB, un petit cran en dessous de la dette grecque avant la crise. C’est insoutenable. Le prochain président devra être le premier d’une longue série à reconnaître la discipline budgétaire comme une contrainte incontournable. Dans un pays qui n’a pas connu de surplus budgétaire depuis 1974, cela signifie qu’un profond changement institutionnel est inévitable. La classe politique ne sait pas faire parce qu’elle s’est octroyé une permissivité désastreuse. Elle continue à considérer que les élus du peuple ne peuvent souffrir d’aucune contrainte parce qu’ils représentent… le peuple. Ce slogan est creux. A les croire, le peuple veut plus de dépenses, moins d’impôts et pas de dette, ce qui est évidemment impossible. Chacun le souhaite individuellement mais compte sur les autres pour faire l’effort d’équilibrer les comptes. La responsabilité des politiques est de transformer ces attentes impossibles en une ­politique cohérente, ce qu’ils n’ont jamais fait, droite et gauche confondues. Seule une règle constitutionnelle contraignante brisera cette attitude funeste. Il ne s’agit pas de plier devant les marchés, mais de gestion élémentaire.

La demande de François Hollande de renégocier le Pacte budgétaire adopté en mars dernier est, à cet égard, parfaitement angoissante. Bien sûr, le plus qu’il peut espérer obtenir est une modification cosmétique sans contenu réel, comme lorsque le pacte de stabilité fut rebaptisé «et de croissance». Ce qui est grave, ce n’est pas tant de se complaire dans le superficiel, mais de ne pas vouloir comprendre trois points essentiels.

Premièrement, la discipline budgétaire n’est pas antinomique de croissance. Au contraire, les travaux empiriques montrent que les pays disciplinés croissent plus vite. Deuxièmement, ce raisonnement confond le court et le long terme. Aujourd’hui, en pleine récession, l’austérité est criminelle car source d’aggravation de la récession. Mais, sur le long terme, il faudra bien faire baisser la dette et donc pratiquer la discipline budgétaire. C’est ce qu’exige le Pacte budgétaire. Vouloir injecter des considérations de court terme dans un arrangement exclusivement consacré au long terme est incohérent et dangereux. Enfin, là encore les travaux empiriques montrent que le rétablissement de l’équilibre budgétaire n’est durable que s’il repose sur une baisse des dépenses, et non sur des hausses d’impôts. Le moitié-moitié suggéré par Hollande est à moitié faux. Vu la gravité de la situation, il faudra être bon à 100%. Dans un pays où les dépenses publiques sont parmi les plus élevées au monde, il ne devrait pas être difficile de taper dans les dépenses.

Quant à la gestion de la crise, Sarkozy nous a fait croire qu’il en a partagé le pilotage avec Angela ­Merkel. C’est une fable. La France, désormais déclassée, a été à la remorque de l’Allemagne. Hollande devra prendre son courage à deux mains et se confronter à la chancelière. Pour cela, il devra arriver avec des propositions acceptables par nos partenaires, surtout les plus petits pays qui sont outrés de ce que leur a imposé l’Allemagne avec l’appui paradoxal de la France. Soutenir le Pacte budgétaire mais demander aux pays qui ont des marges de manœuvre de faire de la relance est naturel. Défendre l’indépendance de la BCE et la protéger d’un veto allemand en matière de prêteur en dernier ressort est indispensable. Engager en parallèle la mise en place du Pacte budgétaire et l’introduction d’eurobonds est un pas vers la fin de la crise. Accepter des restructurations de dettes publiques et forcer les banques à la recapitalisation est inévitable mais un tabou à Berlin. Bref, Hollande va devoir s’opposer aux visions dogmatiques et rigides de l’Allemagne, mais avec des idées solides et non hexagonales.

L’autre question quasi existentielle, c’est le chômage. Cela fait plusieurs décennies que le taux de chômage fluctue autour de 8%. Il est à environ 25% chez les jeunes, et à 50% chez les jeunes des banlieues défavorisées. Si le taux de chômage global était divisé par deux, et s’il était approximativement le même dans toutes les catégories, comme c’est le cas dans de nombreux pays, il n’y aurait plus de problème de banlieues, la criminalité ne serait plus une honte nationale, le logement cesserait d’être une calamité, les délocalisations seraient une soupape de sécurité, l’immigration serait vécue comme une chance pour l’avenir et le communautarisme deviendrait source de richesse culturelle. Le chômage de masse n’est pas seulement la honte de la France, c’est l’alpha et l’oméga de nos difficultés.

C’est un problème structurel. Une relance peut permettre de gagner temporairement un ou deux points de chômage mais, comme on l’a vu si souvent, le problème ne disparaît pas. Il ne disparaîtra que lorsque le marché du travail aura été réformé. C’était la promesse de Sarkozy, il ne l’a pas tenue. Ses prédécesseurs n’ont rien fait, ou ont aggravé la situation, par exemple avec les 35 heures. Et pourtant, les solutions existent et ont été appliquées dans de nombreux pays. Ici encore, la politique peut avoir des effets délétères.

