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L’arme des banques par Michel Juvet

L’arme des banques par Michel Juvet

 Les achats illimités de devises ou de titres (hypothécaires ou obligataires) par les différents instituts ne peut susciter que la crainte.

Face à la crise, les banques centrales ont sorti leur arme atomique elles annoncent qu’elles combattront avec des moyens illimités. Est-ce vraiment le moyen de mettre un point final aux dysfonctionnements économiques et à la crise ou, pour paraphraser Buzz l’éclair, sommes-nous condamnés à aller vers «l’illimité et au-delà»?

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Les crises financières et les crises des dettes publiques sont toujours complexes à résoudre. Pour ce faire, il faut avoir recours à des actions de politique économique originales.

Les banques centrales sont depuis 2008 à la pointe de ce combat. Elles tentent d’innover lorsque les marchés dysfonctionnent ou lorsque le prix d’un actif financier ne leur semble plus refléter la réalité. Qu’il s’agisse de la Banque de Chine ou de la BNS, lorsqu’elles interviennent pour fixer leur devise, de la Fed ou de la BCE, lorsqu’elles achètent des titres hypothécaires ou des obligations souveraines pour fixer les taux d’intérêt, toutes ont utilisé un terme fort pour convaincre les marchés de la puissance de leurs actions: illimité.

Un mot chargé d’une symbolique suffisamment forte pour susciter de la retenue, voire de la peur, chez les acteurs économiques et financiers. En affichant leur volonté d’engager des moyens illimités, les banques centrales signifient qu’elles ont des montants inépuisables à leur disposition et qu’il est vain de vouloir s’y opposer. Qui en effet peut rationnellement tenter de contrer un joueur aux ressources infinies?

Les banques centrales ont compris qu’elles disposaient de cet avantage crucial pour modifier certains prix au moment ou les Etats, affaiblis politiquement et financièrement par les conséquences de la crise, ne peuvent qu’être bienveillants vis à vis de telles mesures.

Les gouvernements apprécient même ces actions interventionnistes qui adoucissent dans l’immédiat l’âpreté de l’austérité nécessaire.

Les bilans des banques centrales ont donc été détournés de leurs fonctions originelles et sont désormais largement utilisés pour modifier les prix. Ainsi, d’une manière insidieuse, en douceur et presque de façon invisible, le fondement libéral des économies s’est transformé en une «Chinese attitude» qui préfère casser le mécanisme naturel de fixation des prix lorsque les effets économiques de l’ajustement nécessaire deviennent politiquement insupportables.

Il n’existe donc aujourd’hui plus aucune pudeur à fixer arbitrairement le niveau d’une devise, un taux d’intérêt ou le taux de financement d’un Etat surendetté. Pourtant ces prix (valeurs des devises et taux d’intérêt) sont les fondamentaux d’une économie car tous les autres prix en dépendent: de la maison aux matières premières, en passant par les actifs financiers.

Sans équilibre entre l’offre et la demande sur ces prix fondamentaux, quel est donc désormais le juste prix?

Comment, dans ce contexte, savoir si le prix choisi par les banques centrales est correct. Comment calculer le vrai prix de l’immobilier si les taux sont maintenus arbitrairement bas? Comment savoir si les produits d’exportation sont fabriqués au bon coût si la devise ne reflète pas la réalité? Comment savoir si la bourse n’est pas trop haute et anticipe des rendements artificiels?

Plus grave encore: certains vont jusqu’à trouver ces questions futiles… Ils ne voient pas l’intérêt de s’interroger et de lutter contre ces prix – même s’ils semblent incorrects – en raison des moyens illimités utilisés pour les maintenir à leur niveau artificiel. Suivre ou s’abstenir ne constitue plus, à leurs yeux, une alternative!

Contrairement à Buzz l’éclair qui s’exclamait «Vers l’infini et au delà», nous savons pourtant qu’il ne peut y avoir de politiques de banques centrales illimitées et infinies. La fin des systèmes de contrôle des prix est inéluctable. Mais elle débouche souvent sur des périodes chaotiques où l’offre et la demande tentent de réapprendre à s’équilibrer naturellement. Les acteurs doivent en effet apprendre à nouveau comment calculer les justes prix. Les dérapages au détriment des consommateurs ou des créanciers sont alors courants.

Les Etats et les banques centrales nous achètent donc avec ces nouvelles politiques de la tranquillité à court terme, mais les lendemains plus libres seront problématiques. «Au delà» résonne donc plutôt comme une inquiétude que comme un espoir. Buzz, au secours!

Michel Juvet Bordier&Cie/Agefi sep12

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