A Chaud!!!!!

Mister Market and Doctor Conjoncture du Lundi 4 Mars 2013: Le sursaut italien sur la route des marchés par Bruno Bertez

 Mister Market and Doctor Conjoncture du Lundi 4 Mars 2013: Le sursaut italien sur la route des marchés par Bruno Bertez 

La situation redevient indécise sur les marchés financiers. L’optimisme du début d’année suggérait une tentative de retour à un marché du risque clairement haussier, le comportement de ces derniers jours, à l’inverse, fait craindre que la fameuse bipolarité soit de retour. 

Trois éléments se conjuguent pour inciter à la prudence: 

  • – L’entrée en vigueur du séquestre américain.
  • – Les déceptions sur la reprise chinoise et l’activité molle chez les émergents.
  • – Le retour du risque européen, le fameux « tail risk ». 

Nous n’accordons pas une importance très grande au séquestre américain, suivant en cela Bernanke lui-même. Bernanke a fait remarquer que tout cela était connu, anticipé, et probablement dans les cours. C’est notre avis. 

S’agissant des déceptions chinoises, elles sont évidentes. La surchauffe immobilière est réapparue, les autorités s’en émeuvent, un tour de vis monétaire surprenant a été donné. Le dernier PMI  n’est pas encourageant. Par ailleurs, l’activité en Inde, Brésil et autres BRIC, laisse à désirer; c’est le moins que l’on puisse dire. Tout cela augure mal pour les commodities et l’énergie.

WIR_Global Trend

    Le retour du tail-risk européen est bien réel, mais il est complexe. Il s’articule autour de la situation conjuguée de l’Italie et de la France. Ce qui rejaillit, nous l’évoquerons, sur la position japonaise de façon dangereuse.

 Nous avons interprété le résultat des élections italiennes comme il se doit, c’est à dire un échec pour Monti, l’Europe et Merkel. Le vote en faveur de Beppé Grillo est un vote de jeunes en refus de la classe politique professionnelle et de l’homme imposé par l’Europe. Un vote a priori anti-européen.

Grillo a annoncé qu’il ne participerait à aucune coalition et qu’il soutiendrait, au coup par coup, les mesures qui lui conviendrait.

 MOVIMENTO MORRISON

PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT:

Dans un premier temps, nous avons considéré que la situation italienne était importante pour juger de l’évolution de l’Europe et sa dislocation; mais nous avons aussi imaginé que des accords pour gouverner permettrait de limiter le chaos. L’élection, pour nous, témoignait de cette évolution que nous considérons comme inéluctable, et d’importance majeure, vers une délitation du système européen. Une pierre blanche sur ce chemin. Les citoyens deviennent de plus en plus empêcheurs d’européiser en rond.

 Le vote a priori anti-européen n’avait pas un contenu très précis, on pouvait le prendre pour anti-euro, anti-Merkel, anti-monti-imposé, etc. Beppé Grillo a donné une interview majeure ce week-end au magazine allemand Focus. Voila qui clarifie sa position.

 Dans cet entretien, il déclare: « nous sommes écrasés -non pas par l’euro mais par notre endettement. Quand les intérêts atteignent 100 milliards d’euros par an, on est mort. Il n’y a pas d’autre choix qu’une renégociation de la dette ». Outre que cette déclaration nous fait plaisir, nous qui soutenons la thèse de l’absolue nécessite de la restructuration/euthanasie des dettes publiques, outre cela, elle nous précise l’angle d’attaque de Beppé. Et il est intelligent, habile. On voit que Beppé n’est pas seul, il y a des gens qui pensent derrière. 

Beppé Grillo affirme bien qu’il n’est pas anti-euro, il a raison, ce serait une impasse comme celle dans laquelle l’opposition grecque est tombée, il veut une restructuration, un allègement des dettes.

Il ajoute, et nous opinons: « Quand j’achète des actions d’une société et qu’elle fait faillite  j’ai pris un risque et j’ai perdu, il en va de même avec les obligations émises par les Etats ». Ce n’est que si la situation financière de l’Italie n’est pas modifiée qu’il se ralliera à une sortie de l’euro et reviendra à la lire. Il ajoute: « Dans six mois, le pays ne peut plus payer les pensions et les salaires du service public ». 