C’est une tarte à la crème que de dire que la main-d’œuvre constitue la richesse potentielle du pays. Mais il est politiquement incorrect de reconnaître qu’une partie importante de notre main-d’œuvre est inemployable. Les jeunes sans formation et les seniors fatigués aux connaissances parfois obsolètes sont cependant capables de travailler. Il leur faut des emplois adaptés, c’est-à-dire non spécialisés et dont les salaires correspondent à leur productivité. Or, les personnes sans qualification sont victimes du smic. Pour pouvoir en employer quelques-unes, les entreprises françaises ont été amenées à faire des investissements qui assurent une productivité suffisante. De fait, en France, la productivité moyenne des travailleurs, presque égale à celle aux Etats-Unis, dépasse de 20% celle de l’Allemagne et est supérieure de 40% à celle de la Grande-Bretagne. Occasionnellement cause de fierté nationale, cette performance est catastrophique car elle est obtenue grâce à une automatisation poussée. Pour être compétitives, les entreprises françaises ont été forcées de faire disparaître les «petits boulots». Certes, les petits boulots et les travailleurs pauvres ne sont pas un objectif excitant. Mais vaut-il mieux taxer tous les travailleurs (de manière discrète avec la TVA, par exemple) pour compenser les laissés-pour-compte en leur versant des allocations de chômage ou des aides sociales pitoyables, pour financer des plans banlieues à l’inefficacité établie, pour maintenir de solides forces de l’ordre destinées à «tenir» des jeunes sans aucun avenir professionnel? Au minimum, la question se pose, mais elle n’est jamais posée parce qu’elle est considérée comme choquante.

En promettant une hausse du smic, Hollande a déjà commis la première erreur majeure de sa présidence. Les solutions qu’il devra adopter, s’il veut vraiment réduire le chômage de manière durable, sont aux antipodes du programme du PS. Elles sont bien connues. Il va falloir trouver un moyen de créer une sorte de smic-jeunes, allonger l’âge de départ effectif à la retraite, rompre la distinction entre CDI et CDD en passant à un contrat unique qui évolue avec l’ancienneté, détricoter la judiciarisation des relations sociales, passer de la protection des emplois à celle des personnes, réduire la durée des aides sociales pour les personnes valides, transformer l’usine à gaz Pôle emploi en système efficace de placement, cesser de masquer les chiffres du chômage avec des formations bidon et réduire la pression bureaucratique qui étouffe les PME.

Courage Monsieur le président!

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Les risques pour la Suisse d’une France sécuritaire et égalitariste Par Emmanuel Garessus

Les risques pour la Suisse d’une France sécuritaire et égalitariste Difficile en France de faire interpréter la globalisation et le capitalisme comme une chance. Les riches sont coupables de tous les maux. Mais quels sont les effets du vote présidentiel pour la Suisse?

Nul n’est besoin d’être grand clerc pour interpréter le vote sécuritaire et égalitaire des Français. L’incertitude croissante sur l’emploi, les transferts de production dans les pays émergents et l’éternelle augmentation des prélèvements obligatoires auraient de la peine à donner aux Français le goût du risque et de la libre entreprise. Difficile de leur faire interpréter la globalisation et le capitalisme comme une chance pour eux et leur famille. Mais quels sont les effets de ce choix pour la Suisse et ses institutions?

En France, la sécurité et l’égalité passent avant la liberté. Au royaume de l’égalité, François Hollande est imbattable. Dans son meeting du Bourget, n’a-t-il pas cité 38 fois le mot «égalité»? A l’évidence, la France veut renforcer son système centralisateur et redistributif. C’est «le meilleur modèle social du monde. Modèle que personne n’a songé à copier depuis des lustres», ironise Frédéric Georges-Tudo, dans son livre au titre provocateur de Salauds de riches! 1 et qui, par la qualité de ses arguments, démonte le mythe égalitaire et ses mensonges.

François Hollande s’en prend aux 0,01% de Français les plus riches, surfant sur cette tendance pathologique à voir les riches coupables de tous les maux, y compris écologiques (Hervé Kempf: Comment les riches détruisent la planète, Seuil, 2007). En France, une seule catégorie de riches trouve grâce, le gagnant du Loto. Celui qui doit tout à la chance.

Mais alors, demande Frédéric Georges-Tudo, «si toute richesse est honteuse, alors pourquoi créer?» Face à la globalisation, l’innovation et la compétitivité sont les deux moteurs du progrès social. Ce n’est ni un décret sur le relèvement du smic, ni des aides massives, ni l’impôt à 75% du revenu qui amélioreront les conditions de vie des Français. Or, en termes d’innovation, la France n’a guère d’autres idées à présenter que l’ISF, le RTT ou la taxe soda. Pourtant, l’ISF (impôt sur la fortune) aurait fait fuir à lui seul 20 000 entrepreneurs et 300 milliards d’euros de capitaux productifs en douze ans.

L’Etat créera-t-il des emplois? Pour Georges-Tudo, «que les Français se satisfassent d’un système consistant à confier la majorité du fruit de son travail à un Etat si piètre gestionnaire et dirigé par des politiciens carriéristes, c’est étonnant». Une mauvaise gestion? Dernier exemple de cette illusion, les régions PACA et Rhône-Alpes viennent d’injecter 7 millions d’euros dans la «smart 4G Tablet», un projet de tablette numérique. Oui, la France veut concurrencer Apple avec des fonds publics. La planification et la politique industrielle restent les maîtres mots du capitalisme français. Les entreprises? On s’en méfie et on les taxe plus qu’ailleurs.

Tout le monde a ironisé sur les programmes électoraux, mais chacun sait qu’il ne suffira pas de s’en prendre aux 1700 privilégiés (0,01% des contribuables) pour financer les promesses: «Les millionnaires ne seront jamais assez nombreux pour financer le barnum», explique l’auteur. D’autres contribuables seront appelés à la rescousse, «ces privilégiés qui se permettent de partir skier chaque hiver. Ces parvenus que l’on voit même parfois dîner au restaurant en famille». La traque du petit-bourgeois n’a rien d’incompatible avec le châtiment réservé à ceux qui seront frappés à 75%. Les journalistes, eux, n’hésiteront pas à s’en prendre aux traîtres qui quittent cet enfer fiscal.

La Suisse observera avec malice cette nouvelle expérience d’ingénierie sociale. Mais, très tôt, nous en subirons les effets. Le besoin de financer la grande nation passera par notre pays.

Le défi s’annonce considérable pour maintenir souveraineté et fédéralisme. Car le Suisse moyen est pareillement insécurisé, expliquait récemment Marina Masoni, avocate et ancienne conseillère d’Etat, devant la Progress Foundation, à Zurich. L’innovation, moteur du capitalisme, est capable de détruire les équilibres. Il crée de nouveaux métiers, mais en détruit d’autres. Certains oublient au passage l’effet positif du boom asiatique sur notre industrie (horlogerie, machines).

La Suisse doit-elle alors s’agenouiller devant Bruxelles, Washington ou la France? Sûrement pas. Au Moyen Age, elle a refusé de se soumettre à un Empire pour défendre ses idées. «La morale est de notre côté dans la défense de la concurrence fiscale et de la sphère privée», rappelle Marina Masoni. Le combat pour la sphère privée est mal compris. Davantage que la défense d’un pan de notre économie, c’est un droit fondamental. Pour Gerhard Schwarz2, il s’agit de protéger l’individu contre les influences sur nos décisions, nos informations et nos lieux» personnels. Comme la philosophe Hannah Arendt l’a montré, le lien est très fort entre sphère privée et propriété privée. Les attaques telles que les agissements douteux des administrations fiscales doivent être dénoncées les premières. Car le droit de propriété légitime (honnêtement gagné) précède toujours le droit d’un gouvernement à taxer, ajoute Pierre Bessard3.

L’enjeu, c’est un rapport entre l’Etat et le citoyen. Aujourd’hui, même en Suisse, le citoyen est transparent, mis à nu, alors que l’Etat agit en l’absence totale de transparence. Ce qui est immoral, ce n’est pas l’évasion fiscale, c’est l’impôt confiscatoire, écrivait Jan Krepelka dans Le Temps. Il n’y a pas de droit naturel à une taxation excessive, ajoute Peter Koslowski. En effet, ce n’est pas le gouvernement qui cède à l’individu le droit à la sphère privée mais l’individu qui cède (dans une certaine mesure) le droit de taxer au gouvernement3.

1. «Salauds de riches! Essai

sur les boucs émissaires préférés des Français», François Bourin Editeur, 2012.

2. «Das Recht auf sich selbst», Progress Foundation, NZZ Verlag 2004.

3. Individual Rights and the Fight Against «Tax Evasion»,

Pierre Bessard, liberales Institut, décembre 2011.

source le temps avril2012

1 réponse »

  1.  » ce n’est pas le gouvernement qui cède à l’individu le droit à la sphère privée mais l’individu qui cède (dans une certaine mesure) le droit de taxer au gouvernement »

    Tout est là… En France, l’État, dans sa magnificence, laisse à l’individu la jouissance d’une partie de son revenu. En d’autres lieux, l’individu paie sa part d’impôt (pour le bien commun). Le focus n’est pas le même, et ça fait toute la différence.

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