Beppé Grillo a pris d’assaut la forteresse européenne par sa brèche, son point faible: le gros bazooka de Draghi. Et c’est là son trait d’intelligence, c’est là ce qui montre que, derrière lui,  on est moins simplet que les pseudo-élites veulent le faire croire. 

En septembre dernier, Draghi a résolu d’un coup de baguette magique la crise euro en proclamant les achats illimités d’obligations souveraines européennes. La spéculation, invitée à se gaver est revenue; ce qui était le « short » du siècle est devenu le « buy » à ne pas rater. Les taux d’intérêt des pestiférés ont chuté, on a cru la crise résolue. Il n’est pas manqué d’incompétents et de menteurs pour dire que la crise était finie, suivez mon regard en France, par exemple. A cette époque, on a négligé le second membre du coup de force de Draghi, ce second membre c’était, ce sont les conditionalités. La BCE s’autorise à acheter toute quantité de bonds souverains, mais uniquement moyennant la mise en place de conditionalités, entendez par là, la mise en place de réformes et de mesures d’austérité. Et c’est la faille de l’OMT, en l’absence de mise en place et respect de conditionalités,  le gros bazooka reste sans munitions.

 

La forteresse européenne est vulnérable, à nouveau. Le FT ne s’y trompe pas, qui écrit: « La peur que le programme d’achat de bonds par la BCE ait un point faible refait surface ». Et Reuters de surenchérir: « le vote italien a désarmé le gros bazooka ». Beppé en bon stratège a redonné des armes aux Italiens pour faire chanter la BCE et surtout les Allemands. A malin, malin et demi. Merkel et Roessler ont piteusement répondu : « l’Italie a, en tant qu’économie majeure en Europe, une grande responsabilité. Il n’y a pas d’autre choix que la politique de réformes structurelles engagée. ». 

Pardi. C’est bien là-dessus que compte Beppé, le poids de l’Italie… son pouvoir de nuisance!

 

Le chômage italien est à 11,7%, au sommet depuis 92, si nos souvenirs sont bons, le chômage des jeunes est de 40%, l’économie est en récession plus forte que prévue si on en  croit les dernières statistiques. Par ailleurs, au lieu de s’améliorer, le dernier PMI est détestable à 45,8 sachant que, sous les 50, c’est la récession.  Et tout ceci alors que,  depuis septembre dernier, les conditions financières en Europe se sont considérablement améliorées. En clair, l’Italie n’a rien  à perdre à suivre Beppe Grillo. Elle a ressuscité le tail-risk car, si ses bonds souverains baissent, Draghi n’est pas validé à intervenir. On imagine mal, avec l’actuelle campagne anti-Italie qui se développe en Allemagne, un vote en faveur d’une intervention des secours européens.

Euro zone unemployment Italy

Les pseudo élites européennes, comme les dieux, ne s’expriment jamais clairement, ce qui leur donne des possibilités de reniements de leurs principes et des accommodements avec les règles qu’elles fixent elles-mêmes, c’est une stratégie infâme, peu glorieuse, mais très généralisée. On s’exprime en oblique. Mais les seconds couteaux sont plus clairs et en Allemagne les seconds couteaux disent: l’Italie peut se passer de l’Europe, nous, nous pouvons nous passer de l’Italie.

Les eurocrates, eux, expriment leur peur de contagion. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que l’exemple italien pourrait déborder, faire des émules. A notre avis, ces eurocrates ne visent pas à ce stade les marchés, il visent les peuples et leur réaction. On sait que la France, sous les coups de boutoirs socialistes succédant à ceux de Sarkozy, est en train de perdre pied et de s’enfoncer plein sud, on sait que Hollande prépare un troisième plan d’austérité, on sait que Mélenchon et la première Gauche se mobilisent contre le gouvernement, on sait que les Français ne soutiennent plus,  ni le Président, ni le Premier ministre. 

La contagion est là, au niveau social et politique, pas au niveau des marchés. Ce dont on parle, c’est la contagion du refus de l’austérité. Ce dont on parle, c’est du refus de continuer à s’asphyxier au profit de la dette et des banquiers. Ce dont on parle, c’est de la légitimité de ceux qui prétendent imposer des politiques économiques sans avenir. 

Un mot sur le contrepied japonais. Le yen est une monnaie risk-off, il monte quand on a peur, il baisse plus facilement quand le risk est on. Les autorités ont profité d’un fenêtre de tir pour faire chuter leur devise, fenêtre constituée par la disparition du risque européen. Quand on a connu les résultats italiens, le yen contre euro s’est envolé, ce qui a coûté très très cher à la spéculation short de yen contre euro. Coûteuse leçon, coûteux contrepied qui peut mettre à mal toute la stratégie de Abe et des Américains. Le Dollar Index lui aussi remonte, on est à 82,31.

 

Le grain de sable Beppe a grippé toute la mécanique faussement vertueuse mise en place par les élites ces derniers mois. Au moment où les indices boursiers s’apprêtent, ou s’apprêtaient, à franchir des sommets symboliques, voilà le grand risque, celui du refus des peuples, celui de leur sursaut, qui apparaît.

BRUNO BERTEZ Le Lundi 4 Mars 2013

llustrations et mise en page by THE WOLF

EN BANDE SON:  

NI PUB, NI SPONSOR, NI SUBVENTION, SEULEMENT VOUS ET NOUS….SOUTENEZ CE BLOG FAITES UN DON

 
Image d’aperçu

2 réponses »

  1. Lundi 4 Mars. débat sur l’euro , démocratie , intérét général.

    Montebourg est intervenu hier sur Europe 1 : Il a demandé que Draghi « commence à dire que l’euro est surévalué »:

    Voici nos commentaires .

    MonteBourg a raison de s’exprimer nonobstant les froncements de sourcils de Moscovici.La Démocratie c’est cela. Montebourg est au gouvernement parce qu’il représente une tendance, pour que le principe démocratique soit sauf il doit défendre les idées de cette tendance , le fameux « un ministre cela ferme sa gueule ou cela demissionne » est une émanation, une perversion de la logique du pouvoir , pas une emanation de la logique de la démocratie.

    Montebourg est un incapable qui n’a aucune notion d’économie. il rève comme toute la gauche et toute France d’un monde sans effort, sans douleur ou la competitivité revient grace à un coup de baguette magique , par l’avilissement de la monnaie. Il ne comprend ni les conséquences non voulues des dévaluations , ni les raisons profondes de la non competitivité du système francais . Voir notre article ou nous demontrons que la non competitivité francaise vient de loin , est enracinée dans l’ordre social et la mauvaise allocation des revenus en général. Mais il faut dire que Gallois n’a pas fait mieux et que le MEDEF fait encore moins bien.

    Montebourg est un opportuniste , court-termiste. Il ne tient pas compte du fait que si la France réussit à se refinancer en ce moment c’est parce que l’euro inspire confiance, Si la conviction que l’Europe va participer à la guerre des monnaies se repandait , et que l’euro va s’avilir , alors les taux ne seraient pas à ce niveau de faveur , ils seraient bien plus élevés. Non seulement les taux sur le bund allemand grimperaient , mais le spread entre l’OAT et le Bund s’élargirait. Le tout sans élargissement des exportations francaises car la demande mondiale est faible et surtout la mauvaise spécialisation economique francaise interdit l’amélioration des parts de marché. Après avoir réclamé la baisse de l’euro , Montebourg serait obligé de faire comme l’ami Beppé, demander , implorer une restructuration des dettes!

    Montebourg n’a pas de vision d’ensemble , « le tout » lui échappe. En particulier , il ne se rend pas compte que  » Dire que l’euro est surévalué » est inexact . L’euro francais , l’euro est surevalué pour la France voila la vérité: Mais il est sous evalué pour l’Allemagne , tout comme les liquidités sont trop abondantes pour les pays du nord.

    La question n’est pas de decreter que l’euro est surévaulé mais de s’interroger . comment avoir une monnaie commune et unique quand l’ensemble monétaire sous-jacent est divergent?

    Montebourg est un socialiste , il trepigne comme un enfant parce que le monde n’est pas comme il le souhaite , il ne cherche pas à résoudre les problèmes du monde réel tel qu’il est., il cherche à défendre son petit fond de commerce. Il est évident que sa position de ministre est incompatible avec les choix – de chien crevé au fil de l’eau- deHollande et le troiseme plan de rigueur en préparation.

    J'aime

    • Par ailleurs j’attire votre attention sur la chute du marché chinois cette nuit, en liaison avec les problèmes listés dans l’article ci dessus. La Chine fait partie des composantes du risk-on par le biais des commodities et des commo-currencies.

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s